Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , , ,

Omertà, Âmes bleues (Standard in-Fi, Carton, ZamZam Records)

omerta

« Dormir dans les champs, entendre le vent effacer ton souvenir »

C’est en 2022 que Musique Journal, par la plume d’Etienne Menu, avait attiré mon attention sur ce super groupe lyonnais (encore un). Super au sens où il réunissait un aréopage de personnalités s’épanouissant chacun.es de leur côté dans la musique ou les arts. On rigole un peu avec cette notion de super groupe, parce que l’époque n’est plus à la bagarre d’ego, mais plutôt à la complémentarité, la transversalité, et tout cela fonctionne heureusement très bien à l’échelle du territoire et de ses souterrains. Avec, donc, pour ceux que je connais et ça suffirait déjà : Romain de Ferron, de Balladur, un des meilleurs trucs à voir en concert de ses dernières années, ou autre un autre Romain, Hervault qu’on a croisé dans Société Etrange. No offense, les autres, hein, comme on dit, de toute façon, « le tout est plus grand que la somme de ses parties ». Continuer la lecture de « Omertà, Âmes bleues (Standard in-Fi, Carton, ZamZam Records) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , , ,

Emmanuel Tugny, Le Livre (Jaera, Saar Records, Wiseband)

« Que de la chanson » … mon œil !

Parmi les choses qu’on peut ne pas aimer : se faire expliquer la genèse d’une œuvre, ses motifs, références, etc. avant d’avoir pu l’approcher (on préférera, par exemple, lire les préfaces comme des postfaces, des critiques de films ou des fascicules d’expos une fois dehors). Alors comment, sans évoquer d’élément biographique ou extrait d’interview, parler d’un grand disque à qui ne l’a pas encore écouté ? Après que vous aurez – espérons-le – découvert Le Livre, jetez un œil à l’hallucinant CV d’Emmanuel Tugny – artistique mais pas que. Vous pourrez peut-être commencer à comprendre le foisonnement de sensations qui vous saisissent à l’écoute de son dernier album. Et, toujours plus hanté par ses intonations, ses mots, ses musiques, vous ne le lâcherez sûrement plus – vous serez tenté d’aller écouter ailleurs… et puis non. Ce disque est un roman qu’on ne peut pas poser. De ceux qu’on vit. Un au-delà. Continuer la lecture de « Emmanuel Tugny, Le Livre (Jaera, Saar Records, Wiseband) »

Catégories Chronique en léger différéÉtiquettes , , , , , ,

Averse, Comme toi (autoproduction)

averseEn procrastinateur 100% perdu dans le flux costaud de sorties, il se peut que des disques m’échappent à force de repousser leur micro analyse pour l’arrière-magasin ou Section26. Comme un CD qui aurait glissé sous le siège de la voiture, sans crier gare. Même pas écouté une fois, ou d’une oreille distraite, moins hip, moins beuz, il y a plein de raisons de passer à l’as dans ce monde de la surabondance. Il faut alors compter sur une bonne âme pour vous tirer l’oreille, que ce soit l’artiste lui-même, bien obligé d’assurer le s.a.v. en ces temps de vaches maigres, ou que ce soit un copain/copine des réseaux bien intentionné qui envoie un message succint : Eh gars, t’as écouté la chanson Écorce de Charles Virot ? Merci Laurent. Continuer la lecture de « Averse, Comme toi (autoproduction) »

Catégories Chronique en léger différéÉtiquettes , , , ,

Maxwell Farrington & Le SuperHomard, Window Tax (Talitres)

Oui. L’album est en effet sorti au printemps dernier mais après tout, pourquoi toujours confondre vitesse et précipitation – encore plus à une époque où il n’existe plus d’ailleurs que la précipitation –, comme si un nouveau disque, après tout, avait une date de péremption – et qu’en parler quelques  semaines, mois, voire années après sa sortie relevait de l’incongruité et que cela revenait à se ridiculiser pour n’avoir pas crié avec les loups… De toute façon, je m’en fous car cela s’imposait pour moi comme une évidence et la pochette disait beaucoup : ces feuilles mordorées qui jouent des coudes pour imposer leur reflet dans l’eau faisaient forcément de cet un album un disque d’automne ou d’été indien. Un disque de lumières plus douces, d’air plus léger, de nuits qui tombent ni trop tard ni trop tôt, de conversations qui se murmurent. Continuer la lecture de « Maxwell Farrington & Le SuperHomard, Window Tax (Talitres) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Dona Casque, Le Reflet de Maman (Turbo Discos)

