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Daniel Rossen : « J’avais envie de composer des chansons qui court-circuiteraient toute l’histoire du rock. »

Daniel Rossen
Daniel Rossen / Photo : Byron Fleshe

C’est l’un des albums les plus intrigants, les plus durablement fascinants de cette première moitié d’année. En vacances prolongées de Grizzly Bear, Daniel Rossen propose, pour son premier album solo, un ensemble de chansons à la fois complexes et plus transparentes qu’à l’accoutumée. Sur You Belong There (Warp Records) la virtuosité et la maîtrise accomplies des tonalités acoustiques n’entravent nullement une forme d’évidence intime. Une impression d’ouverture qui semble se confirmer au fil d’un entretien un peu plus engageant qu’à l’accoutumée. Autrefois adepte de la mystique de l’inspiration, réticent à pratiquer toute forme, même minimale, de réflexivité sur les secrets soigneusement conservés de son travail musical, Rossen semble désormais un peu plus disposé à en partager quelques-unes des clefs. Sans rien détruire de la magie. Continuer la lecture de « Daniel Rossen : « J’avais envie de composer des chansons qui court-circuiteraient toute l’histoire du rock. » »

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Studio Harcourt

Ed Harcourt
Ed Harcourt

Il y a vingt-deux ans, Ed Harcourt, un anglais natif de Wimbleldon, réalisait le grand chelem avec Here Be Monsters. Son premier album l’imposait à sa juste valeur en faisant chavirer (toute) la presse et une partie du public. Il faut dire que c’était un juste retour des choses pour Harcourt et surtout Heavenly, son label, qui avait beaucoup misé sur ce disque, véritable acte de naissance et profession de foi pop aux milles idées. L’étude scrupuleuse des notes du livret donne le vertige. À peine vingt-cinq ans et juste un EP en guise de CV, Ed Harcourt réunissait dans un studio Gil Norton, Dave Fridmann et Martin Kelly pour faire des chœurs et fut accessoirement aidé par Tim Holmes des Death In Vegas pour assurer la production. C’était Byzance chez Heavenly après le succès du premier Doves. À la fois coup d’essai et coup de maître, Here Be Monsters lança la carrière d’Harcourt mais ne lui permit de s’imposer face à des Wilco alors en pleine capacité de leurs moyens. Continuer la lecture de « Studio Harcourt »

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Adios Amores, Sus Mejores Canciones (Ground Control / Snap! Clap! Club)

Adios Amores, Sus Mejores CancionesIl y a quelques semaines, je dévorais le livre de JD Beauvallet, Passeur, un livre qui ne parle pas qu’aux mélomanes avertis ou aux lecteurs des Inrocks, mais un livre qui parle à tous ceux qui ont une passion chevillée au corps et un besoin irrépressible de la partager. C’est un beau livre, un livre que l’on a envie de relire, d’offrir, de faire lire – et j’aimerais que ma fille le lise, cet été peut-être. C’est un beau livre dont même le titre est parfait : Passeur. J’en étais même un peu jaloux parce ce mot-là, je l’ai souvent utilisé pour tenter d’expliquer ce que je faisais au quotidien – je suis assez adepte de l’allégorie sportive (à chacun ses faiblesses) – et que j’utilise même aujourd’hui quand on me fait remarquer le fossé qui existe entre ma vie d’avant et ma vie d’aujourd’hui : je réponds le plus souvent qu’il n’y a pas tant de différences que cela en fait, que c’est ça que je reste, un passeur… Continuer la lecture de « Adios Amores, Sus Mejores Canciones (Ground Control / Snap! Clap! Club) »

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The Trypes, Music For Neighbors (Pravda Records)

The Trypes Music For NeighborsUn album oublié ? Même pas, au départ. Tout juste une poignée de titres – les quatre qui composent le seul et unique Ep de The Trypes, The Explorers Hold, 1984 – à laquelle s’ajoutent ici une douzaine d’autres demeurés, à l’époque dans les cartons. Comme le suggère le titre de cette réédition commémorative, c’est surtout une histoire de voisinage et de rencontres presque fortuites. L’origine relève à la fois de l’anecdote et du défi. A Haledon, dans le New Jersey, à la fin de 1981, deux jeunes musiciens locaux, Elbrus Kelemet et Marc Francia, conçoivent un de ces projets de fin de nuit exaltée, brillant et farfelu – souvent les meilleurs lorsque on parvient à les mener à leur terme inattendu : composer une seule chanson à quatre mains et l’enregistrer à compte d’auteur, uniquement pour installer l’un des rares exemplaires pressés dans le jukebox de leur bar de prédilection. Continuer la lecture de « The Trypes, Music For Neighbors (Pravda Records) »

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Avec « Expectation », Jackson Reid Briggs débarque en Europe

Jackson Reid Briggs
Jackson Reid Briggs

Avec son groupe les Heaters, Jackson Reid Briggs nous avait habitués à jouer un rock’n’roll puissant et déflagrateur. L’australien revient en solo avec Expectation, single de son prochain EP Out Of Lines à paraître début Juin sur Legless Records. Cette balade mélancolique composée d’une guitare désenchantée et d’une voix toujours dans l’urgence qui met en musique les attentes du quotidien. Un morceau rempli de spleen annonciateur d’une page qui se tourne puisqu’il vient d’emménager en Europe récemment. Il sera au Garage Mu Festival organisé à la Station – Gare des Mines le samedi 9 Juillet.

Clip réalisé par Ben Ulitzka Portnoy

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V/A, Bienvenue au Club 1 (Bienvenue au Club)

S’il m’a fallu du temps pour aborder cette compilation disponible via bandcamp, c’est qu’il y une raison, enfin, plusieurs. Plusieurs pièces d’un puzzle que mon cerveau a mis du temps à assembler, le temps que plusieurs planètes s’alignent. Je vous raconte : d’un côté, une amie me demande quel groupe je ferais jouer dans un grand raout organisé par l’institution pour laquelle elle travaille dans ma ville européenne. Elle me demande si Sinaïve serait ok, je lui dis, en bon crypto impresario qui prendrait un pourcentage au passage (je plaisante, hein), que bien sûr. Mon amie insiste sur le fait que le groupe remplisse des critères de jeunesse et slash ou que ses membres soient inscrits à l’université. Je réfléchis ensuite des heures, des nuits, à quel autre groupe pourrait bien faire l’affaire si jamais le néo trio ne pouvait assurer la date. Panne plus ou moins sèche. Parallèlement, j’échange avec un ami qui s’occupe de la programmation d’une salle de bonne taille dans notre même ville. C’est le privilège de l’âge, pas mal d’amis sont aux commandes, c’est amusant. On échange sur une première partie possible (importante, dont on reparlera) et il me dit, tiens, pour Groupie, tu devrais écrire quelque chose sur Beatrice Melissa, un duo électro pop. Continuer la lecture de « V/A, Bienvenue au Club 1 (Bienvenue au Club) »

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The Cure, toute première fois

Robert Smith, The Cure
Robert Smith, The Cure – 15/05/84 à Paris / Photo via Une vie de concerts

Le mardi 15 mai 1984, alors que la Curemania n’est pas encore-là, The Cure retrouvait le public parisien. Parmi les présents entassés dans un Zénith surbondé, certains allaient vivre leur première fois…

“You’re the noisiest audience we’ve ever had”“Vous êtes le public le plus bruyant qu’on n’ait jamais eu”, le temps d’une traduction approximative… Malgré les clameurs, malgré les larsens d’un ultime morceau pas tout à fait dissipés, ces mots prononcés par l’homme au centre de la scène, chemise blanche immaculée et chapelet autour du cou, semblent résonner avec une parfaite netteté et suscitent une pointe de fierté – celle un peu nigaude de se dire « J’ai donc participé à ça » –, même si, dans le dernier RER C attrapé de justesse, on se demande si on ne les a pas tout bonnement fantasmés, ces mots-là, si cette déclaration en guise de ponctuation finale ne disait finalement pas tout à fait ça… Mais quelques mois plus tard, Concert, le premier album live du groupe dans sa version cassette venait confirmer que non, nous n’avions pas rêvé : la face B constituée de versions scéniques enregistrées au fil des années s’achevait sur le Forever du Zénith et ces mots désormais passés à la postérité – au moins la nôtre… Continuer la lecture de « The Cure, toute première fois »

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Climats #18 : Jonathan Richman, Lisa Balavoine

This could be the saddest dusk ever seen
You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #18 : Jonathan Richman, Lisa Balavoine »

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Adam Green : « Je compose beaucoup en marchant »

Adam Green
Adam Green / Photo : Megan Hullander

Avant la survenue de la crise du Covid, Adam Green avait prévu une tournée en Europe, notamment en France, pour promouvoir son délectable album Engine of Paradise. Nous l’avions interviewé pour l’occasion, mais les concerts prévus ayant été reportés à une date indéfinie, nous avions dû nous-même remettre la publication de cet entretien à plus tard. Adam Green est enfin de retour sur la route et c’est donc le moment de dévoiler cette « interview perdue » qui a gardé toute sa fraîcheur malgré le temps passé. Le New-Yorkais évoque pêle-mêle ses idoles musicales, son goût pour la peinture, son admiration pour David Berman ou Kimya Dawson, et il est même question de… Michel Berger ! Continuer la lecture de « Adam Green : « Je compose beaucoup en marchant » »

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A plein corps

À propos de « A bit of previous », le nouvel album de Belle and Sebastian.

