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Real Estate, The Wee Small Hours (Domino Records)

C’était les derniers mois que je passais à la RPM – canal historique. C’était les derniers mois mais je ne le savais pas encore – désolé pour l’analogie mais comme le titre d’un film culte, je suis parti sur un Coup de Tête. C’était les derniers mois, donc, et il se passait pas mal de choses sur le front des nouveautés. Il se passait surtout que, tout à coup, tous nos groupes britanniques préférés étaient en fait originaires des États-Unis – le phénomène exactement inverse de la toute fin des années 1970 et du début des années 1980, quand bon nombre de groupes britanniques tentaient de sonner comme le Velvet Underground ; ou, oui, Lou Reed.

Et puis, sans trop savoir le pourquoi du comment – les jolies rééditions de l’année 2003 ? La popularité croissante de la RPM à l’étranger ? –, la plupart de ces artistes-là avaient même fait de Felt leur référent ultime icônique définitif. Dans le sillage des précurseurs The Tyde, ils venaient d’un peu partout, côte Ouest, côte Est, et même du centre, ils auraient à peu près tous rêvé d’enregistrer un jour pour Creation ou Sarah Records mais musicalement, leurs ambitions étaient somme toute éclectiques – de MGMT aux géniaux Violens, de Pains Of Being Pure At Hearts à Girls – l’un des groupes les plus charismatiques de l’histoire, n’ayons pas peur des mots –, de Minks à The Isles, sans oublier les très précieux Holy Shit! de Matt Fishbeck… Et donc, Real Estate. Des tous les noms cités précédemment – et exception faite de The Tyde, définitivement hors-concours –, ce groupe de jeunes gens originaires du New Jersey était plutôt bien placé dans la liste de ceux qui voulaient être à la fois “Deebank, Duffy, Lawrence et vice versa” – oui, c’est un peu exagéré, d’autant que l’héritage américain viendra vite bousculer ces nobles ambitions (suspects habituels, comme on dit dans ces cas-là : Weezer, P*v*m*nt et quelques autres). Cela dit, et pour ne rien gâter, Real Estate publiait des albums dont les pochettes auraient pu figurer en très bonne place dans les discographies des Disques du Crépuscule ou de Factory Benelux. Les années ont passé, le groupe a sorti des disques de très bonne facture avec une régularité d’horloge, même si l’histoire a été entachée par le renvoi d’un des membres fondateurs, Matthew Mondanile, congédié fissa  pour comportements intolérables envers la gent féminine…

Le sous-titre de The Wee Small Hours, disque paru il y a environ un an jour pour jour, annonce la couleur – mais noircit quand même le tableau : B-Sides and Other Detritus 2011 – 2025. Ce n’est certainement pas vrai car, au final, il n’y a rien à jeter à la poubelle dans cette collection éclectique de chansons originelles et reprises qui, je crois, résume après tout assez bien les appétences du groupe depuis toujours – une écriture plutôt classique mais souvent un peu rêveuse, l’envie comme impérieuse de s’inscrire dans une lignée (américano-britannique, donc), et quelques chansons qui auraient vraiment pu devenir des classiques de pop lumineuse.

D’ailleurs, il y a Pink Sky placé en ouverture, morceau récent (2024) qui dit toute l’habileté du compositeur en chef Martin Courtney à imaginer des ritournelles à l’apparente insouciance, ici agrémentée d’une mélodie printannière et de rêves à la boutonnière. De douze ans son aînée, In My Car joue la même partition sans donner l’impression que l’histoire balbutie pour autant. Mais avant, le groupe a livré une version bucolique et nonchalante, comme en guise de contre-pied, de Barely Real, l’un des titres du premier album de The Strokes – qui reste, pour ma fille et du haut de ses 18 ans, “leur meilleur” et je crois bien qu’elle a raison. Un peu plus loin, résonne Blue Lebaron, l’un des instrumentaux du disque – si ça, ce n’est pas une tendance feltienne, allons bon – qui sonne vraiment comme un inédit issu des sessions de Me And A Monkey on The Moon quand précédemment, Two Part, Part Two sonnait comme un hommage aux arpèges subtils imaginés entre 1981 et 1985 par Maurice Deebank. Alors, on ne peut pas croire que la deuxième reprise offerte ici (sur quatre), Days, un morceau extrait du deuxième album de Television, Adventure, ait été choisie complètement par hasard, tant Real Estate en signe ici une interprétation qui montre de façon assez éclatante à quel point le groupe de Lawrence doit beaucoup – dans ses premières années – à la formation de Tom verlaine. Quant à la version nerveuse et assez scolaire de Paper Dolls du cultissime trio angeleno The Nerves (Hanging On The Telephone et One Way Ticket, c’est lui), elle permet surtout de rappeler à quel point son intro évoque de façon assez incroyable le générique de la série Friends. Avec en sus mais pas seulement, une reprise de… Elton John, c’est donc tout cela que l’on retrouve sur ce disque qui, et ce presque paradoxalement, peut tout à fait servir de porte d’entrée aux béotiens les plus curieux – tout en constituant un chouette bric à brac de raretés et autres petites joyeusetés pour les habitués des lieux.


