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Adrianne Lenker, Songs / Instrumentals (4AD)

I cover you with questions
Cover you with explanations

On va faire en sorte de ne pas.
On va faire en sorte de décrire sans couvrir.
Adrianne Lenker – incontournable depuis le coup double commis avec Big Thief, deux albums infinis publiés en six petits mois du monde d’avant –, dans la parenthèse imposée à ce qui semblait devenir un Never Ending Tour, a enregistré un double album solo qui semble devoir être son Blood on the Tracks.
Semble-t-il.
On n’est pas bien sûr mais la référence, si elle biaise, n’écrase même pas car c’est là.
C’est ça.
C’est un album dont la toute première écoute est l’occasion du surgissement entre deux portes, entre deux autres chansons, de Zombie Girl, qu’on va tenter avec toute la conscience de notre présente mission de ne pas jouer en boucle durant une petite semaine – vous, vous pouvez, vous êtes libre de, et de ne pas en rester là.

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Jonathan Richman, I, Jonathan (Rounder, 1992, réédition Craft Records 2020)

 

Jonathan Richman, I, JonathanJojo, le héros.

Le vôtre, le mien, le nôtre, le tout un chacun, chacun sait, chacun a sa version.

C’est un homme qui sort un brin de l’ordinaire.

Faire court ? Lui sait, moi pas. Cette réédition en vinyle d’un album de 1992 permet toutefois d’en dire pas mal. Car c’est le moment où il est notre idole absolue (sur les bons conseils des Pastels, de Galaxie 500, des oubliés Rockingbirds et de Duglas des BMX Bandits) et même s’il ne sait pas trop où il en est lui-même, il sait toujours où nous trouver. Il sort d’ailleurs régulièrement des disques relativement excitants à l’époque, à l’inverse d’un Lou Reed*.

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Elvis Perkins, Creation Myths (MIR Records)

Creation Myths by Elvis PerkinsIt’s always long goodbyes *

Creation Myths est un disque sorti au début du mois d’octobre 2020, mais je le découvre plus tard, au milieu du dernier hiver, à l’occasion de mon anniversaire. Il m’est offert par mon meilleur ami, Jean-Sébastien; nous aimons tous deux Elvis Perkins depuis ses débuts, à la fin des années 2000, depuis Ash Wednesday, son premier disque. Avant Creation Myths, Elvis Perkins a publié trois disques, et nous aimons particulièrement celui de 2015, I Aubade. Nous gardons d’ailleurs un souvenir fort et ému du concert qu’Elvis Perkins, venu défendre ce disque, a donné dans notre ville, sur une péniche amarrée le long de la Saône. Et le bateau tanguait et, pour notre plus grande joie, le concert telle une valse infinie, ne semblait pas vouloir finir. Le disque m’est offert quelques jours avant un week-end dans la région vallonnée du Haut-Bugey, et Jean-Sébastien connait mon amour des petites routes et des lacs de l’Ain, et le disque, il en est certain, collera parfaitement aux espaces traversés. Continuer la lecture de « Elvis Perkins, Creation Myths (MIR Records) »

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Le club du samedi soir #36 : Che disperazione! (nasce da una distrazione…)

Photo : CD

Tant de fois le désir d’entendre Mina tient à un déplacement. Ce n’est pas que je pense à la disco italienne que je me souviens du parquet collant dans une ville du mezzogiorno. Puis, comme une vague, tout vient avec elle : Battisti, Battiato, Pino D’Angio, Cosmo etc. Il ne s’agit plus de penser la cohérence des époques, des BPM et des genres, mais seulement de traverser comme un rêve un peu trop facile, une certaine présence au rythme, au geste, à la chaleur, en un mot, à la danse. Sous les pavés, le parquet est collant. Sous le couvre-feu, la nuit est infinie. Sous la laideur du toujours pareil, les corps sont lumineux. Il faut tenter de croire fermement à la musique pour s’apercevoir que la danse justifie toutes les attentes. Contre toutes les règles sanitaires, contre tous les éloignements, un geste de rapprochement, de sueur à sueur. Et soudain, toute la musique italienne fait nation, archipel : partir, rêver, danser (se croire éternel à cause d’un verre de trop). Continuer la lecture de « Le club du samedi soir #36 : Che disperazione! (nasce da una distrazione…) »