Kelvingrove Bandstand, Glasgow, 1952
Kelvingrove Bandstand, Glasgow, 1952

Lorsque Nicola pose le dernier album de Belle and Sebastian sur la platine, A Bit of Previous, et que résonnent les premiers accords du titre d’ouverture, Young And Stupid, cela fait longtemps qu’il s’est éloigné du groupe écossais, le groupe chéri de son adolescence. Guitare acoustique, touches de violon, batterie légère, et la voix inaltérée de Stuart Murdoch, la composition se tient. Le rythme de la mélodie sonne comme une ritournelle entraînante, les paroles, nostalgiques d’une jeunesse à présent lointaine, émeuvent ; le morceau s’écoute sans déplaisir, la joie -celle de retrouver une personne aimée- et le sourire illuminent même le visage de Nicola, mais il demeure à distance. Ce premier titre réussit tout de même, et de façon immédiate, à le ramener à l’été de ses seize ans. Continuer la lecture de « A plein corps »

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Baston porte toujours bien son nom

Baston
Baston

Dire que les gaziers de Baston sont peu portés sur la communication est un doux euphémisme – ils le reconnaissent eux-mêmes : « Stratégie de comm’ : faire les morts pendant 3 ans – sortir un disque – faire les morts pendant 3 ans – sortir un disque – ad lib ». Donc, après le EP Gesture en 2015, l’album Primates en 2019, on attendait impatiemment la suite logique, et la voilà avec La Martyre, un huit titres impeccable qui sort le 13 mai chez Howlin’ Banana – un bien cool label a d’ailleurs dignement fêté ses 10 ans le week-end dernier au Point Éphémère à Paris. Continuer la lecture de « Baston porte toujours bien son nom »

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Morrissey, l’insoumis

Quelques notes sur le dernier ouvrage de Nicolas Sauvage consacré au dandy controversé.

Morrissey
Morrissey

Il est adulé ou méprisé, incompris ou vénéré depuis les Smiths, en Grande-Bretagne, en France ou ailleurs dans le monde. Et ça s’est complexifié dans sa carrière en solitaire – une longue, dense et tortueuse carrière. On l’a qualifié de bien des choses, ce Morrissey, entre sa grande gueule de poète rageur acclamé, embrassé, embrasé – qui chante la colère comme la poésie : « Keats and Yeats are on your side, while Wilde is on mine » –, ce végétaliste intransigeant, cet extraverti secret, cet outsider devenu icône rock britannique, sensible et irrévérencieux, contrasté et fulgurant, passionnant et déconcertant. Continuer la lecture de « Morrissey, l’insoumis »

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Quel est le lien entre « Star Wars » et Marie Mathématique ?

Marie Mathématique
Marie Mathématique

Arrêtons un peu de penser à l’apocalypse nucléaire ou climatique, il y a encore des motifs de réjouissance : le printemps est radieux et Marie Mathématique va sortir son deuxième album chez Lunadelia Records à la fin du mois ! Ce n’est ni la première fois, ni certainement la dernière, que nous parlons du groupe de Nicolas « Jimmy Jazz » Mazel et de sa dulcinée Manue Sioux dans les colonnes de Section 26, puisque les Toulousains nous avaient déjà proposé il y a quelques temps un Selectorama du meilleur cru. Rappelons seulement que Marie Mathématique a déjà sorti un premier album (très recommandé) chez 2000 Records, qui mélangeait savamment pop D.I.Y. aux accents psyché, culture yé-yé, idéaux mods, sonorités indie eighties et paroles plaisamment surréalistes. Continuer la lecture de « Quel est le lien entre « Star Wars » et Marie Mathématique ? »

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Klaus Schulze, Moondawn (1976, Brain)

Le 26 avril 2022, Klaus Schulze rejoignait Edgar Froese, parti lui en 2015, dans le cosmos. Les deux furent les principaux architectes célestes de la Berlin School dans les années 70. Ils contribuèrent ainsi à faire de la future capitale allemande un haut lieu de la musique planante et expérimentale. La carrière de l’intéressé démarre au milieu de la décennie précédente. En pleine vague psychédélique, il joue de la batterie au sein de Psy Free, un trio art rock n’ayant laissé aucun enregistrement. Il rejoint ensuite Tangerine Dream, toujours derrière les fûts. Il participe à l’enregistrement d’Electronic Meditation (1970), avant de quitter le groupe suite à des désaccords avec Froese. Son goût pour l’expérimentation pousse en effet Klaus Schulze à utiliser des bandes d’orgue trafiquées pendant les concerts, contre la volonté du leader de Tangerine Dream. Continuer la lecture de « Klaus Schulze, Moondawn (1976, Brain) »

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« Root by Root » par Chalk crisse à souhait

Chalk
Chalk

Après des démos sorties en cassette sous le manteau ou presque chez Sutra en 2017, le texan Barry Elkanick, que l’on à vu officier dans Institute et Blue Dolphin, présente son premier LP à paraître le 22 Juillet prochain chez l’excellent Post Present Medium, le label de Dean Spunt du groupe No Age. Sur Root by Root, premier single de cet album qui commence (plus ou moins) en douceur, la guitare bringuebalante se déroule et pourrait bien correspondre à la bande-son d’un voyage en voiture au crépuscule. La suite s’emballe, la voix lointaine de Barry pique au vif et fait accélérer le tempo, elle apporte de la noirceur au morceau, et le duo basse-guitare alourdit l’ensemble qui finit en fracas. Continuer la lecture de « « Root by Root » par Chalk crisse à souhait »

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Boo Hewerdine, Understudy (Reveal Records)

Boo Hewerdine, Understudy (Reveal Records)Pour tenter de restituer l’enthousiasme éprouvé à l’écoute d’un album, l’exercice critique consiste, la plupart du temps, à articuler tant bien que mal des arguments particuliers avec le registre générique de l’événement. Pour évoquer, à la fois, ce qui surgit de manière étonnante en modifiant la situation préalable et ce qui doit être considéré comme important, par sa valeur discriminante. Quel que soit le point de vue dont on le considère, ce nouvel album de Boo Hewerdine a tout d’un anti-événement. D’abord parce que, selon toute vraisemblance, il n’altèrera pas le flux tranquille d’une carrière au long cours, entamée dans les marges presque confidentielles il y a bientôt quarante ans. En groupe (The Bible, State Of The Union), en duo avec Eddi Reader ou Chris Difford et le plus souvent en solo : Hewerdine n’a jamais cessé d’accumuler régulièrement les jalons d’une œuvre dont un récapitulatif indispensable a permis, l’an dernier, de saisir quelques-uns des éléments obscurs et essentiels – Selected Works, 2021. Comparé aux épisodes précédents, ce qui semble être son quinzième album solo – à ce degré de profusion, les décomptes comportent sans doute une marge d’erreur – ne contient donc rien de radicalement neuf. Il n’apparaît pas non plus comme le point culminant qui dispenserait de tout retour attentif sur le long parcours qui l’a précédé. Ni révélation, ni chef d’œuvre ultime dans cet ensemble quatorze nouvelles chansons trop tranquilles. Et pourtant, sans la moindre prétention tapageuse à l’attention, elles ont fini par s’incruster dans le quotidien, évinçant au passage bon nombre de leurs concurrentes aux charmes plus immédiats ou plus clinquants. Continuer la lecture de « Boo Hewerdine, Understudy (Reveal Records) »

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Suede : Beautiful ones

Interview mots-clés de 1996, juste avant leur date parisienne ce 17 mai.

Suede
Suede / Brett Anderson, Bernard Butler, Mat Osman et Simon Gilbert


À l’heure où Suede est en passe de donner un unique concert français – le 17 mai 2022 à Paris, Salle Pleyel, un an et un mois après la date prévue pour cause de pandémie qui n’en finissait plus (il s’agissait de fêter le 25e anniversaire de la sortie de Coming Up, l’album du quitte ou double), la tentation était trop forte pour ne pas se replonger dans les méandres musicaux du siècle dernier.

Premier ambassadeur d’une britpop créée de toutes pièces par une presse anglaise au sommet de son art médiatique, le groupe mené par Brett Anderson et Bernard Butler a défrayé la chronique au début des années 1990. À la fois gardien et héritier d’une tradition pop britannique – comprendre arty mais populaire –, il va diviser l’opinion tout en goûtant aux plaisirs d’un succès démesuré dans ses contrées, avant de se retrouver au bord du précipice, suite à la rupture théâtrale entre ses deux têtes pensantes. Porté à bout de bras par un chanteur exalté, le groupe va trouver les ressources – morales, créatrices – pour rebondir et signer ce troisième album décisif et jouissif, qui lui avait valu les honneurs d’une couverture de la RPM en septembre 1996. Et c’est précisément la formation qui a signé ce Coming Up électrisant qui revient sur le devant de la scène de la salle Pleyel… Flashbacks. Continuer la lecture de « Suede : Beautiful ones »

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Climats #17 : Jens Lekman, Juli Zeh

This could be the saddest dusk ever seen
You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #17 : Jens Lekman, Juli Zeh »

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The Songwriting Preservation Society : Tim Keegan et Stéphane Auzenet

Deux dates ensemble fin mai pour ces orfèvres de la composition pop.

