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Mathilde rêve toute éveillée

Mathilde
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C’est peu dire qu’on apprécie et qu’on admire depuis longtemps la capacité de Fred Fortuny à mettre ses talents de compositeur et de metteur en sons au service des voix féminines – de Valérie Leulliot à Brisa Roché, la liste est longue. Premier single issu de sa collaboration avec l’autrice-compositrice Mathilde (alias MonteRosso pour quelques titres publiés sur les compilations Kitsuné), Rêve De Gloire nous plonge d’emblée dans le son westcoast de la fin des années 1970 : une voix limpide, directe, dépourvue de ces chichis superflus qui noient trop souvent sous les effets de style la variété contemporaine, une mélodie à la fois évidente et raffinée, un arrangement pop d’esthète. Continuer la lecture de « Mathilde rêve toute éveillée »

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Grandaddy, Blu Wav (Dangerbird/Soundworks)

Sans doute faut-il commencer par faire taire toutes les tentations d’évaluation comparative. Ne pas chercher à savoir si Blu Wav est le meilleur album de Grandaddy depuis le meilleur album de Grandaddy, depuis etc… Le passé est loin, The Sophtware Slump (2000) aussi. Peu importe après tout et Jason Lytle va manifestement assez mal pour ne pas le condamner dès la première écoute à trimballer son œuvre comme un boulet supplémentaire. En 2017, au moment de la sortie de Last Place, il avait semblé encore vaguement décidé à jouer le jeu. Non sans réticences, mais quand même un peu. Le jeu du collectif, du grand retour, des entretiens promotionnels où il nous racontait que ses seuls contacts avec l’humanité se limitaient désormais à ses balades dominicales dans la cafétéria IKEA la plus proche de son domicile californien. Continuer la lecture de « Grandaddy, Blu Wav (Dangerbird/Soundworks) »

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Thomas Jean Henri (Cabane) : « J’ai essayé de me persuader que j’étais capable d’écrire des chansons. »

Cabane / Photo : Thomas Jean Henri
Cabane / Photo : Thomas Jean Henri

On s’attendait à des échanges colorés de mélancolie, voire de tristesse. Pas forcément à ce que la cause principale soit de cet ordre. En ce vendredi 26 janvier, Thomas Jean Henri est de passage dans la capitale pour célébrer la concrétisation matérielle – longtemps incertaine et différée – du deuxième volet du triptyque Cabane. La veille, Anderlecht, son club de cœur, a perdu contre l’Union Saint-Gilloise pourtant réduite à dix et il semble en éprouver encore quelques traces de frustration désabusées. Ou de résignation sereine. Entre les deux. Passions supportrices mises à part, c’est très précisément dans cet espace interstitiel entre les émotions contrastées que se prolongent la conversation et surtout la découverte admirative de Brûlée. Les sensations éprouvées au cours des premières sessions d’écoute organisées au printemps 2023 se confirment. S’intensifient même. La délicatesse avec laquelle Thomas Jean Henri y organise le dialogue entre ses interprètes masculins et féminins ne laisse de surprendre et d’émouvoir, tout au long de ces évocations intimes et justes des résidus incertains des sentiments éphémères. Continuer la lecture de « Thomas Jean Henri (Cabane) : « J’ai essayé de me persuader que j’étais capable d’écrire des chansons. » »

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The Reed Conservation Society, La Société de Préservation du Roseau (Violette/Kuroneko)

Tout change un peu, rien ne change vraiment. Après avoir achevé une première trilogie sur format court – 3 Ep’s (2021) – The Reed Conservation Society a donc décidé de franchir le Rubicon linguistique en passant de l’anglais au français. « Je suis curieux de retrouver le cœur des chansons, mais dans un autre contexte. » C’est ce qu’annonçait déjà Stéphane Auzenet il y a bientôt deux ans, en évoquant ici ce long cheminement vers un premier album très attendu. De fait, c’est bien la même inspiration palpitante qui anime aujourd’hui ces compositions façonnées avec toute l’attention et le soin du détail qui caractérisent cet amoureux de l’artisanat pop et ses compagnons d’aventure. Continuer la lecture de « The Reed Conservation Society, La Société de Préservation du Roseau (Violette/Kuroneko) »

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The Maureens, Everyone Smiles (Meritorio)

C’est très exactement le genre d’album avec lequel on rêvait de tourner la page hivernale d’une nouvelle année. Non pas un monument qui en imposerait par sa stature démesurée ou sa majesté exigeante. Simplement une collection de treize chansons qui réchauffent, remplies de mélodies aimables à fredonner, d’accords de guitares qui tranchent la grisaille nocturne et d’harmonies constamment réconfortantes. The Maureens appartient en effet à cette Internationale discrète qui réunit, par-delà les frontières, quelques artisans entièrement dévoués à une cause désuète et presque désespérée : perpétuer avec une ferveur enthousiaste des formes musicales anciennes sans pour autant renoncer à l’espoir un peu vain d’en entendre surgir quelque chose de neuf et d’inédit. Continuer la lecture de « The Maureens, Everyone Smiles (Meritorio) »

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The American Analog Set, For Forever (Hometown Fantasy)

2024 commence à peine et c’est déjà l’heure du bilan des bilans. A peine achevé l’exercice rituel des palmarès de fin d’année, les doutes et les regrets affluent inéluctablement. On en revient à tous ces albums que l’on n’a mal écoutés ou pas assez, ceux qui ont mis un peu plus de temps que les autres à parvenir jusqu’au cœur parce qu’ils ont débarqué tardivement – fin octobre pour celui-ci – et qu’ils réclament davantage d’attention pour que leur importance cruciale finisse par s’imposer clairement. Un brasier à combustion lente, donc. Mais, après tout, The American Analog Set n’a jamais brillé par son aisance dans les sprints. Même au cours de sa première vie, celle qui s’était achevée en 2005 et dont les souvenirs avaient fini ensevelis sous l’indifférence. Continuer la lecture de « The American Analog Set, For Forever (Hometown Fantasy) »

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François Huet (Snipers) : Franc Tireur

Les Snipers, avec François Huet au milieu.
Les Snipers, avec François Huet au milieu.

Ils n’étaient pas nombreux à Dijon à la fin des années 1970. Une poignée résiduelle de croyants, encore fervents, occupés à traverser leur jeunesse un peu à côté de leur époque. Quelques vigies du rock frappées de strabisme divergent : un œil tourné vers un passé malheureusement révolu trop tôt pour eux, l’autre occupé à scruter un avenir localement très incertain. Pas de quoi constituer une scène, tout juste un groupe ou deux. Les Snipers donc. Et puis les Ambulances et, ensuite, de nouveau les Snipers. Une valse-hésitation des patronymes qui n’est que le symptôme des turbulences inévitables et des engagements de jeunesse qui fluctuent : il y a ceux qui partent et ceux qui reviennent, ceux qui renoncent un peu plus vite, avant que tout le monde finisse par rentrer, non sans réticences ou atermoiements, dans la vraie vie.

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The Apartments, Apart (Hot Records / Talitres)

Apart

C’est l’album qu’il est devenu presque impossible de réécouter en faisant abstraction de la suite – les drames intimes, les dix-huit années de silence qui ont suivi sa publication et même les retrouvailles plus récentes. Impossible de ne pas y entendre les signes avant-coureurs de l’effacement à venir dans ces chansons de ruptures, d’abandon, d’ambulances et de départ. Continuer la lecture de « The Apartments, Apart (Hot Records / Talitres) »