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Les Coronados, N’importe Quoi (Romance)

Au panthéon des groupes rock français, les Coronados se situent quelque part entre Marie et les Garçons, les Dogs ou les Olivensteins. S’inscrivant dans cette tradition bien française des groupes élégants et sauvages, le dandysme électrique des Coros a marqué durablement la scène underground hexagonale à défaut de connaître un succès grand public. Aujourd’hui encore absent des sites de streaming, la discographie (deux albums) du groupe francilien est rééditée par les Niçois de Mono-Tone. Ils ont démarré en 2019 avec Un Lustre (1989), le second album de la formation, reste N’importe Quoi initialement paru en 1984 chez Romance Records, éphémère labels qui ne produisit qu’une dizaine de références (Les Injectés, Civils Radio entre autres). Continuer « Les Coronados, N’importe Quoi (Romance) »

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À la recherche du poptimisme

Frank Zappa

« Les journalistes de rock sont des gens incapables d’écrire qui interviewent des gens incapables de parler pour des gens incapables de lire » avait dit un jour Frank Zappa. Cette phrase prend un sens particulier dans le contexte actuel. Si le journalisme musical a accompagné pendant de nombreuses années la pop en témoignant sur son époque, il semble aujourd’hui être dans une phase de transition (si on est gentil) voir amener à disparaître (si on est pessimiste). Pendant longtemps, en plus d’être un observateur, un des rôles du critique était d’être un guide d’achats. Cette fonction n’a plus lieu d’être en 2020 tant la musique est facilement accessible avant d’éventuellement l’acheter (autre geste déclinant). Ce questionnement s’ajoute à un autre : le poptimisme. Au cœur de la critique des objets culturels (cinéma, musique, littérature…), cette approche influence la manière dont nous percevons les œuvres. Le poptimisme est un vrai trait de notre époque. S’opposant au rockisme, elle influe les sujets et leurs traitements, définissant les contours de la critique en 2020. La récente liste des meilleurs albums de la décennie du vénérable site Pitchfork en est une éclatante démonstration tant elle diffère de l’occurrence précédente. Le concept est pourtant assez ancien, de même que le débat autour. Peut-être surtout cantonné à la sphère anglophone, à notre tour de mettre une pièce dans la machine et voir ce qu’il en sort. Continuer « À la recherche du poptimisme »

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Holy Shit reprend « Tomorrow » de The Durutti Column

Matt Fishbeck (Holy Shit)

Il y a quelques semaines (autant dire dans une autre vie – c’était au mois de mai je crois), j’ai déjà écrit toute ma fascination pour l’Américain Matt Fishbeck, un esthète comme on n’en croise plus aucun dans l’univers de la musique pop, taillé dans l’étoffe d’un héros d’un film de Pasolini – si tant est qu’il y ait des héros dans les films de Pasolini, mais c’est une autre histoire. Une fascination qu’est venue nourrir ce matin, presque au réveil (Matt Fishbeck est de ceux qui font attention au décalage horaire, une qualité assez rare pour être soulignée), la réception d’une reprise via un lien YouTube. Mais reprise n’est sans doute pas le mot le plus juste. Il s’agit plutôt d’une relecture.

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Jim O’Rourke, Shutting Down Here (Portraits GRM/Mego)

Depuis le début des années 1990 avec Brise-Glace et Gastr Del Sol, formations estampillées « post-rock », jusqu’à ses monumentales Steamroom (49 volumes à ce jour), sans oublier bien évidemment ses disques sur Drag City, son label historique, ou encore ses multiples collaborations avec la crème de la scène expérimentale, Jim O’Rourke est sans aucun doute l’un des musiciens les plus précieux de ces dernières décennies. Passeur indispensable auprès du public pop de toute un pan de la création musicale actuelle (drone, minimalisme, musique répétitive, etc. ), songwriter génial et producteur de tout premier ordre, son importance est assimilable à celle d’un Eno, par exemple. Continuer « Jim O’Rourke, Shutting Down Here (Portraits GRM/Mego) »

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Cosmic Trip, la musique à la conquête de l’espace de Gaëtan Chataigner et Christophe Conte

Cosmic Trip, la musique à la conquête de l’espace de Gaëtan Chataigner et Christophe Conte
Cosmic Trip de Gaëtan Chataigner et Christophe Conte

Ce n’est pas tous les jours qu’on voit les Spacemen 3 à la télévision. Et pourtant, cela arrivera avec la diffusion probable et prochaine de Cosmic Trip, la musique à la conquête de l’espace sur une chaîne culturelle franco-allemande bien connue. En attendant, cette somme imposante mise en forme et composée par Christophe Conte (ex-Inrocks, Libération) et Gaëtan Chataigner (The Little Rabbits, les clips de Katerine et un peu plus que ça…) est à découvrir en avant-première dans le cadre de cette nouvelle édition du FAME. Continuer « Cosmic Trip, la musique à la conquête de l’espace de Gaëtan Chataigner et Christophe Conte »

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Katie Dey, mydata (Run For Cover)

La discographie de Katie Dey est une lente révélation. Progressivement, dans l’écoulement de quatre albums parus depuis 2015, les épaisses couches érigées en forteresse autour de sa musique se détachent peu à peu, se creusent, deviennent perméables à notre regard. Placées à la suite, les pochettes elles même semblent raconter l’histoire de cette dissipation continue. La silhouette est devenue regard, puis visage. La cacophonie sursaturée et intérieure de asdfasdf s’est vidée de ses parasites pour ressembler à la texture chaude et sereine d’un ciel aux couleurs irréelles. Continuer « Katie Dey, mydata (Run For Cover) »

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« He went in the piano » : note sur l’obsession, note sur une démo de « Surf’s Up »

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Brian et son piano, 1971.

