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“Pourquoi aimes-tu Billie Eilish ?”

Tel Bartelby, je préférerai ne pas. Ne pas quoi ? Ne pas écouter Billie Eilish. Je ne me sens pas légitime – « T’es pas trop vieux pour ça ? » – et puis, les vieux réflexes qui reviennent, et qui me fatiguent : y chercher – et trouver ? – des échos du passé, jouer le donneur de leçon, voire le vieux con – « C’était mieux avant » -. Pour ces raisons, j’ai préféré, pendant longtemps, laisser à cette jeunesse à laquelle je n’appartenais pas, ses disques, ses chansons et n’écouter que des choses qui faisaient le lien avec les disques qui m’avaient, on va dire, construit. Je ne sais plus ce qui m’a alors conduit à m’intéresser à Billie Eilish mais je me souviens très bien de la réaction de ma fille, surprise forcément, quand elle s’est aperçue que j’écoutais I love you, moi qui n’avais jamais témoigné la moindre émotion, ni le moindre intérêt, aux musiques qu’elle écoutait. Elle aurait pu être écœurée – à sa place, à son âge, si j’avais surpris mes parents en train d’écouter un de mes disques, je l’aurais été – mais ce dont je me souviens c’est son sourire. Nous sommes tous les deux sur le canapé, je lui rappelle alors ce moment. Face à nous, sur l’écran, la photo d’une Vierge aux yeux baignés de larmes.

NDLR : Pour une meilleure lecture de cet article, nous vous conseillons d’écouter simultanément l’album dont le lien se trouve à la fin de l’article.

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Christian Lee Hutson & Shamir reprennent “Just Like Heaven” de The Cure

Anges du bizarre, bords de falaise & considérations émotives autour d’un joyau pop bien connu.

Il y a de ces soirs où on écoute d’une oreille distraite les nouveautés du moment, juste par ennui ou par errance totalement contemporaine, sur YouTube par exemple et principalement. Dans le grand fourre-tout du zapping incessant, on essaie tant bien que mal d’entretenir sa foi, son désir de trouver au détour d’un clic une lumière éclatante et vibrante. La quête est peut-être trop ambitieuse, l’abandon est à deux doigts de se produire. Et pourtant, à défaut du rayon puissant d’un phare dans la nuit des temps mornes dont la permanence nous désespère, une petite lumière se pointe là comme ça, pas vraiment géniale mais si douce qu’elle réactive soudain la pompe à sang. Continuer la lecture de « Christian Lee Hutson & Shamir reprennent “Just Like Heaven” de The Cure »

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Bruxelles, ma belle

Un souvenir de 1973 : les Stones au Forest National.

The Rolling Stones, Forest National de Bruxelles, le 17 octobre 1973. Photos : Alibert/Palisson
The Rolling Stones, Forest National de Bruxelles, le 17 octobre 1973. Photos : Alibert/Palisson

Il y a quelques mois mon cher papa me raconte au téléphone qu’il a retrouvé dans ses archives des photos rares du fameux concert des Stones au Forest National de Bruxelles d’octobre 1973 — mi blagueuse, mi sérieuse, je lui dis : « chiche de nous écrire un article ! » Entre temps, des confinements et des mesures gouvernementales à géométrie variable bouleversent le fil du temps et retardent la publication de ce billet d’humeur… mais voilà que l’actualité nous rattrape et emporte sans crier gare Charlie Watts, « le génie du toujours un peu avant ou un peu après » (Étienne Greib dixit). On peut l’apercevoir ici nuque longue toute seventies et sourire complice dirigé vers Jagger, ce souvenir photographique suspendu à l’éternité en guise d’hommage à lui et à toutes celles et ceux dont les oreilles ont un jour vibré au son de sa rythmique rien qu’à lui.

The Rolling Stones, Forest National de Bruxelles, le 17 octobre 1973.
The Rolling Stones, Forest National de Bruxelles, le 17 octobre 1973. Photos : Alibert/Palisson

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La roue de l’enthousiasme

Quatre singles signés Big Thief, Aimee Mann, Hand Habits et Shannon Lay dans la moulinette des sorties

"Sparrow", Big Thief.
“Sparrow”, Big Thief.

Vous vous en sortez avec les réseaux ?

Moi, non, d’ailleurs j’ai arrêté. C’est impossible. Ce n’est pas tenable. Ce n’est pas possible de s’en tenir à – je regarde – les cerveaux brûler – les cerveaux brûler.

J’ai passé des lustres à contempler et à me contempler, moi, ou des idées de moi, ou des idées d’un moi, dans les réseaux, sans parvenir à apercevoir toujours les chansons, ni qui les écrit. Pas toujours ne veut pas dire – jamais – pas toujours veut dire – pas toujours.

