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The Brothers Steve, Dose (Big Stir Records)

C’est l’une des nombreuses vertus de la somme imposante que Simon Reynolds a consacrée à ce genre musical – Shock And Awe (2016, traduction française publiée chez Audimat l’an dernier) – que de souligner à quel point le Glam s’articule, dans bon nombre de ses embranchements foisonnants, avec le monde de l’enfance et les plaisirs encore naïfs de l’imaginaire. Les trois minutes réglementaires de la chanson pop comme point d’accès privilégié à un arrière-monde plus lumineux, plus coloré et dont l’inauthenticité même garantit la valeur toute particulière. C’est un peu de cette quête passionnée des artifices insouciants que l’on retrouve dans le second album de The Brothers Steve. Continuer la lecture de « The Brothers Steve, Dose (Big Stir Records) »

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Sous Surveillance : Wyndow

Wyndow
Wyndow

Qui ?

Deux femmes, autrices et compositrices, déjà riches de nombreuses années d’expérience sur les scènes folk du Royaume-Uni. C’est sur l’une d’entre elles qu’elles se sont rencontrées – celle du Moseley Folk Festival de Birmingham, il y a deux ans – et qu’elles ont lié connaissance en coulisses en devisant de leur amour partagé pour l’œuvre de Robert Wyatt. Wyndow est né ainsi d’une intention à la fois très précise – enregistrer une reprise à deux voix de Free Will And Testament de l’ex-batteur de Soft Machine – et d’un désir partiellement indéfini d’engager plus avant une collaboration prometteuse. Continuer la lecture de « Sous Surveillance : Wyndow »

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Jellyfish, Bellybutton & Spilt Milk, (1990 & 1993, Charisma)

C’est la question que l’on redoute par-dessus tout et qui finit tôt ou tard par resurgir. Souvent en plein dîner de famille, parfois dès les premières minutes d’une nouvelle rencontre. Qu’il s’agisse de justifier l’irrationalité inflationniste d’une collection envahissante de quelques milliers de disques ou d’expliquer au profane le contenu exact de ce mystérieux webzine auquel on consacre du temps depuis un bon moment. Immanquablement, elle sera posée avec la naïveté déroutante et involontairement cruelle du Petit Prince face à l’aviateur : “Mais enfin, c’est quoi le genre de musique que tu écoutes ? ” Depuis quelques années, plutôt que de creuser davantage le fossé qui nous sépare de l’interlocuteur curieux en tentant d’échafauder une définition complexe ou en exhibant une liste de noms et de références trop rarement partagées, et qui finissent par éteindre les dernières lueurs de compréhension dans son regard, on préfère opter pour une pédagogie par l’exemple. Et ce sont presque toujours ces deux albums que l’on commence par ressortir. Continuer la lecture de « Jellyfish, Bellybutton & Spilt Milk, (1990 & 1993, Charisma) »

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Constant Follower, Neither Is, Nor Ever Was (Shimmy-Disc/Joyful Noise)

Constant FollowerIl est des albums dont l’importance se révèle dans un contexte d’autant plus inattendu que leur beauté singulière contraste alors avec la triste banalité de l’instant. En l’occurrence un quai bondé de RER en panne, l’attente qui semble interminable et l’accablement du début de semaine qui s’ajoute aux angoisses agoraphobes. Dans ces cas-là, le désir de musique a tendance à disparaître, submergé par les envies envahissantes de circonstances : sortir, avancer, récupérer un peu de vie et ne plus être là, tout simplement. Même s’il ne saurait se réduire à cette seule dimension thérapeutique, Neither Is, Or Never Was s’est imposé comme la bande-son parfaite d’une matinée très mal engagée sur ces mauvais rails, encombrés par les débris sinistres d’un énième incident voyageur. L’un des très rares à susciter immédiatement un sentiment de tranquillité protectrice, comme une bulle apaisée au milieu de la foule trop compacte et dans laquelle résonnerait des sons qui étouffent d’emblée tous les bruits parasites aux alentours. Continuer la lecture de « Constant Follower, Neither Is, Nor Ever Was (Shimmy-Disc/Joyful Noise) »

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Motorists, Surrounded (We Are Time / Debt Offensive / Bobo Integral)

