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Le club du samedi soir #36 : Che disperazione! (nasce da una distrazione…)

Photo : CD

Tant de fois le désir d’entendre Mina tient à un déplacement. Ce n’est pas que je pense à la disco italienne que je me souviens du parquet collant dans une ville du mezzogiorno. Puis, comme une vague, tout vient avec elle : Battisti, Battiato, Pino D’Angio, Cosmo etc. Il ne s’agit plus de penser la cohérence des époques, des BPM et des genres, mais seulement de traverser comme un rêve un peu trop facile, une certaine présence au rythme, au geste, à la chaleur, en un mot, à la danse. Sous les pavés, le parquet est collant. Sous le couvre-feu, la nuit est infinie. Sous la laideur du toujours pareil, les corps sont lumineux. Il faut tenter de croire fermement à la musique pour s’apercevoir que la danse justifie toutes les attentes. Contre toutes les règles sanitaires, contre tous les éloignements, un geste de rapprochement, de sueur à sueur. Et soudain, toute la musique italienne fait nation, archipel : partir, rêver, danser (se croire éternel à cause d’un verre de trop). Continuer la lecture de « Le club du samedi soir #36 : Che disperazione! (nasce da una distrazione…) »

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Gisèle Pape, Caillou (Finalistes)

Gisèle PapeC’est la lumière qui éblouit d’abord, un Soleil Blanc qui emplit tout l’espace et s’étire entre l’oreille et le monde. C’est la lumière d’un petit matin clair, le silence posé sur un bord de route où Gisèle Pape amasse des cailloux qu’elle sème, comme une petite Poucette, pour retrouver son chemin, ou plutôt ce qu’elle nomme dans le titre qui ouvre l’album, Le Chant des Pistes. Partout la terre qui se frotte à l’humanité, la terre malmenée par les hommes et les rêves qu’on piétine, des sujets empreints de gravité et traités avec une légèreté qui n’est qu’apparente, car tout est noir dès qu’on éteint la lumière. Continuer la lecture de « Gisèle Pape, Caillou (Finalistes) »

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Selectorama : Black Country, New Road

Black Country, New Road
Black Country, New Road / Photo : Matilda Hill Jenkins

Au début des années 90, il aurait été impensable d’imaginer qu’un groupe comme Black Country, New Road soit signé chez Ninja Tune. La musique du septuor londonien (et non originaire des Midlands comme son nom pourrait le suggérer) est on ne peut plus éloignée des beats et des breaks hip hop qui caractérisaient le label à l’époque. On retrouve par contre dans leur premier album, For The First Time, un goût prononcé pour l’expérimentation et l’envie de s’abolir de toute frontière. Considéré jusqu’à aujourd’hui comme un excellent groupe de scène (les quelques chanceux présents au Yoyo à Paris en mars 2020 confirmeront quasi unanimement) le groupe a réussi à capturer sur disque ce sentiment de liberté, de cohésion mais aussi de cassure brutale vers l’inattendu. Vous l’aurez aisément compris, six titres de For The First Time ne dévoilent pas toute leur richesse à la première écoute. Ces longues pistes accompagnées de violon et de saxophone laissent la musique prendre le dessus sur les paroles, à l’image des dix titres sélectionnés par Lewis Evans, membre fondateur et saxophoniste du groupe, dont la culture musicale semble déjà bien affirmée malgré son jeune âge. Continuer la lecture de « Selectorama : Black Country, New Road »

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Joe Wong, Nite Creatures (Decca)

Joe WongIl n’aura pas fallu bien longtemps pour le dénicher – l’oubli malencontreux, l’omission impardonnable, la boulette du palmarès. L’année 2020 s’achève à peine et mon album préféré vient tout juste de me parvenir. Les circonstances atténuent quelque peu, il est vrai, l’ampleur de la faute. Il est peu fréquent, en effet, dans une ère d’accessibilité universelle et instantanée qu’un album – publié de surcroît sous un label prestigieux et majeur – demeure aussi difficilement accessible : une sortie annoncée en fin d’été, une ou deux vidéos alléchantes diffusées en marge de toute opération de promotion repérable, quelques exemplaires vendus à la sauvette sur le seul site de l’artiste et… et c’est à peu près tout. A se demander si l’œuvre entraperçue est bien réelle. Heureusement, l’assouvissement d’un désir stimulé par ces quelques longs mois d’attente ne s’accompagne, en l’occurrence, d’aucune déception. Au contraire. Quand bien même aurait-on tenté d’imaginer plus bel album qu’on n’y serait sans doute pas parvenu. Continuer la lecture de « Joe Wong, Nite Creatures (Decca) »

