Raisa Khan écrit dans des interstices, à vrai dire entre deux stations de métro, pendant la pause déjeuner, au square pendant que les enfants jouent. Affectionately, son premier album toute seule — en collectif indispensable et à côté on la retrouve chez les merveilleux Good Sad Happy Bad — fait sur laptop à Londres, griffonné donc dans les trains et les bus, pendant les pauses du jour comme une fabrication advenant dans le temps volé au quotidien, c’est cet interstice là qui imprègne chaque morceau d’une douceur un peu usée, d’une tendresse un peu abîmée. Raisa Khan écrit des chansons comme on glisse des petits mots sous une porte — sans signature, sans preuve, sans but, mais avec cette certitude qu’une personne va les trouver. Continuer la lecture de « Raisa K, Affectionately (15 love) »
Catégories mardi oldie
Les 12 commandements du skinhead reggae
Retour sur le mètre étalon du genre sorti en 1969 chez Trojan Records
Voici une compilation qui fournit la parfaite démonstration que la suite peut parfois s’avérer infiniment meilleure, voire plus cruciale que le début. Cette compilation a en tout cas accompli l’exploit, au fil du temps, de prendre l’ascendant sur le premier volume de la série. Ce second opus propose davantage qu’un simple florilège d’artistes plus ou moins connus. Ce vinyle incontournable sorti chez Trojan Records a fourni la doxa d’un son qui prendra le nom de « skinhead reggae ». Mais, bien au-delà de l’étiquette, on y trouve nichée, en douze titres, la quintessence de ce qui rendra la Jamaïque fondamentale dans l’histoire de la musique populaire au XXᵉ siècle. Nous sommes en 1969 et, définitivement, bien avant Marley, la première pierre du « Made in Kingston » vient d’être posée. Continuer la lecture de « Les 12 commandements du skinhead reggae »
Catégories léger différé
Lael Neale, Altogether Stranger (Sub Pop)
On imagine que Lael Neale écrit à l’aube, dans le silence de Los Angeles, perchée sur les hauteurs de Sunset Boulevard. Ce troisième album chez Sub Pop creuse sa découverte de l’Omnichord — cet instrument un peu primitif et futuriste à la fois, une sorte de boussole fêlée qui porte en lui l’écho de l’autoharp de Dolly Parton et June Carter. Et à Lael de nous offrir ce double retour étrange d’un hybride analogique et proto-synthétique. Le disque défile depuis sa voix singulière qui se glisse dans un vaste creux de l’histoire de la musique américaine pour y tracer sa propre ligne. Comme ces routes sinueuses dans les films, le travelling ici est en VHS, le montage sonique avec son acolyte Guy Blakeslee. Continuer la lecture de « Lael Neale, Altogether Stranger (Sub Pop) »
Catégories borne d'écoute
Les 100 bonnes choses de Jeffrey Lewis

Arrivé à la fin de la deuxième face du dernier disque de Jeffrey Lewis – The Even More Freewheelin’ Jeffrey Lewis – qu’une jolie bien inspirée m’a offert à Noël-, je me maudissais intérieurement de ne pas avoir fait figurer cet album dans mon top de fin d’année. Comment avais-je pu passer à côté de ces dix titres plus admirables les uns que les autres ? Et comment mes camarades de Section26 avaient-ils eux aussi pu n’en faire aucune mention ? Quoi qu’il en soit, je ne pouvais que constater que le génial New Yorkais, seul rescapé du mouvement anti-folk à avoir conservé intacte son éthique, n’avait peut-être jamais autant maîtrisé son art, parvenant comme il en a toujours eu le secret à marier une lucidité un peu désespérée avec l’humour et l’autodérision d’un Woody Allen, comme un Woody Guthrie qui se serait fait l’émule de Schopenhauer mais aurait su surmonter son blues grâce au rire. Continuer la lecture de « Les 100 bonnes choses de Jeffrey Lewis »
Catégories léger différé
Paris Banlieue, Dans Des Lieux (Snap! Clap! Club / Cartelle / Langue Pendue)
Écouter Paris Banlieue c’est renouer avec l’énergie de ses douze ans, patiner plein gaz sur un bitume fraichement posé grâce à des semelles en aluminium sanglées à ses Stan Smith, enclencher une K7 de Foreigner dans son walkman Sony, s’échapper dans la forêt tropicale avoisinante pour cueillir des bananes à même l’arbre ou faire couler le liquide puant du durion, laisser dépasser un sein naissant dans sa robe devenue trop petite, inventer une BD pour sa frangine déprimée qui repasse son bac et raconter n’importe quoi aux copines… Continuer la lecture de « Paris Banlieue, Dans Des Lieux (Snap! Clap! Club / Cartelle / Langue Pendue) »
Catégories léger différé
Now, Now Does the Trick (K Records / Perennial)
Lumière de fin d’après-midi. Cassettes criblées. Films en 8 mm. Bordées sans fin de ces trottoirs américains qui sont à peine des surfaces sur lesquels marcher, des portes de garage ouvertes ou fermées. Ça, c’est pour le décor. Now — William Smith (Cindy), Hannah Forrester (Thunder Boys), Oli Lipton (Cindy, Violent Change) — c’est un trio DIY de la baie de San Francisco avec une prédilection les romans pulp, les beat groups, le glamour et les films de série B. Un premier disque, Saturday’s Child, masterisé par Saint-Kramer. Maintenant : K/Perennial en badge de scouts de l’indie. Douze poèmes mélodisés — The Ballad of Joy Bang, Careening, In Pathécolor, Pointe Shoes — des titres qui sonnent comme des rêves épinglés sur des murs de papier peint à motifs. Une pop onirique-érudite. Il faut aimer les maniéristes, moi j’adore. Continuer la lecture de « Now, Now Does the Trick (K Records / Perennial) »
Catégories À écouter, playlist
Ceux qu’on a aimés en 2025

Pas toujours évident de s’en sortir dans la foison de suggestions des classements de l’année. La meilleure façon de l’aborder est sans doute de laisser parler la musique, et d’être séduit par l’un ou l’autre des titres de cette playlist. On vous la livre ici comme un court résumé de ce qu’on a aimé cette année, en espérant suffisamment titiller votre curiosité. Bonne fin d’année et restez connectés.
Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify et ci-dessous en version mixée.
NDLR : les playlists créées sur les plateformes ne comportent pas l’intégralité des titres de la sélection commentée ci-dessous.
Catégories léger différé
Maria Somerville, Luster (4AD)
Un ciel bas, des vitres embuées. Le shoegaze c’est avoir la tête penchée. Maria Somerville est rentrée chez elle, dans le Connemara, là où les montagnes plongent dans l’Atlantique et où le lac Corrib réfléchit des ciels changeants — et Luster, son deuxième album paru chez 4AD, porte en lui toute la lumière diffuse de ce retour-là. Dans le petit studio de son salon, avec des comparses de l’île (Henry Earnest, Finn Carraher McDonald, Ian Lynch de Lankum à la cornemuse uilleann sur Violet), Somerville a filé 12 titres comme des petits tableaux sonores — le paysage irlandais vu à travers l’eau perlée d’une brume, comme J. M. W. Turner quand il vise le point d’abstraction atmosphérique (soit le train ou la guitare). Une musique comme un linge humide posé sur un front fiévreux : apaisement mais chute du linge au moment exact où nous penchons la tête justement. Continuer la lecture de « Maria Somerville, Luster (4AD) »
Catégories classement
Le classement de la rédaction 2025

Dites 33. Lorsqu’on lance les messages concernant le classement de l’année auprès des auteurs de ce site, on sent un léger retrait, comme une goutte de citron sur le bord de la coquille d’une huitre. Puis, après quelques messages plus insistants, les réponses fusent. Cette année, on est 33 à avoir répondus. 33 comme les tours d’un vinyle, l’indicatif téléphonique de notre bon pays en disgrâce totale, le numéro atomique de l’arsenic, qu’on a failli gober volontairement à de maintes reprises cette année. 33 personnes se sont donc investies dans ce classement dont on est fiers, car il nous ressemble. A la fois dans l’idée d’une pop à l’ancienne, fière de ses origines, toujours aussi vaillante, toujours aussi indépendante, comme ce Sharp Pins qui trône dignement en première place. Mais aussi dans la diversité, via des choix plus tranchés comme ces albums somptueux de Joanne Robertson ou Jemima, complètement anesthésiés de beauté. Ou encore Andrea Laszlo de Simone, qui pourrait être là chaque fois qu’il sort un disque. Un classement où se côtoient les jeunes filles de Horsegirl et les darons de Pulp et The Apartments, et aussi l’incroyable épopée noise pop des rouennais Ellah A Thaun. Ecoutez-les, achetez leurs disques, allez les voir sur scène, aimez-les autant que nous. Et ne cédez jamais à la modération. (TS)
01. SHARP PINS, Balloon, Balloon, Balloon (K Records / Perennial)
02. BLOOD ORANGE, Essex Honey (RCA/Domino)
03. HORSEGIRL, Phonetics On and On (Matador Records/Beggars)
04. JOANNE ROBERTSON, Blurrr (AD 93)
05. ANDREA LASZLO DE SIMONE, Una Lunghissima Ombra (Ekler/Hamburger)
06. PULP, More (Rough Trade)
07. JEMIMA, Even The Dog Knows (All Night Flight Records)
08. ELLAH A THAUN, The Seminal Record Of Ellah A Thaun (Flippin Freaks Records / Howlin Banana)
09. THE APARTMENTS, That’s What The Music is For (Talitres)
10. JEFF TWEEDY, Twilight Override (dBpm Records)
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Catégories sous surveillance
Sous Surveillance : Païkan