Tim Keegan et Stéphane Auzenet
Tim Keegan et Stéphane Auzenet (The Reed Conservation Society) / Photo : Philippe Dufour

Comme toutes les idées brillantes, celle-ci s’impose comme une évidence une fois qu’elle a été énoncée. En l’occurrence, réunir au cours d’un week-end printanier pour deux soirées consécutives – les 21 et 22 mai – deux des tenants les plus remarquables d’une conception classique de l’écriture, d’un artisanat du songwriting, traditionnel mais pas désuet. De ceux qui persistent à prêter aux mélodies et aux textes une attention précieuse et modeste à la fois. D’un côté de la Manche, Tim Keegan qui, après trop d’années d’éclipse, a récemment ressuscité Departure Lounge ; De l’autre Stéphane Auzenet qui est déjà parvenu, en un brillant triptyque de trois Ep’s avec The Reed Conservation Society, à s’affirmer comme l’une des plus fines plumes musicales de nos environs hexagonaux. Autant dire qu’on pressentait que ces deux-là pouvaient bien avoir deux ou trois choses en commun à échanger. D’où cette discussion du dimanche midi, à l’heure du digestif dont nous avons eu la chance d’être le témoin. Continuer la lecture de « The Songwriting Preservation Society : Tim Keegan et Stéphane Auzenet »

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Les rêves lo-fi de Luke Lover

Tout premier disque désarmant pour l’allemand originaire de Constance

Luke Lover
Luke Lover / Photo : Lynn Gerstmair

Du côté de Constance en Allemagne, Lukas Stadler aka Luke Lover joue dans le groupe garage punk The Jimmy’s, et participe à l’aventure au Horst Klub, salle de concert-skatepark nichée au bord du lac de Constance côté Helvète. N’interrogez pas vos moteurs de recherche préférés, le voici avec une première cassette chez Hidden Bay records (un label toulousain que l’on aime beaucoup) et We don’t Make It Records, la maison Suisse de Romain Savary de Léopardo, dont on vous a également déjà parlé. Continuer la lecture de « Les rêves lo-fi de Luke Lover »

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Selectorama : Tess Parks

Tess Parks
Tess Parks / Photo : Baron Wolman

Il est facile de douter de la sincérité de certains artistes. Prenons le cas de Tess Parks par exemple. De l’extérieur, on ne la sent pas vraiment à sa place, un peu paumée et détachée. Devenue la muse d’Anton Newcombe le temps de deux sympathiques albums sortis en duo et de nombreux featurings, on doutait de voir arriver la suite de son premier LP solo sorti en 2013. Nos impressions n’étaient pas totalement fausses puisque Tess a elle-même choisi d’arrêter la musique pendant plus d’un an pour se consacrer à la peinture. Jusqu’au déclic qui nous amène à la sortie de l’épatant And Those Who Were Seen Dancing, nouvel album au psychédélisme microdosé et aux mélodies subtiles. Le travail sur le son est particulièrement réussi, vous enveloppant sans permettre de lâcher prise, jusqu’à ce que la voix de Tess vous pénètre pour vous asséner le coup final. En ce sens, c’est un disque de communion avec l’auditeur, celui qui permettra certainement de comprendre qui est Tess Parks. Le Selectorama qu’elle nous propose est le compagnon parfait de l’album. Entre perles pop, psychédélisme moderne et morceaux dépouillés jusqu’à l’os, il offre une bonne vision de sa palette artistique. Promis juré Tess, on ne doutera plus jamais de ta sincérité. Continuer la lecture de « Selectorama : Tess Parks »

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Les chansons bleues

Depuis 15 ans, Mikhaël Hers truffe ses films de pépites pop et de références à nos groupes préférés. État des lieux avec l’intéressé.

Mikhaël Hers
Mikhaël Hers

Tenter lors d’une interview de déterminer de mémoire, sans béquille digitale, et durant plus de trois minutes quelle est la référence (Sarah 16 ? Sarah 22 ? 30 ?) du You Should All Be Murdered de Another Sunny Day n’est pas le genre d’exercice auquel on s’adonne avec régularité. On pourrait à l’extrême rigueur se livrer à cette passe d’armes avec un confrère journaliste ou une fan avinée au comptoir du Motel. Mais pas avec un cinéaste, français qui plus est. C’est pourtant la seconde fois que cette question existentielle nous anime, Mikhaël Hers et moi. Continuer la lecture de « Les chansons bleues »

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Double miracle

« Aucunes funérailles à l’horizon », représentation scénique éphémère issue des « Années Lithium »

Michel Cloup et Pascal Bouaziz / Photo : Emmanuel Plane
Michel Cloup et Pascal Bouaziz / Photo : Emmanuel Plane

En 2022, des miracles ont encore lieu dans les chapelles. J’en ai été témoin d’un, samedi soir, à Metz.

En pénétrant dans la cour de la chapelle des Trinitaires, au moment où les balances viennent de commencer, j’ai la surprise d’entendre les premiers accords de Heaven Boulevard, un extrait du deuxième album de Diabologum lors duquel les noms de célébrités décédées sont énumérées. Depuis quand n’ai je pas réécouté Heaven Boulevard ? Certainement depuis la dernière fois où j’ai vu Diabologum – première mouture – en concert, ce qui me renvoie aux Herbiers, espace d’Herbauges, en 1994. Continuer la lecture de « Double miracle »

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Montañita, le cadeau de la méduse

Montañita
Montañita

Je ne sais plus comment le lien est arrivé dans mon champ de vision virtuel, je ne sais pas plus pourquoi j’ai cliqué – ou peut-être que je sais finalement : parce que la consonance hispanique du nom, parce qu’un sixième sens, ce drôle de sixième sens qui me guide toujours en aller simple vers des chansons taillées sur mesure, des chansons coup de foudre. Je me souviens très précisément de quelques « dernières fois » : à peu près dans le désordre, Swimming d’Ultracrush, Not Going Back d’Henry Nowhere, Una Voz de Melenas, After You’ve Had Your Fling de The Intrepids, Everything I Wanted de Billie Eilish, des chansons qui tournent depuis en boucle. Des chansons dont on ne se débarrassera pas. Continuer la lecture de « Montañita, le cadeau de la méduse »

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LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS D’AVRIL 2022

La pop revêt comme chaque mois de multiples atours : Belle & Sebastian, Momus, Michael Head, d’un côté, qui comme un costume bien taillé, durent longtemps. Et il y a ces vêtements féminins gais et légers, que l’on est fiers de porter en saison : Jeanines, Spread Joy, Laura Veirs. Et les pièces de caractère, comme Rose Mercie, qui nous réserve un bel album pour le printemps. Découvrir cette sélection, c’est un peu se parer d’une seconde peau…

Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify ou en version mixée sur Mixcloud. Et aussi, sur agnès b. radio.

NDLR : Les playlists Deezer et Spotify ne comportent pas l’intégralité des titres de cette sélection.

Continuer la lecture de « LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS D’AVRIL 2022 »

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Climats #16 : Virginia Astley, Camille Paix

Morning Sun par Edward Hooper (détail)


This could be the saddest dusk ever seen

You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #16 : Virginia Astley, Camille Paix »

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Sharon Van Etten : « J’aime les extrêmes guidés par les mélodies »

Sharon van Etten
Sharon van Etten / Photo : Alain Bibal

Sharon Van Etten s’est imposée en douceur comme une figure incontournable dont la reconnaissance a explosé les barrières de l’entre-soi de la scène alternative US. Adulée aussi bien par ses pairs que par les indie kids ou les amateurs de musique plus adulte, elle a réussi à forcer le respect avec des albums qui ne respirent pas forcément la joie. A ce stade de sa carrière, Sharon joue gros avec la sortie de We’ve Been Going About This All Wrong. C’est pile à ce moment qu’elle refuse tout compromis. Aucun single ne sera proposé en teaser avant la sortie de l’album dont le seul titre accrocheur se trouve en fin d’album. Plus synthétique et épique que ses précédents, c’est un disque qui demande une attention particulière si l’on veut se laisser apprivoiser. Derrière sa froideur apparente, on sent pourtant une volonté de s’ouvrir, de communier. Comme Sharon le dit dans cet entretien, sa musique vient de ses blessures, elle ne sait pas comment procéder autrement. C’est cette franchise, cette authenticité et cette absence totale de calcul qui font mouche une fois de plus. Derrière un côté très pro, ces failles et cette générosité se sont ressenties pendant la demie heure d’entretien accordée par l’américaine qui aborde des sujets aussi divers que sa passion pour Fad Gadget ou OMD, que son envie d’écrire plus pour Hollywood. Continuer la lecture de « Sharon Van Etten : « J’aime les extrêmes guidés par les mélodies » »

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Jason Lytle (Grandaddy) ou le sentiment de culpabilité

Jason Lytle (Grandaddy) / Photos : Louis Teyssedou
Jason Lytle (Grandaddy) / Photos : Louis Teyssedou

Ce 26 août 2000, les Californiens de Grandaddy jouent sur une des scènes du festival Pukkelpop. Évidemment, à peine remis de l’avalanche de Queens Of The Stone Age la veille, on se demande bien ce que vaut le groupe. Le constat est rapidement fait : ces gens n’ont pas le physique de leurs chansons… Passons donc notre chemin : un groupe qui a un chanteur qui ressemble à la fois à un bûcheron du Montana et à un skater ne peut rien faire de bon. Terrible erreur.