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Simeon Walker, Winnow (autoproduit)

Simeon WalkerIl y a les musiques à qui on a envie dire, de qui êtes-vous le silence ?

Il y a les musiques où l’on se sent inexplicablement aimé.

Il y a les musiques qui, comme la vie, s’éloignent de nous après nous avoir parlé et de leur passage demeure une – la – couleur mélancolique, le bleu.

Il y a les musiques qui vous font dire qu’à la fin, le ciel sera toujours plus bleu – et on voudrait que ça ne s’arrête jamais. Continuer la lecture de « Simeon Walker, Winnow (autoproduit) »

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Delphine Dora, L’inattingible (Three:Four)

“Comment décrire
ce qui ne nous est jamais apparu ?”

Il est des disques – L’inattingible est sorti l’hiver dernier, une éternité – qui mettent du temps à se révéler, auxquels on s’accroche sans trop savoir pourquoi, puis qui tombent comme une évidence quand on pense à nos satanés bilans de l’année. Il est des disques qui ne se présentent pas avec le mode d’emploi, qui ne sont pas là pour vous prendre par la main. Ou plutôt si, pour vous amener en pleine forêt et vous y abandonner, comme un Petit Poucet, privé de cailloux et d’encyclopédie du rock. L’inattingible est de ceux-là, et si comme moi, votre vocabulaire est légèrement allergique aux termes à la mode, genre sorcière, il va falloir creuser un peu pour décrire ce qui vous met en joie en cette fin d’année magnifique par la densité en propositions musicales d’ici hors du commun. Continuer la lecture de « Delphine Dora, L’inattingible (Three:Four) »

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Nos reprises inédites du jeudi, un florilège.

Visuel : Pauline Nuñez
Visuel : Pauline Nuñez

Série à la périodicité (parfois) hasardeuse, notre Jeudi Cover nous tient beaucoup à cœur. Elle nous a paru comme une évidence à la suite de Approaching Perfection, l’album hommage que nous avons spontanément initié à la mémoire de David Berman. Ainsi, chaque semaine, nous tentons de publier une reprise inédite d’un artiste que nous aimons en lui laissant un choix total sur l’objet, la fin et les moyens. Étonnamment, et malgré la somme de travail que cela représente, de nombreux musiciens se sont déjà pliés au jeu en rendant leur version d’une chanson qu’ils admirent – probablement parce que ces derniers, comme nous tous, ont découvert des artistes par l’intermédiaire d’adaptations de chansons méconnues. Cette chaine nous semble l’une des plus belles qu’a offerte la pop depuis ses début et demeure à nos yeux un perpétuel sujet d’émerveillement. Voici donc quelques exemples de notre modeste contribution à cette grande histoire de transmission en 22 morceaux choisis.

Avec Matt Fishbeck (Joy Division), Christian Quermalet / Matthieu Malon / Nicolas Falez (Silver Jews), Joseph Fisher (Dame Vera Lynn), The Reds, Pinks & Purples (Monkees), Bill Baird (Gainsbourg), Ela Orleans (Jacno), Radio Hito (Brigitte Fontaine), eGGs (Television Personalities), Matt Fishbeck (Durutti Column), Sinaïve (Curtis Mayfield), Elg (Jim O’Rourke), The Stroopies (Wire), Julien Gasc (The Moments), Manson’s Child (Television Personalities), Herman Düne (Valerie June), R E Seraphin (Wipers), Vika Orline (Etienne Daho), Kim (Section 25), Bernardino Femminelli (Régine), Samara Lubelski (Love), Renard Empaillé (Mariah Carey).