Il a bien fallu s’y résigner ; il est plus rare de s’en réjouir : à chaque découverte, à chaque coup de cœur, le triomphe posthume de Duchamp dans notre discothèque est un peu plus manifeste. La plupart des albums qui parviennent à s’extraire du flot continu de la surproduction musicale contemporaine semble, en effet, s’apparenter davantage à ces ready-mades, où le recyclage de fragments existants et clairement référencés l’emporte souvent sur l’impulsion créative. Il faudrait d’ailleurs, se repencher un jour sur le génie de Bryan Ferry – le premier à revendiquer explicitement cette filiation esthétique – mais ce sera une autre histoire plutôt qu’une digression. Que reste-t-il alors à apprécier ? La manipulation plus ou moins sommaire des originaux sur lesquels une nouvelle signature est apposée n’est que de peu d’intérêt. Tout se joue bien souvent dans la pertinence des choix puisque, à défaut d’innover radicalement, l’artiste se pose au moins en responsable de ce qu’il récupère et de ce qu’il écarte. De ce point de vue, la cohérence obsessionnelle est à presque à la portée du premier venu. Et les copistes monomaniaques, hyper spécialisés dans l’exhumation des vestiges d’un unique genre homogène ont fini par creuser leur propre tombe dans leurs chantiers de fouilles archéologiques. Motorists est, heureusement, d’une toute autre trempe. Continuer la lecture de « Motorists, Surrounded (We Are Time / Debt Offensive / Bobo Integral) »

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Gary Canino / Dark Tea : “La plupart des groupes ne réfléchissent pas assez à ce qu’ils font”

Gary Canino / Dark Tea
Gary Canino / Dark Tea

Les deux albums de Dark Tea – sobrement intitulés Dark Tea et publiés en 2019 puis en 2021 – font partie de ceux que l’on a découvert au fil des hasards et des clics intempestifs, comme on croise une silhouette inconnue mais curieusement familière. Une première impression de fraternité musicale qui s’est peu à peu confirmée au fils des écoutes – nombreuses, de plus en plus. Seul maître à bord, mais toujours bien accompagné – une bonne vingtaine de musiciens a participé à l’élaboration du second album – Gary Canino offre en partage ses pop songs toujours richement référencées, souvent un peu bancales et qui semblent investir de leur charme poisseux une sorte d’entre-deux musical aux multiples dimensions : un pied dans le classicisme passé, l’autre dans la modernité bricolée mais aussi à la recherche d’un équilibre transatlantique entre les continents où s’entremêlent racines américaines et britanniques. On en savait trop peu sur ce jeune auteur érudit – journaliste musical à ses heures pas si perdues – mais sincère, qui semble vaciller gracieusement à côté de ses chansons. D’où ces quelques questions auxquelles il a eu l’amabilité de bien vouloir répondre. Continuer la lecture de « Gary Canino / Dark Tea : “La plupart des groupes ne réfléchissent pas assez à ce qu’ils font” »

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Aztec Camera, Backwards And Forwards – The WEA Recordings 1984-1995 (Cherry Red)

Il faut compter ici pas moins de neuf disques – tous les albums originaux avec leurs bonus respectifs, de Knife (1984) à Frestonia (1995)- accompagnés de deux volumes d’enregistrements live et une autre paire de fourre-tout, hétéroclites mais précieux, consacrés aux remixes et autres titres rares – pour parvenir à restituer l’intégralité de cette histoire passionnante. De ces histoires plutôt, tant l’épopée de Roddy Frame et d’Aztec Camera au cours des deux dernières décennies du siècle passé comporte d’éléments riches et contrastés qu’un recul apaisé tend, une fois encore, à réévaluer. Continuer la lecture de « Aztec Camera, Backwards And Forwards – The WEA Recordings 1984-1995 (Cherry Red) »

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Super Furry Animals – Merci d’être velus (2001)

Retour sur la création du 5e album des gallois, “Rings Around The World”, aujourd’hui réédité pour ses 20 ans.

SFA à Ibiza en 2001 / Photo : Frederike Helwig
SFA à Ibiza en 2001 / Photo : Frederike Helwig

Vingt ans se sont déjà écoulés et je n’ai pas oublié. Il suffit d’ailleurs de se pencher quelques minutes sur cette copieuse réédition commémorative publiée début septembre – alors qu’un second volet est déjà annoncé, la première profusion d’inédits suffit déjà à restituer la créativité foisonnante des Gallois à leur apogée – pour que les souvenirs affleurent et que l’enthousiasme ressuscite, presque intact. Oui, Super Furry Animals a bien été au tournant des deux siècles l’un des groupes les plus attachants et les plus emballants de l’époque. Et leur cinquième album, Rings Around The World – le premier publié en partenariat assumé avec une major et à leur ouvrir les sommets des charts britanniques- reste un très grand album psyché-pop, tout entier imprégné de la générosité, de l’humour et de l’inventivité de Gruff Rhys et de ses camarades de jeu. Plutôt bonifié par les décennies, il aurait bien pu gagner quelques places dans mon palmarès intime de l’année 2001. Manque de bol, je crois bien que je l’avais déjà placé, sur le champ, en première position.
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