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Selectorama : Johan Asherton

Johan Asherton
Johan Asherton / Photo : Philippe Dufour

Il n’y en a pas beaucoup. Peut-être n’y a-t-il que lui. Des artistes français capables de chanter : Rock’n’Roll sur un refrain – celui d’Enfant Terrible, le premier morceau de son nouvel album – sans susciter ni cette gêne incrédule ni ce malaise décalé qui accompagnent les tentatives pataudes pour s’approprier les reliques d’une forme lointaine et disparue. Dans les accents élégants de cette voix – de plus en plus grave, de plus en plus belle – on ne discerne aucune prétention vaine à ressusciter ce qui n’est plus. Simplement à faire vibrer, une fois encore, cette nostalgie sereine qui imprègne depuis longtemps l’œuvre essentielle de Johan Asherton. Continuer la lecture de « Selectorama : Johan Asherton »

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Cindy Lee, Diamond Jubilee (Realistik Studios)

Il est des engouements inattendus qui donnent le sourire. De fait, la musique du canadien Patrick Flegel, connu auparavant comme chanteur et guitariste du groupe Women et qui, depuis plus d’une dizaine d’années, traîne son spleen bricolo/bruitiste théâtral sous le pseudo queer Cindy Lee, ne respirait jusqu’à présent pas l’accessibilité et l’enthousiasme de masse. Trop étranges, trop bruitistes, trop intimes, les chansons à fleur de peau du canadien étaient continuellement traversées d’impulsions sonores lo-fi couplées à des mélodies façon girls group 60’s parfois sublimes mais masquées derrière des rideaux de larsens et autres éclats noisy. What’s Tonight To Eternity, formidable album de 2020 avait déjà laissé apercevoir un avenir plus pacifié, sur la forme toutefois. Continuer la lecture de « Cindy Lee, Diamond Jubilee (Realistik Studios) »

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Eugenius, Mary Queen of Scots (August Records, 1994)

Dans la série « groupe sensationnel qui ne rencontre pas de succès et qui disparaît sans prévenir », Eugenius tient le meilleur épisode. Ayant pour premier fan Kurt Cobain, sonnant bien mieux que Pearl Jam (à la même époque), possédant une palanquée de bonnes chansons, Eugenius avait tout pour réussir. Le public en décida autrement et préféra s’infliger des groupes peu recommandables. Trente ans après sa sortie, l’ultime disque des Eugenius sonne merveilleusement bien et laisse toujours pantois. Comment les fans de Swell, d’Husker Dü et de Nirvana ont-ils pu passer à côté d’un tel groupe ?
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LORD$, Speed It Up (Tricatel)

En France, les étoiles ne sont guères alignées pour les disquaires, la presse musicale, les groupes ou les labels indépendants. Le monde musical que nous connaissions n’en finit plus de s’effondrer inexorablement mais quelques bribes d’espoir surgissent ici et là. Dans l’hexagone, Born Bad (Forever Pavot, Bryan’s Magic Tears, Pleasure Principle) ou Tricatel (Guy Cabay, Chassol) continuent de sortir des disques ambitieux et à les proposer des à prix accessibles. Ces structures font presque un travail d’utilité publique en défendant la scène indépendante française tout en pratiquant des prix démocratiques (à rebours de nombreux autres labels internationaux). Le label de Bertrand Burgalat confirme l’adage avec, Speed It Up l’excellent album des (presque) nouveaux venus LORD$. Continuer la lecture de « LORD$, Speed It Up (Tricatel) »

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Jennifer Charles, la fidèle

Jennifer Charles, sur la scène des Vinzelles à Volvic, 2022 / Photo : Morgane Imbeaud

