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Shame – La scène dans la peau

Shame
Shame, le 25 septembre 2021 au festival Lévitation à Angers / Photos : Coralie Gardet

A ce jour, mon meilleur concert reste celui de Shame, le 23 avril 2018, à la Maroquinerie. L’énergie de Charlie Steen et de ses quatre compères londoniens, transmise à un public en furie, s’était chez moi muée en un sentiment de puissance jusqu’alors inconnu, qui avait persisté pendant des heures : sur le chemin pas toujours rassurant du retour, je chantais les airs de Songs of Praise, prête à en découdre avec quiconque oserait m’importuner. Lorsque j’ai eu l’opportunité de les rencontrer le 25 septembre dernier, avant leur passage au Levitation France d’Angers, il m’a semblé évident d’axer notre discussion sur le live. Je me demandais : comment un tel groupe de scène, en pleine explosion, a-t-il survécu aux confinements et aux restrictions de ces mois passés ? Tout d’abord, en publiant en janvier un second album, Drunk Tank Pink, encore plus enragé que le premier, puis en trompant cette faim de spectacle, la leur comme la nôtre, avec Live in the Flesh, un docu-concert filmé au Electric Brixton de Londres en octobre 2020, présentant enfin les versions en sueur de sept de ces nouveaux morceaux.

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…à la ligne.

“A la ligne” de Joseph Ponthus par Michel Cloup, Julien Rufié et Pascal Bouaziz en tournée

Michel Cloup, Julien Rufié et Pascal Bouaziz adaptent "A la ligne" de Joseph Ponthus / Photo : Stéphane Perraux via Ici D'Ailleurs
Michel Cloup, Julien Rufié et Pascal Bouaziz adaptent “A la ligne” de Joseph Ponthus / Photo : Stéphane Perraux via Ici D’Ailleurs

Lors de cet entretien croisé entre Michel Cloup et Pascal Bouaziz datant de l’hiver 2016, et resté inédit à ce jour, eux ne savent pas encore qu’ils seront sur la scène de Petit Bain ce soir, pour faire vivre les textes de Joseph Ponthus malgré la disparition de leur auteur. Et que deux jours après ce concert (ce Vendredi 15) sortira précisément Le Dernier Album de Mendelson. Sur lequel nous reviendrons, mais peut-être pas aussi vite, parce qu’il faut se laisser le temps de le digérer. Le temps de se préparer pour un (dernier ?) concert de Mendelson, groupe inoui et nécéssaire, toujours à Petit Bain le 11 Novembre prochain.
Pour ma part, je ne sais pas encore que c’est la dernière interview que je ferais en tant que pigiste pour une revue qui va cesser de paraître. Sans l’excellent Renaud Sachet et son excavation salutaire en vue d’un ouvrage très bien troussé et archi documenté à paraitre incessamment (Les Années Lithium, éditions Langue Pendue), ce grand moment de fraternité serait peut-être resté dans des archives informatiques en bien piètre état. On y croise Vincent Chauvier, Townes Van Zandt et Guesch Patti. C’est déjà pas mal.
Extraits. Et à ce soir. Continuer la lecture de « …à la ligne. »

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Anika : La fin des compromis

Anika
Anika / Photo : Coralie Gardet

En juillet dernier, Annika Henderson faisait son retour avec un second album, Change, onze ans après celui qui avait fait connaître son nom en 2010, Anika. Alors journaliste politique entre Londres et Berlin, où elle vit désormais, l’Anglaise de Surrey avait répondu à l’appel de Geoff Barrow, membre fondateur de Portishead, à la recherche d’une chanteuse pour un projet encore jeune à l’époque, BEAK>. Neuf titres, dont sept reprises, de Bob Dylan, Ray Davies ou Yoko Ono, étaient nés de cette rencontre. La voix grave et sépulcrale d’Anika, souvent comparée à celle de Nico, assortie d’arrangements entre post-punk et dub, avait soufflé un vent froid mémorable sur ces grands classiques des années 1960. C’est sans surprise qu’on la retrouvait, en 2016, signée sur le plus sombre des labels indés, Sacred Bones, en meneuse du groupe Exploded View. Aujourd’hui, ce sont ces deux maisons, Sacred Bones et Invada, le label de Barrow, que la chanteuse a choisies pour publier son dernier album, son plus personnel et intime. Elle nous parle de son processus de création et de sa manière de le diriger, sans compromis, dans un entretien accordé fin septembre à Angers, quelques heures avant sa performance au Levitation France.