Évidemment, on se rend compte quelques semaines plus tard, en tombant par hasard sur The Sophtware Slump que l’erreur est plus que coupable. Originaires de Modesto, ville perdue entre San Francisco et Sacramento, les Grandaddy permettent aux traumatisés de Kid A de passer sereinement le changement de millénaire. Continuer la lecture de « Jason Lytle (Grandaddy) ou le sentiment de culpabilité »

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The Impressions, The Young Mods’ Forgotten Story (Curtom, 1969)

The Impressions The Young Mods' Forgotten StoryBrûlez What’s Going On ! Brûlez Songs In The Key Of Life. Nous n’en avons plus besoin. Vous pouvez même emporter There’s A Riot Goin’ On ou tout autre Masterpiece sur une île déserte, nous les avons suffisamment écoutés. A vrai dire, prenez tous les classiques que vous voulez mais laissez-nous un exemplaire du plus important. LE disque de soul de cette période dorée : The Young Mods’ Forgotten Story. Pas le plus en vue hein ? Nous sommes d’accord ! Pas le plus évident non plus, mais il est ici question de soul et comme c’est l’âme qui prend les commandes, on s’autorisera un peu de mauvaise foi. On tentera tout de même de faire cohabiter celle-ci avec un brin de factuel. Un peu de tangible ne peut pas nuire au propos… Côté mauvaise foi, disons-le d’entrée de jeu : Curtis Mayfield fut le plus grand ! Pour une dizaine d’années au bas mot. Celles comprises entre 65 et 75. Et plus précisément encore, celles qui s’étendent du monumental People Get Ready au prodigieux There’s No Place Like America Today. Inutile d’argumenter, personne n’a tenu une telle cadence parmi ses contemporains. Virez-moi toutes les Aretha et tous les Otis, nous les avons assez entendu ; Mayfield mérite un peu plus de place pour figurer en tête de gondole au plus près des géants officiels. Continuer la lecture de « The Impressions, The Young Mods’ Forgotten Story (Curtom, 1969) »

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Simon Love, Love, Sex & Death (Tapete Records)

SImon Love Love sex & death TapeteCertains artistes ont le don très rare de ne jamais décevoir. C’est le cas de l’indispensable Simon Love, qui vient tout juste de nous livrer son troisième album solo Love, Sex & Death, sorti sur Tapete Records. Depuis ses premiers pas avec son groupe The Loves, il y a plus de 20 ans, le londonien n’a jamais changé d’obsession : écrire des tubes pops au classicisme assumé, dans le sillage des Beatles, des Kinks, des Monkees ou encore de Bob Dylan, sans renier bien sûr l’héritage britpop. Et comme tous les petits maîtres, Simon Love a su, en s’inspirant de ses idoles sans jamais les singer, développer son propre univers, fait d’humour décalé, d’autodérision, de textes doux-amers et de mélodies immédiatement accrocheuses. Continuer la lecture de « Simon Love, Love, Sex & Death (Tapete Records) »

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Stereolab, Dots And Loops (Elektra / East West)

Stereolab Dots And LoopsPrière à tous ceux qui pensent qu’Aphex Twin est le seul « expérimenteur » de cette fin de siècle, que l’on ne peut plus rien tirer des faces B des Beach Boys, que Neu! est un groupe poussif et que Sergio Mendes est le chanteur de Sepultura de lever la main. Ces gens-là n’ont sans doute jamais daigné ni osé écouter un disque de Stereolab. Pourtant, ce n’est pas la faute des Laborantins en chef, Tim Gane et Lætitia Sadier, qui depuis six ans, multiplient les sorties et les initiatives sans jamais lasser. Singles introuvables, maxis « difficiles d’accès » avec Nurse with Wound, mini-hits invraisemblables – un conseil, réécoutez Fluorescences -, projets parallèles – l’acoustique Monade pour la demoiselle, Turn On pour le garçon, en collaboration avec Sean O’Hagan -, le tout disséminé sur une discographie en forme de case-tête chinois. Continuer la lecture de « Stereolab, Dots And Loops (Elektra / East West) »

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Climats #14 : Duster, Mark Z. Danielewski

This could be the saddest dusk ever seen
You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #14 : Duster, Mark Z. Danielewski »

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Fontaines D.C. : « La pandémie est la meilleure chose qui pouvait nous arriver »

Fontaines D.C.
Fontaines D.C. / Photo : Filmawi

D.C., c’est Dublin City, le berceau de ces cinq garçons débarqués en 2019 sur nos scènes et devenus, en un album, phénomène. Menés par le charismatique Grian Chatten, ils convainquent par la puissance de leurs textes (l’amour de la poésie les lie), leurs guitares acérées et leur vigueur, comparable à celle de leurs voisins et amis anglais, Shame. Après avoir enchaîné les salles et les festivals jusqu’à l’épuisement, les lads migrés à Londres ont profité du repos imposé par la pandémie pour se retrouver et se rappeler d’où ils venaient. Skinty Fia, paru ce jour sur Partisan Records, est un hommage à l’Irlande, car comme l’explique le batteur Tom Coll dans cet entretien récemment accordé à Section 26, le sentiment d’appartenance à son pays n’est jamais si fort qu’une fois qu’on l’a quitté. Continuer la lecture de « Fontaines D.C. : « La pandémie est la meilleure chose qui pouvait nous arriver » »

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KG, Ein mann ohne feind (October Tone / Médiapop Records)

KG

Il existe une contrée foutraque où ne résonne aucune loi, où la réalité n’est que celle que l’on se créé, où les stratégies sont forcément obliques. Bienvenue au pays des merveilles de Rémy Bux alias KG qui distille lentement mais surement et depuis déjà trente ans une electro-noise-lo-fi et dont le dernier album Ein mann ohne feind sort sur les labels associés October Tone et Mediapop Records, l’autre prescripteur pointilleux de chemins de traverses mulhousien.

Quelques décennies donc que le manitou de Sausheim, son village d’origine dans la banlieue mulhousienne qui abrite sa maison et son studio, multiplie les projets sous-marins des plus crédibles aux plus improbables, de l’initial et bruitiste Sun Plexus avec le guitariste Sébastien Borgo jusqu’à la formation à choix multiple de Ich Bin, embarquant parfois deux frères potaches survoltés aux blagues dignes des meilleurs feuilletons de Placid et Muzo, en passant par des activités d’ingénieur du son pour le label soigné et strasbourgeois Herzfeld, sans compter, à coup sûr, d’autres activités non cartographiées. Continuer la lecture de « KG, Ein mann ohne feind (October Tone / Médiapop Records) »

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Jeremy Ivey, Invisible Pictures (Anti-)

Jeremy IveyIl n’en faut pas nécessairement beaucoup pour sceller un pacte intime et inaltérable avec une poignée de chansons et leur auteur. En l’occurrence, il a suffi d’un titre et d’un refrain, à l’orée de ce troisième album de Jeremy Ivey. « My family tree is on fire / I don’t belong here / I’m an orphan child / But I’m better on y own. » Il y a quelque chose qui résonne avec une profondeur immédiate dans cette évocation teintée d’ironie d’une irrémédiable déconnexon générationnelle, sur fond de country-rock bringuebalant. On peut en partager, pour une large part, l’ambivalence complexe lorsque la défaillance des aînés préfigure le drame de la perte. Et y entendre à la fois un constat tragique, un souhait par défaut plus que par dépit, et un exutoire pour tenter de conjurer les béances de la généalogie. Continuer la lecture de « Jeremy Ivey, Invisible Pictures (Anti-) »

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David Freel, ombre et clair obscur

Dernier volet de notre journée hommage au chanteur et guitariste de Swell.

Swell David Freel
Swell avec David Freel (à gauche)

David Freel est mort et je peux faire un truc.

C’est ce que j’ai écrit dans le fil de messagerie de la rédaction de Section26 en lisant l’évocation par Lelo Jimmy Batista qui m’a appris la nouvelle.

Je peux faire un truc sur Swell et sur David Freel.

Commencer par : comme tous les disques qui changent la vie, Too Many Days Without Thinking, bénéficiant d’une exposition excentrique arrivant jusqu’aux oreilles des adolescent·es de recoins type Auvergne, de plis type banlieue pavillonnaire française, ce disque donc change la vie, profondément, de toustes les adolescent·es – et moins adolescent·es – qui l’écoutent, après un autre disque et avant un autre disque, selon ce mode : une musique folkish, psyché – San Francisco –, contemporaine, non clinquante. C’était ça qui nous plaisait tant et d’abord et ensuite, quand Beck était malin, Pavement frimeur et que le Royaume-Uni roulait de grosses mécaniques joyeuses mais souvent épuisantes – Swell ne brillait pas. Poudre aux yeux : néant. Continuer la lecture de « David Freel, ombre et clair obscur »

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Citizen… well ?

