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Pierre René-Worms : “J’ai été là au bon moment”

Manu Dibango dans un salon de coiffure Boulevard de Strasbourg, Paris, 1987.
Manu Dibango dans un salon de coiffure Boulevard de Strasbourg, Paris, 1987.

Un jeudi après-midi de septembre, en fin d’après-midi, Pierre René-Worms semble parfaitement détendu, quelques heures avant le vernissage de son exposition Patrouille de Nuit au Confort Moderne, concentré idéal de ce que l’on peut espérer de la vivacité d’un centre culturel dédié à la musique, logé dans une ville de la taille de Poitiers. Assis dans le jardin en compagnie d’un Perrier, il confie revenir d’un shooting en Afrique qui s’est terminé tard le matin, très tard. Le décalage entre une vie peuplée d’images africaines et son existence passée à côtoyer des légendes du rock en devenir est au coeur de cette riche exposition, menée par le vibrant directeur des lieux Yann Chevalier et conçue en collaboration étroite avec l’œil bienveillant de sa commissaire associée, Georgia René-Worms. De panneaux géants de planches contact où la flamboyance d’une période révolue (fêtes au Palace, défilés extravagants) avoisine l’absurdité des rencontres de cette période (Amanda Lear et Georges Brassens ou Dalida et Village People sur une même pellicule) en tirages photographiques rassemblant principalement la première période de son travail jusqu’à 1987, Pierre René-Worms retrace humblement l’histoire du rock du milieu des années 70 à la fin des années 80. Du festival punk de Mont-de-Marsan en 77 à Joy Division quartier des Halles à Paris et la scène rennaise, si tant de groupes devenus légendaires sont passés derrière son objectif, offrant des images persistantes, vibrantes d’une émotion sans pareil, c’est certainement pour sa formidable propension à se fondre dans l’existence modeste de ces groupes encore presque inconnus et totalement accessibles. Décadrer la photo de presse, sortir de son carcan, et emmener son sujet ailleurs, tout en révélant l’arrière plan fascinant de leur univers. De lieux insolites en situations étonnantes, ces groupes en devenir deviennent amis, parfois photographiés à côté d’anonymes, devenant eux-mêmes témoins d’une époque en pleine explosion créative. Pour Pierre René-Worms, désormais revenu à ses premières amours, la photo en lien avec l’Afrique, tout est une affaire de liberté et de fidélité, qui transparaît tout le long de cette heure d’entretien qu’il nous a accordé. Continuer la lecture de « Pierre René-Worms : “J’ai été là au bon moment” »

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Selectorama : Tirzah

Tirzah
Tirzah / Photo : Lillie Eiger

On dit souvent que less is more, et c’est sans doute cette expression crée par l’architecte et directeur du Bauhaus Ludwig Mies van der Rohe qui correspond le mieux à la londonienne Tirzah. Avec son premier album Devotion (2018), tout en minimalisme et en intimité, elle avait posé la première pierre d’un édifice de coton bâti en compagnie de Mica Levy, à savoir une pop imparfaite – dans le meilleur sens du terme – et parfaitement bouleversante. Tout à fait le genre de disque sans âge qu’on aime toujours intensément retrouver au détour du random de nos playlists. Début octobre, elle revient avec un second album Colourgrade chez Domino, dont les premiers extraits sont tout aussi réussis, comme en témoigne le merveilleux Send Me. Pour Section26, elle a accepté d’entrouvrir la porte de ses obsessions musicales du moment, qui lui ressemblent tous un peu quelque part.

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Catégories livres

Cat Power et les rats de Chinatown

Les bonnes feuilles du nouveau livre d’Adrien Durand, “Je suis un Loser, Baby” (LeGospel).

Chan Marshall - Cat Power
Chan Marshall – Cat Power

Avec Je n’aime que la musique triste, Adrien Durand avait commencé, en parallèle à son excellent fanzine Le Gospel, ce qui a bien l’air de devenir une petite collection de livres. Le Gospel de poche (perfection de ce petit logo) propose ainsi sa deuxième publication, Je suis un Loser, Baby. Dix-sept textes courts, écrits récemment, qui conjuguent mémoire collective et expérience intime sur la musique. Humble et honnête, avec ce qu’il faut d’humour désabusé, il fait un petit tour du propriétaire de son panthéon personnel, de Cat Power et Fugazi, Kurt Cobain et Bret Easton Ellis, Paul Schrader et Evan Dando, Dinosaur Jr. ou encore les Swans, Vincent Gallo et Courtney Love, du jazz éthiopien et les poubelles du Chelsea Hotel. En avant pour le premier chapitre de ce livre qu’il vous offre à lire ce week-end. Continuer la lecture de « Cat Power et les rats de Chinatown »

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Le nouvel album de Jaromil Sabor, “Mount Vision” (Howlin’ Banana Records / Permanent Freak / Safe In The Rain) en écoute exclu