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Pierre René-Worms : “J’ai été là au bon moment”

Manu Dibango dans un salon de coiffure Boulevard de Strasbourg, Paris, 1987.
Manu Dibango dans un salon de coiffure Boulevard de Strasbourg, Paris, 1987.

Un jeudi après-midi de septembre, en fin d’après-midi, Pierre René-Worms semble parfaitement détendu, quelques heures avant le vernissage de son exposition Patrouille de Nuit au Confort Moderne, concentré idéal de ce que l’on peut espérer de la vivacité d’un centre culturel dédié à la musique, logé dans une ville de la taille de Poitiers. Assis dans le jardin en compagnie d’un Perrier, il confie revenir d’un shooting en Afrique qui s’est terminé tard le matin, très tard. Le décalage entre une vie peuplée d’images africaines et son existence passée à côtoyer des légendes du rock en devenir est au coeur de cette riche exposition, menée par le vibrant directeur des lieux Yann Chevalier et conçue en collaboration étroite avec l’œil bienveillant de sa commissaire associée, Georgia René-Worms. De panneaux géants de planches contact où la flamboyance d’une période révolue (fêtes au Palace, défilés extravagants) avoisine l’absurdité des rencontres de cette période (Amanda Lear et Georges Brassens ou Dalida et Village People sur une même pellicule) en tirages photographiques rassemblant principalement la première période de son travail jusqu’à 1987, Pierre René-Worms retrace humblement l’histoire du rock du milieu des années 70 à la fin des années 80. Du festival punk de Mont-de-Marsan en 77 à Joy Division quartier des Halles à Paris et la scène rennaise, si tant de groupes devenus légendaires sont passés derrière son objectif, offrant des images persistantes, vibrantes d’une émotion sans pareil, c’est certainement pour sa formidable propension à se fondre dans l’existence modeste de ces groupes encore presque inconnus et totalement accessibles. Décadrer la photo de presse, sortir de son carcan, et emmener son sujet ailleurs, tout en révélant l’arrière plan fascinant de leur univers. De lieux insolites en situations étonnantes, ces groupes en devenir deviennent amis, parfois photographiés à côté d’anonymes, devenant eux-mêmes témoins d’une époque en pleine explosion créative. Pour Pierre René-Worms, désormais revenu à ses premières amours, la photo en lien avec l’Afrique, tout est une affaire de liberté et de fidélité, qui transparaît tout le long de cette heure d’entretien qu’il nous a accordé. Continuer la lecture de « Pierre René-Worms : “J’ai été là au bon moment” »

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Saint Etienne : “On aurait adoré qu’Andy Weatherall écoute notre album”

Photo : Alasdair McLellan
Photo : Alasdair McLellan

Freud a écrit que l’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient. Si certains partagent cet avis qui commence à dater, de mon côté, je proposerai plutôt une écoute de I’ve Been Trying To Tell You, le nouvel album de Saint Etienne. Ce disque déroute, séduit, provoque l’incompréhension et fait certainement débat. Mais au fond, on s’en moque car vous seul pouvez en écrire la chronique. I’ve Been Trying To Tell You ne se partage pas. Il s’écoute en solitaire, au calme, sans aucune distraction. C’est un rêve éveillé qui vous racontera une histoire différente à chaque écoute. Une écoute peu attentive fera penser à de la chillwave, mais cela semble réducteur au regard des intentions de départ du groupe. Ce disque est en effet une œuvre sur la mémoire. Il s’accompagne d’un film réalisé par Alasdair McLellan. Composé quasi exclusivement de samples de titres pop commerciaux sortis entre 1997 et 2001, I’ve Been Trying To Tell You se veut le reflet de la période pleine d’espoir allant de l’élection de Tony Blair jusqu’aux tragiques événements du 11 septembre. L’optimisme se mélange à la noirceur avec subtilité sur ces huit pistes où l’on entend très peu la voix de Sarah Cracknell qui a préféré s’effacer pour rendre les morceaux plus suggestifs. Pete Wiggs nous explique dans cet entretien comment cet album et son concept a pris le dessus sur le groupe plutôt que l’inverse. Il se plonge également dans quelques souvenirs pour parler des trente ans de la sortie de Foxbase Alpha, nous parle de sa passion naissante pour le prog rock et de son fils, grand fan du groupe Suede. Avec la sortie de cet album ovni, Saint Etienne confirme ce qu’ils affirmaient en 1991 : Nothing Can’t Stop Us. Continuer la lecture de « Saint Etienne : “On aurait adoré qu’Andy Weatherall écoute notre album” »