Qui ?
Rémi aka Païkan est producteur de musique électronique, touche-à-tout talentueux qui navigue entre création, médiation, DJing, développement de projets associatifs, labels… mais qui trouve quand même le temps de jouer avec ses synthétiseurs.
Où ?
À Dijon, où il réside, au sein du studio uma, un indispensable lieu pluridisciplinaire dédié à l’audiovisuel où se fréquentent artistes et associations. Mais aussi dans d’autres lieux/résidences, selon les opportunités. L’album qu’il prépare pour 2026 a principalement été composé à la campagne à Collonges, pas loin de Tournus dans le 71, chez ses copaines du groupe Marie Madeleine dont il avait transformé la maison en studio de musique. Continuer la lecture de « Sous Surveillance : Païkan »
Catégories Chronique en léger différé
Brooke Combe, Dancing At The Edge Of The World (Modern Sky)
On ne l’a pas tout de suite su, mais c’était là dès le début. Dès l’achat de The Gift de The Jam (au printemps 1982, après le concert à Amsterdam diffusé dans l’émission Mégahertz d’Alain Maneval) et l’une des photos de la pochette intérieure – une photo bleutée où un type réalisait une sorte de figure acrobatique ; dès le premier album de Dexys Midnight Runners aussi, les hommages à Geno et bien sûr, la reprise – dont on a mis du temps à apprendre que c’était une reprise. Et ensuite, c’est revenu comme un ressac au fil des ans, des clins d’œil, des hommages, un titre, un nom, un état d’esprit. Paul Weller – que reprend d’ailleurs Brooke Combe avec brio – comme chef de file, à la tête du Style Council puis en solo. The Verve et son deuxième album qui portait un titre sans ambiguité. Le single incroyable de Contempo, U B Naughty, les samples de Spearmint, les clins d’œil de Pulp ; Doves et le nom du label où tout a commencé – Casino –, la réinvention de Texas – et la culture du bassiste Johnny McElhone, n’en déplaise à beaucoup –, les plaisirs simples de Tindersticks… Mais tout le reste aussi : Tainted Love de Soft Cell, le set DJ de Bob Stanley – je crois que c’était en 2002 – au Pop In (notre Casino à nous, justement), les coups de cœur de Birdie, l’une de mes toutes premières playlists pour Les Vinzelles – intitulée Hit The North(ern soul) – que j’avais d’ailleurs imaginée pour tenter d’impressionner l’une des deux patronnes… Continuer la lecture de « Brooke Combe, Dancing At The Edge Of The World (Modern Sky) »
Catégories chronique nouveauté
Oneohtrix Point Never, Tranquilizer (Warp)
La musique électronique, dans ses formes les plus modernistes et avant-gardistes, a toujours eu une dimension conceptuelle. Que l’on évoque, au hasard, Chiastic Slide d’Autechre (1997) ou Prototypes d’Alva Noto (2000), un rigorisme formel s’impose à l’auditeur.rice. On pense à ce qu’écrivait Jonas Mekas à propos du cinéma « structurel » (Michael Snow, Ken Jacobs) : la « manipulation consciente » (1) de formes. Un art qui se définit par un haut degré de réflexivité, par la place centrale qu’il accord au matériau – ici le medium électronique. Or c’est précisément depuis ce bord le plus souvent spéculatif, mais en empruntant une voie qui lui serait légèrement oblique, que Daniel Lopatin élabore depuis une grosse vingtaine d’années l’une des œuvres les plus importantes du répertoire contemporain – sous différent allias (Chuck Person, Ford & Lopatin, etc.) mais aussi et surtout avec Oneohtrix Point Never, son projet le plus célèbre et marquant. Continuer la lecture de « Oneohtrix Point Never, Tranquilizer (Warp) »
Catégories chronique nouveauté
Vanity Mirror, Super Fluff Forever (Factor)
Brent Randall fait partie de ces artistes pour lesquels la liberté créative semble d’autant plus précieuse qu’elle se conquiert au terme d’une lutte avec les contraintes auto-imposées. A l’instar de son précédent album – Puff (2023) – tout semble ici avoir été conçu pour tendre, autant que faire se peut, vers l’horizon de la perfection pop dans un cadre minimaliste au sein duquel les limites matérielles se métamorphosent en ressources inattendues pour déployer l’imagination. Un ordinateur portable, deux guitares et autant de micros, un piano à peine accordé récupéré sur l’équivalent local du Bon Coin : il ne lui en a pas fallu davantage pour donner vie à ces treize miniatures, enregistrées avec les moyens minuscules du tout petit bord entre Toronto – où il réside la plupart du temps avec sa compagne Madeline Doctor – et la Californie où habite le troisième membre permanent du groupe, le batteur Johnny Toomey. Dans l’OuChaPo (Ouvroir de chansons potentielles ?) de Vanity Mirror, chaque chanson semble pourtant se déployer jusqu’à déborder des frontières confinées du cadre naïf et artisanal dans lequel elles ont été initialement composées. Continuer la lecture de « Vanity Mirror, Super Fluff Forever (Factor) »
Catégories mardi oldie
The Flamin’ Groovies, Shake Some Action (Sire, 1976)
Des groupes américains ou anglais ont parfois trouvé davantage de résonance en France que dans leur pays d’origine. Des Real Kids en passant par les Inmates, nombreux furent ceux à trouver un public enthousiaste dans l’Hexagone. Les Flamin’ Groovies font indéniablement partie de cette formidable confrérie informelle d’esthètes et de dandies. Groupe poissard par excellence, les Californiens ne pouvaient que fasciner les Français. En effet, il y a chez ces groupes un truc qui colle parfaitement à l’éthos franchouillard : cette passion pour les perdants magnifiques. Nous avons d’ailleurs les nôtres avec les géniaux Dogs. Les amateurs de rugby ne nous contrediront pas, le french flair, l’esprit de combativité et tous ces honneurs sans médaille sont intrinsèques à un certain esprit français. Le parcours des Flamin’ Groovies présente ainsi quelques similitudes avec le XV de France : premier dans les cœurs, jamais sur le podium. Continuer la lecture de « The Flamin’ Groovies, Shake Some Action (Sire, 1976) »
Catégories chronique nouveauté
Onyon, Pale Horses (Mangel Records / Swish Swash)
Ceux qui comme moi s’étaient rendus à l’Hôtel des Vils (Clermont-Ferrand) en juin 2024 pour voir Nathan Roche en concert, avaient par la même occasion eu le bonheur de découvrir les Allemands d’Onyon sur scène. « Il faut vraiment que tu restes pour écouter mes potes de Leipzig, ce qu’ils font est super bien », m’avait averti l’Australien exilé en France. Et il avait mille fois raison ! Ce groupe mixte, mené de front par la guitariste /chanteuse Ilka Kellner et la claviériste /chanteuse Marie Untheim, accompagnées par le bassiste Florian Schmidt et le batteur Mario Pongratz, avait délivré un set intense et tendu qui avait marqué les esprits. A l’époque, le quatuor mixte venu de Saxe avait déjà publié chez Trouble In Mind deux albums plus que réjouissants – Onyon et Last Days on Earth, qui mêlaient des guitares aux effets dissonants typiquement egg punk, à des claviers minimalistes se posant impeccablement sur une basse / batterie dépouillée mais terriblement efficace. A ceci s’ajoutait un chant froid, sans chichi, mais captivant, qui donnait une grande partie de son charme à ce groupe. De ces deux premiers albums publiés en 2022 et 2024, on avait retenu les très enthousiasmants Kanal, Klick, Alien,Alien, Dogman ou encore O.U.T, avec une petite préférence pour les titres chantés en allemand. Continuer la lecture de « Onyon, Pale Horses (Mangel Records / Swish Swash) »
Catégories sunday archive
Edwyn Collins, l’adieu aux armes

Le 8 octobre dernier – vingt ans après les deux AVC qui l’ont rendu handicapé mais jamais à court d’idées –, il est monté pour la dernière fois sur scène dans sa Grande-Bretagne natale. En tout cas, aucun signal ne semble passer au vert pour une éventuelle venue sur le Vieux Continent, mais si tel était le cas, je crois qu’on serait quelques-unes et uns (au hasard, Pascal Blua et Ibon Errazkin en tête) bien décidés à parcourir plusieurs kilomètres pour le (re)voir. Edwyn Collins est pour certaines et certains d’entre nous l’un des acteurs essentiels de cette période où la musique s’est mise à prendre une part bien trop (?) importante dans nos vies – Michel Valente me prête une déclaration fracassante à ce sujet, dans laquelle il serait aussi sujet de foot et de filles, mais je crois qu’il affabule –, une période où il arrivait souvent que nous découvrions un groupe par ses photos, ses interviews ou les mots qu’écrivaient des journalistes britanniques à leur sujet – c’était souvent la course chez New Rose le samedi après-midi pour acheter le dernier exemplaire du Sounds, du NME ou du Melody Maker qui restait de l’arrivage du jeudi précédent (je crois que c’était le jeudi). Continuer la lecture de « Edwyn Collins, l’adieu aux armes »
Catégories borne d'écoute
Exek décolle chez DFA