Retour sur l’album « …Well? » de Swell avec une interview de David Freel en 1992.

Extrait de l’article paru dans Magic Mushroom n°4 / Été 1992


Je ne me souviens plus exactement comment le deuxième album de Swell – dont nous pensions tous que c’était le premier – est arrivé jusqu’à nous. Mais je me souviens que c’était une époque où l’on aimait les disques en noir et blanc – ce n’était pas forcément une nouveauté d’ailleurs, car il me semble que nous étions pas mal de l’équipe hétéroclite du fanzine magic mushroom à nous retrouver autour de Faith… Ainsi, au tout début des années 1990, nous avions fait duSpiderland de Slint et du Frigid Stars de Codeine deux de nos albums de chevet – la lenteur comme exutoire, le silence comme revendication, la mélancolie comme art de vivre. … Well de Swell tombait plutôt bien pour compléter la trilogie imaginaire – nous étions une génération qui aimait bien les trilogies.
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Get High

David Freel / Swell (1958 – 2022)

David Freel
David Freel, New York, 1996 / Photo : Bob Berg

David Freel vient de quitter ce monde qui l’angoissait tant. Cette angoisse, il la soignait dans ses compositions. C’est au début des années 1990 que l’homme arrête sa carrière professionnelle et commence ce pourquoi il est fait : écrire des chansons. Loin des élucubrations soniques de Seattle, il rencontre le batteur Sean Kirkpatrick et fait de la Californie, avec ses disques, une terre grise. Dès le début de Get High, premier morceau de Swell (Psycho-Specific Records, 1990), on ressent et comprend surtout que la personne qui a écrit ce titre-là sait écrire et a un don pour tisser des ambiances ni ensoleillées ni pluvieuses… Mais maussades – ce que confirmera le splendide … Well (1991). Continuer la lecture de « Get High »

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Peter Doherty & Frédéric Lo, The Fantasy Life Of Poetry & Crime (Strap Originals)

Peter Doherty & Frédéric LoFaute avouée est-elle toujours à moitié pardonnée ? Avec Peter Doherty, malgré une très sérieuse anglophilie musicale, je n’avais connu jusqu’à présent que des rendez-vous manqués. Même sa liaison avec Kate Moss ne m’avait pas convaincu de m’intéresser de plus près à ses chansons avec ou sans (je suis) Libertines – parfois à raison sans doute, mais j’imagine bien souvent à tort. Il existait jusqu’ici une seule exception notable, ce single de Wolfman si joliment intitulé For Lovers, une de ces ballade dépenaillées dont on ne sort jamais tout à fait indemne. Avec le Français Frédéric Lo, en revanche, on s’est souvent retrouvés : pour Crèvecœur bien sûr (Inutile Et Hors d’Usage jusqu’à la fin des temps), pour le beau disque avec Bill Pritchard (la très jolie balade Luck, en duo avec Étienne Daho ; la pop sautillante de Digging For Diamonds, qui reste dorénavant comme l’un des meilleurs titres de Madness circa 1985) et puis, pour quelques passions partagées aussi – l’album Voilà Les Anges de Gamine, au hasard et en souvenir d’une soirée d’automne clermontoise, passée accoudés à un bar de la vieille ville. Continuer la lecture de « Peter Doherty & Frédéric Lo, The Fantasy Life Of Poetry & Crime (Strap Originals) »

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Broadcast : Bande à part

Broadcast
Broadcast à Londres / Photo : Joe Dilworth

Alors que Warp Records vient tout juste de rééditer trois disques du groupe le plus magnétique de Birmingham dont la disparition brutale, il y a onze ans déjà, de la chanteuse Trish Keenan a sans doute contribué quelque part à cette accession du groupe à une forme de postérité, nous avons choisi de republier cette interview parue il y a 25 ans dans la RPM. Au moment de la sortie de Work And Non-Work, une compilation des trois premiers singles / EP avant leur signature chez Warp, Christophe Basterra rencontrait Broadcast au grand complet lors d’un concert dans une salle londonienne.


L’une des plus belles surprises de cet été nous vient d’Angleterre. Après trois singles enchanteurs et mystérieux distribués au compte-goutte, Broadcast – une jeune fille et quatre garçons – réalise aujourd’hui via Warp Work And Non-Work, une compilation essentielle et désespérément belle. Un univers imaginaire, un charme crépusculaire : telle est la musique de Broadcast, plus beau fleuron d’une scène post-pop qu’il faudra surveiller de près. Continuer la lecture de « Broadcast : Bande à part »

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Vu d’ici : sous la neige et le printemps

L’entre-deux tours entre l’Ohio et la France.

Photo : Adrienne Lenker (Big Thief) via sa page Facebook
Photo : Adrienne Lenker (Big Thief) via sa page Facebook

Tenir pour fil conducteur d’une écriture le temps – météorologique – qu’il fait m’intrigue pas mal : c’est toujours de temps dont il s’agit, le temps dehors et les tempêtes intimes, les légères brises, les gels et les chaleurs qui font par leur collection que l’on se dira plutôt en été, ou plutôt en hiver. Dehors, et dedans. Ni dehors, ni dedans : là. Ici. Maintenant.
Du temps, des moments, leur apparition et leur disparition.
J’étais pour une dizaine de jours et des circonstances familiales dans l’Ohio, d’où j’ai suivi les résultats du premier tour des élections présidentielles, les journées précédentes, les journées suivantes, en compagnie d’ami·es et de la famille de ma compagne.
Il y avait d’importantes dissonances météorologiques ici comme dans le là-bas d’alors, en France, les pieds dans la neige et les récoltes au tombeau pour la deuxième année de suite.
Il y avait aussi les questions, les discussions, l’immense curiosité – les rouages de la baroque élection à deux tours de suffrage universel de la Cinquième République méritant un nombre d’explications pas moins élevé que les rouages de la baroque élection à un tour de suffrage indirect des États-Unis.
Chacun ses scandales, et ses vertus, et ses peurs. Continuer la lecture de « Vu d’ici : sous la neige et le printemps »

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Spiritualized : « Je veux terminer ma carrière en fanfare. »

Spiritualized
Jason Spaceman – Spiritualized / Photo : Sarah Piantadosi

Cela arrive rarement, mais il y a des personnes que j’ai peur d’interviewer. Jason Spaceman est l’une d’entre elles. Soyons transparent, il réunit sur papier tous les critères. Non seulement il affiche clairement sa répulsion pour toute obligation promotionnelle, mais sa musique, depuis ses débuts avec Spacemen 3, ne peut venir que d’un cerveau profondément dérangé. Passé d’un minimalisme glaçant à un mur du son Spectorien teinté de psychédélisme (les deux avec option « ++ » en musique de drogué), son œuvre est l’une des plus exigeantes et captivantes de ces dernières décennies. Et puis soyons honnête, Jason Spaceman, ce n’est pas Sœur Sourire. C’est donc avec une légère appréhension que je suis arrivé à l’hôtel où se déroulait une journée d’interview pour Everything Was Beautiful, le nouvel album de Spiritualized. On m’annonce aussitôt que Jason n’a toujours pas quitté sa chambre, le planning a déjà pris du retard. Continuer la lecture de « Spiritualized : « Je veux terminer ma carrière en fanfare. » »

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« Le Village », extrait du nouvel album de Arlt

Ça ne se décide pas, ces choses-là. Quand on n’entend plus la manière et qu’on entend la chanson. Peut-être que la basse aide, ou la pente, même si la pente fait un peu des histoires dont on se moque quand on écoute une chanson, mais bon, cette pente, ce n’est pas n’importe quelle pente, c’est la pente d’en face, Thiers, on y vit ou on n’y va pas, à moins de connaître quelqu’un qui connaîtrait quelqu’un qui.

Dans les montagnes thiernoises.

Gamin je faisais du vélo sur les pentes d’en face, celles qui descendent de la plaine de Laschamps. En voilà une belle jambe, toujours moins belle que l’invraisemblable chanson Le Village par Arlt, que voici clippée en avant-première “par un ami” (NDLR:  Bertrand Belin, pour le citer). Les deux n’ont jamais si bien chanté, joie des voix qui vieillissent et se posent dans les dix directions.

Un album est à venir, s’il est aussi beau que cet extrait, il sera le meilleur, comme chacun des autres. Ce n’est pas une mince affaire de s’employer autant à la beauté.


