« Nouvelle génération Pas d’la chair à patrons On veut plus travailler Changer la société »
Quand on s’était repris de passion pour la chanson française dans sa grande acceptation contemporaine, on avait découvert émerveillés le disque d’Odessey & Oracle paru sur Another Record (Crocorama avec entretien dans Groupie, tout ça) puis on était remonté dans le temps pour leur premier francophone sur Bongo Joe, aussi parce qu’on avait l’intuition que leur histoire allait bien finir, genre une trilogie homogène, pochettes à l’avenant, tout ça, ligue de légende. On avait bien vu, même si le dernier chapitre à tarder à s’afficher, on ne rentrera pas dans les cuisines du groupe, mais on a là sans doute un album qui a failli rejoindre les mythes du lost album, si cher à nos cœurs crypto complo-complétistes : déjà enregistré, déjà pressé, mais empêché. Continuer la lecture de « Odessey & Oracle, Technicolor (Dur & Doux) »
Black Box Recorder, Londres 1998 / Photo : Ramón Escobosa
Le temps passe toujours un peu plus vite mais il reste quand même quelque chose de rassurant : se dire que finalement, tout (oui, ou presque) reste possible. En tout cas, c’est à peu près (oui, ou plutôt très exactement) ce que j’ai pensé quand j’ai appris un peu plus tôt cette année la reformation de Black Box Recorder le temps d’abord d’un concert londonien, puis d’un concert parisien – ce vendredi 24 septembre, mais c’est complet je crois. Aujourd’hui, je ne suis pas certain que tout le monde se souvienne de Black Box Recorder. Mais dans les bureaux de la RPM canal historique, la découverte de l’existence d’un tel projet avait sans doute été fêté par une semaine d’apéritifs – non pas parce que dans ce trio mixte, figurait le spécialiste de l’humour vache et noir, Luke Haines, enfant presque chéri des critiques (de part et d’autre de la Manche, mais surtout sur nos rivages) qui avait su faire sien l’art du contre-pied : d’un disque sous très forte influence The Go-Betweens à un album produit par l’ascétique Steve Albini, il n’y avait pour lui qu’un pas. Mais dans les locaux de la RPM, c’est surtout la présence de John Moore qui avait provoqué une certaine excitation. Continuer la lecture de « Black Box Recorder : noir, c’est noir »
Ceux qui nous lisent l’ont remarqué, les publications ont ralenti sur section26. Il en a été question déjà dans le passé, nous sommes sur la toile depuis presque neuf ans, un âge canonique pour un site totalement bénévole et participatif. Derrière les cerveaux de ceux qui vous proposent une version moins dévolue aux règles du marché musical que d’autres mais plus ouverte sur nos obsessions et nos émois, il y a parfois de la lassitude, de la démotivation. Je vous l’avais déjà dit précédemment, nous ne sommes plus les mêmes qu’il y a neuf ans. En cette rentrée, il est de plus en plus difficile de ne pas être concerné par l’atmosphère anxiogène au possible. Pas de recontextualisation politique que personne n’ignore, j’ai plutôt envie de raconter une histoire survenue cet été, un samedi soir de Route du Rock à Saint-Malo. En périphérie du concert à la foule trop compacte de Fontaines D.C., je croise Rhys de Ulrika Spacek. On évoque leur splendide concert tout juste donné entre chien et loup, et il me demande comment va le site. Je ne peux que lui donner un avis en demi-teinte. Le dialogue dévie sur la situation du monde. La politique, la montée des fascismes, l’oppression, la censure. Et on se dit une chose que je pensais depuis quelques temps déjà : ce n’est pas le moment. Pas maintenant. Impossible de lâcher un mode d’expression qui défend ceux qu’on aime, et qui risquent de ne plus arriver à survivre de leur art bientôt. Alors voilà, nous ne sommes plus très nombreux à bord de ce site, mais il faut avancer. En plus de ceux qui sont encore là, on ouvre nos portes. Rejoignez-nous, c’est le moment. Ne vous sentez pas illégitimes, c’est un faux débat. Ici, il s’agit plus que jamais de remuer les souterrains, de raviver la flamme de l’indépendance. En toute modestie et avec amour.