Il y a certains groupes que l’on suit sur la durée et dont on est rarement déçu, Exek est l’un d’entre eux. J’ai découvert leur musique il y a quasiment dix ans en Australie, sur les conseils avisés du disquaire Polyester Records fermé depuis. Quelle claque, une anomalie, moite et motorique. Libres dans leur façon d’imaginer la musique et dans le mélanges des influences. Écoutez donc Baby Giant Squid (2021) le long de ses 17 minutes, et ce sentiment de lévitation vous emportera. Continuer la lecture de « Exek décolle chez DFA »
Catégories chronique nouveauté
Sharp Pins, Balloon, Balloon, Balloon (K Records / Perennial)
A peine moins d’un an après la sortie de Radio DDR – le second album étincelant de Sharp Pins qui nous a mis une claque étourdissante -, nous étions dans l’attente fébrile du nouveau disque de Kai Slater. Mais nous pouvions avoir quelques appréhensions quant à la capacité du jeune prodige de Chicago à tenir la distance à un tel niveau. Après tout, des débuts tonitruants ne garantissent pas inévitablement le maintien de l’inspiration et du feu sacré. Combien de groupes en lesquels nous avions placés de trop grands espoirs ont épuisé toutes leurs réserves au bout de deux disques et sont par la suite devenus l’ombre d’eux-mêmes ou ont soudainement disparu des écrans-radars… Continuer la lecture de « Sharp Pins, Balloon, Balloon, Balloon (K Records / Perennial) »
Catégories chronique nouveauté
Rosalía, LUX (Columbia)
Je ne me serai pas précipité sur ce disque si elle ne m’avait pas envoyé un message m’invitant, de suite, à écouter le dernier album de Rosalía, LUX. Il faut dire que j’avais été effrayé par tout ce que j’avais lu ici et là : chef-d’œuvre, offrande fervente de pop classique avant-gardiste, œuvre néo-classique en quatre mouvements et chantée en treize langues, oratorio exquis pour cœurs chaotiques -, sans parler de son casting de (trop) bons élèves : le London Symphony Orchestra, les collaborateurs de MOTOMAMI Noah Goldstein et Dylan Wiggins, Pharrell Williams, Björk, entre autres -. Pourquoi alors m’infliger ces 18 titres alors même que j’étais complètement passé à côté des trois albums précédents, Los Ángeles, El Mal Querer et MOTOMAMI ? Continuer la lecture de « Rosalía, LUX (Columbia) »
Catégories interview
Un tour de Modestine, avec Sing Sing et Victor Rassov

« Le gligli fait des histoires, le gligli excite »
À la première écoute de Modestine, j’ai senti une excitation monter, pas besoin de s’enterrer pendant un mois avec de l’eau, du pain et un magnétophone pour trouver un sens à tout ça. Non l’envie de partager ma joie s’écrivait facilement : bien sûr, quand j’ai abordé leur cassette Grand dommage, j’en avais quelques clés, parce que j’écoute Arlt, parce que j’échange en MP avec Sing Sing et que sa façon d’aborder le métier de chansonnier nous intéresse toujours. Il a par exemple bien souligné que Modestine est une œuvre musicale à deux, que l’autre face de la pièce, c’est Victor Rassov, poète et musicien aux commandes partagées, plus d’autres invités qui passaient par là, comme Gilles Poizat (qu’on adore ici-bas), Marius Atherton (pareil), Léo Gobin (enchanté !) et la vedette Bertrand Belin. Continuer la lecture de « Un tour de Modestine, avec Sing Sing et Victor Rassov »
Catégories chronique nouveauté
Gelli Haha, Switcheroo (Innovative Leisure)
Gelli Haha est le nom du projet de la musicienne Angel Abaya, une musicienne originaire de Boise, dans l’Idaho, où elle a fait un peu de rock ou de folk-rock. Son album Switcheroo a été enregistré un an et demi peu après son déménagement à Los Angeles, avec Sean Guerin (De Lux) et sorti sur Innovative Leisure, le label d’Hanni El Khatib. Disons le tout de suite, c’est un petit trésor. Un album de synth pop, d’indie pop chatoyant, beau et original. C’est un concentré de mélodies servi par une délicieuse instrumentation inspirée, pour l’essentiel, des années 1980 : effusion de sons de synthés virevoltants et voluptueux qui rappellent Moroder, la synth pop, l’italo disco même, exagérée, extatique. Continuer la lecture de « Gelli Haha, Switcheroo (Innovative Leisure) »
Catégories mardi oldie
Los Íberos, id. (Columbia, 1969)
Bien que sous le joug d’une dictature conservatrice, l’Espagne ne manqua pas son rendez vous avec les années soixante. La musique pop ne répondait peut être pas aux envies du régime mais elle passionnait une jeunesse en quête de modernité et d’un peu de liberté. Cette frénésie se concrétisa avec le succès, en 1964, de Flamenco des Brincos. La chanson , inspirée du rock des Beatles, fut le catalyseur d’une scène beat explosive, d’une richesse insoupçonnable de l’autre coté des Pyrénées. À partir de là, les groupes espagnols s’autorisèrent à s’imprégner du R&B le plus sauvage (Los Salvajes), de la musique psychédélique (Máquina!) ou la soul (Los Canarios). Dans cette euphorie des années 60, la sunshine pop fut évidemment de la fête. En Espagne, un groupe de Torremolinos (Málaga) en fit sa marque de fabrique : Los Íberos. Continuer la lecture de « Los Íberos, id. (Columbia, 1969) »
Catégories chronique nouveauté
Michel Cloup Trio, Catharsis en pièces détachées (Ici d’ailleurs)

« T’entends la sirène,
est-ce que tu l’entends la sirène ? »
De la cave d’un kebab à Paris où il jouait sous alias super héros aux commémorations de la maison de disques Lithium il y a quelques années, on peut dire qu’on a construit sans le savoir une relation au long cours : de son côté, la carrière d’un musicien avec ce que ça comporte de péripéties, les groupes du départ, l’adolescence flamboyante, torse bombé, tête tourmentée de doutes plus ou moins cachés, amitiés compliquées obligées, changements violents du jour au lendemain et puis construction pas à pas, au jour le jour d’un métier, le truc du romantisme qui s’évapore pour laisser place aux constats intimes, politiques et collectifs qui vont nourrir le moteur d’une œuvre à nulle autre pareil (sinon quoi), l’entrainant jusqu’à aujourd’hui. De mon côté, la place du mort, enfin du spectateur, de l’auditeur, du groupie, de celui qui toise, qui jauge, qui accumule informations, suppositions, émotions, rejets parfois tel un biographe non officiel, en toute clandestinité. Avec pour point de départ ce transfert originel sans doute : est-ce que cette vie aurait pu être la mienne ? Spoiler, non. Continuer la lecture de « Michel Cloup Trio, Catharsis en pièces détachées (Ici d’ailleurs) »
Catégories playlist
LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS DE NOVEMBRE 2025

Sauter à pieds joints dans les flaques d’eau, c’est bien l’un des seuls plaisirs de cette saison monotone, comme une salle d’attente grisâtre taillée en rampe de lancement pour les excès capitalistes de fin d’année. On en profite pour vous offrir une dernière salve de nouveautés avant cette période faste en rétrospectives et limitée en découvertes. Notre bilan 2025 arrivera d’ailleurs tout juste à temps pour Noël, mais en attendant, voici quelques coups de cœur partagés par notre équipe.
Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify.
NDLR : les playlists créées sur les plateformes ne comportent pas l’intégralité des titres de la sélection commentée ci-dessous.
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Catégories interview
Jared Swilley des Black Lips : « Notre processus de création est toujours aussi chaotique »

Vingt six ans d’existence. Onze albums au compteur. Une quantité incalculable de concerts et autant de cuites. Un membre mort en 2002. Trois autres qui ont quitté le radeau de la Méduse en cours de voyage. L’aventure des Black Lips n’aura pas été un long fleuve tranquille. Pourtant, contre vents et marées, les mauvais garçons de Géorgie sont toujours là en 2025, avec Cole Alexander et Jared Swilley comme seuls survivants du line-up originel, accompagnés depuis 2013 par la fantasque Zumi Rosow, depuis 2017 par le très chevelu Oakley Munson et à partir de 2018 par l’ancien Demon’s Claws Jeffrey Clarke. Depuis une dizaine d’années, et surtout après le départ des excellents Ian St Pé (guitare voix) et Joe Bradley (batterie, voix), certains fans de la première heure avaient trouvé que les garnements d’Atlanta étaient presque devenus trop sages à leur goût, surtout dans leurs explorations country jugées trop éloignées de leurs sulfureux débuts garage-punk. « Tu ne peux pas être un punk-rocker toute ta vie […] enfin si ! Dans le cœur et la tête, tu peux, mais pas physiquement » avait déclaré Jared Swilley dans une interview pour le blog Indie Music. Les fans étaient par ailleurs restés circonspects de les voir se retrouver à jouer dans des galeries d’art et soigner de plus en plus leur image. Pourtant, leur dernier disque Season of the Peach – le plus globalement réussi depuis Arabia Mountain – a de quoi faire taire les peine-à-jouir, car il ajoute à leur répertoire quelques-unes de leurs meilleurs chansons. Continuer la lecture de « Jared Swilley des Black Lips : « Notre processus de création est toujours aussi chaotique » »
Catégories borne d'écoute
Subtle Turnhips débarque sur SDZ Records

