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De l’éducation populaire de la K7

Photo : Christophe Basterra

Lou Ottens est décédé. Selon l’expression consacrée, cet ingénieur hollandais de chez Philips n’est pas connu du grand public, pourtant il a joué un rôle essentiel dans la musique populaire du second vingtième siècle. Il en a changé peut-être même les codes, en inventant la K7 audio. Il faudra un jour replacer les techniciens à leur juste place dans l’histoire de l’art – la photocopieuse a modifié le rapport à la lecture largement autant que le livre de poche quelque part. La K7 audio, donc. Un objet et un support qui vont non seulement transformer et amplifier l’utilisation ou la circulation de la musique, mais aussi son usage et le rapport à son appropriation. Voilà pour la grande analyse sociologique entre Mythologies de Roland Barthes et La Société de Consommation de Jean Baudrillard. On convoquera peut-être l’école de Francfort et Adorno pour l’effroi élito-marxiste devant les méfaits de la réification capitaliste de la culture et Walter Benjamin sur le cinéma pour remettre tout le monde d’accord sur l’importance de la culture dite de masse. La K7 audio est autant un préliminaire qu’une préhistoire de ce que nous vivons. Et elle subsiste aussi bien en tant que produit, par exemple dans le monde arabe où les enregistrement de Nass El Ghiwane tournent dans les ghettoblasters du souk de Saleh, que dans le principe, comme témoigne la transmigration du procédé gnostique de la mixtape. Continuer la lecture de « De l’éducation populaire de la K7 »

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Two-Tone : danse avec des larmes dans les yeux

Two Tone
Collage : David Storey pour 2 Tone Records

Par où commencer ? Par la rumeur qui voudrait que le créateur de Peaky Blinders, Steven Knight, aurait retroussé les manches de sa Ben Sherman pour se lancer dans la production d’une série consacrée à l’explosion du ska Two-Tone à Coventry et Birmingham à la toute fin des années 1970. Avec un pitch qui fera frémir l’échine nostalgique de toute ma génération : « C’était la bande originale qui traduisait merveilleusement l’atmosphère de l’époque, dans les rues, dans les clubs, dans les tribunes ». Suggs, le chanteur de Madness, ne nous avait finalement pas dit mieux entre deux digressions autour de son amour pour Chelsea : « Cela dit, il n’y avait pas grand-chose d’autre pour s’occuper à ce moment précis en Angleterre, c’était une période assez triste. Il n’y avait que le punk et le hooliganisme pour tuer l’ennui.

NDLR : Ecoutez la playlist Two-Tone par Nicolas Ksiss-Martov en bas de page.

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Rock alternatif : le long remord

Berurier Noir, 7 février 1987, Salles des Fêtes d’Arcangues / via leur tumblr

Le confinement a eu ses effets indésirables. Nous allons évidemment devoir survivre à la vague des romans auto-introspectifs de circonstance, sans oublier tous ces albums réalisés « chez soi » qui se prendront pour des Basement Tapes ou du DIY. Pour beaucoup de ma classe d’âge, qui gravitent désormais dangereusement autour de la cinquantaine – car je ne suis pas un cas isolé –, ces deux mois et demi se révélèrent également un terrible moment pour revisiter notre si petite histoire, notre autobiographie musicale façon Haute Fidélité (ce livre terrifiant parce que si mauvais et tellement juste). Ressortir les vieux dossiers, solder les comptes personnels et inévitablement subir la visite des vieux souvenirs qui ne s’invitent jamais quand il le faut… Et découvrir tardivement qu’on ne choisit pas les disques de sa jeunesse. Parce que quelque part, nous appartenons à une génération sacrifiée, celle qui eut entre 15 ans et 25 ans dans les années 1980 et pour qui le rock alternatif fut un passage obligé, un rite initiatique (pardon Claude Lévi-Strauss ou Marcel Mauss), que cela plaise ou non, que cela fasse ou non joli dans une discussion entre érudits pré-deezer que nous sommes tous devenus. Ou bien que cela sonne creux pour les lecteurs des Inrocks ou de la RPM. Continuer la lecture de « Rock alternatif : le long remord »