C’était il y a vingt ans – presque très exactement. La RPM canal historique était devenue (ou en passe de devenir) le média qui plus que tout autre allait prendre fait et cause pour les disques de Jean-Louis Murat, certes déjà adoubé par Les Inrockuptibles (LA fameuse une bleue délavée du numéro 31) mais qui avait trouvé en la plume du journaliste Franck Vergeade un thuriféraire d’une rare fidélité. L’Auvergnat n’était pas encore devenu le stakhanoviste des sorties d’albums – il en était aux prémices – et ses interventions médiatiques ne défrayaient pas encore les chroniques. Certes, il s’était mis à nu (au propre, pour le coup) dans un numéro de la RPM (le numéro 45 pour celles et ceux qui sont intrigués), et cela nous avait valu une mention dans un ou deux confrères moins portés sur la chose musicale. Quoi qu’il en soit (car je sais que d’aucuns chipoteront), il avait déjà cette sainte horreur de se répéter et aimait surtout concrétiser ses idées, mêmes les plus farfelues – ce qui n’était pas le cas ici.  Coincé entre Lilith et 1829, A Bird On A Poire n’était pas je crois à proprement parler un album de Jean-Louis Murat – et tant pis si je suis excommunié pour écrire cela. Ce disque aussi gai que les traits légers et pastel de sa pochette, aux accent sixties et aux tons résolument badins (coquins, oseraient certaines et certains) est un album imaginé à deux et enregistré à trois (un peu plus en fait) – composé et écrit par le bassiste suisse Fred Jimenez et celui qu’on commence à surnommer Le Moujik, rejoints en studio par l’Américaine Jennifer Charles, dont la voix  caressante – oui, exactement, de celles qui tiennent dans un mouchoir – avait déjà épousé celle de Murat cinq ans plus tôt, sur ce qui reste peut-être comme la pierre angulaire d’une discographie plurielle, l’œuvre outre-atlantique Mustango. Continuer la lecture de « Jennifer Charles, la fidèle »

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Trente ans dans la vie d’une femme.

Au moment de la sortie du nouvel album de Beth Gibbons, Lisa Balavoine retrace le chemin qui la relie à elle.

Beth Gibbons, Lives Outgrown (Domino, 2024)
Pochette de l’album de Beth Gibbons, Lives Outgrown (Domino, 2024)

Il y a trente ans, je tombais amoureuse d’une femme. Je tombais amoureuse d’une voix, d’un timbre, d’un souffle, d’un murmure. Je tombais amoureuse d’une façon de se tenir debout, de s’arrimer au micro, de fermer les yeux, de porter un carré long, un jean noir et un tee-shirt noir aussi. Je tombais amoureuse d’une élégance rare, d’un phrasé singulier, d’une délicate modestie. Je tombais amoureuse de Beth Gibbons. Continuer la lecture de « Trente ans dans la vie d’une femme. »

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Sous Surveillance : Ashes Divine

Thomas Guendafa / Ashes Divine
Thomas Guendafa – Ashes Divine / Photo : DR
Qui ?

Thomas Guendafa

Où ?

Paris, France Continuer la lecture de « Sous Surveillance : Ashes Divine »

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Manset, L’algue bleue (Parlophone)

 » Quand le printemps revient, on a raté sa vie. »

Derrière une pochette qu’on dirait volée à une relance de Métal Hurlant (par exemple à un numéro spécial cyber romantisme, ce genre), il y a un nouveau disque de Manset (si tu n’as pas perdu ton prénom après 60 ans…) : au fond, il vient de là, de cette période année 1970 où s’est figé le fonds de son style, unique, une vision de la variété rock posée sur des guitares électriques ou acoustiques, des pianos, une voix toujours au bord de la rupture, poussée, ne cherchant jamais à faire joli, ni à plaire et des textes charriant des histoires de rapport aux autres, de géographies réelles ou mentales, avec une poésie parfois absconse, parfois lumineuse. Comme la face sombre et torturée post 1968, un cauchemar du Big Bazar en somme, même si, sans exagérer, on pourrait mélanger la chronologie de la sortie des albums de Manset, personne n’y verrait que du feu. Que je vous dise que ce disque est sorti en 1993 ou en 1987, peu d’indices vous diraient le contraire, OK, le son et la qualité des enregistrements, peut-être, me diront les spécialistes ORL. Continuer la lecture de « Manset, L’algue bleue (Parlophone) »