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Boris Maurussane : Larmes de joie

Boris Maurussane / Photo : Marjorie Chaumet
Boris Maurussane / Photo : Marjorie Chaumet

La plus belle moustache du douzième arrondissement de Paris remet enfin le couvert quatre longues années après l’inaugural Social Kaleidoscope, et le festin auquel nous sommes conviés dépasse nos espérances : Tears Of English Town vole très haut et confirme s’il en était encore besoin l’immense talent de cet étrange spécimen. De Maxwell Farrington & Le SuperHomard à Dorian Pimpernel en passant par Olivier Rocabois, Orwell, Discover ou Astrobal, la scène pop française n’en finit plus de nous éblouir et Boris Maurussane – qui préfère parler à son sujet de Third Stream Pop Music – fait plus que tenir son rang. Il rayonne, il survole – il stratosphérise. Tears Of English Town aligne les merveilles comme à la parade – il faudrait toutes les citer. Un disque tel un creuset dans lequel s’invitent Musique Populaire Brésilienne, pop sophistiquée et quelques échos de jazz – un sommet psychedelico-bucolique. Continuer la lecture de « Boris Maurussane : Larmes de joie »

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Tricky : « Le plus grand fléau pour les musiciens, c’est de trop réfléchir »

Tricky / Photo : Steve Gullick
Tricky / Photo : Steve Gullick

Le dossier de presse du nouvel album de Tricky annonce rapidement la couleur : Different When It’s Silent est son meilleur album depuis son tout premier, Maxinquaye. Des annonces comme ça, les rédacteurs en reçoivent plusieurs par mois dans leur boîte mail. Dans le meilleur des cas, le disque s’avère plaisant. Mais pas cette fois. Sans être le meilleur depuis Maxinquaye, comment dépasser le chef-d’œuvre claustrophobique Pre-Millennium Tension, Different When It’s Silent se place d’office dans le haut du panier de sa longue et prolifique carrière. Il aura pourtant fallu l’intervention d’Alan McGee, son nouveau manager et ancien boss de Creation Records (Oasis, Teenage Fanclub, My Bloody Valentine, etc.), pour que ce projet sorte sous son nom. En deuil depuis le décès de sa fille en 2019, Tricky voulait se faire discret et travaillait pour d’autres ou sous un autre nom. Le deuil est encore présent sur ce disque ; il crée une tension inédite qui, ajoutée à un côté brut et à la voix de Mitch Sanders, donne toute sa force à Different When It’s Silent. Car, pour la première fois, Tricky sort un disque où les voix masculines dominent. C’est autour d’une table, en terrasse d’un café parisien, que nous avons rencontré un des artistes les plus en marge du business. Habité, honnête, direct, généreux et dénué d’ego, il revient à la fois sur son passé, le music business et la genèse de ce nouvel album. L’interview a été préparée avec la collaboration d’Yves-Loïc Tépho. Continuer la lecture de « Tricky : « Le plus grand fléau pour les musiciens, c’est de trop réfléchir » »

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Sr Chinarro, un lugar en el pasado

Antoni Luque, alias Sr Chinarro / Photo : DR
Antoni Luque, alias Sr Chinarro / Photo : DR

Pas la peine de tourner autour du pot : je tiens le dénommé Antonio Luque, la tête pensante du groupe Sr Chinarro, comme l’un des auteurs-compositeurs les plus doués de sa génération. En et hors d’Espagne. Depuis la découverte de son premier EP, Pequeño Circo – grâce à des connexions espagnoles qui ont rythmé plus que bercé mes années 1990, mes années folles en quelque sorte, avec la naissance de la RPM canal historique, les quelques mois comme disquaire, la casquette honorifique de « manager », pseudo-animateur d’une émission de radio très indépendante intitulée Eldorado et dont le générique était… la version instrumentale de la magnifique Mi Caracola Loca de Sr Chinarro –, j’ai souvent succombé aux mélodies douces-amères imaginées par cet homme au charisme plutôt inné, à la langue assez bien pendue et dotée – à l’instar de Jean-Louis Murat – d’une détermination de tous les instants, d’une passion inassouvie pour le verbe de sa langue natale. Continuer la lecture de « Sr Chinarro, un lugar en el pasado »