The Wee Small Hours – B-Sides and Other Detritus a été publié en mai 2025 par le label Domino.

 

 

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Stephan Eicher, Poussière d’Or (Barclay)

Je m’en suis rendu compte il y a quelques jours : j’entretiens avec certains artistes – pour la plupart, les artistes qui ont participé activement à mon éveil musical et m’ont ouvert quelques horizons – des relations amoureuses pas si éloignées que cela de celles qui (dés)unissent Ana et Oscar dans la série Los Años Nuevos de Rodrigo Sorogoyen – et si jamais vous ne l’avez pas encore vue, faites-moi le plaisir de vous laisser tenter (ne serait que pour entendre cette chanson-là).

Mais ça consisterait en quoi, ces relations-là ?  La passion comme aveugle des premiers jours, des premiers (é)mois, les habitudes, bonnes comme mauvaises, qui s’installent sans en avoir l’air, les premiers reproches, les liens qui se défont, la séparation houleuse ou silencieuse, les claquements de porte (d’appartement, de voiture, de taxi…),  l’éloignement, le rapprochement, les doutes, les questions, les “et pourquoi en sommes-nous arrivés là ?” qui restent parfois sans réponse évidente. Continuer la lecture de « Stephan Eicher, Poussière d’Or (Barclay) »

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Brooke Combe, Dancing At The Edge Of The World (Modern Sky)

On ne l’a pas tout de suite su, mais c’était là dès le début. Dès l’achat de The Gift de The Jam (au printemps 1982, après le concert à Amsterdam diffusé dans l’émission Mégahertz d’Alain Maneval) et l’une des photos de la pochette intérieure – une photo bleutée où un type réalisait une sorte de figure acrobatique ; dès le premier album de Dexys Midnight Runners aussi, les hommages à Geno et bien sûr, la reprise – dont on a mis du temps à apprendre que c’était une reprise. Et ensuite, c’est revenu comme un ressac au fil des ans, des clins d’œil, des hommages, un titre, un nom, un état d’esprit. Paul Weller – que reprend d’ailleurs Brooke Combe avec brio – comme chef de file, à la tête du Style Council puis en solo. The Verve et son deuxième album qui portait un titre sans ambiguité. Le single incroyable de Contempo, U B Naughty, les samples de Spearmint, les clins d’œil de Pulp ; Doves et le nom du label où tout  a commencé – Casino –, la réinvention de Texas – et la culture du bassiste Johnny McElhone, n’en déplaise à beaucoup –,  les plaisirs simples de Tindersticks… Mais tout le reste aussi : Tainted Love de Soft Cell, le set DJ de Bob Stanley – je crois que c’était en 2002 – au Pop In (notre Casino à nous, justement), les coups de cœur de Birdie, l’une de mes toutes premières playlists pour Les Vinzelles – intitulée Hit The North(ern soul) – que j’avais d’ailleurs imaginée pour tenter d’impressionner l’une des deux patronnes… Continuer la lecture de « Brooke Combe, Dancing At The Edge Of The World (Modern Sky) »

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Slow Leaves, In Solitude, For Company (Birthday Cake Records)

Je n’écris pas de chansons tristes, j’écris des chansons sur la solitude. Je crois que c’est à partir de ce moment là, quand j’ai lu ces mots, ces mots qui m’ont parlé, que j’ai définitivement chaviré et que j’ai plongé tout entier dans les 14 titres de In Solitude, For Company de Slow Leaves, le projet de Grant Davidson, un musicien canadien qui vit à Winnipeg. Après trois albums réalisés avec un budget très limité sous son propre nom, a fait ses débuts sous le nom de Slow Leaves en 2014 avec Beauty Is So Common, suivi de Enough About Me (2017), Shelf Life (2020), Holiday (2021), Meantime (2023) et enfin, In Solitude, For Company (2025). La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment et pour qui aime la musique, pour qui aime les voix douces, pour qui aime ces guitares d’un autre temps, pour qui aime, tout simplement, ce disque est un miracle. Il y a quelque chose qui bouleverse et qui bouleversera ceux qui accepteront de se laisser emporter par ces chansons dépouillées – une voix, une guitare – mais tellement riches – de mélodies discrètes, de mots justes -. Continuer la lecture de « Slow Leaves, In Solitude, For Company (Birthday Cake Records) »

