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Boards Of Canada : Les moissons du ciel

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Boards of Canada

Sans nouvelles des écossais depuis Tomorrow’s Harvest en 2013, date de cette rare interview donnée par les frères de Boards Of Canada, généralement peu friands des média, on espère toujours entendre un nouvel album en provenance de leurs studios isolés à la campagne. Sept ans s’étaient écoulés entre le lumineux The Campfire Headphase (2005) et cet album plus sombre, il n’est donc pas utopique d’espérer encore. En attendant, voici un état des lieux de leur création à l’époque de la sortie du dernier disque en date.


Marcus Eoin et Mike Sandison auront beau le nier, ils sont très soucieux de la manière dont le public perçoit leur musique. Il n’y a absolument rien de méprisable à cela, bien au contraire. S’il avait pu, Stanley Kubrick aurait repeint lui-même les salles de cinéma qu’il n’estimait pas assez obscures pour projeter ses films. Pour Boards Of Canada, c’est un peu la même chose. Bon, d’accord, ils ne viendront pas régler eux-mêmes l’équaliseur de votre chaine hi-fi ou changer la disposition de vos enceintes audiophiles, mais ils prennent soin de tous les détails, de l’enregistrement jusqu’à la promotion. Continuer la lecture de « Boards Of Canada : Les moissons du ciel »

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Neil Young, Archives Vol.II (Reprise Records, Warner Music)

Avec ce travail de réédition d’albums, de publication de live et de compilation d’inédits entrepris depuis plusieurs dizaines d’années, Neil Young est devenu le gardien de son propre temple, une sorte de Moses Asch monomaniaque et autocentré qui, à 75 ans passés, trouve encore le temps d’enregistrer des disques, et parfois même des bons. Aussi généreux et enthousiasmant soit ce projet, il n’est pas sans poser des problèmes d’éthique. Lorsqu’on raconte ses propres aventures, peut-on aussi être un bon historien ? La question ne se posait pas vraiment pour le premier volume des Archives, paru en 2009. Le Loner y exhumait les premiers trésors d’une trajectoire, certes sinueuse, mais résolument ascendante : des enregistrements des Squires en 1963, jusqu’au succès planétaire de Harvest, consacré cathédrale du folk-rock dès sa sortie en 1972, en passant par la pop lumineuse de Buffalo Springfield, un premier solo sous-estimé, quelques titres avec Crosby, Stills et Nash, le premier Crazy Horse, intense et sale, puis au milieu de tout cela, After The Gold Rush, véritable pierre de touche de cette période Topanga Canyon. Continuer la lecture de « Neil Young, Archives Vol.II (Reprise Records, Warner Music) »

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Selectorama : Vaisseau

Vaisseau

Depuis quelques semaines, il existe une véritable liturgie d’un culte voué à Tangerine Dream et Black Sabbath qu’on appelle le synth doom. Les uns sourient, d’ailleurs les intéressés eux-mêmes ne s’en privent pas, d’autres se vautrent des deux oreilles dans ce savoureux mélange de rock progressif, de heavy metal et de musique électronique. Horrors Waiting in Line en est pour l’instant l’unique représentant. C’est un disque de doom sans guitare, étrange, jouissif et probablement le plus audacieux du genre depuis des années. Il est l’œuvre de deux musiciens de Brest, deux metalheads passionnés et érudits. L’un d’eux (Ewenn, le batteur) n’est autre que le fondateur de l’excellent Totem Cats Records, le label de Dopethrone qui réédite Bongzilla ou le premier album de Sons of Otis, Spacejumbofudge (1996), la chapelle Sixtine du psych-doom. Du coup, et là c’est un peu de ma faute, la discussion a parfois viré à un enthousiaste name dropping de “groupes préférés”. Continuer la lecture de « Selectorama : Vaisseau »

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I Like 2 Stay Home #22 : Exotic Delights