Grâce au mode aléatoire qui agite le quotidien — rencontres impromptues de telle heure et telle œuvre —, il se trouve que je découvrais pour la première fois la démo de la piste des Beach Boys, Surf’s Up, dite « solo version » — ce qualificatif…  — alors que je tournais les dernières pages de l’essai Pierre Sky l’Enchanté de Sébastien Smirou (Marest Éditeur). Le soleil se posait en fines bandes sur le gazon en filant dans la dentelle des frondaisons. C’était le Jardin du Luxembourg et au loin, les sifflets des gardiens du Sénat résonnaient. C’était un soir d’été. J’ai voulu pleurer. Je n’y suis pas parvenu. C’est resté à l’intérieur. La voix, qui ressemble à la voix que j’avais dû avoir avant de muer, terminait : « a children song… » Il s’en suivait des vocalises qui assuraient ensuite l’intégralité de la mélodie. Le piano, sur Surf’s Up, n’offre qu’une variation d’accords en boucle, une stricte modulation qui constitue le cercueil de la chanson. Un nuage fin passe dans le ciel de Paris, c’est quasiment du répit. Et enfin, Brian, qui dit, penaud, let’s hear that : l’accident est gravé sur les sillons du studio. Continuer « « He went in the piano » : note sur l’obsession, note sur une démo de « Surf’s Up » »

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Nancy Sinatra : « Il me reste quelque chose à accomplir, mais je ne sais pas ce que c’est… »

Nancy Sinatra

L’icône du cool a fêté ses 80 printemps il y a tout juste quelques semaines, début juin. Celle qui n’a pas sa langue dans sa poche sur les réseaux sociaux – c’est une fervente engagée anti Trump – revenait sur ses dernières rencontres artistiques (Morrissey, avant qu’il ne sombre dans les considérations politiques douteuses, et Jarvis Cocker) à l’occasion de la sortie de son dernier album studio à l’automne 2004 auquel ont également collaboré Thurston Moore, Joey Burns de Calexico, Steven Van Zandt ou Bono. Nicolas Gabrielle l’avait interviewée. Le genre de rencontres dont on ne se remet pas tout à fait.
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Le club du samedi soir #11 – Sur un écran géant

Lee Remick à la plage

« Pendant cinquante ans, la musique pop a été créée et consommée de la façon qui suit : tu entendais un disque à la radio ou tu lisais à son sujet dans la presse ; tu l’achetais le samedi ; tu le prêtais à un ami ou tu le lui enregistrais ; il te rendait la pareille avec un autre disque ; c’était comme un réseau secret ; c’était ainsi que tu te faisais des amis, que tu rencontrais des filles et que tu composais la bande originale de ton univers ». Ce préambule qui ouvre l’excellent livre de Bob Stanley intitulé Yeah Yeah Yeah – The Story Of Modern Pop (paru en 2013 chez Faber & Faber, mais pas encore traduit en français – on n’est plus à une idiotie près) n’a rien de nostalgique – quoi que pourraient en penser certains champions du troll. Quand il écrit ces lignes, l’auteur ne dit pas « c’était mieux avant ». Il retranscrit juste une réalité. Et je suis d’autant mieux placé pour le savoir que ce fut aussi la mienne, surtout celle de mes années 1980 et 1990. Continuer « Le club du samedi soir #11 – Sur un écran géant »

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Whiteout, Bite It (Silvertone)

Tout l’été, les albums qui ont échappé aux radars des plateformes de streaming.

Quand l’idée a surgi de cette recension estivale et collective de quelques-uns des albums précieux, disparus entre les mailles trop lâches des filets du streaming, mes premières pensées se sont d’abord tournées vers les catégories où se piochent généralement les habituels rescapés de ces opérations de sauvetage rétrospectif : pressages privés ou confidentiels, antiques oubliés des catalogues des années 1960 ou 1970 jamais recyclés en CD – a fortiori en numérique – et autres songwriters maudits voués, dans le meilleur des cas, à des cultes posthumes. Tout cela est bel et bon, mais pas pour aujourd’hui. Englouti corps et biens dans le néant virtuel,  Whiteout ne semblait pourtant posséder aucun des attributs le destinant à une disparition aussi rapide et complète. Continuer « Whiteout, Bite It (Silvertone) »

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Erlend Øye : « Ma maison, ce sont les gens ».

Nouvel album surprise de notre norvégien préféré enregistré au Mexique pendant le confinement avec son ami Sebastian Maschat.

Les gestes barrière selon Erlend Øye et Sebastian Maschat

On espérait fébrilement un album de La Comitiva, en particulier après l’écoute du magnifique For The Time Being, fil tendu d’émotion joué à la guitare sèche ; il est revenu le 5 mars dernier avec Serious, premier morceau de The Whitest Boy Alive depuis six ans et une pause qu’il avait annoncée définitive. Cherchez-le, attendez-le, et il arrivera ailleurs. Depuis vingt ans, date de notre première rencontre avec Kings Of Convenience, notre norvégien de cœur aime plus que jamais surprendre, dérouter. Ultime preuve, il publie aujourd’hui un nouvel album en duo avec Sebastian Maschat, batteur dans The Whitest Boy Alive, créé en plein chaos pandémique dans une bulle ensoleillée. Les treize chansons de Quarantine At El Gazo (Bubbles Records) sont aussi inespérées qu’extrêmement attachantes, à l’image du personnage qui raconte ces conditions d’enregistrement totalement impromptues dans cet entretien réalisé par Skype il y a quelques jours.