Arlt Turnetable ObjetDisqueTurnetable, le nouvel album de Arlt paraîtra le 20 mai prochain chez Objet Disque.
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Selectorama : Confidence Man

Confidence Man
Confidence Man / Photo : Jamie Heath

Ok, il a fallu un petit temps de réflexion pour décider si Confidence Man avait sa place ici, tant le quatuor de Melbourne s’illustre dans une dance pop totalement exaltée à la limite de la poule sans tête. Quelques signaux sont toutefois passés au vert : en premier lieu, ils sont signés sur Heavenly Recordings, que l’on suit depuis trois décades, de East Village à Saint Etienne, en passant par Beth Orton, The Magic Numbers ou Doves, jusqu’à plus récemment Working Men’s Club, Baxter Dury et tant d’autres. Puis, dans les playlists de A Certain Radio, on les retrouve autant chez le vétéran éclairé Daniel Dauxerre que chez Pipi de Frèche, notre onde sensible. Soit. Mais qu’en est-il de cet album si justement nommé Tilt? Sorti il y a quinze jours à peine, ils ont apparemment balancé dans pèle-mêle dans la marmite breaks mancuniens, pianos house, basses stéroïdées, lyrics aussi joyeusement crétins que back in the days dans les 90s (Push It Up, KIss N’Tell, ce genre), allant radicalement à contre-courant d’une ère totalement anxiogène. Alors, soit on l’admet et on considère que Holiday est le meilleur hymne après moi le déluge, soit on retourne chouiner en écoutant des choses tristes. Vous êtes prévenus, et pour mieux comprendre leur confidence, voici les neuf titres qu’ils ont choisis pour ce selectorama absolument pas sérieux. Continuer la lecture de « Selectorama : Confidence Man »

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Jazzoux, Quand Le Jus de Rythme… (In Paradisum)

JazzouxLa dernière et toute récente édition du festival Sonic Protest a pu confirmer l’excellente santé d’une scène aux frontières souvent délicates à cerner : entre bruitisme et arythmie, improvisation néo-free et recherche électronique, elle assume avec une souveraineté radicale le multiple héritage des musiques expérimentales. Au sein de cette constellation, Amédée de Murcia (Somaticae, Balladur, OD Bongo) et Claire Gapenne (Terrine, Headwar, Me Donner) en incarnent avec brio le versant free-beat, noise et industriel. Activistes et pivots d’une mouvance toute entière dévouée au culte du feedback, de la distorsion et du bug analogique/numérique, c’est avec un projet commun, Jazzoux, qu’ils nous reviennent ici. Marquant par la même occasion le retour de l’excellent label In Paradisum, ce disque au titre improbable, Quand Le Jus De Rythme…, impose une sorte de No Techno sauvage et abrasive. Continuer la lecture de « Jazzoux, Quand Le Jus de Rythme… (In Paradisum) »

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Barrabás, Barrabás (1972, RCA)

En 1972, le batteur madrilène Fernando Arbex est déjà un vétéran de la scène rock ibérique. Passé par le groupe pionnier Los Estudiantes, il est surtout un des piliers de Los Brincos, une des très grandes formations espagnoles des années soixante. Après l’expérience Alacrán, en compagnie du chanteur Iñaki Egaña (ex-Los Buenos), il monte Barrabás, un sextet, chantant en anglais. Le groupe se compose de nombreuses personnalités de la scène rock nationale d’alors : les frangins, d’origine philippine,  Ricky et Miguel Morales (ex-Brincos et frère d’Antonio « Junior »), le Cubain Tito Duarte et le Portugais Juan Vidal (ex-Los Grimm). Dans les pas d’Osibisa, Mandrill, El Chicano et Santana, Barrabás expérimente avec les rythmes africains et latins. Festive et dansante, leur musique est une bacchanale de percussions. Arrangées, avec un sens aiguisé du détail, les huit compositions originales de leur premier album, généralement intitulé Barrabás, démontrent un savoir faire à la hauteur de leurs références. Continuer la lecture de « Barrabás, Barrabás (1972, RCA) »

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Daniel Rossen, You Belong There (Warp / Kuroneko)

De l’estime, certainement. De l’admiration, parfois. Les sentiments que nous avaient inspirés jusqu’à présent les contributions cumulées de Daniel Rossen aux œuvres de Department Of Eagles ou de Grizzly Bear n’avait jamais dépassé, il faut bien l’avouer, ces considérations teintées d’intellectualisation un peu distante et qui constituent généralement autant d’obstacles insurmontables à l’expression spontanée de la passion musicale authentique. Celle qui, à l’instar du sentiment amoureux, ne saurait se nourrir de la seule reconnaissance des qualités objectives de l’être élu. Il demeurait toujours comme un écart infranchissable, une pointe d’ennui mêlée d’incompréhension ou de déception à l’écoute de ces bibelots sonores, brillants et sophistiqués, devant lesquels, tragiquement, on ne pouvait s’empêcher d’attendre ce qu’ils étaient incapables d’offrir : un peu d’évidence, un semblant de relâchement formel ou tout simplement un refrain. Rien n’a vraiment changé et ce premier album solo ne contient, en apparence, rien qui soit susceptible de satisfaire davantage ces attentes inadéquates. Et pourtant tout est différent. Continuer la lecture de « Daniel Rossen, You Belong There (Warp / Kuroneko) »

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Climats #13 : Pavement, Toyen, Louis Malle

This could be the saddest dusk ever seen
You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #13 : Pavement, Toyen, Louis Malle »

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Selectorama : Destroyer

Destroyer
Destroyer

Survivre à un disque qui a marqué au fer blanc une génération de fans de musique indépendantes n’est pas une tâche facile. Kaputt, sorti seize ans après les débuts de Destroyer, était alors considéré comme un étalon du cool et l’est resté depuis. Car Dan Bejar était déjà en dehors de tout calcul et des courants musicaux éphémères. S’ensuivit un changement de cap moins lyrique, musicalement toujours passionnant, mais en pente douce. D’où la surprise créée par Labyrinthitis, quinzième album de Destroyer, une œuvre de haute volée. New Order faisant partie de l’ADN du groupe, les influences ont beau rester les mêmes, Bejar n’hésite pas à les triturer, à les emmener sur le dancefloor avec une ambition que l’on ne soupçonnait pas jusqu’à aujourd’hui. Labyrinthisis est son disque le plus aventureux car il allie avec classe une évidence pop à une expérimentation sonore un peu crasse. Soit un condensé du meilleur de Destroyer depuis Poison Season, mais qui laisse entrer suffisamment de lumière pour vous donner envie de bouger plutôt que de déprimer au bout du troisième morceau. A l’occasion de ce nouvel album, Dan Bejar nous présente dix titres qui l’obsèdent. De Bill Evans, Fiver à Loscil, tous sont à l’opposé de la densité de ses propres morceaux, mais ils donnent une bonne idée de la quête émotionnelle qu’il cherche à retranscrire. Continuer la lecture de « Selectorama : Destroyer »

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Aldous Harding, Warm Chris (4AD)

Énigmatique et fragmentaire, la femme de trente ans qu’est Aldous Harding – Hannah de son prénom – compose sa partition baroque et déterritorialisée sans trop se soucier des modes, sans les négliger pour autant et en portant un respect infini et intime aux grandes compositrices-interprètes qui lui ont tracé la route, de Karen Dalton à PJ Harvey en passant par Chan Marshall. Bien emmitouflée dans sa veste matelassée, elle pourrait bien avoir quitté les couleurs du Dorset ou des plaines néo-zélandaises pour rejoindre la grisaille citadine, n’en subsisterait que le flou rosâtre brouillant les pistes d’un visage aux canons de beauté du XIXème siècle, pur, désuet et délicat, désormais rompu à l’âpreté industrielle. Contre vents et marées, la musicienne revient avec un quatrième album qui embarque un folk gracieux et joyeusement fragile toujours signé sur le label anglais 4AD et produit par l’austère et écorché John Parish. Pour ce nouvel album de 10 titres, le folk Hardingien a gagné en explorations sonores audacieuses, en facéties linguistiques et en fantaisie vocale. Continuer la lecture de « Aldous Harding, Warm Chris (4AD) »

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Kiss, Music From « The Elder » (Casablanca, 1981)

Là, j’allais dire tragique, mais cette pauvre bête était antivax et anti-masque. La disparition de Meat Loaf, même si elle agite à divers dosages de statines quelques souvenirs plus ou moins avouables, renvoie tout de même à quelques mémoires éparses, quelques génances devant des choix de cassettes dans les rayons discographiques d’une pré-adolescence peu glorieuse. Et qui mieux que les super(be)s héros de Kiss, alors à un point critique de leur carrière, après le velcro disco victorieux (Dynasty, 1979) et une lassitude des onguents colorés dont Afida Turner n’aura jamais idée (Lick It Up, 1983) pouvaient assimiler et tenter d’égaler en pure perte (mais non sans panache) avec quelques maladresses (et nonobstant 3 ans de retard) la pavlova improbable que fut Bat Out of Hell (Meat Loaf, 1977) ?

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Pierre Gisèle, Distorsion (Flippin Freaks, Safe In The Rain)

Ce n’est pas parce que je n’habite pas à Bordeaux que je vais me priver des conseils du disquaire du coin, Martial de Total Heaven. Un peu de prosélytisme, des rappels pour les étourdis, sur les réseaux, ça ne nuit à personne, la preuve, j’arrive deux mois après la bataille, mais on s’en fiche. L’EP, Distorsion de Pierre Gisèle est sorti fin janvier et je viens juste de tomber dessus. Pierre Gisèle est une chanteuse issue du collectif Flippin Freaks dont j’avais survolé les sorties jusque là sans accrocher, si ce n’est le J’ai raté ma vie du groupe Teeth, parce que ça parle de dentition, et que ça me touche. Continuer la lecture de « Pierre Gisèle, Distorsion (Flippin Freaks, Safe In The Rain) »

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Climats #12 : Rex, Gallen-Kallela, Pauline Mari

Marseille sous la neige.
Marseille sous la neige.