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Gary Canino / Dark Tea : “La plupart des groupes ne réfléchissent pas assez à ce qu’ils font”

Gary Canino / Dark Tea
Gary Canino / Dark Tea

Les deux albums de Dark Tea – sobrement intitulés Dark Tea et publiés en 2019 puis en 2021 – font partie de ceux que l’on a découvert au fil des hasards et des clics intempestifs, comme on croise une silhouette inconnue mais curieusement familière. Une première impression de fraternité musicale qui s’est peu à peu confirmée au fils des écoutes – nombreuses, de plus en plus. Seul maître à bord, mais toujours bien accompagné – une bonne vingtaine de musiciens a participé à l’élaboration du second album – Gary Canino offre en partage ses pop songs toujours richement référencées, souvent un peu bancales et qui semblent investir de leur charme poisseux une sorte d’entre-deux musical aux multiples dimensions : un pied dans le classicisme passé, l’autre dans la modernité bricolée mais aussi à la recherche d’un équilibre transatlantique entre les continents où s’entremêlent racines américaines et britanniques. On en savait trop peu sur ce jeune auteur érudit – journaliste musical à ses heures pas si perdues – mais sincère, qui semble vaciller gracieusement à côté de ses chansons. D’où ces quelques questions auxquelles il a eu l’amabilité de bien vouloir répondre. Continuer la lecture de « Gary Canino / Dark Tea : “La plupart des groupes ne réfléchissent pas assez à ce qu’ils font” »

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The Boo Radleys : “Pour notre retour, on fuit la pression”

The Boo Radleys
The Boo Radleys / Photo : Chris Payne

Beaucoup s’interrogent sur la pertinence du retour des Boo Radleys. Est-ce un affront de reprendre le nom du groupe et de sortir un nouveau single en l’absence de leur compositeur et tête chercheuse Martin Carr ? D’autres l’ont fait avant eux, avec plus ou moins de succès. Que ce soit par nostalgie ou par nécessité. Si toutes ces questions animent la sphère indie, on ne peut pas dire qu’il en soit autant pour le groupe. Tous ont des familles et un job qu’ils ne souhaitent pas quitter. Leur seule obsession semble être de rejouer ensemble sur scène et de passer un bon moment. Ce plaisir est-il palpable à l’écoute du single du retour, A Full Syringe And Memories Of You ? Continuer la lecture de « The Boo Radleys : “Pour notre retour, on fuit la pression” »

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Molly Burch : “J’ai eu l’impression d’expérimenter en me lançant dans la pop”

Molly Burch
Molly Burch / Photo : Jackie Lee Young

Qui aurait cru qu’aussi tôt dans sa carrière, Molly Burch allait sortir un album où les synthés et les rythmes électroniques bouleverseraient un univers dont elle posait encore les fondations ? Avec le single Emotion composé avec Wild Nothing, on sentait pointer une envie de changement de cap. Romantic Image nous le confirme avec onze titres flirtant avec l’indie et la pop grand public. Impossible de ne pas reconnaître certaines marottes de Molly Burch, Ariana Grande en tête. Sa reprise de Needy aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Romantic Image, s’il paraît plus léger en surface, n’est en aucun cas un album superficiel surfant sur quelque vague que ce soit. La personnalité de Molly Burch y est toujours présente ainsi que son talent incontestable de songwriter. S’il est sans aucun doute un album de transition, il ne faut pas oublier que Romantic Image est également un album expérimental. Molly Burch est partie à la découverte d’un nouveau style en modifiant radicalement ses techniques de travail et son approche vocale. Continuer la lecture de « Molly Burch : “J’ai eu l’impression d’expérimenter en me lançant dans la pop” »