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EggS reprend « Three Whishes » de Television Personalities

EggS / Photo : Photo : Maëlys Favory

Rendre hommage à un groupe n’est jamais chose aisée, qui plus est quand ladite formation s’appelle Television Personalities, dont tout le monde connaît l’engouement souterrain. Un aficionado français répondant au nom de Pastel de Nada sur son label Jour de Pluie a eu l’excellente idée, pendant le confinement, de réunir 25 formations ou projets solo (Belgique, France, Australie, Royaume Uni, États-Unis) pour proposer une compilation hommage. Avec l’aide de Et Mon Cul C’est Du Tofu ? pour l’Europe et Paisley Shirt Records aux USA, ce beau projet verra le jour pour la fin de l’année. EggS, quatuor parisien dont l’amour pour les TVP’s est bien connu (d’eux, déjà) nous gratifie d’une reprise de Three Wishes, un single paru en 1982 extrait de They Could Have Been Bigger Than The Beatles, enregistrée en prise live sur Tascam. Exercice réussi haut la main, on a donc hâte d’avoir le support physique entre les mains.

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En Attendant Ana, Juillet (Trouble In Mind)

En Attendant Ana avait fait forte impression avec leur premier disque Lost and Found en 2018. Publié par deux labels français, Buddy Records et Montagne Sacrée, l’album avait été réédité par la suite par la structure chicagoane Trouble In Mind, connue notamment pour avoir hébergé Jacco Gardner, les Limiñanas ou Morgan Delt. Ce Debut LP offrait une des plus belles démonstrations d’indie-pop entendues en France ces dernières années, un équilibre parfait entre les mélodies et l’énergie. Les Franciliens reviennent deux ans plus tard avec Juillet, toujours sur le même label. Continuer « En Attendant Ana, Juillet (Trouble In Mind) »

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Sous Surveillance : Karaté Chatte

Karaté Chatte / Photo : Baptiste Le Quiniou

Qui ?

Claire : Batterie et chant
Emeline Massip : guitare et chant
Clément Vano : Guitare et chant
Emma Pavoni : synthé et chant
Marcelean : basse

Où ?

Marseille Continuer « Sous Surveillance : Karaté Chatte »

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The Explorers Club, The Explorers Club/To Sing And Be Born Again (Goldstar Recordings)

The Explorers : To Sing And Be Born Again / The Explorers Club

Que reste-t-il à explorer quand tout est déjà découvert ou presque, qu’il faut, d’une manière ou d’une autre, renoncer au frisson de l’inconnu ? Depuis douze ans déjà, Jason Brewer – seul membre permanent de ce Club fondé par ses propres soins – n’a eu de cesse de défricher pied à pied les recoins les plus inaccessibles d’un territoire musical pourtant archi-fréquenté, consacrant comme bon nombre de ses confrères son attention passionnée au patrimoine rebattu de la pop de la deuxième partie des années 1960 en général et des Beach Boys en particulier. Ces quatrième et cinquième albums publiés simultanément présentent sans doute la version la plus accomplie de son obsession jusqu’au-boutiste pour une qualité esthétique d’un autre âge, de cette fascination communicative pour les mélodies radieuses et les arrangements ultra-solaires. Continuer « The Explorers Club, The Explorers Club/To Sing And Be Born Again (Goldstar Recordings) »

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What’s your pleasure?

Extrait de la vidéo de Jessie Ware « What’s your pleasure ? » (Dance version)

C’est déjà la fin de juillet et je n’ai pas dansé. Je n’ai posé le pied sur aucun dancefloor, je n’ai vu tourner aucune boule à facettes, je n’ai transpiré sous aucun néon. Je n’ai enfilé aucun top glitter, aucun microshort, aucun talon pailleté. A la place, j’ai juste porté un masque. Parfois je me demande si cela arrivera à nouveau, pouvoir danser serrés les uns aux autres, les yeux fermés, la bouche entrouverte, le corps tout entier tendu vers les pulsations d’une chanson qui fait d’une foule en extase un seul corps humide dans la chaleur de la nuit. Continuer « What’s your pleasure? »

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SECTION26 NEWS#7 : 07.2020

Chaque fin de mois depuis janvier, nos rédacteurs piochent, parmi les nouvelles sorties, leurs coups de cœur personnels. Le résultat est souvent hétéroclite, à l’image de nos goûts. Ce mois-ci, et malgré notre dispersion aux quatre coins de la France – période estivale oblige –, une surprenante harmonie s’est observée dans nos choix : les titres s’enchaînent sans peine, formant l’une des plus jolies playlists que nous vous ayons jusqu’alors proposée. Et coup de chance : elle est à nouveau disponible pour écoute sur votre plateforme de streaming préférée. En vous souhaitant un bel été… (CG)

Playlist disponible également en cliquant juste ici sur Deezer et Spotify

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Robbie Basho, Songs of the Great Mystery (Vanguard / Real Gone)

Il y a quelques semaines, le label Real Gone Music exhumait une dizaine d’enregistrements inédits du génial Robbie Basho, guitariste visionnaire et totalement azimuté qui fut sans doute la figure la plus singulière et énigmatique du mouvement “american primitive”, initié par John Fahey vers la fin des années 50. Réalisés pour le label Vanguard, à une époque où la direction de celui-ci cherchait vaguement à explorer de nouveaux territoires musicaux, ces enregistrements – datés de 1971 “ou” de 1972 et dont personne, même chez les spécialistes du genre, ne soupçonnait l’existence – illustrent à merveille le saisissant isolement dans lequel Robbie Basho aura finalement mené l’ensemble de sa carrière, voire sa vie tout entière.  Continuer « Robbie Basho, Songs of the Great Mystery (Vanguard / Real Gone) »

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Les Calamités, À Bride Abattue (New Rose)

Tout l’été, les albums qui ont échappé aux radars des plateformes de streaming.

