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Le club du samedi soir #17 : Who Says Girls Can’t Drum ? (partie 2)

Moe Tucker / Velvet Underground
Moe Tucker / Velvet Underground
Patty Schemel / Hole
Patty Schemel / Hole

En réalisant cette compilation, j’ai découvert que Patty Schemel de Hole avait écrit – chose rare parmi les batteurs – un livre autobiographique, Hit So Hard, qui a même inspiré un documentaire du même nom réalisé par P. David Ebersole, visible sur Dailymotion. On y apprend notamment qu’à l’époque de l’enregistrement de Celebrity Skin de Hole, le producteur Micheal Beinhorn – connu pour être la bête noire des batteurs – était parvenu à persuader le reste du groupe de faire remplacer Patti par un requin de studio, sous le prétexte que ses prises n’étaient pas assez parfaites à son goût. Cet événement humiliant a entraîné son départ du groupe et a par la suite contribué à précipiter son interminable descente aux enfers dans l’héroïne et le crack. Pourtant, quand on réécoute un disque comme Live Through This, et notamment des titres comme Violet ou Gutless, on s’étonne qu’une batteuse à la fois puissante, précise et techniquement impeccable ait pu être remplacée en studio sans que le groupe ne s’y soit opposé.

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Le club du samedi soir #15 : Who Says Girls Can’t Drum ? (partie 1)

Viola Smith et ses 17 percussions en 1941.

Une idée persistante voudrait que la batterie soit un instrument de mec.
Il faut dire que pendant longtemps, les nanas jouant de la batterie se sont faites aussi rares que l’eau dans le désert. Si dans l’histoire des musiques populaires les chanteuses n’ont jamais manqué, les filles ont en revanche mis du temps à se faire une place comme musiciennes professionnelles, quel que soit l’instrument pratiqué. Quant à elles, les batteuses ont longtemps été totalement sous-représentées. La pionnière d’entre elles, Viola Smith, aujourd’hui âgée de 108 ans (!), a dû se sentir bien seule lorsqu’elle se produisait dans les années 1930-1940 dans un milieu de musiciens de jazz archi-macho, trusté par les mâles.

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Le club du samedi soir #12, Peintres, peintures & musiciens

Beauford Delaney⁠,Marian Anderson (détail), 1965.
Beauford Delaney⁠, Marian Anderson (détail), 1965.

Si c’est le regardeur qui fait le tableau comme l’a dit Duchamp, est-ce l’écouteur qui fait la musique ? Et que se passe-t-il lorsque le musicien se fait regardeur ? Se demande-t-il si la trame nue de la toile est le silence du peintre ? Est-il ébloui de trouver en lui un alter ego troublant ? Se demande-t-il si la surface vide encore à naître est l’écho parfait des moindres bruissements du monde muet qui soudain se fait mélodie dans l’espace de son désir de créer ? Mon postulat éthologique d’une liaison inévitable entre ces deux espèces d’êtres, soit peintre et soit musicien, comporte une liste interminable d’exemples sous forme d’amitiés indéfectibles et d’œuvres jumelles. Qu’il s’agisse de liaisons créatives imaginaires ou non entre maîtres réels ou rêvés et élèves plus ou moins disciplinés. De Frédéric Chopin et Eugène Delacroix à Pierre Boulez et Paul Klee, en passant par Debussy et Claude Monet… mais particulièrement, puisque c’est l’image qui vous regarde ici, à travers les yeux de la contralto Marian Anderson peints par Beauford Delaney, qui par son portrait célébra celle qui fut la première femme africaine-américaine à chanter au Metropolitan Opera à New York. En ce qui concerne le champ pop moderne, ce lien créatif oculo-auditif n’est pas en reste non plus. Et cette playlist en est une tentative de démonstration pleine de bonne et mauvaise foi qui ne tient qu’à ma volonté de faire tenir ma propre vision. Écoutez donc et fermez un peu les yeux pour voir ! Continuer “Le club du samedi soir #12, Peintres, peintures & musiciens”

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Le club du samedi soir #10 – Brexitpop UK 90’s

En ces temps troublés où la conjuration des imbéciles (kikoo Boris, Nigel et Domenic) semble remporter tous les suffrages, il me semble de bon aloi de se souvenir que les îles Britanniques furent juste avant le nouveau siècle un bien beau laboratoire. Bien sûr, il y eut la Britpop avec ses cancres appliqués et ses glorieux génies, mais même si son côté rétrograde pour ne pas dire conservateur ont permis de faire passer l’Indie Pop dans le mainstream avec ses rainures royales comme ses plus abominables atrocités (Kula Shaker, ne pardonne pas, n’oublie jamais), certains alors n’en avaient cure* et traçaient une tangente dans l’exploration passé/futur, le refus des dogmes établis. Et un petit revival Krautrock fourbe mais pas bien méchant. Continuer “Le club du samedi soir #10 – Brexitpop UK 90’s”

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Le club du samedi soir # 8 : Kraftwerk influences