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Penny Arcade : « J’utilise ce que j’ai sous la main pour mes morceaux »

James Hoare (Penny Arcade) / Photo : Titouan Massé
James Hoare (Penny Arcade) / Photo : Titouan Massé

Malgré un des CV les plus impressionnants de l’indie pop de ces dernières années (The Proper Ornaments, Ultimate Painting, Veronica Falls, Your Twenties), James Hoare a pris la décision de se lancer en solo sous le nom de Penny Arcade. Il sort aujourd’hui son deuxième album Double Exposure, album à humeurs variées qui s’est construit autour de deux instruments, l’orgue et la boîte à rythmes. La magie de Hoare est de faire passer des chansons qui pourraient chez d’autres être considérées comme simplement rudimentaires pour des classiques instantanés. Tout a été enregistré dans son home studio, souvent spontanément, et c’est cette impression de proximité avec l’auditeur alliée à la chaleur du son et la mélancolie qui s’en dégage qui fait que Double Exposure se classe parmi les meilleurs enregistrements de Hoare à ce jour. Habitant depuis peu le sud de la France, Penny Arcade va beaucoup s’y produire lors d’une tournée qui commencera par une date à Paris le 4 juin prochain. C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré, au Chaton Indépendant rue Amelot à Paris, dans un des fiefs de l’indie parisienne, pour une interview basée sur ces premières années en solo, mais aussi les Beatles et le vieux Rock’n Roll. Continuer la lecture de « Penny Arcade : « J’utilise ce que j’ai sous la main pour mes morceaux » »

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The Apartments, le casino de la vie

Peter Milton Walsh
Peter Milton Walsh / Photo : DR

Enseigner, c’est répéter. Partager aussi, je crois. Oui, répéter encore une fois que des chansons peuvent changer le cours d’une vie – et de plusieurs, même. Alors, répéter aussi cette phrase que j’ai piquée (moi, quand je vole, je l’avoue dans la foulée) à feu John Peel au sujet des albums de The Fall de feu (décidément…) Mark E. Smith : un nouvel album de The Apartments est toujours un peu meilleur que le précédent et forcément un peu moins bon que le suivant. Cette vérité, Peter Milton Walsh s’amuse à lui donner corps depuis 1985 et la sortie en presque catimini (mais avec une pleine page signée Bayon dans un Libération de janvier 1986 – oui, toujours citer ses sources et ses inspirateurs / inspirations) d’un premier LP baptisé The Evening Visits… And Stays For Years. Paru dans les derniers soupirs de l’année 2025, That’s What the Music is For perpétue donc avec une élégance rare et une sobriété exaltante la tradition. Continuer la lecture de « The Apartments, le casino de la vie »

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Ulrika Spacek : « Il est assez évident qu’on ne peut pas refaire le même album qu’en 2016. »

Ulrika Spacek / Photo : Anya Broido
Ulrika Spacek / Photo : Anya Broido

C’est dans un hôtel de la Gare du Nord que l’on avait rendez-vous. Un lieu de carrefour, au débarquement de l’Eurostar et du RER de Roissy pour le groupe divisé entre Londres et Stockholm où réside désormais le frontman Rhys Edwards. Il y a deux semaines paraissait EXPO, le quatrième album de ceux que l’on suit avec tant d’attention depuis dix ans déjà. Un disque qu’ils décrivent comme plus froid, possédé par des forces plus obscures, mais qui par tous ses sillons suinte le nom d’Ulrika Spacek : « C’est un moment agréable dans la vie d’un groupe quand on réalise qu’on a créé un son qui nous est propre ». Malgré l’absence du batteur Callum Brown et du guitariste Rhys Jenkins, les trois musiciens (Rhys Edwards, Joseph Stone et Syd Kemp) se sont attardés, dans un vrai échange, sur leur processus créatif, leur besoin viscéral d’autonomie et leurs dilemmes éthiques face à une industrie musicale avec laquelle ils doivent malheureusement composer quand ils ne souhaitent finalement qu’une chose : atteindre leur public. 

