Noir Boy George, Polytoxicomane de toi (Pan European Recording)

On attendait un retour en fanfare un peu plus bling pour la légende NBG, genre la même écurie que son compagnon galérien et sa Citroën Visa jaune par exemple, Jessica93, mais bon, Pan European Recording, c’est pas mal aussi. On n’a pas les bonnes sources, note pour plus tard.

A dire vrai, que ce soit sur cette maison sérieuse ou en cassette automaison dans une boîte de médoc recyclée (d’ailleurs on attend encore celle qu’on avait précommandée il y a des mois, si jamais y’a moyen, s’il vous plaît, merci bien), ça changerait pas grand chose au mythe qu’est devenu Nafi, sans le vouloir vraiment consciemment. On avait pu constater en plus lors de ces derniers concerts à Strasbourg que loin d’attirer les mêmes barbons et groupies habituels, la figure messine réunissait autour de lui un public plus intergénérationnel que jamais (des cheveux bleus à côté de dos gris dans la foule, ça ne trompe pas), ce qui ne l’empêchait pas de fumer ses clopes, concentré sur son synthé toujours un peu pareillement, à notre plus grande joie.

J93 et Nafi / Photo : DR
J93 et Nafi / Photo : DR

Des boucles obsédantes, de la reverb géante sur la voix, des morceaux avortés, des tubes implacables, la tête de celui qui est saoulé, Noir Boy George trimballe son barnum miniature qui porte sa signature romantique unique, pas forceur pour un sou, juste lui-même jusqu’au bout, et ça on ne pourra jamais lui enlever. Si on pouvait se contenter sans mal d’un concert virgule cinq par an près de chez soi, la sortie officielle en bonne et due forme d’un disque de NBG provoque néanmoins une certaine impatience chez nous : lissage du propos par une production propre ou cradocage extrême de la matière brute, on attendait avec impatience le résultat, qui dans les mains d’un proche, Seb Normal, ne risquait pas de se prendre les pieds dans un tapis persan chiné dans une décharge sauvage du Parc Grüber (Koenigshoffen bébé).

Et on n’est pas déçus, ça c’est sûr : seulement, il faut se rendre compte de où on met les pieds, parce que comme on est dans une période où on se sent un peu fragile, Polytoxicomane de toi (quel titre, mes aïeux) est un bon gros morceau de glace new wave qui déchire en deux notre coeur Titanic en balsa trop pop. Même en charpie, chapeau. Les plages désertiques ont des sons de synthés bien hypnagogiques (on se retrouve projetés dans des sonorités, comme devant la télé nb flippante de notre enfance) qui provoquent de gros frissons grippaux direct.

Sur un canevas rugueux et froid, le vétéran de la triple alliance déploie sa poésie sombre, où on n’est absolument pas là pour rigoler, et ça nous va bien, ce premier degré celsius qui nous congèle pour peut-être mieux nous conserver : après un préambule plutôt politique, c’est bien dans des eaux troubles amoureuses que navigue le disque, l’amour vu comme une guedro (Injecte-moi) bien dure (on est en manque, on sait), le sexe évoqué comme jamais (Le samedi, c’est Agnès), sans romantisme, crûment mais sans jamais céder un centimètre à une male vision toxique. Si les métaphores à base de matériel militaire surprennent, comme dit plus haut, le second degré est inconnu ici, parce qu’on ne sait pas pourquoi, tout sonne pour de vrai, c’est la force de cette musique en bloc béton, monolithique.

La vedette en treillis des caves et des salles autogérées est en grande forme, pas prête de céder son trône du monde inversé dans lequel il continue d’évoluer, loin des projecteurs, pour le plus grand bonheur des cramés du cerveau, des coeurs brisés en mille morceaux et autres frontaliers de zones libérées du merdier ambiant.


Polytoxicomane de toi par Noir Boy George est sorti chez Pan European Recording

6/6

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