Florian Schneider de Kraftwerk

La disparition de Florian Schneider, cofondateur de Kraftwerk avec Ralf Hütter le 21 avril dernier, n’a probablement pas eu l’écho qu’elle aurait du avoir, en partie à cause du contexte de pandémie. Cette mixtape est une sorte de mea culpa. En découvrant la techno pendant les années 90, tant d’artistes, Aphex Twin en premier, citaient le groupe de Düsseldorf comme la référence absolue. A tort sans doute, j’ai sciemment évité le groupe allemand, car le snob musical que j’étais les jugeait trop évidents. Ce n’est qu’au terme d’un concert triomphal aux Transmusicales 2004 que j’ai vraiment mesuré l’étendue de mon erreur. Ils avaient inventé bien plus que la musique synthétique : ils ont initié la pop moderne. Au-delà des rythmes en boucle et les bleeps si chaleureux, ce sont surtout les mélodies que l’on retient, qu’il s’agisse des Robots, de Trans Europe Express, Numbers ou Radioactivity. Continuer “Le club du samedi soir # 8 : Kraftwerk influences”

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Le club du samedi soir # 7 : Dreams Never End

Marc-Aurèle, bronze, Italie / Photo : © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre), Stéphane Maréchalle

Alors que nous n’étions qu’au tout début de l’étrange épisode du confinement, un philosophe avait prescrit la lecture du stoïcien Marc Aurèle comme remède à nos inquiétudes. Selon lui, la raison et la lucidité seraient nos meilleures alliées pour exorciser nos angoisses et neutraliser nos inévitables coups de déprime. On peinerait à le contredire complètement. Pourtant, on aurait pu lui faire remarquer que l’imaginaire et l’illusion sont peut-être plus vitaux encore pour traverser les péripéties de l’existence. Comment aurions-nous pu supporter notre pesante oisiveté forcée sans le recours à la fiction, aux rêves éveillés que nous procurent les romans, les films et bien sûr la musique, sans laquelle la vie ne serait qu’une erreur et un exil, selon la célèbre formule de Nietzsche ? Dans les moments difficiles, il m’a toujours semblé que l’écoute d’une bonne chanson pop était d’un secours bien plus efficace que n’importe quel précepte de sagesse antique. Continuer “Le club du samedi soir # 7 : Dreams Never End”

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Le club du samedi soir # 6 : les joies de l’entre-soi

Inscrit au fronton de cette ouverte maison, probablement parce que régulièrement vilipendé et ne cessant de grimper au hit-parade des maux du siècle, l’entre-soi a tôt fait d’irriguer les champs du rock et de la pop, principalement pour s’avérer le ferment d’honorables chansons plutôt que céder à la tentation du repli communautariste. Exercice d’admiration, tribut payé aux aînés, influence revendiquée ou béquille bien pratique, ces name-dropping songs ont ratissé large, au point que sous la plume de Nick Toshes le contingent des laissés pour compte ou des oubliés a eu droit au titre de Unsung Heroes of Rock’n’Roll. Dylan a pratiqué l’hommage plus souvent qu’à son tour (Song To Woody, Blind Willie McTell) avant d’être honoré par Bowie (Song for Bob Dylan), lequel à dû se contenter d’Isabelle Adjani. Sans balayer ces deux icônes, ni faire l’impasse sur d’autres (Syd Barrett, Brian Wilson, les Ramones, ou bien sûr les Beatles sont parmi les champions les plus souvent cités), on s’autorisera à arpenter nos territoires de prédilection, à organiser des numéros de duettistes ou à tirer sur la ficelle du marabout, quitte à évincer à regret d’obscurs ferrailleurs ou des comètes négligées. Ainsi Glenn Tipton, guitariste de Judas Priest, ou Bobby Jameson, respectivement chantés par Mark Kozelek et Ariel Pink, n’ont, vous m’en voyez marri, pas passé le cut. Il y en a d’autres, à foison, et on ne parle ici que de chansons où le nom de l’artiste ou du groupe apparait dans le titre. Sans compter mes oublis fortuits, que vous vous ferez fort de réparer.

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Le club du samedi soir # 5 : Baubles From The Barbary Coast – A San Francisco mixtape by Matt Fishbeck

Samedi dernier, nous publiions une mixtape consacrée à la Baie de San Francisco. Le lendemain, réaction à chaud de Matt Fishbeck, dont nous vous avons parlé récemment, à travers sa magnifique reprise de Decades de Joy Division. Notons d’ailleurs au passage que d’ici à quelques mois, le premier album de Holy Shit, groupe où sont passés Ariel Pink et Christopher Owens, ressortira par l’entremise du label Mexican Summer. Dimanche dernier donc, il nous adresse spontanément cette mixtape, élaborée comme un appendice, un complément, une autre vision de ce qu’à été la créativité musicale de The City by the Bay, vue par lui. Et comme il est impossible pour nous de ne pas partager avec vous ce brillant droit de réponse, le voici. Enjoy. Continuer “Le club du samedi soir # 5 : Baubles From The Barbary Coast – A San Francisco mixtape by Matt Fishbeck”