En 1987, la chanson Vélomoteur souffle un vent de fraîcheur pop sur les ondes de FM libéralisée. Souvent considérées comme un one hit wonder d’une époque qui en compte un paquet (Partenaire Particulier, Patrick Coutin, Chagrin d’Amour, Élégance, Bandolero etc.), les Calamités avaient pourtant démarré cinq ans plus tôt quelque part dans la Bourgogne, à Beaune, petite ville d’une vingtaine de milliers d’habitants. L’histoire débute en effet quand Odile Repolt, Isabelle Petit et Caroline Augier décident de monter un groupe. Mike Stephens (qui remplace un certain Watson) les rejoint pour former le line-up classique du groupe tel qu’il apparaît sur leur mini-album À Bride Abattue (1984). Continuer « Les Calamités, À Bride Abattue (New Rose) »

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Radio Hito reprend «Dommage que tu sois mort» de Brigitte Fontaine

Radio Hito / Photo : Vasantha Yogananthan.

Navigatrice aux ports d’attache et aux talents multiples, Y.-My Nguyen développe depuis plusieurs années des propositions sonores singulières qui tentent de trouver le lien juste entre le calque sensible d’un cheminement personnel et celui d’existants d’une diversité surprenante. Elle a sorti sous le nom de Radio Hito en mars dernier Non Solo Sole, son premier album cassette sur le label animé par TG Gondard, MIDI Fish, qui conjugue avec élégance — et souvent en italien — la voix des poètes et la sienne, et qui fait dialoguer nappes électroniques et mélodies savantes de claviers en lutte tendre entre l’ombre et la lumière. Elle ressuscite ici le plus grand poète vivant après Artaud et Rimbaud, c’est-à-dire Brigitte Fontaine, avec cette reprise de Dommage que tu sois mort.

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Peel Dream Magazine, Agitprop Alterna (Slumberland / Tough Love)

C’est en 2018 que le new-yorkais Joe Stevens, alias Peel Dream Magazine, délivre son premier album. Modern Meta Physic est alors présenté comme un hommage à la dream pop de la fin des années 1990 mais malgré son charme, le disque ne parvient pas à franchir le seuil de la scène brooklynoise et reste un secret bien gardé. Un an plus tard, le musicien fait son retour avec Up and Up, un EP de cinq titres mené par un single éponyme. I feel like I’m flying / This must be what dying / In part has been based on : cette fois-ci accompagné d’une voix féminine (celle de son amie de longue date, Jo-Anne Hyun), Stevens, dans cette envolée onirique, démontre la nouvelle richesse de ses compositions.

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Sous Surveillance : Moth

Moth
Moth / Photo : Isobel Buckley

Qui ?

5 Australien(nes) qui répondent à l’appel suivant :
Mikey (basse)
Veeka (synthétiseurs)
Zoe (batterie)
Darcy (guitare / chant)
Mick (guitare)
Quand on parle de formations Australiennes, on est toujours obligé de mentionner les ramifications, les cinq lascars officiant également bon nombre d’autres groupes comme Bin, Gonzo, Kosmetik, Body Maintenance, Alien Nosejob (formation live seulement) ou Floyd Cox.

Où ?

Après une adolescence passée à Ocean Grove (au sud de Geelong dans le Victoria), le groupe réside dans Ascot Vale dans le nord de Melbourne.

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Le fond de la pop #1 : « la maladie de notre temps »

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Träumend / Miriam Cahn

Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit

Fugue de mort, Paul Celan.

Il y a toujours la possibilité d’une circulation dans la solitude. La solitude, dès lors qu’elle creuse son propre puits, dresse une carte dont les écailles et les archipels sont autant des souvenirs que des bruits, autant des inquiétudes que des couleurs. Or, la grande stupeur qui nous prend quand on s’y agenouille tient à cela : elle fait tenir sur un plan unique une boucle qui désordonne la vie. À sa fin, si nous l’atteignons jamais, sur le dernier rivage de son lac noir, tout se mêle. L’entrelacs de dimensions qui habitent ce puits bave. Ses composantes s’effondrent les unes dans les autres. La vie entière tient à des tâches d’acrylique dans l’eau : désordre. Elles nous apparaîtront plus tard, laiteuses et fondues, dans la texture de quelques nuits, à la lisière d’un souvenir d’enfance, sur le seuil d’une phrase où tout se brouillera. Il faudra alors les rendre à leur ventre, à leur liqueur séminale, à la solitude. Continuer « Le fond de la pop #1 : « la maladie de notre temps » »

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Los Shakers, Los Shakers/Break It all, Los Shakers For You, La Conferencia Secreta Del Toto’s Bar, In The Studio Again (Guerssen)

On ne tombe pas tous les jours sur une telle mine : quatre albums d’un seul coup – soit l’intégrale et même un peu plus de l’œuvre des Beatles uruguayens –  qui permettent non seulement de ressusciter les vestiges intacts et considérables d’un patrimoine musical qui n’avait, jusqu’à présent, resurgi que par bribes. Mais qui revitalisent également de manière stimulante cette éternelle interrogation, peut-être aporétique,  qui travaille depuis toujours les amateurs de pop : comment rendre compte des émotions suscitées par une forme culturelle dont les critères esthétiques issus de la culture savante peinent à décrire la spécificité ? Que penser ou que dire lorsque ni l’innovation esthétique radicale, ni l’irréductible singularité du Génie incarné dans la figure centrale du créateur, démiurge de son propre univers, ne sont pertinents pour décrire ce qui s’est déroulé d’essentiel ?  Continuer « Los Shakers, Los Shakers/Break It all, Los Shakers For You, La Conferencia Secreta Del Toto’s Bar, In The Studio Again (Guerssen) »