Rien depuis 2019 et leur 45 tours Ras L’bol du Moyen Age, les presque anonymes Charentais de Subtle Turnhips roulent leur bosse depuis 1992 et leur single mythique Fromage à Patou paru sur Black & Noir Records, le label de Eric Sourice des Thugs. Confidentiels en France et reconnus par leurs pairs souterrains Américains ou Australiens, dont deux labels qui ont sortis d’excellents disques (Hozac à Chicago et Homeless à Melbourne). Avec Hum, le seul morceau disponible à l’écoute, c’est immédiat et dur, on sent bien la radicalité qui fait la beauté du groupe. Rare mais libre dans sa musique et ses envies. Une guitare âpre, une batterie qui agresse, on peut penser à un mélange Swell Maps, Brainbombs et Thugs qui fait du bien.
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Catégories mardi oldie
Mark Tranmer (Gnac / The Montgolfier Brothers) à travers ses disques

Il s’en est passé bien des choses depuis ce jour de novembre 2021 où l’on avait brisé les routines mornes d’un énième jour de confinement au fil de cette conversation à distance avec Mark Tranmer. Quelques dizaines de minutes – forcément trop brèves – pour tenter de dresser un bilan synthétique d’un parcours musical qui s’étend désormais sur quatre décennies et au cours desquelles il avait évidemment été question de The Mongtgolfier Brothers, ce duo essentiel formé avec le très regretté Roger Quigley et qui, le temps de trois albums incrustés à proximité du cœur, avait incarné l’une des formes musicales les plus précieuses de la mélancolie. Continuer la lecture de « Mark Tranmer (Gnac / The Montgolfier Brothers) à travers ses disques »
Catégories chronique nouveauté
Èlg et la Chimie, Immense éboulis rouge (Murailles Music / République des Granges)

« Un wagon bouge à peine,
l’autre wagon fait la fête »
Purée, mais quel disque. Ce sont les premiers mots qui me sont venus très naturellement alors que je jonglais hier entre le semainier de l’arrière-magasin – lister, trouver les liens, agencer les titres pour trouver un sens, un message à l’amie Clara de Paris Banlieue et l’écriture d’un texte sur un autre disque (qui devait prendre place ici mais qui est du coup un peu reporté). La chanson Hypnose brève que j’avais placée dans le peloton de la semaine s’est mise en boucle sans que je m’en rende compte et a interrompu ce petit ballet dominical. Sans doute que je voulais être un peu sûr, c’est plus de 6 minutes quand même, pas vraiment un truc pop. Après cette écoute répétée inattendue, j’ai tout laissé tomber pour visiter le bandcamp d’Èlg et la Chimie. Continuer la lecture de « Èlg et la Chimie, Immense éboulis rouge (Murailles Music / République des Granges) »
Catégories interview
KCIDY, l’humain et la sensibilité

En octobre dernier, nous avons rencontré Pauline Le Caignec dans les locaux de So Press qui héberge également Vietnam. Nous avons évoqué ensemble le dernier album de KCIDY, son nom d’artiste, L’Immensité et L’Immédiat. La discussion fut passionnante et riche, à l’image de ce dernier disque. Il fait suite aux Gens Heureux (2021) et à Quelque Chose de Bien (2024). Habituée de nos colonnes, que ce soit avec son projet solo ou en groupe (Tôle Froide), la musique de la chanteuse résonne avec notre ligne éditoriale. Nous en avons profité pour évoquer de nombreux sujets avec elle, que ce soit sa conception de la musique en groupe, sa manière de composer, la scène lyonnaise… Continuer la lecture de « KCIDY, l’humain et la sensibilité »
Catégories chronique nouveauté
J’Aime, Anachronistic d’Amour (Jabalina)
Cinq ans, on ne s’en rend jamais bien compte, mais ça représente vraiment quelque chose – même si à l’échelle des fans de My Bloody Valentine, ça n’est toujours qu’une broutille (mais qu’importe en fait, puisque comme album dit « à guitares », Pornography avait déjà plié le game très exactement neuf ans et sept mois plus tôt). Cinq ans, donc. Ce sont, par exemple, les années passées à l’école élémentaire – où vous arrivez sans savoir lire et dont vous sortez dorénavant avec de la presque moustache. Cinq ans, oui. Soit 2020, une année où le COVID est encore réalité, où les Vinzelles n’existent pas, où je ne sais pas que je vais vivre une nouvelle expérience professionnelle – et d’autres nouvelles aventures aussi (et pas des moindres) –, une année où Martin Duffy et Terry Hall sont encore en vie, une année où je ne connais pas encore réellement Nicolas Sauvage – qui n’avait d’ailleurs publié que deux livres ! –, où ma fille est encore collégienne, mon fils encore en primaire et le PSG encore la risée de l’Europe footballistique (et oui, vous avez raison : il y a une vraie pointe de nostalgie dans ces derniers mots-là).
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Catégories chronique nouveauté
Nathan Roche, 35 rue du Théâtre (Celluloid)
France, terre d’asile. J’ai lu, je ne sais plus où (ou alors mon cerveau malade l’a inventé) un truc marrant : les dauphins que les hommes peuvent approcher sont parait-il, les parias de leur société. Ils ont été rejetés par leur communauté de dauphins, et c’est pour ça qu’ils recherchent de la compagnie auprès des hommes. Sinon, un vrai dauphin dauphin, intégré, impossible de l’approcher, tintin, walou. Je ne sais plus où je voulais en venir, si, bon, appliqué aux humains, c’est un peu bizarre mais ça marche. Une copine née au Japon est venue habiter en France, parce qu’elle ne supportait plus la façon dont les hommes là-bas la traitaient. Elle se sent vachement plus française, en fait. Elle est batteuse de jazz et s’épanouit loin des bureaux funestes aux mains baladeuses de son pays. France terre d’asile donc. Nathan Roche, on peut le voir comme ça, il perpétue cette tradition de réfugié rock’n’roll, de gars plus (re)connu chez nous que chez lui. On peut remonter aux jazzmen qui venaient passer ici un temps de liberté, alors que leur pays, les States, avaient plutôt une façon raciste de les persécuter. Ou moins loin dans le temps, une maison de disques comme New Rose qui accueillait les œuvres de parias bien aimés ici, Arthur Lee, Alex Chilton, Bruce Joyner, la liste est longue, en phase terminale de leur carrière. Bon, c’est moins tragique pour Nathan, mais il y a quelque chose de cela. Continuer la lecture de « Nathan Roche, 35 rue du Théâtre (Celluloid) »
Catégories chronique réédition, mardi oldie
The Prisoners, Hurricane (Busy Bee Production)
Les occasions de voir les Prisoners en live se font rares. Si certains chanceux ont pu les apprécier en concert en août dernier, il faudra attendre février 2026 pour les voir à nouveau fouler les planches d’une scène. Il est heureusement toujours possible d’écouter et découvrir leurs différents albums. Et à ce jeu-là, la compilation Hurricane offre une superbe entrée en matière à cet excellent groupe britannique. D’abord publiée en 2004, en CD, par Big Beat/Ace, le label suédois Busy Bee Production s’est chargée d’en faire un compendium vinyle l’année dernière. Hurricane perd dix morceaux mais certainement pas la joie que procure ce groupe, à travers cette sélection au cordeau. Piochée dans les différents singles et albums du groupe, Hurricane propose une expérience d’écoute enthousiasmante, et les excellents Prisoners n’y sont évidemment pas étrangers. Continuer la lecture de « The Prisoners, Hurricane (Busy Bee Production) »
Catégories festivals
Babehoven, UTO, Flora Hibberd : 3 groupes à voir au festival Les Femmes s’en Mêlent

Depuis le 30 octobre et pour trois semaines encore, le festival Les Femmes s’en Mêlent sillonne la France – une quarantaine de dates pour une trentaine de villes tout de même –, avec une programmation forcément très fournie, mettant à l’honneur des musiciennes indépendantes d’ici et d’ailleurs. Bientôt 30 ans d’existence pour ce festival qui, parce qu’il s’étire sur plusieurs semaines, se fond durant tout l’automne dans le paysage musical, par des concerts qui ponctuent nos quotidiens. Au-delà des « têtes d’affiche » américaines de cette année (on reste quand même dans l’indé, hein) que sont les géniales Frankie Cosmos et Automatic, on voulait vous conseiller trois concerts à ne pas manquer dans les jours à venir.
Deux places sont à gagner pour l’un d’entre eux en envoyant un mail à section26popmoderne@gmail.com
Catégories blindtest
Blindtest : Steve Gunn