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Gisèle Pape, Caillou (Finalistes)

Gisèle PapeC’est la lumière qui éblouit d’abord, un Soleil Blanc qui emplit tout l’espace et s’étire entre l’oreille et le monde. C’est la lumière d’un petit matin clair, le silence posé sur un bord de route où Gisèle Pape amasse des cailloux qu’elle sème, comme une petite Poucette, pour retrouver son chemin, ou plutôt ce qu’elle nomme dans le titre qui ouvre l’album, Le Chant des Pistes. Partout la terre qui se frotte à l’humanité, la terre malmenée par les hommes et les rêves qu’on piétine, des sujets empreints de gravité et traités avec une légèreté qui n’est qu’apparente, car tout est noir dès qu’on éteint la lumière. Continuer la lecture de « Gisèle Pape, Caillou (Finalistes) »

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Selectorama : Black Country, New Road

Black Country, New Road
Black Country, New Road / Photo : Matilda Hill Jenkins

Au début des années 90, il aurait été impensable d’imaginer qu’un groupe comme Black Country, New Road soit signé chez Ninja Tune. La musique du septuor londonien (et non originaire des Midlands comme son nom pourrait le suggérer) est on ne peut plus éloignée des beats et des breaks hip hop qui caractérisaient le label à l’époque. On retrouve par contre dans leur premier album, For The First Time, un goût prononcé pour l’expérimentation et l’envie de s’abolir de toute frontière. Considéré jusqu’à aujourd’hui comme un excellent groupe de scène (les quelques chanceux présents au Yoyo à Paris en mars 2020 confirmeront quasi unanimement) le groupe a réussi à capturer sur disque ce sentiment de liberté, de cohésion mais aussi de cassure brutale vers l’inattendu. Vous l’aurez aisément compris, six titres de For The First Time ne dévoilent pas toute leur richesse à la première écoute. Ces longues pistes accompagnées de violon et de saxophone laissent la musique prendre le dessus sur les paroles, à l’image des dix titres sélectionnés par Lewis Evans, membre fondateur et saxophoniste du groupe, dont la culture musicale semble déjà bien affirmée malgré son jeune âge. Continuer la lecture de « Selectorama : Black Country, New Road »

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Joe Wong, Nite Creatures (Decca)

Joe WongIl n’aura pas fallu bien longtemps pour le dénicher – l’oubli malencontreux, l’omission impardonnable, la boulette du palmarès. L’année 2020 s’achève à peine et mon album préféré vient tout juste de me parvenir. Les circonstances atténuent quelque peu, il est vrai, l’ampleur de la faute. Il est peu fréquent, en effet, dans une ère d’accessibilité universelle et instantanée qu’un album – publié de surcroît sous un label prestigieux et majeur – demeure aussi difficilement accessible : une sortie annoncée en fin d’été, une ou deux vidéos alléchantes diffusées en marge de toute opération de promotion repérable, quelques exemplaires vendus à la sauvette sur le seul site de l’artiste et… et c’est à peu près tout. A se demander si l’œuvre entraperçue est bien réelle. Heureusement, l’assouvissement d’un désir stimulé par ces quelques longs mois d’attente ne s’accompagne, en l’occurrence, d’aucune déception. Au contraire. Quand bien même aurait-on tenté d’imaginer plus bel album qu’on n’y serait sans doute pas parvenu. Continuer la lecture de « Joe Wong, Nite Creatures (Decca) »

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Simeon Walker, Winnow (autoproduit)

Simeon WalkerIl y a les musiques à qui on a envie dire, de qui êtes-vous le silence ?

Il y a les musiques où l’on se sent inexplicablement aimé.

Il y a les musiques qui, comme la vie, s’éloignent de nous après nous avoir parlé et de leur passage demeure une – la – couleur mélancolique, le bleu.

Il y a les musiques qui vous font dire qu’à la fin, le ciel sera toujours plus bleu – et on voudrait que ça ne s’arrête jamais. Continuer la lecture de « Simeon Walker, Winnow (autoproduit) »