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Le club du samedi soir #10 – Brexitpop UK 90’s

En ces temps troublés où la conjuration des imbéciles (kikoo Boris, Nigel et Domenic) semble remporter tous les suffrages, il me semble de bon aloi de se souvenir que les îles Britanniques furent juste avant le nouveau siècle un bien beau laboratoire. Bien sûr, il y eut la Britpop avec ses cancres appliqués et ses glorieux génies, mais même si son côté rétrograde pour ne pas dire conservateur ont permis de faire passer l’Indie Pop dans le mainstream avec ses rainures royales comme ses plus abominables atrocités (Kula Shaker, ne pardonne pas, n’oublie jamais), certains alors n’en avaient cure* et traçaient une tangente dans l’exploration passé/futur, le refus des dogmes établis. Et un petit revival Krautrock fourbe mais pas bien méchant. Continuer « Le club du samedi soir #10 – Brexitpop UK 90’s »

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Rock alternatif : le long remord

Berurier Noir, 7 février 1987, Salles des Fêtes d’Arcangues / via leur tumblr

Le confinement a eu ses effets indésirables. Nous allons évidemment devoir survivre à la vague des romans auto-introspectifs de circonstance, sans oublier tous ces albums réalisés « chez soi » qui se prendront pour des Basement Tapes ou du DIY. Pour beaucoup de ma classe d’âge, qui gravitent désormais dangereusement autour de la cinquantaine – car je ne suis pas un cas isolé –, ces deux mois et demi se révélèrent également un terrible moment pour revisiter notre si petite histoire, notre autobiographie musicale façon Haute Fidélité (ce livre terrifiant parce que si mauvais et tellement juste). Ressortir les vieux dossiers, solder les comptes personnels et inévitablement subir la visite des vieux souvenirs qui ne s’invitent jamais quand il le faut… Et découvrir tardivement qu’on ne choisit pas les disques de sa jeunesse. Parce que quelque part, nous appartenons à une génération sacrifiée, celle qui eut entre 15 ans et 25 ans dans les années 1980 et pour qui le rock alternatif fut un passage obligé, un rite initiatique (pardon Claude Lévi-Strauss ou Marcel Mauss), que cela plaise ou non, que cela fasse ou non joli dans une discussion entre érudits pré-deezer que nous sommes tous devenus. Ou bien que cela sonne creux pour les lecteurs des Inrocks ou de la RPM. Continuer « Rock alternatif : le long remord »

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Les Marquises, La Battue (Les Disques Normal)

Il est temps de dire adieu aux tristesses juvéniles *

Jean-Sébastien Nouveau et Martin Duru, amis et complices depuis les années de lycée, forment le binôme du groupe lyonnais Les Marquises. Leur quatrième album, La Battue, est sorti au début du mois de juin. Toujours aussi beau et aventureux, sauvage et étonnamment mélodieux, pop et expérimental. Singulier en un mot. Tentative de décryptage. Continuer « Les Marquises, La Battue (Les Disques Normal) »

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Ariel Pink reprend « Maniac » de John Maus (ou presque)

John Maus et Ariel Pink en 2018

D’accord, cette version tient plus du palimpseste que de la reprise. Ici, Ariel Pink a composé une nouvelle mélodie, réenregistré la basse, ajouté un omnichord, écrit de nouvelle paroles sur le clavier du premier hit de son ami John Maus. Il y a fort à parier que cette version, qui illustre le tout récent documentaire d’Alex Moyer TFW No GF, sera présente sur le troisième volume des fameuses compilation Oddities Sodomies qui accompagnent la série de rééditions des premiers disques du Californien. Et si le cœur vous en dit vous pouvez également visionner la récente interview (laborieuse au début, délirante à la fin) accordée aux joyeux drilles Big Stream.

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Giant Sand, Ramp (Fire Records)

Jusque-là, tout est flou ou presque. Un groupe dont les membres changent presque à chaque album et animé par un leader plus G.O. que dictateur, bienheureux de saisir au fil de chaque enregistrement l’instant éphémère de la rencontre – c’est la grande différence avec The Fall, seul concurrent de Giant Sand en matière de productivité à long terme et de renouvellement de personnel. Dans cette discographie de Giant Sand, comme un monument plastique érigé à la gloire de l’impermanence, Ramp (1991) précise un peu les choses mais ne fige rien. Ni chef d’œuvre définitif, ni album-de-la-maturité, ce septième album est un excellent point de passage vers une autre transition majeure – Glum (1994) ou Chore Of Enchantment (1999) : on en reparlera si les occasions se présentent et elles ne devraient pas trop tarder au rythme où vont les choses. Continuer « Giant Sand, Ramp (Fire Records) »

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Biga*Ranx, Sunset Cassette (Brigante)

Le reggae, au sens large, est une musique historiquement liée à un mouvement messianique et c’est peu dire que ce genre musical d’origine jamaïcaine aime les prophètes, les miracles, les révélations. A ma microscopique échelle, je n’en avais pas connues de réelles vis-à-vis de ce genre musical, si ce n’est une inclinaison pour les esthétiques floues et protéiformes du dub, ou les sonorités actuelles fat qui infusent les genres croisés au hip hop britannique (du grime à la drill) et qui en descendent lointainement… En gros, sorti des encyclopédies Blood & Fire et des épais dictionnaires Soul Jazz, bien pratiques, je n’y connais pas grand chose, et j’ai manqué, sans doute, de bien épiques épisodes.