Dans la liste des choses qui mériteraient d’être enseignées dans les écoles de journalisme, l’interview blindtest à distance en visio via google meet figure assez bas. Chaotique dans sa mise en place, douloureuse à retranscrire, elle ne délivrera un résultat publiable qu’à la seule condition de trouver un candidat exceptionnellement érudit, motivé et patient. Quelqu’un comme Steve Gunn – et si possible Steve Gunn lui-même. Contacté quelques heures avant son concert la St Matthias Church de Londres, étape de sa tournée automnale (qui a évité la France), l’Américain a pendant près d’une heure fait honneur à sa réputation de mélomane sans foi ni loi, qu’aucun obstacle – ni la chaîne des compressions digitales, ni la piètre connexion due à l’épaisseur des murs paroissiaux, ni l’éclectisme piégeux d’une sélection comprenant Hermeto Pascoal et les Dead Milkmen – n’a pu décourager. Une fois échauffé, il a même formulé quelques jolies pensées sur la musique qu’il aime, la musique qu’il joue et les dialogues qui se nouent entre l’une et l’autre, depuis son adolescence hardcore jusqu’à l’ascèse ambient-folk de ses deux derniers albums (l’instrumental Music for Writers paru le 15 août 2025 et Daylight Daylight le 7 novembre). Parfois, une interview mal préparée ne fait pas un mauvais papier. Continuer la lecture de « Blindtest : Steve Gunn »
Catégories documentaire
« Lenoir en questions » de Anne Kuhn et Jean-Baptiste Erreca

Il y a quelque temps, en relisant des extraits d’un livre que j’avais rangé depuis trop longtemps au fin fond de ma bibliothèque, j’ai (re)découvert une phrase parfaite, ou plutôt une phrase que j’ai trouvée parfaite car elle disait en peu de mots exactement tout d’un de mes groupes de chevet – et même, sans doute, de la majorité des disques de ma discothèque : “Cette musique ressemblait parfois à de petits morceaux de cristal colorés et, quelquefois, c’était la chose la plus douce, la plus triste qu’on pût imaginer”. C’est Carson McCullers qui écrit cela dans le magnifique Le Cœur Est Un Chasseur Solitaire paru en 1940 – et plusieurs semaines après, je trouve toujours qu’elle résume à merveille les chansons de The Apartments, d’hier mais surtout d’aujourd’hui. Et quelques autres, donc. Continuer la lecture de « « Lenoir en questions » de Anne Kuhn et Jean-Baptiste Erreca »
Catégories chronique réédition
Anne Laplantine, Partons pour tu (Frissons)

« Ça marche ? »
Anne Laplantine est une figure légendaire quoique toujours discrète qui a hanté le début du XXIe siècle : musicienne de l’ombre, elle a produit un certains nombres d’artefacts (cassette, vinyle, CD) sur plusieurs maisons de disques plus ou moins visibles. Avec cette façon de ne jamais être là où on supposait qu’elle soit : entre une synthpop en français bizarre, des piècettes lo-fi cubisto-brutes, et les instrumentaux électro 80s enregistrés – on imagine – sur ordi ou sur 4-pistes, elle a convaincu des marques qui avaient plutôt le vent en poupe : que ce soit à l’étranger chez les Allemands de Tomlab, ou que ce soit chez les Parisiens de Gooom Disques. Elle a aussi croisé ses compositions avec le top du pointillisme pointu, le trouvère folktronic Momus pour une pièce magnifique, Summerisle et joué avec quelques masques, comme une protection supplémentaire (alias Michiko Kusaki par exemple), l’amenant à être écouté plus en dehors du pays qu’ici même (de l’Allemagne au Japon en passant par les États-Unis). Le truc, c’est que si on l’avait un peu perdue de vue, elle n’a jamais arrêté, continuant d’œuvrer sur des cellules avant-gardistes cassettophiles Tanzprocess ou Midi Fish. Continuer la lecture de « Anne Laplantine, Partons pour tu (Frissons) »
Catégories documentaire
« Pauline Black : A 2 Tone story » de Jane Mingay

Programmé lors du festival de documentaires musicaux de Bordeaux, Musical Écran, le film consacré à Pauline Black, chanteuse de The Selecter, révèle une figure atypique et offre un visage original de l’explosion du ska two-tone en Angleterre. Il retrace surtout le destin d’une femme noire au sein de la pop culture — une dimension souvent occultée. Le ska two-tone connaît un regain d’intérêt. En tout cas, il se patrimonialise avec succès. Série télé, documentaire sur Madness sur Arte, livre sur Terry Hall… Ce courant dit revival, né à la fin des années 70 dans la traînée de poudre du punk, ne se résume plus à un simple sous-genre, une hybridation entre l’héritage jamaïcain et la culture british. Il a acquis ses lettres de noblesse dans la discographie idéale du streaming triomphant. Continuer la lecture de « « Pauline Black : A 2 Tone story » de Jane Mingay »
Catégories documentaire
« S/He Is Still Her/e » de David Charles Rodrigues

Le film sur la musique est un genre singulier, tant il est délicat de discerner ce qui constitue ses spécificités. Déterminer un langage formel qui lui serait propre est souvent une tâche complexe. Par exemple, les travaux d’Anton Corbijn ou de Marie Losier réinvestissent à leur manière les codes du documentaire, en réinterrogeant ce qui constitue son matériau – le réel, en l’occurrence ici la musique, est saisi par une logique de mise à distance et via un détour par la fiction notamment. Autrement dit : une pratique qui s’assume comme un art de l’image, avec ses codes et son esthétique spécifiques. Mais les limites de ce type de film apparaissent aussi très souvent, cantonnant nombre de propositions dans le domaine du traitement journalistique, dans celui du reportage. Continuer la lecture de « « S/He Is Still Her/e » de David Charles Rodrigues »
Catégories documentaire
« Paul Di Anno, Iron Maiden’s Lost Singer » de Wes Orshoski

En de nombreuses occasions, un peu pour le plaisir de faire chier mais surtout parce que je le pense vraiment et sincèrement, il m’arrive d’inclure une ou deux saillies d’Iron Maiden première période dans ma liste des meilleurs morceaux post punk de tout l’étang. Prowler, Running Free, Women In Uniform, Iron Maiden, Drifter, Wratchild (une ligne de basse introductive à faire caguer JJ Burnel et Peter Hook de concert), Killers (chédeuvrabsolu, dans le genre les Allemands ont essayé de tuer nos parents pendant quatre longues années, seul le Section 25 de The Beast – Matrixmix —, sorti 6 mois plus tard, est à niveau), Purgatory, n’en jetez plus. Continuer la lecture de « « Paul Di Anno, Iron Maiden’s Lost Singer » de Wes Orshoski »
Catégories documentaire
« Vivre et laisser vivre : la voix de Jackie Shane » de Michael Mabbott et Lucah Rosenberg-Lee

Le téléphone retentit, une femme réagit incrédule : « …but who is Jackie Shane ? » — cut — dans l’effervescence obscure d’un cabaret de Toronto des années 1960, une voix chante, s’éraille et harangue au milieu des clameurs du public… le décor est planté, la question est désormais brûlante : qui est donc la belle inconnue ? C’est Jackie Shane, chanteuse noire transgenre dont l’existence constitue une intrigue fascinante pour certain·es et un véritable culte d’adoration pour d’autres — « I opened for Etta James, The Drifters, Marvin Gaye, The Temptations… » — qui crève l’écran dans Vivre et laisser vivre : la voix de Jackie Shane, signé Michael Mabbott et Lucah Rosenberg-Lee, un documentaire-biopic qui tente de la ressusciter par fragments, par invention nécessaire, transformant une absence en une présence qui demeure, spectrale. Continuer la lecture de « « Vivre et laisser vivre : la voix de Jackie Shane » de Michael Mabbott et Lucah Rosenberg-Lee »
Catégories documentaire
« Butthole Surfers, The Hole Truth and Nothing Butt » de Tom Stern

Bien avant Primal Scream et un peu au même moment que New Order, le groupe Texan ZZ Top a su lui aussi faire un salutaire rapprochement entre la musique rock et la techno. J’espère que tu as bien de l’urticaire à lire ceci. Sauf que c’est rigoureusement vrai. Eliminator est sorti le 23 mars 1983, soit à peine 4 mois après Thriller de Jacko et précisément 16 jours après Blue Monday. Mais tu dois foncièrement te dire que le Texas c’est sympa comme tout et que ces sympathiques chantres du heavy blues aux systèmes pileux revendiqués ne sont finalement que la partie un peu fun d’un état rétrograde et miné par un conservatisme rural arriéré. Je pense, mon petit bonhomme que tu n’es pas au bout de tes peines. Continuer la lecture de « « Butthole Surfers, The Hole Truth and Nothing Butt » de Tom Stern »
Catégories sous surveillance
Sous Surveillance : Hey! Music

