Catégories 45 tours de confinementÉtiquettes , , , , ,

#10 : Missing Scientists, Big City Bright Lights (Rough Trade, 1980)

Missing Scientists en milieu (presque) stérile.

A force depuis plus de dix jours de vivre ainsi les uns sur les autres du matin au soir (mais Dieu ou Marx merci, pas du soir au matin !), il fallait bien que les questions qui fâchent ressurgissent, malgré nos perspectives d’avenir émoussées.
« Anton, tu sais ce que tu veux faire plus tard ? – Je sais pas moi, genre ornithologue. – Tu veux dire le truc avec les oiseaux ? T’es sûr ? – Ou alors océanographe. Sinon, paléontologue c’est bien aussi, l’étude des fossiles et tout. – Tu ne veux pas plutôt faire prof de lettres ? Ou bibliothécaire, comme tonton Jeanphi et la Karen des Go-Betweens ? Bibliothécaire, mon grand, peut-être le plus beau des métiers du monde. – Non, ça c’est tout cramé. Une chose qui est certaine c’est que ça sera un métier scientifique, on voit bien qu’on en manque en ce moment, avec le virus et tout ». La conversation tenta de se prolonger en claudiquant, avant de s’embourber dans un fatras inextricable convoquant chloroquine, masques FFP2, vaccins et chercheurs manquants – ou en manque, je ne sais plus. Faute de crédibilité et de bagage (quel ascendant peut-on prendre sur un enfant de 14 ans quand on se targue d’avoir obtenu un Bac littéraire et quasi rien derrière ?), je n’eus bientôt plus voix au chapitre. Avant que tout – le désir, le vin, le temps, la mauvaise foi – ne vienne à manquer, je rapatriais l’unique 45 tours des Missing Scientists, considérant qu’il pouvait faire office d’honnête appendice au post de la veille. Continuer « #10 : Missing Scientists, Big City Bright Lights (Rough Trade, 1980) »

Catégories 45 tours de confinementÉtiquettes , , , , , ,

#9 : Teenage Filmstars, I Helped Patrick McGoohan Escape (Fab Listening, 1980)

Teenage Filmstars
Teenage Filmstars sur le toit.

Alors que je tendais mon Ausweis dûment coché à la case « courses » à Rémi, l’unique policier municipal de la commune, qui officiait à la sortie du village, je ne pus me retenir de lâcher un discret « Je ne suis pas un numéro. Je suis un homme libre ! ». Pas de réaction, pas l’esquisse d’un sourire, je crus même qu’il allait m’en coller une, de prune à 135 euros. Comme il n’y avait à la ronde pas non plus l’ombre d’un chat et encore moins celle d’un contrevenant, je tentais d’établir un semblant de dialogue, demandant à Rémi s’il voyait passer beaucoup de véhicules – Trop. -, s’il regardait Netflix – A fond ! -, s’il connaissait Le Prisonnier Non, trop pas, c’est quoi ?. La conversation en restera là, n’oublions pas que j’avais un caddie à remplir. Continuer « #9 : Teenage Filmstars, I Helped Patrick McGoohan Escape (Fab Listening, 1980) »

Catégories 45 tours de confinementÉtiquettes , , , , ,

#5 : Tindersticks, We Have All The Time in The World (Clawfist, 1993)

Tindersticks sur canapé.
Tindersticks sur canapé.

Si j’ai pris pour habitude de me lever tôt et dormir peu (et mal), j’ai toujours eu cette propension hautement revendiquée à la glande et à la procrastination. Vite lever le pied, remettre au surlendemain, rechigner devant l’effort et refuser l’obstacle sont des compétences qui n’ont plus de secret pour moi. Après avoir longtemps sinué en dilettante entre droit à la paresse (Paul Lafargue) et éloge de l’oisiveté (Bertrand Russell), j’avais à la fin du siècle dernier pensé trouver dans l’oblomovisme une voie à emprunter. A l’origine de ce néologisme, Oblomov, un roman de l’écrivain russe Ivan Gontcharov, publié en 1859, et adapté au cinéma (c’est par ce biais que j’en ai d’abord eu connaissance) par Nikita Mikhalkov en 1980, du temps où le cinéaste et son œuvre n’étaient pas encore devenus totalement infréquentables. L’oblomovisme, quand les écoles ont fermé et que le repli s’est opéré, a fait retour, grattant insidieusement à la porte du foyer. On s’imaginait aisément, débarrassé de toute obligation, de tout horaire, se lover dans la contemplation et l’abstinence de décision, avachi dans le canapé. C’était là un art de vivre des plus tentants, à cela près qu’il se pratique seul (et pas avec deux gamins dans les pattes), qu’il baigne dans une profonde mélancolie (ce n’est pas vraiment le moment opportun) et qu’il demande beaucoup, beaucoup trop d’attention pour être mené à bien. Et puis traîner toute la journée en savates et robe de chambre, très peu pour moi. Quitte à ne rien faire, autant le faire bien. Et avec un minimum d’élégance. Continuer « #5 : Tindersticks, We Have All The Time in The World (Clawfist, 1993) »

Catégories 45 tours de confinementÉtiquettes , , , , , ,

#4 : Gang of Four, At Home He’s a Tourist (EMI, 1979)

Gang Of Four
Gang Of Four chaleur tournante.

