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David Freel, ombre et clair obscur

Dernier volet de notre journée hommage au chanteur et guitariste de Swell.

Swell David Freel
Swell avec David Freel (à gauche)

David Freel est mort et je peux faire un truc.

C’est ce que j’ai écrit dans le fil de messagerie de la rédaction de Section26 en lisant l’évocation par Lelo Jimmy Batista qui m’a appris la nouvelle.

Je peux faire un truc sur Swell et sur David Freel.

Commencer par : comme tous les disques qui changent la vie, Too Many Days Without Thinking, bénéficiant d’une exposition excentrique arrivant jusqu’aux oreilles des adolescent·es de recoins type Auvergne, de plis type banlieue pavillonnaire française, ce disque donc change la vie, profondément, de toustes les adolescent·es – et moins adolescent·es – qui l’écoutent, après un autre disque et avant un autre disque, selon ce mode : une musique folkish, psyché – San Francisco –, contemporaine, non clinquante. C’était ça qui nous plaisait tant et d’abord et ensuite, quand Beck était malin, Pavement frimeur et que le Royaume-Uni roulait de grosses mécaniques joyeuses mais souvent épuisantes – Swell ne brillait pas. Poudre aux yeux : néant. Continuer la lecture de « David Freel, ombre et clair obscur »

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Vu d’ici : sous la neige et le printemps

L’entre-deux tours entre l’Ohio et la France.

Photo : Adrienne Lenker (Big Thief) via sa page Facebook
Photo : Adrienne Lenker (Big Thief) via sa page Facebook

Tenir pour fil conducteur d’une écriture le temps – météorologique – qu’il fait m’intrigue pas mal : c’est toujours de temps dont il s’agit, le temps dehors et les tempêtes intimes, les légères brises, les gels et les chaleurs qui font par leur collection que l’on se dira plutôt en été, ou plutôt en hiver. Dehors, et dedans. Ni dehors, ni dedans : là. Ici. Maintenant.
Du temps, des moments, leur apparition et leur disparition.
J’étais pour une dizaine de jours et des circonstances familiales dans l’Ohio, d’où j’ai suivi les résultats du premier tour des élections présidentielles, les journées précédentes, les journées suivantes, en compagnie d’ami·es et de la famille de ma compagne.
Il y avait d’importantes dissonances météorologiques ici comme dans le là-bas d’alors, en France, les pieds dans la neige et les récoltes au tombeau pour la deuxième année de suite.
Il y avait aussi les questions, les discussions, l’immense curiosité – les rouages de la baroque élection à deux tours de suffrage universel de la Cinquième République méritant un nombre d’explications pas moins élevé que les rouages de la baroque élection à un tour de suffrage indirect des États-Unis.
Chacun ses scandales, et ses vertus, et ses peurs. Continuer la lecture de « Vu d’ici : sous la neige et le printemps »

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« Le Village », extrait du nouvel album de Arlt

Ça ne se décide pas, ces choses-là. Quand on n’entend plus la manière et qu’on entend la chanson. Peut-être que la basse aide, ou la pente, même si la pente fait un peu des histoires dont on se moque quand on écoute une chanson, mais bon, cette pente, ce n’est pas n’importe quelle pente, c’est la pente d’en face, Thiers, on y vit ou on n’y va pas, à moins de connaître quelqu’un qui connaîtrait quelqu’un qui.

Dans les montagnes thiernoises.

Gamin je faisais du vélo sur les pentes d’en face, celles qui descendent de la plaine de Laschamps. En voilà une belle jambe, toujours moins belle que l’invraisemblable chanson Le Village par Arlt, que voici clippée en avant-première “par un ami” (NDLR:  Bertrand Belin, pour le citer). Les deux n’ont jamais si bien chanté, joie des voix qui vieillissent et se posent dans les dix directions.

Un album est à venir, s’il est aussi beau que cet extrait, il sera le meilleur, comme chacun des autres. Ce n’est pas une mince affaire de s’employer autant à la beauté.


Arlt Turnetable ObjetDisqueTurnetable, le nouvel album de Arlt paraîtra le 20 mai prochain chez Objet Disque.

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Big Thief, Dragon New Warm Mountain I Believe in You (4AD)

Big Thief, Dragon New Warm Mountain I Believe in You (4AD)C’est une question d’envie d’abord. Comme l’a rappelé récemment Christophe dans ces pages, un disque ne se rencontre que sur cette base. On dira envie, on pourra aussi bien dire disponibilité, circonstances. Et un disque se rencontre, donc disque, donc entier. Certains envisagent encore la rencontre selon cet angle, qui n’équivaut pas au support physique à l’impérissabilité aussi illusoire que celle des octets ou des cellules qui nous constituent, aussi illusoire que celle de nos mémoires et de nos traces – non – les ensembles provisoires d’émotions et de notions qui nous forment sont bien contents parfois de simplement – pour un moment – fréquenter un ensemble de chansons – un disque.