Jaromil Sabor
Jaromil Sabor

En bon artisan pop, Jaromil Sabor définit depuis maintenant dix ans les contours d’une musique qui embrasse autant folk, pop baroque, indie rock, jangle pop, garage rock que twee pop. Il s’exprime dans tous les dialectes de la langue qu’il chérit, et façonne le résultat jusqu’au moindre arrangement et à la production. Mount Vision est tout cela, de belles chansons pop finement ciselées, où ses instruments s’invitent tour à tour : claviers, cordes, cuivres, percussions… Trois ans de pause n’auront pas été de trop pour finaliser ce nouvel album qui sortira ce vendredi 9 juillet chez Howlin’Banana, Permanent Freak et Safe In The Rain Records, avec une petite surprise en cerise sur le gâteau : une version vinyle illustrée par Inaniel Swims accompagnée d’un tarot divinatoire spécialement créé pour l’occasion.

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The Purcells reprend “O Solitude” de Henry Purcell et fait chanter Laetitia Sadier

The Purcells / Visuel : Guillaume Long
The Purcells / Visuel : Guillaume Long

Touche à tout aux identités multiples, Mickaël Mottet n’a pas froid aux oreilles. Après Mark E. Smith, le voici rendant hommage à Henry Purcell, compositeur baroque britannique du XVIIème siècle. Ses pièces courtes sont pour lui construites comme de parfaites petites pop songs, qui pourraient facilement sonner comme du Pavement teinté de krautrock. Si on ne peut oublier la fabuleuse Cold Song de Klaus Nomi, il fait signe à son comparse Flavien Girard, accompagné du multi instrumentiste JeanChristophe Lacroix pour un 4 titres, accompagné sur l’un d’entre eux par une surprise de taille au chant : leur amie Laetitia Sadier sur cet O Solitude minimal, métronomique et poétique.

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Selectorama : Gilb’r

Gilb'r
Gilb’r

Il a eu mille vies, à contribué à une belle poignée d’avant-gardes. Si Gilb’r habite désormais aux Pays-Bas (à Amsterdam, depuis 6 ans), il ne s’est point éloigné du nerf de sa guerre : la musique via son label Versatile. Lequel fête d’ailleurs ses 25 ans ce printemps, avec une première sortie qui avait littéralement catapulté le label au firmament de la french touch d’alors avec le légendaire Disco Cubizm d’I:Cube remixé par Daft Punk. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, et le boss de la maison-mère de la Folie-Régnault n’a cessé de se diversifier. De très belles signatures (Zombie Zombie, Acid Arab, I:Cube – partner in crime de toujours – ou l’album de  Parrenin / Weinrich récemment) en productions perso (Château Flight, Aladdin avec Nicolas Ker, Quixote inviant Lisa Li-Lund…), il a été l’indispensable sélecteur de Radio Nova dès 1991, et pendant des années. Pour revenir à son actualité, On Danse Comme Des Fous, son tout premier album solo vient juste de sortir, et il contient sans doute le meilleur de son univers, aussi vaste soit-il. Sur un départ aux accents de messe kraut, des bulles d’extase ambient, de la syncope en clin d’oeil à ses années Jungle Vibes (j’ai toujours le CD, je l’adore, ndlr), et un disque qui finalement, contrairement à ce que son titre On Danse Comme Des Fous suppose, ne contient pas de banger housey mais une bonne dose de génie bien supérieure. On est très fiers d’avoir le patron aux commandes d’un Selectorama pas piqué des hannetons, qui prouve son écléctisme total et sa curiosité furieuse toujours aussi vive. Continuer la lecture de « Selectorama : Gilb’r »

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Selectorama : Nine Antico

Laetitia Dosch et Sara Forestier dans "Playlist" de Nine Antico
Laetitia Dosch et Sara Forestier dans “Playlist” de Nine Antico

De petits boulots en coups de cœur souvent illusoires, Sophie (Sara Forestier), la presque trentaine, erre dans un Paris en noir et blanc filmé par Nine Antico, qu’on connaissait avant tout par son coup de crayon générationnel bien senti (Girls Don’t Cry, Le Goût du paradis, Coney Island Baby, entre autres). Comme dans ses BD à l’humour bittersweet, elle émaille ça et là son film de références musicales comme de petites pierres blanches qui nous ont immédiatement parlé. Jugez plutôt : Daniel Johnston, Electrelane, Yo La Tengo et trois morceaux de Lispector, dont on vous a souvent parlé ça et sont dans la BO, Bertrand Belin, Lescop et Berroyer dans le casting. Frais et piquant, Playlist s’éloigne vite d’une colorimétrie de posture pour un cadre graphique parfaitement saisi, et de la promesse de romcom vendue sur l’affiche vers un portrait de fille dans la tourmente d’une vie pas toujours facile, mais terriblement touchant et drôle. On a évidemment eu très envie de lui demander de nous détailler un peu ses choix musicaux entre trois coups de fil et deux e-mails en cette période effrénée de sortie de son film en salles. Continuer la lecture de « Selectorama : Nine Antico »