This could be the saddest dusk ever seen
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Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #12 : Rex, Gallen-Kallela, Pauline Mari »

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Yann Debiak (Color Bars Experience / Lost Machine Orchestra) : « L’idée d’adapter les chansons d’Elliott Smith avec une formation classique me trottait dans la tête »

Yann Debiak
Yann Debiak

L’idée semblait intrigante ; la réalisation s’est avérée en tout point remarquable. En 2015, à l’instigation de Yann Debiak, une poignée de musiciens classiques français accompagnés de quelques interprètes américains – Troy Von Balthazar, Ken Stringfellow et Jason Lyttle – revisitaient sous l’étendard de The Color Bars Experience le répertoire d’Elliott Smith. Quelques performances mémorables et un enregistrement à la maison de la radio plus loin – merci Vincent Théval – l’aventure collective s’est prolongée. En 2017 d’abord, pour une série de concerts consacrés au Pink Moon, 1972 de Nick Drake. Ce printemps ensuite pour célébrer dignement – et avec un léger retard dû à la pause COVID – le vingtième anniversaire de The Sophtware Slump de Grandaddy en compagnie de Jason Lyttle. Rebaptisé pour l’occasion, The Lost Machine Orchestra s’apprête donc à redécoller pour une tournée d’avril. Pour apaiser un peu l’impatience – ou l’attiser, c’est selon – on a eu envie d’en discuter un peu avec le principal intéressé. Continuer la lecture de « Yann Debiak (Color Bars Experience / Lost Machine Orchestra) : « L’idée d’adapter les chansons d’Elliott Smith avec une formation classique me trottait dans la tête » »

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Selectorama : Josephine Foster

Josephine Foster
Josephine Foster / Photo via son compte Facebook

Il est rare que vingt ans après ses débuts, un artiste continue de passionner et surprendre. Réussir à accrocher et bouleverser l’auditeur avec un premier titre joué sur une guitare désaccordée accompagnée de discrètes nappes de synthés rétrofuturistes relève du défi. Ce défi, Josephine Foster le tiendra tout au long de Godmother, album hanté par une nostalgie cotonneuse. Ne pas sombrer dans des références musicales d‘une époque chérie donne justement toute sa force au disque. Les neuf titres de Godmother transportent dans un univers sonore singulier, entre baroque, folk et science-fiction. Ce selectorama apporte les clés de ce changement de cap, parfois avec humour. Les dix titres sont illustrés d’histoires qui remontent souvent l’enfance de Josephine Foster et les souvenirs qu’elle engendre. Cela explique certainement pourquoi Godmother sonne comme une vision distordue et parallèle du passé. Continuer la lecture de « Selectorama : Josephine Foster »

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Loop, Sonancy (Reactor/Wagram)

Loop SonancyIl est parfois bon de rappeler que l’un des plus authentiques diamants brut du rock anglais a souvent et bien évidemment à tort, souffert d’une réputation pas forcement flatteuse. Dès son premier album, Heaven’s End (1987) Robert Hampson et ses sbires se sont fait taxer de suceurs de roue des Spacemen 3. Et si précisément sur ce premier album, qui malgré ses défauts a pris une sacrée patine avec le temps, la comparaison peut jouer en leur défaveur, il faut impérativement réécouter Fade Out (1988) qui lui succède impérialement et énonce clairement ce que sera Loop, un groupe à la fois sauvage et lettré. Sur la face B du single Black Sun, grand morceau convoquant les noces tout à fait admissibles entre Joy Division et Hawkwind*, Loop reprenait, avec les honneurs, et c’était pourtant pas gagné, Mother Sky de Can. Il n’en fallu pas plus pour changer nos vies d’une manière absolue et définitive**. Continuer la lecture de « Loop, Sonancy (Reactor/Wagram) »

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Kruder & Dorfmeister, The K&D Sessions (!K7, 1998)

Jusqu’à 2020, les Autrichiens Kruder & Dorfmeister n’avaient jamais publié d’album, mais leur place dans l’histoire de la musique électronique était pourtant déjà assurée depuis plus de vingt ans. Le duo se fait remarquer en 1993 avec la publication de l’EP G-Stoned dont la couverture pastiche celle de Bookends d’un autre duo : Simon & Garfunkel. Les Européens ne pratiquent cependant pas le folk gracieux des ainés américains mais du downtempo, genre apparu dans les années 90. À défaut d’un véritable album, les Viennois ont publié, en plus d’un excellent mix dans la série DJ-Kicks (en 1996, déjà chez !K7), un double-cd de remixes, les K&D Sessions Continuer la lecture de « Kruder & Dorfmeister, The K&D Sessions (!K7, 1998) »

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LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS DE MARS 2022

Les narcisses pointent leur joli nez ensoleillé, mais nous vivons toujours avec cette triple épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Nous avons peut-être tendance à nous répéter, mais quelle meilleure cure que la musique ? Ce mois-ci, beaucoup de jeunes pousses autoproduites, c’est la raison pour laquelle nous vous encourageons vivement à vous détourner des plateformes de streaming au bénéfice de notre playlist mixée sur Mixcloud, où tous les titres sont présents. Beaucoup mieux pour biner dans le jardin les mains libres.

Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify ou en version mixée sur Mixcloud. Et aussi, sur agnès b. radio.

NDLR : Les playlists Deezer et Spotify ne comportent pas l’intégralité des titres de cette sélection.

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Climats #11 : Christophe Tarkos, Destroyer

Marseilleveyre
Marseilleveyre

This could be the saddest dusk ever seen
You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #11 : Christophe Tarkos, Destroyer »

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Selectorama : Midlake

Midlake
Midlake

La résilience en deux temps. Midlake avait déjà survécu au départ de son leader originel, Tim Smith, après la publication de son troisième album en 2010. Après dix ans de silence presque complet, c’est un deuil plus intime qu’il s’agit ici de surmonter. Le père du claviériste Jesse Chandler, décédé en 2018, lui serait apparu en rêve pour l’encourager à prolonger l’aventure collective. Une impulsion d’outre-tombe qui confère à For The Sake Of Bethel Woods une résonance dramatique, amplifiée par la mise en son très ambitieuse, confiée pour la première fois à un producteur extérieur, John Congleton en l’occurrence. Sans oublier d’écrire des chansons, Midlake y redonne ses lettre de noblesse à une forme de musique progressive, réhabilitant au passage un mysticisme élégant et des arrangements amples et complexes. Un hommage aussi à une époque et un lieu – Bethel, dans l’état de New-York, où ont longtemps résidé Chandler et sa famille et où s’est tenu le festival de Woodstock – qui marquent cette sélection de dix titres. C’est donc lui qui se charge de la visite guidée du patrimoine local. Continuer la lecture de « Selectorama : Midlake »

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Telefís, A hAon (Dimple Discs)

Premiers souvenirs partagés. Ils remontent au tout début des années 1980 : l’un est sur scène, l’autre l’écoute. Cathal Coughlan est le chanteur de Microdisney ; Garret Jacknife Lee n’est encore qu’un adolescent dans le public et c’est son premier concert. Ils échangent quelques mots, sans doute des encouragements adressés par l’aîné à son cadet admiratif. En tous cas, ils portent rapidement leurs fruits : le second étrenne même ses galons de musicien tâtonnant en se produisant en lever de rideau du groupe du premier à Cork. Deux brèves rencontres comme autant de signes précurseurs d’un destin commun, et puis plus rien pendant plus de trois décennies. Deux histoires parallèles, divergentes même. Coughlan construit son œuvre majeure dans des marges musicales de plus en plus confidentielles ; Jacknife Lee, après le bref épisode néo-punk de Compulsion, devient un producteur à succès, au cœur de l’industrie musicale, pour R.E.M., U2, Taylor Swift et bien d’autres. Qu’ont-ils pu conserver de commun ? D’abord une amitié partagée avec Luke Haines qui est à l’origine, en 2019, de ces retrouvailles inattendues. Continuer la lecture de « Telefís, A hAon (Dimple Discs) »

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Rockin’ Horse, Yes It Is (You Are The Cosmos)

C’est un album qui a à peine existé, obsolète avant d’avoir vécu, égaré à côté de son époque dès sa sortie, en 1971. A côté de toutes les époques, d’ailleurs, puisque les quelques rééditions – une en CD en 2004, l’autre en vinyl en 2012 – sont rapidement devenues introuvables. C’est donc peu dire que cette ultime tentative pour rattraper les décennies perdues, à l’instigation de l’excellent label espagnol You Are The Cosmos, est bienvenue. C’est surtout un album qui pratique la nostalgie à chaud, proclamant en acte son amour pour une époque déjà révolue – la première partie des sixties – sans le moindre espoir de la ressusciter au-delà des quelques minutes que durent chacune de ces douze chansons. Un album composé par ceux qui ont déjà trop vécu pour entretenir encore la moindre illusion. Un très grand album de passions musicales résignées. Continuer la lecture de « Rockin’ Horse, Yes It Is (You Are The Cosmos) »

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The Simps, Siblings (Lex)

Ceux qui connaissent The Simps ont sans doute d’abord entendu parler d’Eyedress ; sur TikTok, où certains de ses titres sont devenus viraux, ou par King Krule et Dent May par exemple, avec qui le musicien a récemment collaboré. Une rumeur confirmée : Idris Vicuña de son vrai nom, dont le quatrième album, Mulholland Drive, paraissait l’été dernier, se retrouve depuis quelques mois dans la fameuse liste des artistes émergeants de l’hebdomadaire américain Billboard.

