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#10 : Missing Scientists, Big City Bright Lights (Rough Trade, 1980)

Missing Scientists en milieu (presque) stérile.

A force depuis plus de dix jours de vivre ainsi les uns sur les autres du matin au soir (mais Dieu ou Marx merci, pas du soir au matin !), il fallait bien que les questions qui fâchent ressurgissent, malgré nos perspectives d’avenir émoussées.
« Anton, tu sais ce que tu veux faire plus tard ? – Je sais pas moi, genre ornithologue. – Tu veux dire le truc avec les oiseaux ? T’es sûr ? – Ou alors océanographe. Sinon, paléontologue c’est bien aussi, l’étude des fossiles et tout. – Tu ne veux pas plutôt faire prof de lettres ? Ou bibliothécaire, comme tonton Jeanphi et la Karen des Go-Betweens ? Bibliothécaire, mon grand, peut-être le plus beau des métiers du monde. – Non, ça c’est tout cramé. Une chose qui est certaine c’est que ça sera un métier scientifique, on voit bien qu’on en manque en ce moment, avec le virus et tout ». La conversation tenta de se prolonger en claudiquant, avant de s’embourber dans un fatras inextricable convoquant chloroquine, masques FFP2, vaccins et chercheurs manquants – ou en manque, je ne sais plus. Faute de crédibilité et de bagage (quel ascendant peut-on prendre sur un enfant de 14 ans quand on se targue d’avoir obtenu un Bac littéraire et quasi rien derrière ?), je n’eus bientôt plus voix au chapitre. Avant que tout – le désir, le vin, le temps, la mauvaise foi – ne vienne à manquer, je rapatriais l’unique 45 tours des Missing Scientists, considérant qu’il pouvait faire office d’honnête appendice au post de la veille. Continuer « #10 : Missing Scientists, Big City Bright Lights (Rough Trade, 1980) »

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#3 : Robert Wyatt, At Last I Am Free (Rough Trade, 1980)

Robert Wyatt grimpe aux arbres.
Robert Wyatt grimpe aux arbres.

A l’instar d’un Syd Barrett (« I know where he lives and I visit him / In a little hut in Cambridge », chantaient en 1981 les Television Personalities), Robert Wyatt est passé maître dans l’art du confinement, à son corps défendant. Wyatt, batteur de Soft Machine, exclu par ses petits camarades après l’album Fourth (1971), puis fondateur de Matching Mole, traduction pataphysicienne du précédent. Wyatt, défenestré par l’éthylisme en juin 1973, Lazare un an plus tard par la grâce de Rock Bottom, un des plus beaux disques de non-rock au monde. Wyatt, en mobilité réduite depuis plus de 45 ans, paralysé des deux jambes.

Robert Wyatt, je sais où il vit, et je suis allé lui rentre visite. C’était il y a une douzaine d’années, un jour de novembre. J’avais entrepris, avec en tête ce raccourci sémantique qui n’était pas pour me déplaire, de dépêcher Loutte à Louth (dans le Lincolnshire) pour aller filmer cet homme absolument délicieux. C’est Alfie (Alfreda Benge, son épouse) qui, prévenue de notre arrivée (j’étais accompagné d’un caméraman que je remercie aujourd’hui d’avoir été à ce point précieux et attentif), nous a ouvert. Dans son dos se tenait Robert, avec aux lèvres ce sourire malicieux qui, souvent, masque d’insondables tréfonds. Il nous invita alors à rejoindre cette pièce, la seule avec une fenêtre donnant sur la rue, où il passe l’essentiel de son temps.

Notre homme semblait aller bien. Il était sobre depuis quelque mois, ce qui lui évitait de se « mettre dans des situations ridicules », même s’il avouait trouver la vie moins drôle une fois les bouteilles de rouge remisées. Et lui qui avait collé sur sa lampe de bureau l’avertissement qu’idéalement il voulait trouver au dos des paquets, « Life’s a drag without a fag » (sans clopes, la vie est une corvée), lui qui rêvait d’une cigarette pipe-line qu’il allumerait au réveil pour l’éteindre au coucher, avait arrêté de fumer du jour au lendemain. Simplement parce qu’Alfie devait bientôt subir une opération de la cornée et que d’ici là, le tabac lui était fortement déconseillé. Un exemple parmi d’autres de ce qui lie ces deux-là, un amour sans conditions, et qu’on devine inextinguible.

Interrogé sur son quotidien, Robert Wyatt n’esquivait guère. Il avouait passer ses journées à écouter ses vieux disques de jazz, à étreindre son cornet ou sa trompette comme si c’étaient des ours en peluche, et à balancer d’affectueuses piques (« Good try, bad luck ») au buste en plâtre de Lénine qui trônait dans l’âtre de la cheminée.

On se souvient également que cet homme qui ne daignait plus se produire sur scène avait néanmoins accepté sans rechigner de jouer devant la caméra quelques notes de piano, puis de cornet, avant d’empoigner une paire maousse de maracas qu’il avait affectueusement rebaptisé ses « couilles de Sandinistes ». Infini respect.

Mais revenons-en au titre du jour. En 1979, Robert Wyatt adhère au parti communiste britannique. Moins d’un an plus tard, il livre coup sur coup pour le label Rough Trade toute une série de reprises en forme de single-tracts (l’équivalent sonore des ciné-tracts maoïstes distribués par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin, sous appellation Groupe Dziga Vertov, dans les années 70 ?) : Stalin Wasn’t Stallin’, un titre à l’origine enregistré en 1943 par le Golden Gate Jubilee Quartet, le Strange Fruit de Billie Holiday, et le plus surprenant At Last I Am Free, la cover d’un morceau de Nile Rodgers et Bernard Edwards qu’on trouve sur le deuxième album de Chic, celui qui en 1978 abrite Le Freak. A réécouter dans la foulée les deux versions, on se rend compte à quel point Wyatt est finalement fidèle au smooth gospel original, même s’il le dépouille de pas mal de ses oripeaux. Mais surtout il y a cette voix revenue des abysses, qui sublimerait même le bottin (ou « Le Capital »). « At last I am free / I can hardly see in front of me », et ça rien ni personne ne pourra jamais le lui enlever. Au même moment ou presque, dans nos contrées, Hervé Cristiani entonne Il est libre Max. Regarde un peu la France, d’hier et d’aujourd’hui.

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Transmission #3 — Spéciale Independant Label Market

Spéciale Independant Label Market.
Émission du 07 octobre 2018.
Avec Thomas Schwoerer, Xavier Mazure, Nicolas Plommée et Alexandre Gimenez-Fauvety.

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