Catégories livresÉtiquettes , , , , ,

Hugues Blineau, Le jour où les Beatles se sont séparés (Mediapop Editions)

Beatles Hugues Blineau
Photo : Hugues Blineau via la page facebook du livre

Le 10 avril 1970, je ne suis pas née. Je ne suis même pas encore à l’état de projet pour mon père et ma mère qui, par ailleurs, ne se sont pas encore rencontrés. En avril 1970, ma mère fait l’amour pour la première fois, je le sais car j’ai retrouvé son journal d’adolescente lorsque j’ai vidé son appartement après sa disparition. Le 10 avril 1970, les Beatles se séparent et si je ne suis pas sûre que cette nouvelle perturbe beaucoup ma mère, je suis en revanche certaine que mon père, ses cheveux longs et sa guitare en sont assez peinés, lui qui adorait George Harrison à qui il ressemblait vaguement. Mais de tout cela, je me fiche pas mal, je n’ai jamais été très fan des Beatles, même si comme tout le monde je peux citer un certain nombre de leurs chansons. Il y a celles que je déteste comme Ob-La-Di, Ob-La-Da ou Let It Be, et celles que j’aime beaucoup comme Sexy Sadie ou Come Together, mais il faut bien avouer que je ne me relève pas la nuit pour les écouter. Je me souviens d’avoir entendu les démos du White Album avec un garçon et d’avoir trouvé que Happiness is a warm gun était meilleure ainsi. Mais j’ai aussi souvent discuté avec un autre garçon qui qualifie les Four Guys de baltringues. Et, comme il est du genre persuasif, il a fini par m’en convaincre. Continuer « Hugues Blineau, Le jour où les Beatles se sont séparés (Mediapop Editions) »

Catégories chronique nouveauté, chroniquesÉtiquettes , , , , ,

Vacant Gardens, Under The Bloom (Tall Texan)

Glenn Donaldson nous avait déjà fait le coup avec Anxiety Art, l’excellent disque de The Reds, Pinks & Purples paru l’année dernière. Non, tout bien réfléchi, cela fait presque 20 ans qu’il récidive à sortir de son chapeau de nouveaux projets stylistiquement différents, au cercle de confidentialité aussi resserré que l’intimité qu’il ne cesse de tisser, disque après disque – et le monsieur est du genre productif -, avec ses fidèles auditeurs. D’une façon non exhaustive, rappelons la pop minimaliste d’Art Museums (avec le regretté Josh Alper), les chansons pastorales et surréalistes  de The Skygreen Leopards (avec Donovan Quinn), la cold wave germanique, nerveuse, martiale et romantique de Horrid Red  et Teenage Panzerkorps pour ne citer que les projets qui ont connu un embryon de succès, et sans jeter la pierre à celles et ceux qui n’en ont jamais entendu parler… Continuer « Vacant Gardens, Under The Bloom (Tall Texan) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , ,

Stephen Malkmus, Traditional Techniques (Domino/Sony)

Stephen Malkmus Traditional TechniquesNous n’avons jamais vraiment pu nous décider à détester totalement Stephen Malkmus. En dépit de certains agacements un brin corrosifs, trop beau gosse, trop malin, bien souvent trop égocentrique pour ne pas laisser les solos de guitares à d’autres, on garde toujours un intérêt, modéré, certes, mais bien réel pour sa carrière solitaire mais bien accompagnée (Janet Weiss aux tambours fut* un temps). Car même si l’on lui est finalement reconnaissant d’avoir sabordé Pavement avant d’avoir commis un disque franchement mauvais à l’aube du second millénaire, on reste toujours là, entre circonspection et excitation, sans jamais vraiment y trouver ni à redire, ni tout à fait notre compte. Continuer « Stephen Malkmus, Traditional Techniques (Domino/Sony) »

Catégories livresÉtiquettes , , ,

Bertrand Bouard, The Band (Le Mot et Le Reste)

The Band
The Band

On peut s’en amuser ou s’en plaindre. Comme toutes les étiquettes commodément apposées sur des œuvres qui échappent, par essence, à toute réduction mercantile, celle-ci a fini par désigner à peu près n’importe quel produit susceptible d’attiser l’attention du chaland en quête d’authenticité factice ou d’imagerie estampillée « cowboy friendly ». La preuve ? Les moteurs de recherche interrogés à l’heure de rédiger cette chronique sur les usages du terme renvoient aussi bien à des restaurants fourguant sans vergogne leurs burgers de pacotille qu’à des paires de chaussure conçues en Germanie, voire – on préfèrerait ne pas en apprendre autant tous les jours – aux intitulés de disques signés par The Offspring ou Roch Voisine. L’Americana se vend donc partout et le vocable, inventé par la presse anglo-saxonne dans les années 1990 pour désigner les héritiers autoproclamés de The Band, n’est donc d’aucune utilité. Raison de plus pour en revenir aux seules sources historiques et s’offrir, à l’occasion de la publication d’une première biographie francophone, une revisite de ces monuments discographiques, parmi les plus fréquentés de la fin du XX° siècle et sans lesquels un bon tiers – soyons prudent dans l’estimation chiffrée – de ce que nous écoutons aujourd’hui n’aurait jamais existé. Continuer « Bertrand Bouard, The Band (Le Mot et Le Reste) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Taulard, Dans La Plaine (Broderie Records)

