Pascal Pinkert est un gros bosseur de la scène underground néerlandaise, qui veut s’amuser, qui enjambe franchement les genres. Il est, je crois, surtout connu pour des morceaux cold wave (plutôt sous l’alias De Ambassade – devenu Ambassade) et krautrock/psych (plutôt sous l’alias Dollkraut), parus il y a bientôt une dizaine d’années. Depuis, il n’a pas vraiment cherché à occuper cette niche qui lui a valu un peu d’estime et de succès. Il préfère avancer dans plein de directions, inspiré tant par les styles les plus hétérodoxes du rock, que par les grosses orchestrations à la Jean-Claude Vannier, ou la musique électronique – et cela, de même, de manière bien large. Je vous apprendrai, peut-être, que Patrick Pinkert possède aussi l’alias DJ Europarking, qui produit et mixe de la techno trancée, sans s’encombrer de considérations sur le bon ou le mauvais goût. Continuer la lecture de « Ambassade, Manrira (Pinkman Records) »
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Catégories mardi oldie
Guilty Razors, Complete Recordings – 1978 (Born Bad Records)
Parfois l’histoire est plus belle que le dénouement. C’est un peu la sensation que certains d’entre nous éprouveront en écoutant Complete Recordings 1978 de Guilty Razors. Il fallait être là en 1978, dans cette France giscardienne, tournée vers le futur, mais rattrapée par la crise pétrolière. Etre punk à la fin des années 70 dans l’Hexagone était une expérience singulière. Honni par la France profonde comme les gauchistes de la révolution culturelle, le punk était une affaire d’inadaptés. À Rouen (Les Olivensteins) comme dans le XVIe arrondissement, des jeunes cherchaient à tromper l’ennui. Ils se plongèrent dans le meilleur des sixties (Nuggets etc.) et cherchèrent cette précieuse vitalité dans les premiers disques punk britanniques ou étatsuniens. Guilty Razors étaient de ceux-là, des vrais de vrais, des purs et souvent durs. Continuer la lecture de « Guilty Razors, Complete Recordings – 1978 (Born Bad Records) »
Catégories sunday archive
Richard Hawley, au nom du père

La première fois, c’était au printemps 2001, au téléphone, dans les bureaux de la RPM : nous avions reçu le mini-album de ce gars dont le nom nous disait bien quelque chose sans savoir où nous l’avions croisé – le principal intéressé nous a rafraichi la mémoire en racontant ses excès avec Longpigs : les sept chansons avaient un gout d’avant, à l’instar d’une pochette au charme suranné et de cette voix à la gravité rassurante. L’homme n’allait pas chômer, en réalisant quelques mois plus tard un premier album aussi magnifique que son titre pouvait le laisser présager, Late Night Final. Nous nous sommes dits alors qu’avec Richard Hawley, ce serait pour la vie – et entre nous, nous n’avions pas vraiment tort. Nous avons alors souvent croisé sa route, comme pour cette interview croisée avec son ami Jarvis Cocker, attablés dans un PMU de la rue Amelot, quelques heures avant que les deux acolytes ne passent des disques dans la cave du légendaire Espace Couleur… Continuer la lecture de « Richard Hawley, au nom du père »
Catégories interview
Sr Chinarro, un lugar en el pasado