Qui ?
Margosha : guitares, voix, theremin, synthé
Oliver : batterie, voix
Nico : bouzouki, basse, voix
Paule : synthé, voix
Wannès : violon, basse, voix
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Catégories Chronique en léger différé
Slow Leaves, In Solitude, For Company (Birthday Cake Records)
Je n’écris pas de chansons tristes, j’écris des chansons sur la solitude. Je crois que c’est à partir de ce moment là, quand j’ai lu ces mots, ces mots qui m’ont parlé, que j’ai définitivement chaviré et que j’ai plongé tout entier dans les 14 titres de In Solitude, For Company de Slow Leaves, le projet de Grant Davidson, un musicien canadien qui vit à Winnipeg. Après trois albums réalisés avec un budget très limité sous son propre nom, a fait ses débuts sous le nom de Slow Leaves en 2014 avec Beauty Is So Common, suivi de Enough About Me (2017), Shelf Life (2020), Holiday (2021), Meantime (2023) et enfin, In Solitude, For Company (2025). La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment et pour qui aime la musique, pour qui aime les voix douces, pour qui aime ces guitares d’un autre temps, pour qui aime, tout simplement, ce disque est un miracle. Il y a quelque chose qui bouleverse et qui bouleversera ceux qui accepteront de se laisser emporter par ces chansons dépouillées – une voix, une guitare – mais tellement riches – de mélodies discrètes, de mots justes -. Continuer la lecture de « Slow Leaves, In Solitude, For Company (Birthday Cake Records) »
Catégories mardi oldie
The Cure, The Head On The Door (Fiction / Polydor, 1985)
Ah c’est déjà fini ?
Profitant d’un abrutissement dit du nouveau variant (je me retape un Covid) je me suis permis de me retaper aussi un joyau de l’adolescence, The Head On The Door, paru le 30 août 1985 soit il y a, oui, quarante ans. Et si je suis encore amusé voire sidéré par un certain nombre de choses, c’est surtout sa brièveté qui m’étonne aujourd’hui. Trente-sept minutes et quarante-sept secondes. Qui passent en fait comme un quart d’heure bien agencé d’une convers(at)ion en bonne et due forme. Pour les puristes, fort marris de voir leur groupe chéri au Top 50, une purge, une trahison communautaire. Pour les nouveaux venus, que les autres appelleront bile en tête curistes* une véritable porte d’entrée vers quelque chose de plus important. C’est un disque de réconciliation, de concorde nouvelle, d’un nouveau départ. Continuer la lecture de « The Cure, The Head On The Door (Fiction / Polydor, 1985) »
Catégories chronique nouveauté
The Autumn Defense, Here And Nowhere (Yep Roc Records)
Il y a ces deux albums publiés à quelques semaines d’intervalle, coup sur coup, mais tellement différents. Difficile pourtant de résister à la tentation comparative puisqu’ils apparaissent simultanément comme deux surgeons d’un des groupes américains les plus importants du début de ce siècle. Twilight Override de Jeff Tweedy est un triple album – ce seul constat factuel pourrait fort bien suffire à écluser le sujet – rempli jusqu’à saturation des fragment d’introspection sur l’état dramatique de l’époque et d’ébauches musicales capturées sur le vif, dans une forme de profusion éclectique et d’inachèvement spontané qui n’exclut ni les coups de génie, ni les fausses pistes. Here And Nowhere de The Autumn Defense – ce groupe formé il y a vingt-cinq ans par John Stirratt et Pat Sansone, en marge de leurs activités d’instrumentistes au sein de Wilco – contient tout simplement onze chansons douces, mélodieuses, arrangées avec soin et classicisme, qui parlent le plus souvent de l’amour et du temps qui passe. Toute honte bue, je crois que j’éprouve davantage de plaisir à écouter – et même réécouter trois fois de suite, pour rééquilibrer la balance – le second. Continuer la lecture de « The Autumn Defense, Here And Nowhere (Yep Roc Records) »
Catégories playlist
LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS D’OCTOBRE 2025

A l’heure ou on se réfugie chez soi, cette sélection automnale a tout pour nous réconforter. Un nouveau Stereolab, beaucoup d’artistes qu’on suit depuis quelques temps (Ulrika Spacek, Peel Dream Magazine, Courtney Barnett, Tony Molina, U.S. Girls, Oneohtrix Point Never), des retours en flamme (eat-girls, Galán) et quelques belles découvertes (Snocaps, Gloubiboulga, They Are Gutting a Body of Water), de quoi patienter avec sérénité en observant le monde s’écrouler.
Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify.
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Catégories interview
Studio Electrophonique : « Je voulais tenter autre chose »

Dans un monde où tout va à cent à l’heure, il n’est pas nécessaire de convaincre James Leesley, seul maître à bord de Studio Electrophonique, que prendre son temps peut rendre nos existences plus riches. Avec seulement vingt-deux titres publiés en sept ans, Leesley a pourtant réussi à s’imposer comme un des songwriters les plus singuliers de sa génération avec une musique minimaliste, flirtant parfois avec le lo-fi, mais avec une vision forte et des idées bien arrêtées. Pour preuve, ce premier album éponyme enregistré sur un huit pistes avec du matériel trié sur le volet qui est accompagné de vidéos somptueuses tournées en système D. Continuer la lecture de « Studio Electrophonique : « Je voulais tenter autre chose » »
Catégories portrait
Inclassable Misha Panfilov

La procrastination et la dérive au gré des plates-formes de streaming peut parfois mener à des contrées enchantées dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Alors que je suivais nonchalamment le courant de l’algorithme, je me suis ainsi tout récemment retrouvé sur l’île merveilleuse de Misha Panfilov, multi-instrumentiste surdoué, aussi prolifique qu’inspiré. Dans la vraie vie ce petit génie estonien qui réside au Portugal n’a cessé de sortir des disques à un rythme frénétique, sans pourtant que la qualité de ses productions n’en soit le moins du monde affectée. Continuer la lecture de « Inclassable Misha Panfilov »
Catégories chroniques
The Beths, Straight Line Was A Lie (Anti-)
Aujourd’hui, partons à l’autre bout du monde, quelque part dans la mer de Tasman aux confins du Pacifique. Ce mystérieux pays gagne régulièrement la coupe du monde de rugby à notre détriment. Nous sommes à Auckland, la plus grande ville de Nouvelle Zélande à la découverte de The Beths. Si nous connaissons historiquement la scène du Dunedin Sound (The Bats, The Verlaines, The Chills, The Clean etc.), finalement assez peu de groupes actuels nous parviennent. En plus de The Beths, mentionnons tout de même, ces vingt dernières années, les D4, Datsuns, Unknown Mortal Orchestra et les excellents Salad Boys (Trouble In mind). Continuer la lecture de « The Beths, Straight Line Was A Lie (Anti-) »
Catégories hommage
Soft Cell, beauté osée

Soft Cell, au casque, en arpentant à grandes enjambées la nuit un peu morne d’une ville un peu fade. La rue se voudrait moderne et fun, cool, insouciste, égoissive et jouissante. A cet instant, abandonnée au ressac sans fards de sa réalité revenue avec la nuit, elle n’est que le décor parfait de cette expérience urbaine presque pure, en tous cas intense.
Chorégraphiés par le pulse idéal de machines motownisées avec autant de talent que d’amour, mes pas parcourent la série de fantaisies synthphoniques cruciales qui déploient en moi, une nouvelle fois, leur électricité lyrique, leurs synthèses romantiques. Continuer la lecture de « Soft Cell, beauté osée »
Catégories chronique nouveauté
Alex G, Headlights (RCA Records)

Deux mois, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour digérer le nouvel album de celui dont je pensais ne jamais pouvoir être déçue ; car je crois que c’est de la déception que j’ai ressentie cet été en écoutant le reste de Headlights. Les singles parus les semaines précédentes – Afterlife et June Guitar en particulier – m’avaient fait l’effet habituel lorsqu’il s’agit d’Alex G : déroutants d’abord, puis obsédants ensuite. Mandoline, banjo, accordéon, le folklore organique de Rocket (2017) était là, les effets de voix et autres bizarreries de House of Sugar (2019) ou God Save the Animals (2022) aussi, le tout dans une énergie accrocheuse.
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Catégories sunday archive
Playlist : Tous les chemins mènent à Saint Etienne

Je l’ai déjà maintes fois dit / écrit / crié : Saint Etienne reste pour moi l’incarnation même de l’une des plus grandes injustices de l’histoire de la pop – moderne ou pas –, en particulier dans nos contrées, où leurs disques ont le plus souvent été accueillis dans une indifférence polie (oui, même le fameux Saint Etienne Daho de 1995) alors que sincèrement, ces gens-là ont écrit plus de singles que tous leurs contemporains réunis. Surtout, ils ont aussi mené leur barque comme ils auraient voulu que leurs groupes ou artistes favoris mènent la leur. Alors, ils ont laissé certaines de leurs compositions entre les mains d’artistes dont ils étaient fans, renoué avec les traditions de singles de Noël et des compilations offertes aux membres du club de fans ; ils ont continué d’imaginer des structures épatantes pour produire des groupes chers à leur cœur (Icerink, Royal Mint, Emidisc), composé pour (ou remixé) d’autres, offert des chansons à des petits labels le temps de 45 tours vinyle précieux – à une époque où le mot même de « vinyle » était banni. Alors voilà, plutôt que de résumer tout cela en décalquant l’une des compilations consacrées à ce trajet exceptionnel (mention spéciale pour London Conversations), j’ai préféré piocher parmi ces titres qui font d’ordinaire le bonheur des collectionneurs. Pour mieux illustrer, non sans une pointe de prétention, le talent de Bob Stanley, Pete Wiggs et Sarah Cracknell, responsables de la bande originale rêvée de tous ceux qui pensent qu’une seule chanson peut changer le cours d’une vie.
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Catégories interview
Saint Etienne, le dernier disque du reste de leur vie

