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La route de Rome

Jour pour jour en 1993, New Order sortait « Regret »

New Order, conférence de presse pour la sortie de Republic.
New Order, conférence de presse pour la sortie de Republic.

C’est un dimanche du mois de mars. Un dimanche matin. Il y a une Convention du Disque à l’espace Champerret à Paris. Il est encore tôt quand ils sortent de la bouche du métro. Le garçon a un walkman et une cassette. Une cassette pas comme les autres. Ni l’une de celles officielles qu’on peut acheter dans le commerce, ni un de ces modèles vierges sur lesquels on enregistre pour les copines et les  copains ses morceaux préférés avant de confectionner une pochette artisanale – en général en découpant une photo dans un magazine (de mode, de musique, de télé – rayer la mention inutile). C’est la cassette d’un disque qui n’est pas encore sorti. C’est la cassette d’un disque qui n’est pas encore sorti enregistré par l’un des groupes favoris du garçon. Car aujourd’hui, il fait partie des privilégiés. Il travaille dans un magasin de disques, il écrit dans un fanzine et grâce à sa chronique de l’hommage à Leonard Cohen réalisé par Les Inrockuptibles, on lui a proposé de piger pour Rock & Folk. Il a passé un entretien pour ça, face à Philippe Leblond qui est alors le rédacteur en chef adjoint – il ne lui dira pas pendant l’entretien mais il se souvient très bien de sa chronique du premier album de Lloyd Cole & The Commotions, en 1984, dans les pages de ce même magazine. Un magazine qui cherche quelqu’un qui s’intéresse  à la scène « indé » britannique. On va dire que « ça tombe bien ». Continuer « La route de Rome »

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Aimee Mann, How Am I Different

Aimee Mann
Illustration de Seth dans le livret de « Lost In Space »

À cette époque comme à d’autres, le cinéma se lit, autant qu’il se voit. Après chaque projection, tel un rite, vient l’inévitable débat nourri de lectures, les Cahiers, Les Inrockuptibles, Telerama, etc., qui fourmillent de théories dites et non dites, sues et insues, depuis lesquelles nous prenons langue. Chacun a sa publication de référence et sur ce substrat, nous pouvons nous élancer plus loin, énoncer enjeux et vocabulaire, jouer les apories, voir le monde – philosopher, des heures. Ce que la musique ne permet pas – encore.

C’est cette époque de nos vies.

Sort Magnolia, troisième film de Paul Thomas Anderson. Continuer « Aimee Mann, How Am I Different »

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Who the fuck are you Baxter ?

Baxter Dury
Baxter Dury au Silencio, ce soir-là / Photo : Hannah Molin Delafosse

La dernière fois que je t’ai vu Baxter, c’était au Silencio, tu portais un tee-shirt qui avait dû être blanc et dans lequel tu avais sué, tu buvais une bière au bar avec ton copain Jarvis et tu n’en avais rien à foutre que je me tienne debout devant toi. C’était l’année dernière, il faisait chaud sous les lumières artificielles du club lynchien et partout ailleurs, les peaux collaient, les regards brûlaient, ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça, la nuit ça te connaît. Je ne sais pas exactement quand tu es devenu celui que j’aime appeler l’homme-fantasme, Baxter, mais ça fait un petit moment que ça dure entre toi et moi. C’est que je suis fidèle et je me faisais une joie d’aller te revoir bientôt sur scène, pour la cinquième ou sixième fois, quand on aime on ne compte pas. Continuer « Who the fuck are you Baxter ? »

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C’était un 7 mars.

Jour pour jour en 1983, New Order sortait « Blue Monday ».

"Blue Monday" New Order Peter Saville, 1983.
Pochette de « Blue Monday » de New Order par Peter Saville, 1983.

