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In Memoriam, Trish Keenan : « Ominous Cloud » (Demo, 2003)

Trish Keenan / Broadcast
Trish Keenan / Broadcast

Though you said goodbyeYou did not leave my mind

Aujourd’hui 28 septembre, c’est l’anniversaire de Trish Keenan, à qui, comme chaque année depuis sa disparition en 2011, son compagnon James Cargill rend hommage en publiant des démos inédites au charme terriblement émouvant. Ominous Cloud est une chanson issue de l’album de Broadcast, Haha Sound, paru en 2003. Un album somptueux, angélique et hivernal, enregistré dans une église abandonnée dans laquelle le groupe avait installé ses quartiers, ramenant batterie, claviers analogiques, samplers, guitares, cithares… Pour produire ce boucan fabuleux, mêlant folk pastoral et bruitisme psychédélique donnant l’impression d’entendre une sorte de Pet Sounds remixé par Pierre Henry, mais avec la voix féminine la plus gracieuse et intelligente du monde. A réécouter sur des enceintes énormes !

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Daniel Rossen : « J’avais envie de composer des chansons qui court-circuiteraient toute l’histoire du rock. »

Daniel Rossen
Daniel Rossen / Photo : Byron Fleshe

C’est l’un des albums les plus intrigants, les plus durablement fascinants de cette première moitié d’année. En vacances prolongées de Grizzly Bear, Daniel Rossen propose, pour son premier album solo, un ensemble de chansons à la fois complexes et plus transparentes qu’à l’accoutumée. Sur You Belong There (Warp Records) la virtuosité et la maîtrise accomplies des tonalités acoustiques n’entravent nullement une forme d’évidence intime. Une impression d’ouverture qui semble se confirmer au fil d’un entretien un peu plus engageant qu’à l’accoutumée. Autrefois adepte de la mystique de l’inspiration, réticent à pratiquer toute forme, même minimale, de réflexivité sur les secrets soigneusement conservés de son travail musical, Rossen semble désormais un peu plus disposé à en partager quelques-unes des clefs. Sans rien détruire de la magie. Continuer la lecture de « Daniel Rossen : « J’avais envie de composer des chansons qui court-circuiteraient toute l’histoire du rock. » »

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Broadcast : Bande à part

Broadcast
Broadcast à Londres / Photo : Joe Dilworth

Alors que Warp Records vient tout juste de rééditer trois disques du groupe le plus magnétique de Birmingham dont la disparition brutale, il y a onze ans déjà, de la chanteuse Trish Keenan a sans doute contribué quelque part à cette accession du groupe à une forme de postérité, nous avons choisi de republier cette interview parue il y a 25 ans dans la RPM. Au moment de la sortie de Work And Non-Work, une compilation des trois premiers singles / EP avant leur signature chez Warp, Christophe Basterra rencontrait Broadcast au grand complet lors d’un concert dans une salle londonienne.


L’une des plus belles surprises de cet été nous vient d’Angleterre. Après trois singles enchanteurs et mystérieux distribués au compte-goutte, Broadcast – une jeune fille et quatre garçons – réalise aujourd’hui via Warp Work And Non-Work, une compilation essentielle et désespérément belle. Un univers imaginaire, un charme crépusculaire : telle est la musique de Broadcast, plus beau fleuron d’une scène post-pop qu’il faudra surveiller de près. Continuer la lecture de « Broadcast : Bande à part »

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Daniel Rossen, You Belong There (Warp / Kuroneko)

De l’estime, certainement. De l’admiration, parfois. Les sentiments que nous avaient inspirés jusqu’à présent les contributions cumulées de Daniel Rossen aux œuvres de Department Of Eagles ou de Grizzly Bear n’avait jamais dépassé, il faut bien l’avouer, ces considérations teintées d’intellectualisation un peu distante et qui constituent généralement autant d’obstacles insurmontables à l’expression spontanée de la passion musicale authentique. Celle qui, à l’instar du sentiment amoureux, ne saurait se nourrir de la seule reconnaissance des qualités objectives de l’être élu. Il demeurait toujours comme un écart infranchissable, une pointe d’ennui mêlée d’incompréhension ou de déception à l’écoute de ces bibelots sonores, brillants et sophistiqués, devant lesquels, tragiquement, on ne pouvait s’empêcher d’attendre ce qu’ils étaient incapables d’offrir : un peu d’évidence, un semblant de relâchement formel ou tout simplement un refrain. Rien n’a vraiment changé et ce premier album solo ne contient, en apparence, rien qui soit susceptible de satisfaire davantage ces attentes inadéquates. Et pourtant tout est différent. Continuer la lecture de « Daniel Rossen, You Belong There (Warp / Kuroneko) »

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« Sixty Forty » annonce une triple réédition de Broadcast chez Warp

Trish Keenan / Broadcast
Trish Keenan / Broadcast

La nouvelle fait chaud au cœur même si ce n’est pas celle que nous attendions le plus. Alors que le discret James Cargill doit être encore être en train de faire et défaire l’album inachevé de Broadcast, Warp vient d’annoncer de très belles éditions inédites en vinyle de quelques trésors déjà connus de longue date par les fans. Ainsi les deux mini-CDs de Microtronics (2003 et 2005), le tour CD Mother Is The Milky Way (2009) qui annonçait la dernière mue du groupe devenu duo et la BBC Maida Vale Sessions seront enfin disponibles en version vinyle dans les écrins qui leur siéent. Les râleurs regretteront que le fabuleux 45 tours avec The Focus Group, Familiar Shapes And Noises, ne connaisse pas le même traitement. Les fabuleuses Peel Sessions enregistrées entre 1996 et 2003 nous rappelleront que Broadcast fut bel et bien l’un des plus grands groupes live sur terre. Pour preuve, cette reprise de Nico qui vient clore la dernière Peel Session de Broadcast. En écoutant à nouveau cette voix irréelle, on réfléchit encore au mystère de Trish Keenan : comment peut-on peut être si présent… et tellement absent ? Au fond, cette voix n’a-t-elle pas toujours été trop pure pour être véritablement incarnée ? A ce sujet, nous vous conseillons de (re)lire le très beau texte de Tom Gagnaire publié le 28 septembre dernier.