On y trouve de belles amitiés, beaucoup de chevaliers blancs – et le plus grand des chevaliers blancs, le moi, qu’il se tienne au-dessus de la bataille, le fier, ou qu’il y plonge – comme s’il y avait une bataille. Comme s’il y avait toujours quelque chose à rectifier. Continuer la lecture de « La roue de l’enthousiasme »

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Vinyle, l’amour vache

La musique, telle que nous l’aimons, vit une drôle d’époque. Deux nouvelles, guère réjouissantes, annoncent des mois compliqués pour les disques vinyles et ceux qui les défendent (disquaires, labels, distributeurs, etc). Tout d’abord, cette augmentation de prix vertigineuse de certaines références, notamment en major. La hausse actuelle générale a une origine légitime : avec le COVID, les sources d’approvisionnement en matière première n’ont pas produit à la hauteur de la demande actuelle, entraînant de fait une légère revalorisation des prix. Vous vous doutez cependant que l’impact de la matière plastique sur le prix final est un peu anecdotique, vraisemblablement de l’ordre de un ou deux euros sur le prix final chez votre crèmerie favorite, si les labels jouent le jeu. Le communiqué du GREDIN (le syndicat des disquaires indépendants) du 22 juin dernier alerte cependant sur une stratégie mise en place par certaines maisons de disques, utilisant le prétexte de la hausse des matières premières (vrai phénomène) pour revoir complètement les grilles de tarifs. Continuer la lecture de « Vinyle, l’amour vache »

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Comment mon groupe préféré m’a mis mal à l’aise – Can, Live in Stuttgart 75

Can, période Damo Suzuki.
Can, période Damo Suzuki.

La première fois que j’ai écouté Can, c’est comme si j’avais marché sur la Lune. Mon ami d’alors avait préparé cérémonieusement le moment de cette écoute, sûr de l’effet que cette musique aurait sur moi, et très excité de me la faire découvrir. Il a commencé par le début en insérant le CD de Monster Movie (1969) dans le lecteur. You Doo Right concentre déjà quasiment toute leur musique : l’intensité du chant, le groove de la basse, le cosmique de l’orgue et des claviers, la progressivité du morceau, le sens mélodique de la guitare et la rythmique hypnotique de la batterie. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi parfait pour ma psyché et ma sensibilité. Je suis scotchée au canapé, partie dans un voyage qui durera toute une nuit. Continuer la lecture de « Comment mon groupe préféré m’a mis mal à l’aise – Can, Live in Stuttgart 75 »

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Vingt-deux étés

Quelques souvenirs en format fiction pour les 30 ans à venir de “Paris ailleurs” d’Etienne Daho

Etienne Daho
Etienne Daho au dos de la couverture de “Paris Ailleurs”
C’est un dimanche de pluie dans une petite ville de la banlieue avignonnaise, un dimanche de décembre, et Nicola, pour une fois, a devant lui de longues heures libres. Ce n’est pas un jour de match – il a joué la veille en lever de rideau de l’équipe sénior – et le travail scolaire est fait. Nicola va, comme on dit, sur ses dix-sept ans, et en dehors du football, la musique est sa principale passion, celle qui vient d’Angleterre et de Manchester en particulier – sans doute faudrait-il ajouter à cela le lien fort qui le lie à Marianne, son amoureuse du lycée.

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There’s nothing left but…

“Faith” de The Cure a quarante ans

Je n’avais pas du tout réalisé que nous allions fêter cet anniversaire là en cette saison. Ce qui signifie que dans un esprit fanfaron, voire sexy-comique qu’on ne leur connaissait alors qu’assez peu, Robert Smith et ses sbires auront fait coïncider la sortie d’un album sobrement intitulé la foi (pour le foie, il semble encore jeune et résistant en ce printemps 1981) et marqué par le sceau du deuil (la mère à Lol, la grand-mère de Smith) avec les célébrations ou les congés de Pâques.

Easter ayant déjà été pris par Patti Smith, Easter Everywhere par 13th Floor Elevators, The Cure ira à l’os pour annoncer l’avènement de sa version intime d’un psychédelisme post-punk. À l’inverse de celui de sa grande amie Siouxsie ou des rivaux adorés Echo & the Bunnymen, celui-ci sera gris, froid, triste et répétitif. Pour le meilleur (The Glove) comme pour le pire (The Top, 1984), Smith aura la chance de redécouvrir la couleur quelques saisons plus tard. Et moi, je vais paradoxalement le découvrir pendant l’été 1986, en trouvant un vieux pochon Montlaur contenant des bandes abandonnées dans une rue de Florac (48, la Lozère). Je n’en crois pas mes yeux, elles sont là sur le trottoir, il y a Seventeen Seconds (1980) et cette cassette de Faith mais seule la jaquette est restée, seul le boitier plastique aussi. Mais foin de la bande qui est censée comprendre en sus une face B, l’indication barrée en noir dans le coin à gauche le précise – double durée- et sans plus de précision avec une apostrophe simple Carnage Visors’. Et ce verso d’un film imaginaire pour celui qui l’écoute sans le voir, prendra une importance fondamentale puisque des vingt ans et quelques plus tard, je n’hésiterais pas à qualifier cette longue plage instrumentale illustrant une animation un peu abstraite réalisée par Ric Gallup (le frère de Simon) et que le groupe a choisi pour introduire ses concerts de l’époque (pas moins de vingt dates rien que dans notre beau pays), de PIERRE DE ROSETTE DU POST ROCK. En rapport vraisemblable à l’obsession psychiquement cernée des Mogwai et consorts pour cette période (oserais-je écrire bénie ?) tourmentée du groupe. Continuer la lecture de « There’s nothing left but… »