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Bandit Voyage & Milla Pluton, Millacore (Cheptel Records)

Quand on écrit sur un disque, on commence généralement par parler du label, de l’historique, tout ça — c’est l’usage, ça marche, c’est bien. En l’occurrence, ce serait cependant mentir un peu : je ne connaissais ni Milla Pluton, ni Bandit Voyage, ni même Cheptel Records. Et puisque nous sommes à l’heure des confidences, j’avais à peine entendu parler de la Suisse, où vit tout ce monde. Ah si ! Je sais qu’un certain nombre de Françaises et Français traversent cette frontière chaque jour, quitte à se foutre dans des bouchons interminables – infirmières, contrôleuse de gestion, vendeur en prêt à porter, universitaire… j’en passe, et des meilleurs. C’est donc plutôt par hasard que je suis tombé sur cet album, en fouillant les goûts de je-ne-sais-qui sur last.fm — vous savez, ce site aujourd’hui très démodé qui enregistre, compte toutes vos écoutes. J’ai tout de suite trouvé ça superbe et, une vingtaine d’écoutes plus tard, je suis encore du même avis. Continuer la lecture de « Bandit Voyage & Milla Pluton, Millacore (Cheptel Records) »

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Young Gun Silver Fox, Pleasure (Légère Recordings)

Young Gun Silver Fox PleasureAvec une régularité presque métronomique, à raison d’un album tous les deux ou trois ans, Young Gun Silver Fox fête dix ans de carrière discographique avec Pleasure, sorti le 2 mai dernier, toujours chez Légère Recordings. Derrière ce curieux patronyme, nous trouvons un duo : Andy Platts, le jeune loup britannique et Shawn Lee, le renard argenté étatsunien. Le premier chante (également dans les Mamas Gun) et le second, multi-instrumentiste, arrange. Depuis une décennie, Young Gun Silver Fox explore le son des années 70 et plus particulièrement ce que l’on nomme désormais yacht rock, mais aussi (plus historiquement) AOR, soft rock ou westcoast. Continuer la lecture de « Young Gun Silver Fox, Pleasure (Légère Recordings) »

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Panda Bear, Sinister Grift (Domino)

Animal Collective a très brièvement été considéré comme un sommet musical inégalable (entre 2006 et 2009) avant de devenir complètement has been, emporté par le naufrage de l’indie rock, des voix haut perchées et des pseudonymes se référant à la faune. Bien à tort. Ce qu’a fait Panda Bear / Noah Lennox est d’intérêt et, parfois, sublime. Bien avant 2006, sa discographie avec Avey Tare / David Porter est un recueil de psychédélisme foisonnant et lyrique. Lyrique : ce mot est important. Ils n’ont pas (ou rarement) fait de la musique pour de la musique, pour s’émerveiller de leur propre inventivité (ils auraient pu). Ils ont cherché l’émotion. Continuer la lecture de « Panda Bear, Sinister Grift (Domino) »

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Daga Voladora, Los Manantiales (Lovemonk)

Ça tient parfois à peu de choses, les rencontres. Un retard de quelques minutes ; la recherche d’une rue, d’une adresse dans une ville inconnue ; un post sur un réseau social signé d’un “ami” qu’on suit depuis longtemps mais avec assez peu d’assiduité et qui lui-même poste avec encore moins d’assiduité sur un blog – oui, un blog ! – des articles sensibles dans la langue de Cervantes. Il y a quelques semaines, il a ainsi écrit au sujet du concert de Dean Wareham à San Sebastian, dans une salle nommée Dabadaba dont on a découvert l’existence grâce aux épatantes Melenas ; ce même Dean Wareham dont on a un temps caressé l’idée de sa présence aux Vinzelles et puis, non – et oui, j’imaginais déjà les premiers accords de la reprise de Ceremony… Mais le temps n’est pas aux regrets. Continuer la lecture de « Daga Voladora, Los Manantiales (Lovemonk) »