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« J’avais envie de réfléchir à des instruments nouveaux pour une nouvelle forme de musique. »

Rencontre in situ dans l’atelier de Léo Maurel, fabricant de vielle à roue, entre autres.

Léo Maurel / Photo : Marie Lagabbe
Léo Maurel / Photo : Marie Lagabbe

Fin du mois d’août, je prends ma Berlingo, direction Dangolsheim pour enfin rencontrer in situ Léo Maurel, artisan au service de musiciens bien connus de par chez nous, de Yann Gourdon (France) à Stephen O’Malley (Sunn O)))), en passant par Kali Malone ou Clément Vercelletto et son Engoulevent. Au volant en cet après-midi agréable, je repense à ma collègue de médiathèque Sandrine qui avait invité Léo il y a une dizaine d’années à son animation L’heure instrument : le luthier était venu présenter en public une vielle à roue et ses petites boîtes à bourdon motorisées et j’étais alors bien loin de me douter que se jouait derrière ses objets étranges une petite révolution qui changeait la donne dans une partie du milieu des musiques (néo) traditionnelles et expérimentales. L’artisan, installé dans la région de Strasbourg, allait rayonner bien au-delà et permettre à des musiciens passionnés de répertoires anciens ou avides d’expérimentations actuelles d’accéder à des instruments de facture originale sans se ruiner, en leur proposant de surcroit des personnalisations (notamment à base de moteurs et d’électronique intégrés). Un certain folklore revisité pouvait entrer ainsi de plein pied dans le XXIe siècle, provoquant un regain d’intérêt hors de nos frontières, notamment chez nos amis britanniques (tiens donc) et des passeurs aussi pointus que The Quietus. C’est un garçon souriant, réservé mais affable qui m’a accueilli dans son atelier, au rez-de-chaussée d’une vieille bâtisse, en contrebas de l’église du village, pour me raconter son histoire d’artisan, sa trajectoire d’inventeur d’une lutherie tenant de la tradition mais embrassant des technologies nouvelles, électroniques mais pas que. Rencontre avec un facteur, rêveur d’instruments peu communs. Photographies pour Section 26 et Beurre Noir* : Marie Lagabbe. Continuer la lecture de « « J’avais envie de réfléchir à des instruments nouveaux pour une nouvelle forme de musique. » »

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Un tour de Modestine, avec Sing Sing et Victor Rassov

Modestine (Sing Sing et Victor Rassov) / Photo : Azucena Mahuteau
Modestine (Sing Sing et Victor Rassov) / Photo : Azucena Mahuteau


« Le gligli fait des histoires, le gligli excite »

À la première écoute de Modestine, j’ai senti une excitation monter, pas besoin de s’enterrer pendant un mois avec de l’eau, du pain et un magnétophone pour trouver un sens à tout ça. Non l’envie de partager ma joie s’écrivait facilement : bien sûr, quand j’ai abordé leur cassette Grand dommage, j’en avais quelques clés, parce que j’écoute Arlt, parce que j’échange en MP avec Sing Sing et que sa façon d’aborder le métier de chansonnier nous intéresse toujours. Il a par exemple bien souligné que Modestine est une œuvre musicale à deux, que l’autre face de la pièce, c’est Victor Rassov, poète et musicien aux commandes partagées, plus d’autres invités qui passaient par là, comme Gilles Poizat (qu’on adore ici-bas), Marius Atherton (pareil), Léo Gobin (enchanté !) et la vedette Bertrand Belin. Continuer la lecture de « Un tour de Modestine, avec Sing Sing et Victor Rassov »