Et voilà que descend, du ciel nuageux de Tours, l’archange Gabriel (Gabriel > Gabi > Biga) qui vient me glisser à l’oreille son interprétation toute personnelle des sons jamaïcains. Continuer « Biga*Ranx, Sunset Cassette (Brigante) »

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Témoins de Geneva

Geneva Jacuzzi / Photo : Elaine Carey Haswell

Alors que les anciens albums de Ariel Pink sont réédités ces jours-ci, il est temps de revenir aussi sur son ancienne compagne Geneva Jacuzzi, un temps colocataire de Julia Holter, à travers cette interview réalisée il y a quatre ans par Xavier Mazure pour l’ancienne version de la RPM.

Avouons-le, le premier passage en studio de Geneva Jacuzzi ne s’est pas
accompagné d’un changement stylistique majeur. De ce point de vue, son
nouvel album peut s’écouter comme un recueil de hits succédant idéalement à l’excellent Lamaze (2010). Toutefois, Technophelia pousse plus loin la narration de ses mythes et le dialogue entre ses personnages fictifs.
Rencontre avec une jeune femme aussi drôle qu’attachante. Et dont la
catharsis semble faire des merveilles. Continuer « Témoins de Geneva »

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Prefab Sprout, le voyage immobile

Les 35 ans de album « Steve McQueen »

Prefab Sprout

Quand tu es ado dans une contrée où les climatologues avertis sont persuadés que l’hiver est aussi doux qu’à Verkhoïansk, tu comprends rapidement pourquoi les années 1980 sont faites pour toi. Ça tombe bien, la Grande-Bretagne regorge de groupes qui tirent la tronche. Les mecs ont une excuse bien légitime : ils viennent de choper Maggie – mais ils ne savent pas encore que c’est pour un paquet d’années. Et pour appréhender la complexité de cette nouvelle réalité géopolitique anglaise, il existe donc un cas d’école. Continuer « Prefab Sprout, le voyage immobile »

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Jarvis Cocker : « Il est important d’avoir dans son existence une saine dose d’ennui car elle peut procurer un élan intéressant. »

Jarvis Cocker sur la pochette de son album solo de 2006.

Quelques jours à peine avant la sortie de Beyond The Pale, le nouvel album de son projet JARV IS…, nous avons décidé de revenir sur un moment important de sa carrière, le début de ses aventures en solo. Estelle Chardac et Christophe Basterra l’avaient rencontré en 2006. Et comme souvent avec lui, ses propos sont particulièrement savoureux.

L’homme avait pourtant juré de prendre sa retraite. De se contenter d’offrir ses bons et loyaux services à des artistes en manque d’inspiration. On pensait d’ailleurs qu’il avait bel et bien joint l’acte à la parole, sa signature se retrouvant çà et là (Nancy Sinatra, The Lovers…), mais sa longiligne et légendaire carcasse demeurant invisible depuis quatre ans. Après Pulp, le groupe qui l’avait consacré en icône pop improbable au mitan des années 1990, et un bref projet récréatif – Relaxed Muscle –, Jarvis Cocker avait décidé de goûter aux plaisirs simples du mariage, de la paternité et de la vie parisienne. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Continuer « Jarvis Cocker : « Il est important d’avoir dans son existence une saine dose d’ennui car elle peut procurer un élan intéressant. » »

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François Gorin : « Je résiste à l’idée du roman qu’on peut attendre du critique rock. »

François Gorin / Photo : Nicolas Grimard pour Arte

Il ne sera pas fait ici mystère que certains d’entre nous, au sein de cette rédaction, ont appris à lire la musique dans les pages de Rock&Folk et plus volontiers encore entre les lignes des articles et notules rédigés par François Gorin. Entré rue Chaptal en 1980, le critique prendra le large cinq ans plus tard alors que le mensuel avait déjà entamé sa déliquescence (mais pas encore osé coller Samantha Fox, toute poitrine dehors, en couv’). Des plus jeunes que nous, bien que rompus aux évangiles des Inrockuptibles, verront au cours des années 90 la lumière émaner de Sur le rock (Lieu commun, 1990), nouvelles Tables de la Loi, format livre de chevet. Livre de Ray Davies, livre de Nick Drake, de Scott Walker, autant de saintes écritures que les convertis, de longue date ou non, vénèrent et propagent, insensibles au courroux jaloux des aînés délaissés puisque dépassés (Nick Bangs, Lester Kent, idoles rattrapées par leur crépuscule). Entretemps François Gorin livrera deux romans dont nous n’aurons pas à pointer les limites, l’auteur ayant l’élégance de le faire à notre place. Encore que l’on se permettra d’être moins sévère que lui à leur égard. Non relus depuis, ils avaient surtout, de mémoire flageolante, attisé notre frustration de ne pas retrouver creusé et ensemencé un sillon musical ami, le critique en partance préférant tenir à distance, et à raison, ce qu’il avait parfaitement saisi puis transmis ailleurs comme auparavant.

Dès lors, Louise va encore sortir ce soir, inespéré retour aux affaires littéraires, agit comme une nouvelle première fois, avec un élan et une effervescence facile (celle qui sied aux coureurs de demi-fond) qui vient fouler au pied les atermoiements longue durée que l’écrivain avoue avoir éprouvés. Continuer « François Gorin : « Je résiste à l’idée du roman qu’on peut attendre du critique rock. » »

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Selectorama : Stéphane Oiry

Stéphane Oiry, autoportrait (2020)

L’étudiant en architecture à Strasbourg a bien changé : il est devenu un dessinateur accompli, auteur d’une poignée d’albums remarquables, dont, entre autres, deux volumes des Passe-Murailles (Les Humanos), trois des Pieds Nickelés (Delcourt), et surtout la série originale Maggy Garrisson, scénarisée par Lewis Trondheim pour Dupuis, sans oublier la biographie Lino Ventura et l’oeil de verre avec Arnaud Le Gouëfflec sortie l’an dernier chez Glénat. Par contre, il est resté tout autant passionné par la musique que par le passé. De fêtes estudiantines mémorables en petits groupes où il a joué dans sa jeunesse agitée, le lien intime avec le rock ne s’est jamais distendu, et sa carrière entière continue à résonner en parallèle avec la musique. Dans ce selectorama généreux, il choisit quelques titres qui ont marqué son parcours, agrémenté de moult anecdotes savoureuses sur les rencontres qui ont émaillé sa vie. Continuer « Selectorama : Stéphane Oiry »