C’est lors de l’un de ses concerts en 2018 que Zzzahara fait sa connaissance. Ces enfants d’immigrés philippins se retrouvent autour d’une histoire culturelle commune, mais aussi d’un certain goût pour la bedroom pop lo-fi, le post-punk et la new wave. De fil en aiguille, elle devient sa guitariste sur scène. Ils jamment, utilisent des samples d’Eyedress, improvisent des paroles. Zzzahara a tendance à évoquer sa rupture récente, Idris est tout aussi sentimental. En étalant leur vulnérabilité d’êtres amoureux, ils admettent en rigolant faire ce qui se caractérise, dans l’argot et de manière assez péjorative, du simping. Les jeunes trentenaires prennent le parti d’assumer leur sensibilité : ensemble, ils sont The Simps. Continuer la lecture de « The Simps, Siblings (Lex) »

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Franz Ferdinand, darts entertainment !

Franz Ferdinand
Franz Ferdinand

Je me souviens du choc. Un matin d’automne avec les rues encore noires, à l’époque parisienne où la cigarette précédait le plus souvent le café, à l’époque de la télé qu’on allumait parce que M6 (je crois que bien que c’était M6) diffusait des clips de groupes indie – enfin, à peu près – avant de partir travailler – enfin, travailler… Ce matin-là donc, j’ai entendu la guitare avant de voir les images et je suis resté interdit. Parce que tout est venu se bousculer et les souvenirs se sont succédés en flash – pêle-mêle, l’école Postcard Records, les montagnes russes rythmiques chères à Orange Juice, à Josef K, l’adolescence dans la Résidence, les cassettes vierges, les échanges de disques achetés à Paris – grâce à une mélodie en caoutchouc et un refrain suffisamment obsédant pour qu’on veuille réécouter la chose. En boucle. La suite de l’histoire, qu’on découvre vitesse grand V, est comme parfaite : Glasgow, Domino, une ribambelle de chansons fulgurantes en mode Dorian Gray, l’influence du constructivisme russe et même le passé d’Alex Kapranos – qu’on découvrira sur le tard — n’a pas freiné l’excitation accompagnant cette découverte qui rappelait – déjà à l’époque – qu’on n’était toujours pas prêt / près de ne plus avoir 20 ans – ça n’a toujours pas changé depuis, pour le meilleur et pour le pire…

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Climats #10 : Bitter Springs, Judith Perrignon, The Avengers

This could be the saddest dusk ever seen
You turn to a miracle high-alive
Michael Stipe

Peut-on écouter Vauxhall and I de Morrissey sous le franc soleil de juillet ? Et un Antônio Carlos Jobim empêtré dans un crachin de février, c’est toujours du Antônio Carlos Jobim ? Climats met en avant les sorties disques et livres selon la météo. Continuer la lecture de « Climats #10 : Bitter Springs, Judith Perrignon, The Avengers »

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Selectorama : Kristine Leschper

Kristine Leschper
Kristine Leschper / Photo : Tyler Borchardt

Il y a un sentiment de l’ordre de la tendresse lorsque l’on observe — ou plutôt, dans ce cas-ci, écoute — un individu naître à lui-même. Kristine Leschper, après avoir œuvré pour quelques disques avec le groupe Mothers, nous offre avec beaucoup de grâce et justement, à l’orée du printemps, The Opening, Or Closing Of A Door. Un album d’éclosion intime, subtil et complexe, et dont les mélodies soignées et les instrumentations oniriques raviront les amateurs de musique intérieure paradoxalement épique. On ressent avec beaucoup d’émotion la sincérité non-feinte d’une véritable proposition de réponse à la problématique audacieuse d’être-soi où même le plus lisse des sons qui en résulte se laisse aller sans crainte aucune aux pointes les plus fragiles de la vulnérabilité. Guidée par les tourments du monde et par la voix-guide de la poétesse June Jordan, Leschper fait glisser avec beaucoup de talent et en treize titres ciselés la mise en scène d’un théâtre miniature en forme de cœur humain, que l’on vous conseille ardemment d’y aller jeter une oreille ou deux. Continuer la lecture de « Selectorama : Kristine Leschper »

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Andrew Gabbard, Homemade (Colemine/Karma Chief)

Il a mis quelques mois pour parvenir jusqu’à nous – un peu moins de trois pour être exact – en transitant par les méandres confidentiels des recommandations parfois entraperçues au détour des réseaux sociaux. Et pourtant, au-delà des hasards et des accidents de cette rencontre fortuite, impossible de ne pas éprouver, dès la première écoute de ce premier album solo d’Andrew Gabbard, la conviction paradoxale qu’il nous était destiné. Très profondément et très exactement. Nous ne savions pourtant rien de son auteur et, il faut bien l’avouer, après quelques recherches connectées, nous n’avons toujours pas appris grand-chose. Continuer la lecture de « Andrew Gabbard, Homemade (Colemine/Karma Chief) »

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Selectorama : Tanz Mein Herz

Tanz Mein Herz
Tanz Mein Herz / Photo : Pierre Bujeau, 2016.

On ne sait pas trop s’il s’agit d’un collectif ou d’un supergroupe, mais peu importe, seul le résultat compte. Musique expérimentale ? Traditionnelle ? Le curseur s’affole sans se poser. Après plusieurs essais improvisés, Jérémie, Mathieu et Yann décident de segmenter leurs différents projets et de les nommer : naissent alors France, Zeitspielraum ou encore Meutr. Au gré de rencontres et sans opter pour un line-up statique, ils décident un soir, au Crous de Valence, d’appeler leurs efforts communs Tanz Mein Herz, en référence aux maigres notions d’allemand de Mathieu. En guise d’introduction aux musiques traditionnelles, la bande fréquente assidûment les concerts de Toad, le projet de Yann Gourdon & Guilhem Lacroux vite rejoints par Pierre-Vincent Fortunier. « C’était complètement barjo, ça jouait très fort, très sale avec une nonchalance très rock qui ne pouvait que nous plaire ». L’amitié entre tous les membres de Tanz Mein Herz est le lien qui fédère l’ensemble, leur musique est non calculée, navigue au gré des sensibilités et des envies. Ils prennent leur temps, fonctionnent par thèmes, pour les enregistrements comme pour les lives. Tout part souvent d’une rythmique, d’une ligne de basse et d’un placement spécifique des membres en cercle, car comme le dit si bien le groupe d’une seule voix, il veut être également auditeur de son propre son.

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The Apartments, hier, aujourd’hui et demain.

Alphaville (1965) de Jean-Luc Godard
Alphaville (1965) de Jean-Luc Godard

Ce matin même, je réécoutais In And Out The Light – ai-je d’ailleurs cessé de l’écouter ? – quand mon cœur s’est, comme à chaque écoute, emballé lorsque la voix de Peter Milton Walsh a lâché ces mots magnifiques : « If I could, l’d put some blue sky in your head ». Pendant un instant, je n’étais plus sûr des mots que j’entendais, – est-ce head que j’entends ou est-ce hair ? -. C’est comme si un coup de pinceau s’était posé sur cette toile musicale – head est effacé, le pinceau pose hair -, la phrase devient alors : « If I could, l’d put some blue sky in your hair ». La lumière de la chanson se transforme, elle devient plus douce – ou différente – mais reste toujours aussi belle. Les images, les souvenirs, changent eux-aussi, nous sommes ensemble, elle et moi, nos regards sont entremêlés, nos cœurs aussi, et avec le revers de ma main, j’écarte avec tendresse ses cheveux… Continuer la lecture de « The Apartments, hier, aujourd’hui et demain. »

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Harmonium, Les Cinq Saisons (Célébration, 1975)

Le Québec, à la fois si proche et loin. Si nous sommes séparés à travers l’océan Atlantique de nos lointains cousins, nous partageons la même langue. Nos histoires respectives se sont parfois croisées, elles ne partagent pas toujours les mêmes blessures. Au-delà des mots, intéressons-nous au patrimoine musical québécois. Relativement peu connu dans l’hexagone, Harmonium est l’un des jalons de la culture francophone nord-américaine des années soixante-dix. Porté par l’esprit d’indépendance qui anime la décennie, le groupe a su capter les espoirs des siens en les métamorphosant dans une musique onirique et bucolique. Fondé en 1972 par Serge Fiori et Michel Normandeau, le duo devient l’année suivante un trio avec l’arrivée de Louis Valois. Ils constituent l’ossature du groupe, en particulier sur les deux premiers albums : Harmonium (1974) et Les Cinq Saisons (1975), également connu sous le nom de Si On Avait Besoin d’une Cinquième Saison. Continuer la lecture de « Harmonium, Les Cinq Saisons (Célébration, 1975) »