Envoyez vos textes, vos propositions, vos idées à section26.popmoderne@gmail.com
Après deux excellents albums (Le jardin des Mémoires paru chez Requiem Pour Un Twister & Métalchez October Tone) et cinq longues années de silence, Bleu Nuit revient avec Echos et Détours, deux titres qui constituent la moitié de leur nouvel EP Mutationà paraître le 25 Septembre prochain. Discret mais besogneux, le groupe désormais articulé autour d’un duo, Yan Skene (Coins Parallèles, Contact Minimal Records) et Nicolas Gaudreault (Ternet, et derrière de nombreuses productions Canadiennes) fait le pari de reprendre les choses là ou ils avaient marqué la pause. Rythmique impeccable, guitare éthérée, textures dans la composition, l’utilisation en retrait de violon et une voix lancinante sont les éléments qui font la singularité de Bleu Nuit, qui s’éloigne judicieusement des terres rabattues du post punk en saturant ses guitares façon noise-pop d’obédience MBV. Le groupe fêtera sa sortie physique le 10 Octobre à Montréal, prépare un album pour 2027 et une éventuelle tournée en Europe à cette période.
Catherine Ringer dans « Soigne Ta Droite » de Jean-Luc Godard (1987) / Photo : DR
Il y a des artistes dont on reconnaît la voix en quelques secondes. Celle de Catherine Ringer appartenait à cette catégorie rarissime : une voix capable de tout, du cri au murmure, de la gouaille au lyrisme, de la sensualité à la douleur, avec cette façon absolument unique de faire passer une chanson entière par le corps.
La musique électronique et la pratique du live ont toujours entretenu des relations complexes. Un certain cliché irait même jusqu’à en opposer les termes : quoi de plus éloigné de la plus ou moins grande spontanéité de l’interprétation instrumentale que la soi-disant froideur des séquenceurs et autres systèmes de programmation. Évidemment, comme tout cliché, c’est sa part de fausseté qu’il convient de souligner. On pourrait même établir une histoire passionnante du live électronique et de ses singularités : du concert d’enceintes avec la musique acousmatique à l’impro live néo-psych du côté de la free party, en passant par les expérimentations de la scène indus ou de la scène laptop/Extreme Computer Music. Ou encore plus précisément, ces quinze dernières années, du côté du revival analogique. Continuer la lecture de « Blason, Blason (bruit direct disques et [tanzprocesz]) »
Tous les mois, la rédaction de section26 propose une playlist constituée à 100% de nouveautés, entre trouvailles que vous n’écouterez qu’ici, sorties de groupes et d’artistes qu’on adore et retours de flamme inespérés. Les voici, une fois encore, choisis avec amour.
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Il est aujourd’hui admis que l’apparition et la généralisation des samplers au tournant des années 1980-1990 ont grandement contribué au développement d’une nouvelle grammaire musicale. Plus précisément, la mise sur le marché de machines (les samplers Akai notamment) dotées de la fonction de time stretching (la possibilité, plus ou moins aisée à cette époque, d’étirer/compresser le tempo d’un sample sans faire varier sa note/hauteur) a révolutionné la manière de composer et de produire à partir de collages de sons, de boucles ou d’autres matériaux sonores. On pense aux classiques du rap They Reminisce Over You de Pete Rock & CL Smooth ou Shook Ones Pt. II de Mobb Deep, ou encore, bien évidemment, aux productions jungle et à leur usage de l’Amen break. Mais c’est peut-être dans certaines productions à la croisée de l’abstract hip-hop et d’une post- ou neo-library music que cette esthétique de la citation pop et du montage dada a pu prendre sa forme la plus accomplie – les labels Mo’ Wax et Ninja Tune, avec What’s That Noise? de Coldcut, Mark’s Keyboard Repairde Money Mark, et bien évidemment le fameux Endtroducing….. de DJ Shadow. Continuer la lecture de « Langue Pendue n°12 : Super mal produit, Une histoire du disque Supermalprodelica »