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Ela Orleans reprend « French Paradoxe » de Jacno

Ela Orleans / Photo : Anna Bergfors

Cette reprise, je peux en parler puisque c’est chez moi qu’Ela Orleans en a eu l’idée. Alors que nous avions fini de dîner, et trinquions nos verres remplis d’une eau de vie de poire (ça ne s’invente pas) aussi vieille que nous, par une inconsciente association d’idées – où peut-être par la volonté propre du spiritueux -, j’eus l’envie de faire écouter à Ela la chanson French Paradoxe de Jacno. En dépit, des bruits de bouchon qui ponctuent le titre, j’ignorais alors de quel paradoxe il s’agissait et à quel point il était de circonstance.

La réaction d’Ela, elle aussi probablement sous l’influence de l’eau de vie,  fut immédiate : « Je pourrais la reprendre, cette chanson ». C’est ce qu’elle fit quelques mois plus tard en live invitée dans les studios de la BBC Scotland. Pour l’heure, voici la version inédite, toute en variations, enregistrée à la maison en compagnie de Richard Greenan.  A la vôtre !

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Un été 85

Robert Smith

Si ce matin-là, j’ai cliqué pour lancer la bande-annonce qui est apparue en jouant des coudes entre les posts de mes amis – réels ou virtuels, peu importe puisqu’on finit par apprendre que tout n’est pas aussi simple que cela –, ce n’est pas parce que j’étais familier de l’œuvre du cinéaste – et même pire encore : je ne crois pas avoir vu en entier un seul film de François Ozon et je ne saurais dire à ce moment de ma vie si c’est un vrai manque. Alors, si j’ai cliqué pour lancer la vidéo, c’est parce que le titre du long-métrage avait le gout parfait d’une madeleine de Proust. Été 85. Ça a été comme un pressentiment : je savais qu’il allait forcément se passer quelque chose, quelque chose qui allait me mettre sens dessus dessous. Ça n’a pas tardé. C’est arrivé à la dixième seconde. Continuer « Un été 85 »

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Stuart Moxham & Louis Philippe, The Devil Laughs (Tiny Global Productions)

« I did what doubt allowed. » L’affaire est entendue. On aimerait presque dérober l’épitaphe puisqu’il n’y en a pas de plus belle. C’est ainsi que Stuart Moxham (autrefois dans les Young Marble Giants) évoquait en 2010 les affres de la dépression, ses répercussions sur le rythme pour le moins chaotique de sa production discographique depuis le milieu des années 1990. Depuis toujours, en fait. Et il parlait déjà, dans cette même interview, de son prochain album en préparation, The Devil Laughs.

Depuis, le doute semble bien s’en être mêlé. C’est peu de l’écrire. À contempler la pochette – magnifique au demeurant – on peut aisément lire entre les lignes et les dates le fil tortueux de la procrastination décennale, le poids accablant de chacune des micro-étapes d’une interminable gestation, les failles du quotidien dans lesquelles se sont engouffrées longtemps ces chansons rescapées, l’envie qui se dérobe, l’énergie si difficile à déployer pour commencer, continuer, et surtout conclure. Continuer « Stuart Moxham & Louis Philippe, The Devil Laughs (Tiny Global Productions) »

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Fontaines DC, A Hero’s Death (Partisan/Pias)

I Wasn’t Born
Into This World

Nous serions plusieurs dans ce cas, et eux viennent tout juste de le comprendre.
Fontaines D.C., le groupe à la mode de l’an dernier.
Tellement las du cirque qu’ils n’arrivent même pas à leur concert à la Villette Sonique, panique du marketing, le produit est faillible, on était pourtant sur la crête, sortez moi ces jean-foutre. LOL.
Dix jours avant, nous les voyons en concert, et je n’ai pas l’impression qu’ils jouent le jeu non plus. Grosse pression, trop de hype. Je raconterai ça une autre fois, mais il y a cette sensation que tous les facteurs extérieurs poussent au maximum là où justement le groupe tire son épingle du jeu, comme une poupée vaudou réfractaire. Genre, très bien, mais on n’est pas là pour ça. Nous sommes jeunes, nous sommes fiers, cassez-vous, foutez-nous la paix. Et surtout, nous faisons de la musique. Et pour une fois, c’est le seul truc important et c’est pas souvent le cas. Et vous, vous faites du commerce, et nous avons bien conscience de ça, mais nous sommes plus forts que vous, car nous savons déjà bien la différence. Continuer « Fontaines DC, A Hero’s Death (Partisan/Pias) »

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Steve Piccolo, Domestic Exile (Guerssen)

Il est de ces disques qu’on ne voit pas venir, de ces disques qui sortent au mauvais moment, et le bonheur est d’autant plus grand quand on les découvre. Domestic Exile fait partie de ceux-là. Et quel titre parfait pour accompagner la période qui a suivi sa sortie le 15 février dernier. Le moins que l’on puisse écrire est qu’Alex Carretero, du label espagnol Guerssen, a fait un choix courageux et éclairé en rééditant ce disque à quelques semaines du début du confinement. L’unique disque solo de Steve Piccolo est initialement sorti en 1982 à New York. Il est alors le bassiste un peu chahuté du groupe de no jazz The Lounge Lizards qu’il a fondé avec ses amis de fac, les frères Lurie. Il quitte le groupe peu après la sortie de ce side project, en même temps qu’Arto Lindsay. Pour l’anecdote, Domestic Exile est composé alors que Steve et Evan Lurie passent de longs mois sans pouvoir jouer avec le groupe, John Lurie, le saxophoniste, s’étant cassé une dent de devant au cours d’une bagarre devant le Mudd Club. Continuer « Steve Piccolo, Domestic Exile (Guerssen) »

