Catégories selectoramaÉtiquettes , , , ,

Selectorama : Luc Dagognet

Photo portrait de Luc DagognetOn peut croiser Luc Dagognet arborant un T-shirt de Bathory dans les salons d’éditeurs indépendants ou bien croiser son nom en librairie sur les couvertures de ses livres parus aux éditions do.

Dans son deuxième roman Scarbourough, Luc Dagognet rend la part folk au folk horror, en plongeant un prof d’anglais de banlieue parisienne au cœur d’une quête étrange qui le mènera jusqu’à la ville du même nom que la fameuse chanson. « Scarborough Fair, c’est une chanson qui me trotte dans la tête depuis toujours, et dans mes premiers projets de roman, la chanson avait déjà une place, même si moins centrale. Je trouve fascinant qu’une simple succession de notes puisse avoir un tel pouvoir sur celui où celle qui l’écoute, le faire voyager. C’est un simple arpège de guitare et pourtant on devine des siècles d’histoire et on comprend que la mélodie ne se perde pas depuis tout ce temps. En creusant ensuite dans l’histoire de la chanson, des transmission, des versions successives, de l’interprétation changeante des paroles, j’ai su que ce morceau (et la localité associée) constituaient une histoire que je voulais raconter. Et je suis très heureux quand on me dit qu’on a découvert ou redécouvert Scarborough Fair en lisant ce livre ! »

Au son de la mélodie de la célèbre ballade donc, l’univers se dérègle peu à peu, dans la salle de classe d’abord, puis dans la section faits-divers avec Michel Sardou, pour finir jusque dans les bacs d’un disquaire local où l’on peut croiser des filles au T-shirt Slowdive et où pour se donner de la contenance le personnage principal sous pression demande où sont les disques de New Order. « Raconter les personnages par leurs goûts musicaux, leurs t-shirts de groupes, ça peut aussi en dire beaucoup sur eux sans l’écrire. »  Et tour à tour, Scarborough nous prend dans un aventure qui oscille en rythme entre fantastique, peur et franche rigolade, pour une balade — cette fois-ci avec un seul l — sur la côte Est du Yorkshire du Nord.

Trames d’indices, références musicales disséminées et digressions charmantes, voilà ce qui nous a donné envie de demander à Luc Dagognet ce qu’il écoute. « En règle générale, la musique m’accompagne en permanence : je vis les écouteurs vissés dans les oreilles, et sans musique je crois que j’aurais la flemme de marcher autant ou monter des escaliers. C’est mon énergie. J’ai lu quelque part qu’on arrête en moyenne d’écouter de nouveaux morceaux ou groupes ou albums avant 30 ans et j’ai trouvé ça déprimant. C’est un des endroits où les nouveautés sont les plus faciles d’accès et “gratuites” (enfin, du prix mensuel d’un abonnement) — je passe plusieurs heures par semaine à écouter les nouveautés que l’algorithme me propose, celle qu’il associé à d’autres chansons que j’aime, à shazamer devant ma télé ou dans des magasins et cafés (souvent je tiens mon téléphone en l’air au niveau des enceintes et les tenanciers comprennent pas ce que je fous là). Je suis toujours aussi heureux qu’à douze ans quand je découvre un morceau que j’aime et j’ai tendance à l’envoyer à 10 personnes immédiatement — avant de regretter le lendemain, parfois, en me rendant compte que j’ai exagéré. »

Histoire d’exagérer plus encore donc, on vous envoie la playlist de Luc ici directement.

Continuer la lecture de « Selectorama : Luc Dagognet »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Les Louanges, Alouette ! (Bonsound)

« Qui est-ce que je suis
si je ne suis pas mes défauts ? »

Alors que je me tenais bien à l’écart de toute la littérature autour d’Angine de Poitrine, voilà-t-il pas que je subis indirectement les retombées de la célébrité éclair du duo aux petits pois, ces princesses : je m’apprêtais tranquilou à prendre ma place pour le festival près de chez moi – on en a tous un – patatras, c’est complet. Juste le samedi où je voulais voir un jeune québécois dont les extraits (Je confirme ma présence, GODDAM !…) de l’album à venir m’avaient captivé. Bah oui, en même temps, gros débile, c’est le soir où se produit le duo microtonal, pim pam poum. Plus de places, soldaoutte, prison. Continuer la lecture de « Les Louanges, Alouette ! (Bonsound) »

Catégories Cadavre ExquisÉtiquettes , ,

Cadavre Exquis : Ellah A Thaun

Ellah A Thaun / Photo : François Grivelet
Ellah A Thaun / Photo : François Grivelet

On l’a déjà dit à plusieurs reprises, Ellah A Thaun est certainement l’un des groupes les plus complexes et passionnants de l’hexagone. Leur troisième album, sorti l’an dernier, sûrement le plus réussi, et ils viendront le défendre ce mercredi sur la scène de La Station à Paris. Nathanaëlle, fulgurant leader charismatique du groupe, nous dit : « Pour ce Cadavre Exquis à l’avant veille de notre release party, j’ai choisi de demander un titre à chacune de personnes présentes sur scène Mercredi, puis de les associer à deux titres de ma bibliothèque, parce que je suis gémeaux. » Continuer la lecture de « Cadavre Exquis : Ellah A Thaun »

Catégories playlistÉtiquettes , ,

LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS D’AVRIL 2026

Tous les mois, la rédaction de section26 propose une playlist constituée à 100% de nouveautés, entre trouvailles que vous n’écouterez qu’ici, sorties de groupes et d’artistes qu’on adore et retours de flamme inespérés. Les voici, une fois encore, choisis avec amour.

Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify, ou autre.

Continuer la lecture de « LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS D’AVRIL 2026 »

Catégories selectoramaÉtiquettes , , , ,

Selectorama : Rachel Love

Rachel Love / Photo : DR
Rachel Love / Photo : DR

Rachel « Love » Bor avait bien caché son jeu. On connaissait évidemment ses qualités de guitariste, de violoncelliste et bien sûr de chanteuse au sein de Dolly Mixture, groupe de filles solaires qui en pleine ère du punk avait préfiguré la vague indie pop qui allait suivre. Rachel, Hester et Debsey avaient à leur insu fait œuvre de pionnières. A la fin du groupe, en 1984, les fans avaient heureusement pu se consoler avec les disques solos de Debsey Wykes et son groupe Birdie. Mais nous n’avions pu découvrir que très tardivement les talents de compositrice de Rachel, dont le premier disque Picture in Mind n’avait vu le jour qu’en 2021, soit presque 40 ans après la fin officielle de Dolly Mixture ! C’est à cette occasion que Section 26 a eu le privilège d’interviewer Rachel qui avait un peu éclairci le mystère de sa disparition et de sa réapparition. Continuer la lecture de « Selectorama : Rachel Love »

Catégories selectoramaÉtiquettes , , ,

Selectorama : Bibi Club

Bibi Club / Photo : DR
Bibi Club / Photo : DR

Noir c’est noir, mais il reste de l’espoir. Le duo Canadien Bibi Club, composé d’Adèle Trottier-Rivard aux vocaux et aux claviers, et de Nicolas Basque à la guitare, vient de sortir son troisième album, Amaro, marqué par le deuil de personnes proches. Bibi Club continue d’explorer le virage un peu plus sombre du précédent, Feu de Garde, cette fois en accentuant un savant mélange entre l’électronique et la folk. Mais pas seulement. Amaro fait également penser par moment à un Stereolab qui aurait vu le jour en 2026 plutôt qu’en 1991, c’est vous dire le niveau. Je ne peux d’ailleurs que vous recommander de jeter une oreille sur leur géniale de reprise d’Orgiastic parue l’an passé. Vous l’aurez compris, si Amaro adresse le deuil frontalement à travers ses textes, musicalement l’album est aventureux, s’affranchissant des pièges et des tics qui peuvent repousser l’auditeur lorsqu’un disque est trop sombre et intense. Les dix morceaux du Selectorama de Bibi Club nous permettent d’ailleurs de mieux comprendre l’univers de Amaro, alliant par exemple la beauté fragile de Lune Très Belle aux guitares noisy de They Are Gutting A Body Of Water, ou allant puiser des références dans le duo synthpop français Eighties Deux ou l’anglaise Tirzah. Alors, comme diraient un célèbre trio Londonien, Join Our Club !

Continuer la lecture de « Selectorama : Bibi Club »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , ,

Mélanie Pain, How & Why (Capitane Records/Modul)

 

Depuis longtemps, je me demande si nous sommes nombreuses et nombreux à réagir de la sorte – mais j’oublie toujours de poser la question. Oui, je me demande si comme moi, parfois, il suffit des quelques secondes d’une intro, un simple changement d’accord, l’esquisse d’une mélodie pour que déjà, vous sachiez qu’une chanson a (entre autres) été écrite pour vous, qu’elle va tourner en boucle pendant plusieurs jours / mois / semaines / années (rayez la mention inutile si tant qu’il y en ait une) et qu’elle ouvre un album que vous allez aimer adorer (la formule “adorez aimer” fonctionne aussi)… Depuis longtemps, j’ai ce rapport à la musique – pour le meilleur, mais pour le pire aussi : l’intro de la première chanson d’un disque attendu avec une certaine impatience déçoit, et son sort en est scellé… Continuer la lecture de « Mélanie Pain, How & Why (Capitane Records/Modul) »

Catégories livresÉtiquettes , , , ,

Cyrille Martinez, Comment habiller un garçon (Gallimard / Verticales)

Je n’ai jamais trop su comment me saper, ni d’ailleurs cherché à corriger ce handicap social. Au « prime » de ma jeunesse, je me suis converti à une culture musicale idoine pour un gars dépourvu de la moindre appétence pour le vêtement (malgré un fort tropisme familial du côté du Sentier). Un uniforme succinct et finalement passe-partout. Peu de marques, ni trop de réflexion, ni trop de variables : polo Fred Perry, jean 501, chemise Ben Sherman, Docs ou Adidas trois bandes, Harrington ou bomber. Aucun casse-tête. Pour cette raison, la culture mod, ô combien fascinante par ailleurs, notamment sur le plan musical — des jazzmen de Blue Note à Paul Weller, en passant par la northern soul et les Small Faces —, m’est toujours demeurée, au fond, intrinsèquement, un peu interdite. Continuer la lecture de « Cyrille Martinez, Comment habiller un garçon (Gallimard / Verticales) »