Ça forme et ça déforme – tout d’un geste.

C’est le principe. Continuer la lecture de « Big Thief, Dragon New Warm Mountain I Believe in You (4AD) »

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Cassandra Jenkins, An Overview on Phenomenal Nature (Ba Da Bing)

An Overview on Phenomenal Nature Cassandra JenkinsAll I can do is offer up my own anecdotal evidence.
Alison Bechdel, The Secret to Superhuman Strength

Ça n’a pas fait un pli, ni deux, ni pléthore : quand j’ai écouté pour la première fois, de nombreux mois après sa sortie, An Overview on Phenomenal Nature, le titre y était pour beaucoup, ambiance empirique, phénoménologique, et je me suis pris à rêver – durant les rares secondes avant le premier clic, avant la première écoute – du compte rendu d’une epoche musicale, sans bien savoir précisément où ça pourrait mener, et donc précisément attiré par cette imprécision.

La destination est le chemin, lit-on un peu partout, à raison. Qui vous fait, et vous défait, lit-on aussi, raisonnablement. Ainsi, dès la première écoute du deuxième album de Cassandra Jenkins, a-t-on été fait, et défait, et de nouveau, et ainsi de suite, par le chemin infini de la projection de ce titre. Continuer la lecture de « Cassandra Jenkins, An Overview on Phenomenal Nature (Ba Da Bing) »

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Hand Habits, Fun House (Saddle Creek)

On appelle tel disque, dans l’embarrassant jargon de la critique francophone, un grower.

Un disque qui grandit.

Et qui nous grandit.

Et tel il est, ou mieux encore, un disque casse-pied, un formidable disque, un disque qui enseigne, qui ne se range pas en trois minutes comme une agréable paire de chaussons prête à être dégainée. Les choses bougent. Elles passent. Sans place.

En cherchant trois mots à placer en entrée de chronique – ça donne du cœur à l’ouvrage – ça sort de la zone de confort – je suis tombé nez à nez avec un mujo seppo de Shundo Aoyama à la conclusion inévitable : “Seul l’être humain se plaint de la nature transitoire de toute chose.” Qu’il vaut mieux glisser discrètement dans le ventre des choses. Continuer la lecture de « Hand Habits, Fun House (Saddle Creek) »

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Aimee Mann, Queens Of The Summer Hotel (SuperEgo Records)

Aimee MannDébut de la chanson, début de la consultation, le docteur dit :
Give me fifteen, give me fifteen, give me fifteen minutes
That is all I need to make the call
Give me fifteen, give me fifteen, give me fifteen minutes
Women are so simple after all.
Et hop : hôpital psychiatrique.
Pont :
You’re feminine, you’re crazy
Et hop, et fin de la chanson : le docteur ne demande pas plus de quinze minutes pour se prononcer, et prononcer sa sentence, et en reste là :
Give me fifteen.
Aimee Mann sort un nouvel album, et ce devrait être un événement – dans un monde meilleur – et c’est un événement. Continuer la lecture de « Aimee Mann, Queens Of The Summer Hotel (SuperEgo Records) »

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Mendelson, Le Dernier Disque

Mendelson
Mendelson lors de l’enregistrement de ce dernier album.

C’est une vieille histoire.

Susurrée, de vieux trucs censément parlants, de vieux trucs censément beaux. Sauf que tout, toujours, est vieux, donc je peux enlever ce mot.

Quand Je ne veux pas mourir nous explose les tympans sur une compile de rentrée des Inrocks – tiens – on a déjà fini – de ne pas être vieux – de ne pas être – on a déjà conscience que – disparaître – ce n’est pourtant que le lycée, encore.

J’ai toujours aimé Mendelson, l’idée de Mendelson, et pourtant ces histoires de deux batteries, de contrebasse, de tout ça, m’ont toujours – un peu – fait chier. On s’en fout, c’est vrai, il y a du zim boum et du boum boum, il y a des basses fréquences pour élargir le spectre, ça suffit et le reste ressort de – si j’ai la flemme de l’empathie – ressort de l’indulgence. Sauf qu’avec des paroles pareilles, on ne peut pas – on ne peut pas jouer au free rock – au free truc – on ne peut pas jouer à l’adulte.

Mais, quand même, c’est beau. Continuer la lecture de « Mendelson, Le Dernier Disque »