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Lisa Germano, Geek the Girl (1994, 4AD)

Salut ! C’est l’histoire de Geek la fille, une fille qui ne ne sait pas comment être sexuée et cool mais qui découvre qu’elle n’est pas cool et qu’elle est tout le temps exploitée sexuellement, qui en devient malade et préfère laisser tomber mais qui finalement essaie encore de croire en quelque chose de beau et rêve encore d’aimer un homme dans l’espoir qu’il pourra la sauver de sa vie merdique… Ah ah ah, quelle geek !

(in Notes de pochette de Geek the Girl.)

C’est une histoire américaine, et c’est une histoire universelle. Telle elle nous échappe, si nous décidons de nous tenir à un côté des choses, à un côté d’un océan. Mais pour pouvoir traverser un océan, encore faut-il le voir, et savoir que nous ne savons pas.

Comment peut-on savoir ce que cela veut dire de naître dans une famille de musiciens – Rocco et Betty Germano – musiciens et enseignants – lui, né en Italie, immigré économique enfantin tellement doué pour le violon qu’il finit par fréquenter des pupitres aussi prestigieux que ceux du Chicago ? Je ne le sais pas, je ne l’ai pas vécu, je l’ai lu souvent. Est-ce que ça “veut dire” quelque chose ? Est-ce que ça fait quelque chose ? C’est un événement, c’est là, et on ne sait pas – enfin – je ne sais pas. D’autres savent, ils l’ont vécu, d’autres pensent savoir, ils supposent.

Je peux envisager le non-savoir, et laisser l’insu en pause, en paix, non dit. Continuer la lecture de « Lisa Germano, Geek the Girl (1994, 4AD) »

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Shannon Lay, Geist (Sub Pop)

J’aurais pas dû apprendre à parler
Un monde sans mots
Comme j’aurais préféré
Vivre dans un monde où le sens ne prend pas de sens

Tamura Ryûichi

Le vieux Tamura n’a pas trouvé le monde sans les mots, même s’il l’a un peu vu.

C’est une légère nuance.

C’est une joie d’apprendre à fermer son claque-merde. C’est une joie de dire, de s’exprimer, de créer, en fermant son claque-merde. Ou en le laissant s’ouvrir, en le laissant se refermer, en se laissant être inaudible, sans situation, sans direction. Invisible, ou visible dans l’invisible. De l’eau dans de l’eau.

Ploc.

Et parfois un courant, une fluctuation. Plus forte que les autres. Mais comme on est bien peu de choses, comme on n’est pas grand-chose de plus que de la flotte dans des milliards d’hectolitres de flotte, on peut couler tranquillement, épouser le courant, voir du pays avec lui.

Puis constater qu’on s’est laissé attraper par un autre, et un autre, et un autre, et ainsi de suite.

Et donc se laisser attraper d’abord par la voix de Shannon Lay. Continuer la lecture de « Shannon Lay, Geist (Sub Pop) »

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Adrianne Lenker, Songs / Instrumentals (4AD)

I cover you with questions
Cover you with explanations

On va faire en sorte de ne pas.
On va faire en sorte de décrire sans couvrir.
Adrianne Lenker – incontournable depuis le coup double commis avec Big Thief, deux albums infinis publiés en six petits mois du monde d’avant –, dans la parenthèse imposée à ce qui semblait devenir un Never Ending Tour, a enregistré un double album solo qui semble devoir être son Blood on the Tracks.
Semble-t-il.
On n’est pas bien sûr mais la référence, si elle biaise, n’écrase même pas car c’est là.
C’est ça.
C’est un album dont la toute première écoute est l’occasion du surgissement entre deux portes, entre deux autres chansons, de Zombie Girl, qu’on va tenter avec toute la conscience de notre présente mission de ne pas jouer en boucle durant une petite semaine – vous, vous pouvez, vous êtes libre de, et de ne pas en rester là.

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La roue de l’enthousiasme

Quatre singles signés Big Thief, Aimee Mann, Hand Habits et Shannon Lay dans la moulinette des sorties

"Sparrow", Big Thief.
“Sparrow”, Big Thief.

Vous vous en sortez avec les réseaux ?

Moi, non, d’ailleurs j’ai arrêté. C’est impossible. Ce n’est pas tenable. Ce n’est pas possible de s’en tenir à – je regarde – les cerveaux brûler – les cerveaux brûler.

J’ai passé des lustres à contempler et à me contempler, moi, ou des idées de moi, ou des idées d’un moi, dans les réseaux, sans parvenir à apercevoir toujours les chansons, ni qui les écrit. Pas toujours ne veut pas dire – jamais – pas toujours veut dire – pas toujours.