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

C’est fou ce qu’il fait beau depuis trois semaines. J’ai piqué la place du chat près de la fenêtre et je passe certains de mes longs après-midis à regarder ce qui se passe dans l’immeuble d’en face. J’ai l’impression d’être James Stewart dans Fenêtre sur cour. Sauf que Grace Kelly ne remplit pas mon frigo et que je ne passe pas mes journées en pyjama. Mes voisins, en revanche, vautrés quotidiennement à 14h devant l’interminable filmographie de Louis de Funès ne semblent pas toujours très prompts à s’habiller. Notez que je serais sûrement comme eux si je n’avais pas décidé d’une routine stricte en début de confinement. Et ma discothèque m’a grandement aidé à m’y tenir. L’exotica, par exemple, m’incite à porter une chemise et un pantalon (propres) chaque jour. Les rêveries musicales de Martin Denny, les paysages sonores d’Arthur Lyman et les voyages merveilleux de Les Baxter s’accordent mal avec la procrastination vestimentaire, vous en conviendrez. Cette mixtape a donc pour vocation de vous aider à retrouver un peu de dignité autant que vous faire rêver. 83 minutes de pop, de jazz, de chansons traditionnelles qui remueront vos souvenir de série B : le Corsaire Rouge qui descend de son mat, Debra Paget et sa danse du cobra, le Comte Zaroff et ses chasses au pangolin, Elvis et son bateau de pêche, les requins d’Australie, les côtes tahitiennes, les Andes, le Nil, la jungle. Exotisme d’opérette et dépaysement en technicolor. Et puis, avec votre aloha shirt ou votre polo Pierre Balmain en nylon marron vous aurez l’air d’un véritable esthète. Même après votre quatrième Mai Tai de l’après-midi. Ce qui paraîtra difficile en survêtement. Aloha et à la vôtre ! Continuer la lecture de « I Like 2 Stay Home #22 : Exotic Delights »

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FAME 2020 : Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert


Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert

Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert

Le film commence. L’image est plate, sans contraste et bruitée ad nauseam. Je me dis alors que la vidéo sur bande est décidément ce qui est arrivé de pire à l’image animée ; c’était mieux avant la VHS, le Beta et le Hi-8 et ça sera aussi mieux après. Dès les premières secondes, je suis agacé par ce que je pense être du maniérisme de vidéaste. Les images défilent. Le désert. Des immeubles éventrés par des obus. Des rues envahies par les ordures. Des ruines modernes. Des ruines antiques. Le soleil. Et ce vent brûlant, chargé de sable qui gifle le pays et balaye au passage mes a priori esthétiques. Continuer la lecture de « FAME 2020 : Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert
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Sunn O))), Life Metal (Southern Lord)

Les intéressés vous le diront tous, un concert de Sunn O))) est une expérience vraiment unique. Le groupe joue si fort que les fréquences basses ne font pas uniquement vibrer les tympans mais les corps tout entiers. Ces performances sont aussi jubilatoires qu’éprouvantes, à en juger par les sourires extasiés des uns et les flaques de vomi laissées par les autres (il se peut que ce soit les mêmes spectateurs). Et sur disque ? Que reste-t-il de cette musique lorsqu’elle est diffusée sur nos modestes sound-systems domestiques ? Est-il possible d’écouter Sunn O))) avec ses seules oreilles ? Continuer la lecture de « Sunn O))), Life Metal (Southern Lord) »

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V/A Technicolor Paradise, Rhum Rhapsodies & Other Exotic Delights (Numero Group)

Technicolor ParadiseL’exotica est pour les nostalgiques d’un monde qui n’a jamais existé. La bande sonore pour rêver de contrées sauvages et mystérieuses en restant bien au frais dans un salon climatisé, un martini à la main et un peignoir sur le dos. Les musiciens américains qui jouent cette musique ne savent eux-mêmes pas grand-chose des terres australes qu’ils évoquent. Quelques-uns ont bien servi dans la guerre du Pacifique ou en Corée, mais la plupart n’ont jamais franchi aucune frontière. Ils tirent leur inspiration d’illustrations de pulps, de photos du National Geographic (dans le meilleur des cas) ou de films d’aventures de série B. Continuer la lecture de « V/A Technicolor Paradise, Rhum Rhapsodies & Other Exotic Delights (Numero Group) »

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Sleep, The Sciences (Third Man Records)

SleepLa trajectoire de Dopesmoker (2003), le précédent album de Sleep, est édifiante. C’est à elle seule un chapitre entier de l’histoire du metal. Après leur deuxième LP, le remarquable Holy Mountain (1992), le trio signe chez London Records. On leur promet une liberté artistique totale. Ça tombe bien, Chris Hakius, Al Cisneros et Matt Pike sont alors en train de composer un morceau d’une heure. Continuer la lecture de « Sleep, The Sciences (Third Man Records) »