C’est toujours la même histoire depuis quelque temps déjà… Se souvenir de la première fois. De la première fois où l’on a découvert tel groupe, tel disque, telle chanson. Parfois, ledit souvenir est clair, limpide et ramène à un lieu, un jour tellement précis qu’on a l’impression de pouvoir revivre l’instant. Parfois, il a été comme effacé de la mémoire, sans raison particulièrement valable. Et sans doute encore moins valable lorsqu’il s’agit de Saint Etienne, tant c’est l’un des groupes qui a beaucoup compté dans ma vie professionnelle (les années Mushroom, les premières piges pour Rock & Folk, la naissance de la RPM) et la vie privée (nous y reviendrons – enfin, peut-être), tant il a accompagné la dernière décennie du XXe siècle presque au quotidien et les premières années du XXIe siècle sur un rythme presque identique. Continuer la lecture de « Saint Etienne, le dernier disque du reste de leur vie »
Catégories selectorama
Selectorama : Robert Scott (The Bats)

Avec Corner Coming Up, somptueux nouvel album de The Bats – en rupture de stock le jour même de sa sortie -, Robert Scott confirme qu’il est bien ce diamant brut dont le passage du temps n’aura jamais terni l’éclat. Bien rare sont les musiciens qui, comme lui, peuvent se targuer d’avoir été membre de deux groupes majeurs, quand il est déjà assez glorieux d’avoir pu l’être d’un seul. Car avant d’assurer dès 1982 le chant, la guitare rythmique et la composition au sein de The Bats, l’ami Robert était déjà depuis 1980 le bassiste des mirifiques The Clean, qu’on pourrait sans exagération qualifier de Velvet Underground néo-zélandais, tant par leur lien de parenté esthétique avec le groupe de Lou Reed que par leur influence sur toute la luxuriante scène néo-zélandaise regroupée autour du label Flying Nun, mais aussi sur la scène indie mondiale.
Nouveau : Le selectorama est en écoute en podcast ci-dessous !
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Catégories Chronique en léger différé
Bandit Voyage & Milla Pluton, Millacore (Cheptel Records)
Quand on écrit sur un disque, on commence généralement par parler du label, de l’historique, tout ça — c’est l’usage, ça marche, c’est bien. En l’occurrence, ce serait cependant mentir un peu : je ne connaissais ni Milla Pluton, ni Bandit Voyage, ni même Cheptel Records. Et puisque nous sommes à l’heure des confidences, j’avais à peine entendu parler de la Suisse, où vit tout ce monde. Ah si ! Je sais qu’un certain nombre de Françaises et Français traversent cette frontière chaque jour, quitte à se foutre dans des bouchons interminables – infirmières, contrôleuse de gestion, vendeur en prêt à porter, universitaire… j’en passe, et des meilleurs. C’est donc plutôt par hasard que je suis tombé sur cet album, en fouillant les goûts de je-ne-sais-qui sur last.fm — vous savez, ce site aujourd’hui très démodé qui enregistre, compte toutes vos écoutes. J’ai tout de suite trouvé ça superbe et, une vingtaine d’écoutes plus tard, je suis encore du même avis. Continuer la lecture de « Bandit Voyage & Milla Pluton, Millacore (Cheptel Records) »
Catégories interview, mardi oldie
Pet Shop Boys, Behaviour (Parlophone, 1990) : la frasque et la plume
Tout est parti d’une conversation impromptue, à la sortie d’un concert au printemps dernier, avec le coordinateur de ces pages, qui regrettait l’absence d’article sur les Pet Shop Boys dans les colonnes de Section26, alors que beaucoup de ses contributeurs sont fans du duo. J’ai alors réalisé que l’année 2025 coïncidait avec le trente-cinquième anniversaire de la sortie de Behaviour, un album vraiment à part dans la discographie désormais pléthorique de Neil Tennant et Chris Lowe, pourvoyeurs depuis maintenant quatre décennies d’une électro-pop aussi sensible qu’efficace, où mélodies accrocheuses et textes mélancoliques entrent en symbiose avec une élégance rare.
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Catégories chronique nouveauté
Jessica93, 666 Tours de périph’ (Born Bad Records)

« Nique sa grosse mère »
Division ruine. On avait plus qu’une intuition que la maison de disques au coq pas sportif savait y faire quand il s’agissait de solder les comptes du passé. On ne parle pas ici des compilations rétrospectives qui jalonnent la discographie de Born Bad avec un aplomb après-nous-le-déluge, mais de cette volonté écrite à l’encre sympathique d’essayer d’encapsuler un genre plus ou moins issue de la sauvagerie et de la liberté des sous-sols punks et associés des 20 dernières années. Ce non-mouvement a fait déferler depuis Metz, disons, et sur tout le pays des hordes de groupes sans lendemain mais aux disques importants suivis par des aventures plus ou moins solo picaresques (Marietta, Usé, Ventre de Biche, Heimat, Zad Kokar, Theoreme….), avec certains déjà pris dans les filets (de sécurité). Continuer la lecture de « Jessica93, 666 Tours de périph’ (Born Bad Records) »
Catégories selectorama
Selectorama : Vanille

Après les excellents Soleil ’96 (2021) et La Clairière (2023), la chanteuse québécoise Vanille (Rachel Leblanc) revient avec un troisième album intitulé Un chant d’Amour, toujours sur le label Bonbonbon. Entourée de Christophe Charest-Latif ainsi que de Julien Comptour, Philippe Noël et Christophe Rosset-Balcer, Vanille s’est inspirée de la sunshine pop qu’elle apprécie tant. Pour Section26, elle a accepté de nous proposer une sélection de chansons qui l’ont inspirées ou parmi ses favorites dans le genre. Voici donc dix merveilles des sixties, sélectionnées avec Amour par Vanille, autant d’occasion de redécouvrir cette grande période musicale dont le souvenir s’éloigne à mesure que ses participants tirent leur révérence. Cette musique reste pourtant d’une fraîcheur et d’une puissance évocatrice unique comme en témoigne les choix avisés de Rachel Leblanc dont on attend aussi l’album avec impatience.
Nouveau : Le selectorama est en écoute en podcast ci-dessous !
Catégories sous surveillance
Sous Surveillance : Vérité Synthétique

Qui ?
Où ?
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Catégories chronique nouveauté
The New Eves, The New Eve Is Rising (Transgressive/Proper/Berthus)
Déjà repérées il y a plusieurs mois sur la foi d’une très belle proximité avec quelques révolutions new-yorkaises pré-punk de pas beaucoup, The New Eves de Brighton sortent enfin leur premier album. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas le disque le plus agréable du moment, mais il n’est pas là pour ça. Et puis en fait il l’est souvent, agréable, mais surtout parce que corrosif, vital, essentiel, inspirant, déraisonnable et inspiré. Un vrai jeu de piste entre la déraison et la beauté. On sort les références importantes dans deux minutes, soyez patient.e.s un peu, merde. Continuer la lecture de « The New Eves, The New Eve Is Rising (Transgressive/Proper/Berthus) »
Catégories billet d’humeur
De l’avenir