Cette histoire de gouttière toujours pas réparée (cf. #2) va finir par m’en coûter, je le crains. Ma femme télétravaille, les enfants ont des télécours et des télédevoirs, et moi, histoire de recoller au peloton, je clame que je suis au téléchômage. Dès lors m’incombe une large part des tâches ménagères, les courses, le bricolage, le jardinage, et que sais-je encore. Sauf qu’évidemment, fidèle à ma mauvaise réputation, j’en fiche pas une rame. Cumul des manquements plutôt que des mandats, et lourds cumulus nimbus qui s’agrègent au-dessus de ma tête. « Là, papa, ça commence à devenir tendu », ironisent les kids. Alors hier, quand ma femme m’a lancé, l’œil noir et des éclairs dans la voix, que je me comportais comme un touriste dans ma propre maison, ma réaction ne s’est pas fait attendre : je n’ai pu m’empêcher de lui sourire en retour et de la gratifier d’un tendre baiser. Pour mieux me précipiter ensuite dans ma grotte (car on est d’accord, Leroy Merlin et Bricomarché, c’est bien fermé ?), déterminé à retrouver ce single (leur deuxième, si je ne m’abuse) de Gang of Four qui se rappelait ainsi à mon bon souvenir. Continuer « #4 : Gang of Four, At Home He’s a Tourist (EMI, 1979) »

Catégories dossierÉtiquettes , , , , , ,

Bande à part 2/3

Peter Milton Walsh de The Apartments raconte les Go-Betweens

The Go-Betweens / Photo : Paul Cox pour Beggars Banquet
The Go-Betweens / Photo : Paul Cox pour Beggars Banquet

Peter Milton Walsh, l’éminence grise de The Apartements, a accepté que l’on publie, dans une version française signée Jean-Baptiste Santoni (avec l’aide précieuse de Catherine Cernicchiaro), les notes de pochette du deuxième volume du coffret G Stand For Go-Betweens, qui couvre la période 1985-1989. Plus que des notes de pochette, c’est une histoire magnifique que l’homme nous offre ici, à découvrir en trois chapitres découpés par ses soins. Après Londres et l’année 1985, Sydney et le début d’année 1989…

Continuer « Bande à part 2/3 »

Catégories dossierÉtiquettes , , , ,

Bande à part 1/3

Peter Milton Walsh de The Apartments raconte les Go-Betweens

The Go-Betweens
Robert Forster et Grant McLennan, The Go-Betweens / Photo : Eric Pérez

Peter Milton Walsh, l’éminence grise de The Apartements, a accepté que l’on publie, dans une version française signée Jean-Baptiste Santoni (avec l’aide précieuse de Catherine Cernicchiaro), les notes de pochette du deuxième volume du coffret G Stand For Go-Betweens, qui couvre la période 1985-1989. Plus que des notes de pochette, c’est une histoire magnifique que l’homme nous offre ici, à découvrir en trois chapitres découpés par ses soins. Continuer « Bande à part 1/3 »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , ,

Cornershop, England Is A Garden (Ample Play)

De leurs débuts tonitruants dans les années 90 où ils brûlaient une effigie de Morrissey devant sa maison de disques – et devant les photographes des tabloïds anglais, à leur adoubement par le roi de l’Oasis, Noël Gallagher, en passant par le coup d’accélérateur donné à leur carrière par Fatboy Slim qui signait un remix de Brimful Of Asha, on pouvait aisément ne retenir qu’un énorme nuage de fumée épaisse, de la poudre de perlimpinpin pour un gogo indie (comme moi), des cônes d’encens pour touristes musicaux (comme moi). Cornershop, c’était et c’est évidemment beaucoup d’autres choses qui valent bien mieux que ce parcours en pointillé. Continuer « Cornershop, England Is A Garden (Ample Play) »

Catégories sunday archiveÉtiquettes , , , ,

Doves – Vague à l’âme

Pour les 30 ans de Heavenly Recordings, retour sur les immenses Doves

Doves
Doves / Photo : Olivier de Banes

Cette histoire, elle aurait bien pu être un scénario destiné aux garants du Nouvel Hollywood. Et elle aurait sans doute donné naissance à un beau film, réalisé en noir et blanc par Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola. Imaginez un peu : il y aurait été question d’amitié et de gars comme vous et moi, d’ascension surprise, de chute vertigineuse, de scoumoune et de mauvais œil, de disparitions, de détermination et de réincarnation. De loyauté. Une belle histoire donc, à laquelle on aurait peut-être eu du mal à croire d’ailleurs. Si elle ne s’était en fait déroulée sous nos yeux…
Car tout cela, et même un peu plus, est bel bien arrivé aux Doves, formation née en 1998 en guise de coup de poker, groupe de la dernière chance pour ses membres Jimi Goodwin et les jumeaux Jez et Andy Williams, animés d’une foi intacte malgré les déboires de leur précédente aventure sous le nom de Sub Sub. Continuer « Doves – Vague à l’âme »