Dona Casque se sont d’abord fait connaître par leurs concerts, parmi les meilleurs des souterrains parisiens, et au-delà, car Dona Casque (dont on vous avait déjà parlé ici) se carapate partout : France, Europe, côte Ouest des États-Unis cet été, et présentement l’Allemagne. Rapide, coriace et endurant, Dona Casque est à la conquête du monde, sur le terrain, et pour cause, c’est un excellent groupe de scène. Déjà, ce n’est pas le trentième guitare/basse/batterie que l’on voit passer dans l’année ; c’est plutôt le premier, et probablement le dernier voix/clavier/basse + voix/batterie/clavier : Maë Favory d’un côté, Danny Kendricks de l’autre. Ce n’est pas que visuel, leurs concerts sont instables et efficaces, chaotiques et maitrisés, vivifiant. Le public a moins mal aux jambes. La buvette marche. Les deux ami⋅es font cinq choses en même temps et racontent des choses incohérentes et drôles entre chaque morceau. L’atmosphère se vide des jours qui passent, d’hier et de demain, se remplit du soir. Continuer la lecture de « Dona Casque, Le Reflet de Maman (Turbo Discos) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , ,

Odessey & Oracle, Technicolor (Dur & Doux)

« Nouvelle génération
Pas d’la chair à patrons
On veut plus travailler
Changer la société »

Quand on s’était repris de passion pour la chanson française dans sa grande acceptation contemporaine, on avait découvert émerveillés le disque d’Odessey & Oracle paru sur Another Record (Crocorama avec entretien dans Groupie, tout ça) puis on était remonté dans le temps pour leur premier francophone sur Bongo Joe, aussi parce qu’on avait l’intuition que leur histoire allait bien finir, genre une trilogie homogène, pochettes à l’avenant, tout ça, ligue de légende. On avait bien vu, même si le dernier chapitre à tarder à s’afficher, on ne rentrera pas dans les cuisines du groupe, mais on a là sans doute un album qui a failli rejoindre les mythes du lost album, si cher à nos cœurs crypto complo-complétistes : déjà enregistré, déjà pressé, mais empêché. Continuer la lecture de « Odessey & Oracle, Technicolor (Dur & Doux) »

Catégories Chronique en léger différéÉtiquettes , , , ,

Blason, Blason (bruit direct disques et [tanzprocesz])

La musique électronique et la pratique du live ont toujours entretenu des relations complexes. Un certain cliché irait même jusqu’à en opposer les termes : quoi de plus éloigné de la plus ou moins grande spontanéité de l’interprétation instrumentale que la soi-disant froideur des séquenceurs et autres systèmes de programmation. Évidemment, comme tout cliché, c’est sa part de fausseté qu’il convient de souligner. On pourrait même établir une histoire passionnante du live électronique et de ses singularités : du concert d’enceintes avec la musique acousmatique à l’impro live néo-psych du côté de la free party, en passant par les expérimentations de la scène indus ou de la scène laptop/Extreme Computer Music. Ou encore plus précisément, ces quinze dernières années, du côté du revival analogique. Continuer la lecture de « Blason, Blason (bruit direct disques et [tanzprocesz]) »

Catégories chroniquesÉtiquettes , , , , ,

Langue Pendue n°12 : Super mal produit, Une histoire du disque Supermalprodelica

Langue Pendue N°12 - Graphisme : Pauline Nunez
Langue Pendue N°12 – Graphisme : Pauline Nunez

Il est aujourd’hui admis que l’apparition et la généralisation des samplers au tournant des années 1980-1990 ont grandement contribué au développement d’une nouvelle grammaire musicale. Plus précisément, la mise sur le marché de machines (les samplers Akai notamment) dotées de la fonction de time stretching (la possibilité, plus ou moins aisée à cette époque, d’étirer/compresser le tempo d’un sample sans faire varier sa note/hauteur) a révolutionné la manière de composer et de produire à partir de collages de sons, de boucles ou d’autres matériaux sonores. On pense aux classiques du rap They Reminisce Over You de Pete Rock & CL Smooth ou Shook Ones Pt. II de Mobb Deep, ou encore, bien évidemment, aux productions jungle et à leur usage de l’Amen break. Mais c’est peut-être dans certaines productions à la croisée de l’abstract hip-hop et d’une post- ou neo-library music que cette esthétique de la citation pop et du montage dada a pu prendre sa forme la plus accomplie – les labels Mo’ Wax et Ninja Tune, avec What’s That Noise? de Coldcut, Mark’s Keyboard Repair de Money Mark, et bien évidemment le fameux Endtroducing….. de DJ Shadow. Continuer la lecture de « Langue Pendue n°12 : Super mal produit, Une histoire du disque Supermalprodelica »