Les rééditions de Microtronics – Volumes 1 & 2, Mother Is The Milky Way et des BBC Maida Vale Sessions de Broadcast sortiront le 18 mars chez Warp Records.

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Autechre, Chiastic Slide, 1997 / LP5, 1998 (Warp Records)

La séquence 1997-1998 est charnière dans l’évolution du genre IDM. Un moment qui a marqué la progressive mise à distance d’une matrice post-rave en direction d’une exploration des marges les plus déviantes du dancefloor ou d’une écriture plus pop d’un côté – Aphex Twin, Boards of Canada, Bogdan Raczynski. Pour, d’un autre, voir un grand nombre de musiciens s’engager dans le formalisme et le conceptualisme arythmique – du label Mille Plateaux à la laptop music des labels Mego ou Raster-Noton par exemple. Assurément, Sean Booth et Rob Brown ont choisi d’emprunter la deuxième voie, au point d’en incarner l’une des formes idéal-typiques : c’est ce qui frappe à la réécoute de Chiastic Slide (1997) et du LP5 (1998), deux disques réédités au mois de novembre par Warp Records, qui renvoient à un tournant esthétique majeur dans une œuvre que l’on peut rétrospectivement appréhender selon certaines lignes de force. Continuer la lecture de « Autechre, Chiastic Slide, 1997 / LP5, 1998 (Warp Records) »

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In Memoriam, Trish Keenan : Distant Call (Demo, 2000)

Trish Keenan / Broadcast
Trish Keenan / Broadcast

Plus de dix ans ont passé déjà depuis ce terrible 14 janvier 2011 et Trish Keenan nous manque toujours autant. Il est fascinant de constater à quel point, à chaque chanson, que son compagnon James Cargill a l’émouvante attention de nous adresser, à elle et à nous, par les voies de l’internet, pour ses anniversaires, révèle un peu mieux la dimension ésotérique de l’œuvre de la poétesse de Birmingham. Distant Call, Where Are You ?, Tunnel View apparaissent comme autant de psalmodies médiumniques où Trish vivante semble communiquer, inconsciemment, avec son elle-même dans l’au-delà. Comme si des voix lui commandaient d’écrire ces chansons. Cette version demo de la magnifique Distant Call, enregistrée sur bande, chantée et jouée à la guitare sèche par Trish paraît surgir de la nuit des temps. Et c’est bien ce que semble avoir toujours recherché Broadcast : jouer une musique alchimique et intemporelle, spirite et fantomatique, comme jouée par des esprits ayant pris possession des corps de simples mortels. Et l’ironie morbide du sort semble avoir rendue grâce à ce projet dont on se demande parfois dans quelle mesure il relevait sérieusement du domaine de l’occulte ou si c’était un ensemble de hasards enchevêtrés, liés aux inspirations artistiques qui donnent à cette œuvre son caractère si durablement intriguant. Trish Keenan et James Cargill ont baigné dans les séries fantastiques anglaises, les films de la Hammer et The Wicker Man, de Robin Hardy, les livres de Poe, de Lewis Carroll ou de Vítězslav Nezval, et il est singulier que des influences aussi équivoques aient marqué la musique d’un groupe, leur faisant dépasser le simple statut de groupe pop. Broadcast nous a apporté plus que d’élégantes chansons, par eux notre regard sur les choses et les œuvres a changé, à travers leurs disques, leurs mixtapes ou leurs vidéos, ils nous auront fait découvrir des musiques de films tchèques oubliés signées Luboš Fišer, Zdeněk Liška ou Alexeï Rybnikov, aimer autant Bernard Parmegiani que United States of America, Ennio Morricone et The Springfield Rifle… Peu de groupes pop vous cultivent. Les relations entre le hasard, la magie noire, et les sources culturelles dans lesquelles baignaient Trish et ses camarades des West Midlands et du Worcestershire nous intrigueront encore longtemps.

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Selectorama : LoneLady

LoneLady
LoneLady

Julie Campbell, amoureuse des espaces industriels désolés dont elle tire magie et sens, vient de sortir – après deux albums et cinq ep – un album au groove sec et élégant, Former Things (Warp Records), qui ne pourra que plaire aux fans de Cabaret Voltaire. Pour écrire et enregistrer l’album, en solo, elle a quitté Manchester, s’est installée en résidence à Londres aux Somerset House studios, un stand de tir de la Marine datant du XVIIIe siècle, et s’est immergée dans la musique et ses souvenirs d’enfance tout en projetant sur les murs des clips de Cabaret Voltaire (justement) et des films d’Ingmar Bergman« Le résultat d’un grand mélange de sang, sueur et larmes qui me rend heureuse d’enfin pouvoir le partager », dit-elle. Et c’est un album à la fois brillant, obsédant et dansant – un vrai album de mancunienne. Julie a tourné avec Wire, fait la première partie de New Order et Gang Of Four… des groupes que l’on retrouve dans le selectorama qu’elle a volontiers accepté de faire alors qu’elle est très occupée. On ne pourra que la remercier chaleureusement, tout comme pour le clin d’œil à Section 25. Continuer la lecture de « Selectorama : LoneLady »