Certains l’auront remarqué, d’autres sans doute pas, nous avons mis notre site en pause depuis début octobre. Une rentrée particulièrement difficile, on le voit et on le lit partout, et qui nous concerne aussi, à notre échelle. Le premier constat évident, près de huit ans après le début de notre aventure collective, est que nous avons changé. Nous avons vieilli, la pop moderne a évolué, les usages d’écoute de musique aussi. Que faut-il déduire de tout cela ? L’équipe historique, celle de la RPM, partage toujours ses passions musicales. Avec parfois un peu plus de ferveur en ce qui concerne celles qui ont traversé le temps, ces groupes ou artistes qui sont aujourd’hui notre patrimoine. Sur une autre note, depuis nos débuts, on a eu très à cœur d’accueillir de nouveaux venus, qui ont chacun à leur manière réussi à ouvrir le champ des découvertes. Somme toute, une histoire qui résume l’avancée en âge de tout média qui s’attache à évoluer au fil de son existence. Nous avons interrogé en interne l’engagement de nos auteurs, mais la question qui se pose est aussi un peu plus vaste. Comment évoluer et continuer à toucher un public, même de niche, quand la recommandation musicale passe par les algorithmes, au moment où la critique musicale se limite à une story sur les réseaux ? A-t-on réellement encore le temps et l’envie de lire du texte à l’heure où nos cerveaux sont mitraillés de vidéos sur les réseaux et d’informations sur les médias ? Une amie me disait récemment que nous sommes épuisés par notre époque, et il y eu un véritable tournant au moment de la pandémie. C’est sans doute vrai, et cela explique surement en partie nos doutes. La seconde question vous concerne. On échange souvent, dès que vous le souhaitez, sur le site ou sur les réseaux. On vous rencontre de visu lors des concerts ou autres évènements, mais ces moments sont informels, on ne sait pas précisément ce qui anime votre lien avec la musique. Alors oui, on vous engage à vous manifester, à nous dire si ce qu’on vous propose vous convient toujours. Est-ce que la critique musicale a toujours du sens en 2025 ? Est-ce que l’on doit prendre d’autres chemins pour vous parler de musique ? Une chose est certaine, nous n’avons pas fini d’avoir envie de vous partager nos coups de cœur, éternels ou récents. On vous laisse même le choix de nous contacter si vous avez envie de nous rejoindre. Et d’ici là, nous reprendrons le cours de nos publications, en espérant que ces lignes auront sollicité votre écoute, et on l’espère, vos réactions. (TS)
Catégories mardi oldie
Les Roche Martin, Id (Warner Music France)
Petit événement pour les amateurs de pop ouvragée des années soixante : enfin une réédition des Roche Martin ! Nous étions nombreux à l’espérer. Les deux EPs de 1967 ne viennent pas seuls, mais accompagnés d’inédits. Pour la répartition, Warner a fait simple en choisissant de publier les huit titres déjà existants en 45 tours en face A et les dix nouveaux de l’autre coté. Si le nom de Roche Martin a échappé a beaucoup d’entre vous, ses membres devraient, en revanche, vous parler davantage. Nous y retrouvons en effet François Bernheim et les sœurs Violaine et Véronique Sanson. Continuer la lecture de « Les Roche Martin, Id (Warner Music France) »
Catégories chronique nouveauté
Jemima, Even the Dog Knows (All Night Flight Records)
La découverte d’un nouveau disque est toujours une expérience contradictoire : partagée entre l’immédiateté de l’affect et une logique plus oblique, mobilisant un savoir référencé typique de l’érudit-pop. C’est précisément ce qui se produit avec Even the Dog Knows du duo londonien Jemima. On pense aux influences post-rock et avant-folk/lo-fi – Movietone, Palace ou encore Gastr del Sol constituent d’évidents points d’ancrage. Des titres comme What is it ou Coming Over nous projettent en terrain connu : boucles arythmiques et vacillantes, guitares éthérées et collages sonores bancals contribuent à une esthétique folk soustractiviste, qui n’est pas non plus sans rappeler les travaux hypnagogiques typiques de The Caretaker. Continuer la lecture de « Jemima, Even the Dog Knows (All Night Flight Records) »
Catégories playlist
LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS DE SEPTEMBRE 2025
Si on s’attache souvent à dégotter le plus souterrain et le moins convenu, la moisson saisonnière commence cette fois par un groupe qu’on n’imaginait pas forcément trouver dans nos pages. Un signe qu’on n’est jamais définitif avec nos goûts, et qu’il y a toujours des choses à (re)découvrir, avec l’envie d’élargir et de renouveler notre passion pour une musique amplifiée et indépendante qu’on ne prend plus vraiment la peine de catégoriser. Écoutez, vibrez, partagez… (TS)
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Catégories chronique nouveauté
Joanne Robertson, Blurrr (AD 93)
Là où le champ de l’expérimental rejoint l’immémorial folk : un ode, un node, un nœud — là au fond de la gorge qui prend aux tripes mammifères où le reptilien ne sait plus s’il est poule ou œuf — c’est un nouvel album de Joanne Robertson qui apparaît en plein mois de septembre. Elle est là. Là derrière sa guitare et son écho, deux spécificités rien qu’à elle. À cet endroit précisément Joanne Robertson trace un trait. Une ligne d’horizon au lointain mais qui vient nous susurrer des émotions primordiales, ouatées. Blurrr le dit très bien dans son nom, c’est une masse floue, qui ronronne, mieux encore : qui déroule, enroule, empoigne. Robertson nous laisse là le temps — un luxe — d’entrer dans la chimie du son de la guitare, dans la métaphysique chordiale. Continuer la lecture de « Joanne Robertson, Blurrr (AD 93) »
Catégories mardi oldie
Las Grecas, Gipsy Rock (CBS, 1974)
Te Estoy Amando Locamente de Las Grecas est partout à la radio en Espagne en cette année 1974. Fierté de la culture cañi (gitane), la chanson est désormais un classique de la pop espagnole. Il y a quelques années, Rosalía reprenait d’ailleurs le titre dans ses concerts. Derrière cet étonnant 45 tours, les sœurs Carmela et Edelina Muñoz Barrull chantent le flamenco comme personne d’autre. Nées en Espagne, les chanteuses font leurs armes dans des fêtes espagnoles en Argentine. Après leur retour au bercail, la plus grande des deux (Carmela) chante dans un tablao, bientôt rejointe par la benjamine. Continuer la lecture de « Las Grecas, Gipsy Rock (CBS, 1974) »
Catégories borne d'écoute
Retour en grâce de Sam Fleisch

Presque une décennie sépare Nunna Daul Isunyi du nouvel album Saturnine Child, l’un sorti chez Teenage Menopause, l’autre chez Les Disques Du Paradis, un label Bordelais. Articulé autour de Sylvain Kablfleisch, Sam Fleisch a toujours cette patte ambitieuse et mélodique. Moins lofi et avant-gardiste que son premier album, Baltimore, seule chanson en écoute pour le moment, est plus revêche, mais garde ce côté cotonneux et candide qui la sublime. L’enregistrement est signé Arthur Satàn et l’album sortira sur Les Disques du Paradis. Continuer la lecture de « Retour en grâce de Sam Fleisch »
Catégories portfolio
L’Officine du bruit
A l’incroyable 5e édition du festival francilien Frisson Acidulé, les franco-belges ont fait vriller le Cirque Electrique

On ne savait plus trop quelle heure il était, quelle saison on subissait le week-end dernier au Cirque Electrique à Paris. Les têtes de noiseux croisaient quelques vieux punks, des dégaines de skaters fanés ou d’autres sombres figures sans doute attachés à des rituels chamaniques qu’on ignore. Et les têtes connues. Parmi elles, Philippe Lévy, toujours à l’appel. On ne vous refera pas les présentations, notez qu’il nous avait offert une photo de Sprung Aus Den Wolken prise en 1991 pour l’unique édition du fanzine Mushroom il y a 8 ans, postface à qui vous savez et prequel de ce site. Il y avait aussi Victor Hamant, ce mec qui nous arrose de partout de musiques païennes, en programmant des concerts démoniaques à Metz ou en partageant des nouveautés ici-même. Grâce à lui, on a vu certains des meilleurs groupes de cette fantastique édition de Frisson Acidulé, programmée par Arrache-toi un oeil, très New Trad (coucou Vince), entre la messe Cromorne, les fées Bacchantes, les anciens The Ex ou encore Officine, trio sauvage qui n’avait aucun scrupule à nous massacrer les tympans et à nous élever dans une folie rare. Pour célébrer tout ça, un portfolio, une petite dizaine de photos signées par Philippe, qu’on embrasse au passage. Une affaire de famille tout ça. Continuer la lecture de « L’Officine du bruit »
Catégories mardi oldie
The Loft, Once Round The Fair 1982-1985 (Creation, 1988)
On devrait immensément se réjouir et frétiller de gratitude de pouvoir (enfin) assister à un concert de The Loft en 2025, le samedi 20 septembre, lors du Paris Popfest*. Parce qu’en fait cela ne tient qu’à deux singles. Mais pas deux petits singles, attention. Réunis compilatoirement bien après leur sortie, et à au moins deux reprises depuis chez Rev-OLa ou Cherry Red avec un peu plus et pour notre jeune gouverne en 1988 (j’étais en première et je ne m’en suis visiblement toujours pas remis) sous l’intitulé Once Round The Fair The Loft 1982-1985. Une citation des paroles de Up The Hill And Down The Slope, morceau toujours ahurissant dont l’incipit, « My Magpie Eyes Are Hungry For The Prize » titra également la nécessaire, quoique contestée, saga du label Creation sous la plume de David Cavanagh (rip) parue juste à l’aube du nouveau siècle. C’est dire si dans la genèse du label d’Alan McGee la jeune troupe menée par Peter Astor fait office de CNR par rapport à l’histoire officielle qui voudrait qu’à l’origine, hors les têtes de morts d’East Kilbride**, point de salut. T’as qu’à croire. Continuer la lecture de « The Loft, Once Round The Fair 1982-1985 (Creation, 1988) »
Catégories selectorama
Selectorama : SCHØØL

Ecouter ce qu’on a aimé joué par des groupes de maintenant, voilà le point de rupture pour certains qui imaginent ne pas pouvoir laisser la transmission faire son œuvre. On est forcément projeté en arrière en écoutant SCHØØL, mais ce quatuor formé par des membres d’autres groupes (Francis Mallari de Rendez-Vous, Erica Ashleson de Special Friend, Eggs et Dog Park, Jack Moase de Liquid Face et Alex Battez de Marble Arch) arrive à cristalliser l’état adolescent dans toute sa poésie émotionnelle dans ce premier album très réussi où les ballades rock font l’effet d’un scrapbook nineties illustré par quelques collages et dessins d’époque. Et cette projection dans un moment de vie fantasmé est surement le meilleur moyen d’échapper à la cruauté du moment. Comment ne pas résister au plaisir de demander au groupe quels étaient leurs fantasmes musicaux de teenagers… Continuer la lecture de « Selectorama : SCHØØL »
Catégories cover
Robert Robinson & The Connecticut River Band, Albemarle Station (Silver Jews cover)

Lorsqu’en 2019, avec l’ami Baptiste Fick, nous avons mis en chantier la compilation-hommage à David Berman, je me suis rappelé de Robert Robinson, connu alors sous le nom de Sore Eros et dont j’avais jadis chroniqué (pour un mensuel dont seul le nom a subsisté) le magnifique Second Chants (2009). Je n’avais alors aucune crainte quant à la proximité spirituelle de Sore Eros avec son aïeul, mais je demeurais bien curieux de connaître le résultat, car si on peut évidemment parler d’indie rock et de folk pour qualifier les productions de Robert Robinson, il est tout aussi certain que son art s’éloigne très souvent du minimalisme de Silver Jews.