C’était un 7 mars, donc. Je pourrais récrire l’histoire et dire que, si ce n’est le jour même, j’ai acheté ce disque la semaine de sa sortie – à New Rose, après avoir été poursuivi par une horde de skinheads assoiffés de sang. Mais non. Ce n’est pas si important la date exacte de l’achat d’un disque. L’important, c’est l’impact. L’impact de la chanson. L’impact des images. Parce que je me souviens avoir vu la prestation de New Order à Top Of The Pops aux Enfants du Rock, présenté par Lenoir – c’était il me semble dans la version du samedi soir (et non du jeudi soir), à une heure tardive sur la 2e chaine (quand même, quel coup de génie du directeur de la chaine : programmer une émission un jour et à une heure où la cible privilégiée est en train de, au choix, siroter des bières éventées, danser dans une boite dite new-wave ou dans une surboum, de pogoter à un concert, de draguer, de baiser). Moi, j’étais trop jeune pour participer à tout cela – le « trop jeune » avait été décrété par mes parents. Mais ils ne se doutaient pas que de me donner la permission de regarder pareille émission allait avoir des conséquences prégnantes dans les années qui allaient suivre. Continuer « C’était un 7 mars. »

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Je ne dors pas alors j’ai écouté cette chanson (et j’ai écrit dessus)

Une chanson : Cabane, « Tu ne joueras plus à l’amour »

Lisa Balavoine
Photo : Lisa Balavoine

J’avais pris l’habitude d’envoyer chaque jour à quelqu’un une chanson, mais depuis quelques semaines je ne le fais plus, or ces gestes et ces pensées qui nous animent mécaniquement sont, on le sait, ceux dont il est le plus difficile de se défaire. Le hasard des douces amitiés fait que ce matin, un lundi de février qui ressemble à un dimanche de novembre, je reçois un message et dans celui-ci dix chansons. Je ne les écoute pas tout de suite, d’abord je remonte la couette sur moi, parce que je n’ai pas envie de me lever, parce que je n’ai pas réussi à dormir, parce que j’ai envie d’un café sans avoir le courage d’aller jusqu’à la cuisine, parce que ce sont encore les vacances, parce que je veux finir le roman que je suis en train de lire, parce que je remets toujours les choses à plus tard. Continuer « Je ne dors pas alors j’ai écouté cette chanson (et j’ai écrit dessus) »

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Still Raw

Réédition de « Raw Like Sushi » de Neneh Cherry pour les 30 ans de sa sortie

"Raw Like Sushi" photoshoot, par Jean-Baptiste Mondino
« Raw Like Sushi » photoshoot par Jean-Baptiste Mondino

Je me souviens de 1989. C’est l’année où des étudiants sont massacrés sur la place Tian’anmen, où on regarde le mur de Berlin tomber depuis nos écrans de télé, où Ceausescu et sa femme sont arrêtés et exécutés presque en direct et où le Dalaï-Lama reçoit le Prix Nobel de la Paix. C’est une année où la lumière perce parfois derrière les ombres. Continuer « Still Raw »

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Décima Víctima, le crime était parfait

Décima Víctima
Décima Víctima

2019, c’est pour moi une année à placer sous le signe de l’Espagne. Parce que Madrid dans la chaleur étouffante du mois de juillet (“neuf mois d’hiver, trois mois d’enfer”, insiste le dicton), ses musées, son Retiro, le quartier de Malasaña, les verres de Rioja, The Cure à presque minuit ; parce que les retrouvailles avec Joan qui, depuis la dernière fois que l’on s’est vu en chair et en os (plus d’une décennie, je crois), est devenu un personnage clé de la scène indé de là-bas et d’ailleurs aussi ; parce que quelques jours plus tard, l’exposition sur La Movida aux Rencontres photographiques d’Arles, ce mouvement qui pour moi est sans doute mon mouvement punk, celui que j’ai en tout cas vécu au plus près – même en habitant un peu loin. Continuer « Décima Víctima, le crime était parfait »

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À Bethléem, le 24 décembre

… avec Sufjan Stevens dans les oreilles.

Bethléem
Bethléem

Ça commence par quelques notes de banjo et cela se confond avec toutes les images que l’on peut avoir des chansons de Sufjan période Seven Swans (2004). Composée probablement à cette même époque, rien ne diffère jusqu’à l’intrusion d’une légère inversion dans les thèmes chrétiens : « Silent night, nothing feels right ».

That Was the Worst Christmas Ever ! tourne en boucle dans mes petits écouteurs alors que j’attends, glacé de solitude et de colère, à la frontière israélienne dans un bus un peu boiteux où cohabite plus ou moins bien quelques rares touristes et des arabes israéliens qui rentrent à Jérusalem-Est. Nous sommes le 24 décembre et je suis seul comme un con à Bethléem. Continuer « À Bethléem, le 24 décembre »