Pas la peine de tourner autour du pot : je tiens le dénommé Antonio Luque, la tête pensante du groupe Sr Chinarro, comme l’un des auteurs-compositeurs les plus doués de sa génération. En et hors d’Espagne. Depuis la découverte de son premier EP, Pequeño Circo – grâce à des connexions espagnoles qui ont rythmé plus que bercé mes années 1990, mes années folles en quelque sorte, avec la naissance de la RPM canal historique, les quelques mois comme disquaire, la casquette honorifique de « manager », pseudo-animateur d’une émission de radio très indépendante intitulée Eldorado et dont le générique était… la version instrumentale de la magnifique Mi Caracola Loca de Sr Chinarro –, j’ai souvent succombé aux mélodies douces-amères imaginées par cet homme au charisme plutôt inné, à la langue assez bien pendue et dotée – à l’instar de Jean-Louis Murat – d’une détermination de tous les instants, d’une passion inassouvie pour le verbe de sa langue natale. Continuer la lecture de « Sr Chinarro, un lugar en el pasado »
Catégories chronique nouveauté
Jean-Louis Murat, Tour de France 2022 (Scarlett, Wagram, Cinq7)
« As-tu aimé poser ton cœur à l’intérieur d’un être heureux ? »
C’est une vieille question qui revient à l’écoute de Tour de France 2022, l’ultime album – à date – de Jean-Louis Murat, et le premier posthume de ce que les fans les plus insatiables espèrent voir devenir une série – une nouvelle carrière, peut-être.
Le rêve d’un coffre aux merveilles, d’un vault comparable à celui de Prince à Paisley Park, a été entretenu par l’Auvergnat lors de ses interviews. Il aimait gloser sur la discipline de l’artisan, sur l’écriture quotidienne, et les comptes montent vite : malgré le rythme effréné de publication adopté à partir des années 2000, des montagnes de chansons inconnues dorment quelque part – peut-être. Continuer la lecture de « Jean-Louis Murat, Tour de France 2022 (Scarlett, Wagram, Cinq7) »
Catégories interview
Penny Arcade : « J’utilise ce que j’ai sous la main pour mes morceaux »

Malgré un des CV les plus impressionnants de l’indie pop de ces dernières années (The Proper Ornaments, Ultimate Painting, Veronica Falls, Your Twenties), James Hoare a pris la décision de se lancer en solo sous le nom de Penny Arcade. Il sort aujourd’hui son deuxième album Double Exposure, album à humeurs variées qui s’est construit autour de deux instruments, l’orgue et la boîte à rythmes. La magie de Hoare est de faire passer des chansons qui pourraient chez d’autres être considérées comme simplement rudimentaires pour des classiques instantanés. Tout a été enregistré dans son home studio, souvent spontanément, et c’est cette impression de proximité avec l’auditeur alliée à la chaleur du son et la mélancolie qui s’en dégage qui fait que Double Exposure se classe parmi les meilleurs enregistrements de Hoare à ce jour. Habitant depuis peu le sud de la France, Penny Arcade va beaucoup s’y produire lors d’une tournée qui commencera par une date à Paris le 4 juin prochain. C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré, au Chaton Indépendant rue Amelot à Paris, dans un des fiefs de l’indie parisienne, pour une interview basée sur ces premières années en solo, mais aussi les Beatles et le vieux Rock’n Roll. Continuer la lecture de « Penny Arcade : « J’utilise ce que j’ai sous la main pour mes morceaux » »
Catégories chronique nouveauté
Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records)
Douze ans après Allombon (2014) quelle surprise de revoir le groupe parisien Dorian Pimpernel avec Flowers Too, un nouvel album dans sa besace. Si étonnant que soit ce retour, Dorian Pimpernel a joué la carte de la continuité : même label (Born Bad), même peintre (Silvia Idili) et même contenu.
Oui, Flowers Too est la suite logique d’Allombon. La formation française y explore les contrées reculées de la moonshine pop ; ils en sont les thurifères et inventeurs. Dorian Pimpernel aime à pratiquer l’uchronie sur leur temps libre. En effet, ils imaginent une suite à la sunshine pop des années soixante, comme si la musique avait évolué dans une direction légèrement différente des voies progressives qu’elle empruntait alors. Continuer la lecture de « Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records) »
Catégories chronique nouveauté, livres
Superpoze, Blandine Rinkel et Valérie Lefèvre, Le Disque de ma Mère (Banville)

C’est un disque qui relève de la magie, je ne sais pas comment le dire autrement. Une femme écrit des textes de chansons entre 1984 et 2018. Cette femme ne les chante pas, ne les met pas en musique mais elle écrit des chansons comme on écrit sa vie, pour ressentir plus fort, pour dire plus intensément. Elle écrit des chansons comme des consolations, comme des tempêtes aussi. Elle écrit des chansons parce qu’elle ne peut pas faire autrement. C’est elle qu’elle y dépose, c’est là qu’elle se confie. Continuer la lecture de « Superpoze, Blandine Rinkel et Valérie Lefèvre, Le Disque de ma Mère (Banville) »