« J’trouve pas mes mots »

C’est peu dire que la musique de Taulard aura permis ma renaissance à la musique à un moment où j’étais bien perdu. C’était il y a quelques années, dans un caveau du centre de Nantes, où j’avais atterri au détour d’un séjour de vacances. Le hasard avait voulu que je lise quelques lignes enthousiastes au sujet du groupe, celles de Rod Glacial chez Vice pour être précis. Bingo, ils jouaient tout près de notre maison échangée. Le tranchant de leur musique m’avait alors ébloui, une illumination en bonne et due forme. Je n’en pouvais plus des guitares, il n’y en avait pas une seule, ils utilisaient cet orgue tournoyant et accueillant. Je bloquais sur l’anglais, ils déployaient une poésie nouvelle à mes yeux, des choses très simples, très belles, sans fausse pudeur, droit dans les yeux. Je ressentais chez moi une sorte de réaction, un retour ennuyeux à la virtuosité, un immobilisme de poses sonores, une vacuité du propos, Taulard remettait au centre des débats l’expression, l’énergie, la simplicité. Fermer les yeux, trouver du sens, de l’émotion et danser : cette musique est physique. Ils étaient jeunes, ça jouait fort, il faisait bon dans cette petite foule agglutinée, quelque chose se passait, enfin. Continuer « Taulard, Dans La Plaine (Broderie Records) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , ,

Waxahatchee, Saint Cloud (Merge Records)

J’ai toujours maintenu une certaine distance entre Katie Crutchfield et moi. Une écoute tardive de sa discographie m’avait laissée sceptique, presque agacée : qui était-elle ? Depuis 2012, sa voix si singulière jaillissait d’albums aux guitares tapageuses et à l’énergie adolescente. Out in the Storm (2017), dernier de la série, constituait l’apogée de cet élan grunge. Pourtant, ça et là, quelques accalmies laissaient deviner une prédisposition pour des musiques plus traditionnelles : c’est dans la folk, la country, et plus généralement l’americana, que la figure de Philadelphie, originaire de l’Alabama, semblait se révéler. 

Continuer « Waxahatchee, Saint Cloud (Merge Records) »

Catégories chronique nouveauté

Tryphème, Aluminia / Calum Gunn, Addenda (Central Processing Unit Records)

Fondé à Sheffield en 2012, le label Central Processing Unit Records (CPUR) s’inscrit explicitement dans le sillage d’une filiation glorieuse. Celle qui, avec Warp et ses productions bleep techno et proto-IDM du début des 90’s, a pu poser les bases d’un son typiquement britannique rejouant à sa manière ce qui a été élaboré du côté de Detroit et Chicago. Et ceci est particulièrement évident si l’on parcourt le catalogue de CPUR : de DMX Krew à Microlith ou Bochum Welt, c’est bien un parti pris esthétique cohérent qui se dessine. Comme si LFO période Frequencies (1991), B12 ou Sweet Exorcist rencontraient l’électro US canal historique (de Cybotron à Drexciya). Et leurs deux premières sorties de l’année 2020, Aluminia de Tryphème et Addenda de Calum Gunn, ne dérogent pas à cette règle, toute entière vouée au culte des séquenceurs, synthés et boîtes à rythmes Roland ou Korg. Continuer « Tryphème, Aluminia / Calum Gunn, Addenda (Central Processing Unit Records) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , ,

Le plus simple appareil, Instant chaviré (Scum Yr Earth)

«  La présence des autres rend tout facile, nous nous sourions entre deux rires, le brouhaha berce nos rêves et nous voulons être seuls, mais l’absence des autres rend tout fragile, nous nous évitons entre deux rires, le silence disperse nos rêves et tu voudrais rester seule »

Mesurer l’importance d’un groupe est compliqué : dans le cas d’un groupe aussi furtif que Le plus simple appareil, ça devient même un véritable casse-tête. Géographiquement, le trio, récemment ramené à son noyau familial, deux frères, est isolé. Pas simplement par le fait qu’il ne développe aucun contact avec quelque scène que ce soit, au niveau national, ni dans sa ville, Strasbourg, dont il est pourtant l’un des plus constants et fervents habitants. Isolé, L+SA l’est aussi à plus grande échelle, absent des circuits souterrains, des fanzines, de la presse. Invisible. Il fut bien question dans les années 1990 d’une rumeur de rapprochement vers un label en vue, mais le temps a passé, le label a disparu et personne n’est vraiment plus là pour témoigner. Isolée, l’entité l’est aussi du public, si ce n’est une série de concerts mémorables en appartements au tournant des années 2000, dans une époque où personne n’était vraiment équipé pour immortaliser ces moments. Isolé et réticent jusqu’à l’obsession à se voir figé à jamais sur un support qui lui échapperait, le groupe, presque malheureux, doit bien se rendre à l’évidence que ses chansons lui échappent et circulent sous le manteau. Continuer « Le plus simple appareil, Instant chaviré (Scum Yr Earth) »