On y trouve de belles amitiés, beaucoup de chevaliers blancs – et le plus grand des chevaliers blancs, le moi, qu’il se tienne au-dessus de la bataille, le fier, ou qu’il y plonge – comme s’il y avait une bataille. Comme s’il y avait toujours quelque chose à rectifier. Continuer la lecture de « La roue de l’enthousiasme »

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Selectorama : Mocke

Mocke
Mocke

Parlons prescription, puisque c’est l’objet de cette rubrique.

Les meilleurs prescripteurs échappent aux attentes comme aux vues – de l’esprit. Une collègue de bureau, il y a bientôt dix ans, quand je me laissai aller à un bavardage futile et convenu sur Liszt « le virtuose » – il s’agissait évidemment de clouer au pilori la virtuosité sans trop savoir ce que c’était –, sortit exceptionnellement de ses gonds pour me mettre face à la réalité : je critiquais, commentais, jugeais, manifestement sans connaître. Puis elle m’invita à suspendre mon jugement, à le remplacer par la fréquentation et la connaissance de Liszt avant, peut-être, de parler de nouveau, mais en connaissance de cause. Et m’envoya un lien vers quatre minutes de musique qui changèrent la vie, quatre minutes qui m’offrirent Liszt, qui l’ouvrirent enfin. Il suffisait d’écouter, c’était là. Continuer la lecture de « Selectorama : Mocke »

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L’Rain, Fatigue (Mexican Summer)

Inouï.

En écoutant Fatigue, second album de Taja Cheek – qui a choisi l’alias L’Rain en hommage à sa mère Lorraine, morte lors de l’enregistrement de son premier disque –, on a l’occasion d’éprouver ce qu’est l’inouï. Rien n’est impossible, les sons sont des sons, les chansons sont des chansons, pourtant on n’a jamais rien entendu de pareil.

C’est normal, c’est un disque.

Ce devrait être normal, c’est un disque.

Ce n’est pas grave, c’est un disque. Continuer la lecture de « L’Rain, Fatigue (Mexican Summer) »

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Lhasa de Sela, Lhasa (Tôt ou Tard / Audiogram, 2009)

Lhasa de Sela
Lhasa de Sela / Photo : Ryan Morey

C’est une histoire qui pourrait sembler triste mais qui ne l’est pas.
Pas que.
C’est une histoire.
On y rencontre Bratsch et Tindersticks, on y rencontre pas mal d’amitié.s.
À ses bornes, on peut trouver deux vidéos, et c’est ainsi qu’elle peut être racontée, mais elle commence avant, on ne sait pas trop quand, et elle finit après, loin, on ne sait pas, on ne sait pas si elle finit.
On se contentera de ces bornes approximatives qui peuvent dire deux états des mondes, deux moments, ou ne rien dire de cela – les états des mondes, les états du monde – et dire tout autre chose – le monde n’est pas dans un état, tel ou tel, il est, il semble être, c’est bien suffisant. On a le droit d’y être triste, mais ce serait dommage de s’en tenir là.
Commençons par la fin. Continuer la lecture de « Lhasa de Sela, Lhasa (Tôt ou Tard / Audiogram, 2009) »

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Selectorama : Louis Forster, The Goon Sax

The Goon Sax
The Goon Sax

Il n’y a pas de loup sous le tapis, ni dans la bergerie. Ce genre de choses n’existe pas.
Si les formidables Goon Sax ont su nous étourdir dès leur premier album par les qualités de ce qu’on appelle faute de mieux “la pop” – paroles et musique –, le deuxième posait une question : y avait-il formule ? Les chansons étaient toujours formidables, mais des pointes d’arrangements délicieux de cordes soulignaient en creux la persistance de l’axe rustique-et-claudication. De quoi se demander avant l’écoute circonspecte de ce troisième album tout nouveau – nouveau label, nouveau producteur (John Parish), nouvelles vies et side-projects – si ça partirait enfin et dans la joie dans tous les sens, ou si on assisterait au nouvel épisode de la carrière d’un groupe toujours formidable, donc, mais un rien confortable.
Bonne nouvelle : ça part encore plus loin que dans tous les sens, les textes sont encore plus incroyables (quand ils ne sont pas en allemand), les mélodies s’étalonnent selon deux axes Kate Bush/Syd Barrett, entre le champêtre et l’urbain, le synthétique et le rustique, il y en a partout et pourtant tout est épuré : The Goon Sax a simplement beaucoup d’idées.
Et, à l’image de Mirror II, dont la pochette n’est pas sans évoquer une idée de Roxy Music, Louis Forster révèle dans son Selectorama à découvrir ci-après un éclectisme salvateur, capable de débusquer ce qui est chanson dans chaque recoin de musique. Continuer la lecture de « Selectorama : Louis Forster, The Goon Sax »