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Selectorama : Holy Wave

Holy Wave : Julian Ruiz, Joey Cook, Ryan Fuson et Kyle Hager

En voilà un autre qui se sera fait attendre. C’est demain, vendredi 3 juillet, que Holy Wave délivrera son quatrième album, Interloper. Pour nous faire patienter alors que sa sortie, initialement prévue début mai, était bousculée par les événements que nous connaissons, ce ne sont pas moins de quatre singles qui ont été dévoilés par les Texans. Des envolées oniriques du titre homonyme, Interloper, au krautrock stroboscopique de Hell Bastards, le dernier né confirme le tournant amorcé par son prédécesseur vers des sonorités plus synthétiques, des atmosphères plus nébuleuses. Julian Ruiz et Ryan Fuson se sont prêtés à l’exercice du Selectorama, sans y dissimuler une certaine obsession pour Broadcast et quelques plaisirs coupables (pas si coupables, si vous voulez mon avis). Ils nous proposent également de les retrouver le samedi 25 juillet pour célébrer la sortie de ce nouvel album au travers d’un concert, qui sera diffusé en streaming en collaboration avec Levitation, la fameuse organisation d’Austin [détails et réservation ici].

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Kate NV, Room for the Moon (Rvng Intl.)

Pochette de Room for the Moon, par Kate NV

Le songwriting de Kate NV est une sorte de grand baromètre. À l’extrémité gauche, on y trouve l’indication « Tempête pop », à l’extrémité droite, « Ambient très sec ». Ne jamais choisir clairement entre l’un ou l’autre de ces climats est désormais devenu une passionnante marque de fabrique pour la compositrice russe, nous laissant sans cesse dans l’hésitation entre le pas de danse et pas de danse du tout. En 2016, c’est au milieu du catalogue ésotérique et surréaliste de l’excellent label Orange Milk Records que l’on avait eu la surprise de tomber sur son premier album, Binasu. Un disque merveilleux où se succédaient échos VHS d’une synthpop nostalgique du japon des 80’s et vagabondages plus abstraits dans d’autres mondes verts à la Brian Eno.

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Belkacem Meziane, Night Fever, 100 Hits qui ont fait le Disco (Le Mot et le Reste)

Un an à peine après On The One!, L’Histoire du Funk en 100 albums, déjà publié par la maison d’édition Le Mot et le Reste, le conférencier passionné Belkacem Meziane revient avec un ouvrage consacrée au disco : Night Fever, 100 Hits qui ont fait Le Disco. Le musicien français sort ainsi légèrement de sa zone de confort (le funk) pour nous proposer un tour d’horizon très complet du genre phare des années soixante dix. La structure de l’ouvrage suit la ligne éditoriale du Mot et du Reste : un essai d’une trentaine de page suivi d’une sélection de cent disques. Petite originalité, les morceaux remplacent judicieusement la sélection d’albums attendue. Cette singularité permet ainsi de mettre en valeur le format maxi 45 tours si important dans le genre. Dans les sillons amples des douze pouces, les remixeurs de génie (Walter Gibbons, Tom Moulton, Larry Levan etc.) étirent les chansons jusqu’à l’extase, loin des contraintes des sept pouces et des LP. Continuer « Belkacem Meziane, Night Fever, 100 Hits qui ont fait le Disco (Le Mot et le Reste) »

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SECTION26 NEWS#6 : 06.2020

Bien que nous ayons retrouvé ce mois-ci les joies des verres en terrasse, voire – pour les plus téméraires – des DJ sets et petits concerts en plein air, l’arrivée de l’été ne nous a tout de même pas inspiré la même insouciance et la même excitation qu’à l’accoutumée. Dans le monde de la musique, les actions se sont multipliées pour venir en aide aux artistes, souvent pénalisés par la pandémie, tandis qu’une autre lutte, majeure et incontournable, s’est imposée : celle contre le racisme, lancée par le mouvement Black Lives Matter. Dans notre playlist de juin se sont glissées quelques sorties exceptionnelles, initiées par ces causes. Du punk de Lithics au rap de MIKE en passant par la folk de Bedouine, nous espérons, par cette sélection, éveiller chez vous curiosité et enthousiasme. Il semble que nous en ayons besoin. (Coralie Gardet)

Playlist entière sur Youtube :

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Le club du samedi soir # 7 : Dreams Never End

Marc-Aurèle, bronze, Italie / Photo : © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre), Stéphane Maréchalle

Alors que nous n’étions qu’au tout début de l’étrange épisode du confinement, un philosophe avait prescrit la lecture du stoïcien Marc Aurèle comme remède à nos inquiétudes. Selon lui, la raison et la lucidité seraient nos meilleures alliées pour exorciser nos angoisses et neutraliser nos inévitables coups de déprime. On peinerait à le contredire complètement. Pourtant, on aurait pu lui faire remarquer que l’imaginaire et l’illusion sont peut-être plus vitaux encore pour traverser les péripéties de l’existence. Comment aurions-nous pu supporter notre pesante oisiveté forcée sans le recours à la fiction, aux rêves éveillés que nous procurent les romans, les films et bien sûr la musique, sans laquelle la vie ne serait qu’une erreur et un exil, selon la célèbre formule de Nietzsche ? Dans les moments difficiles, il m’a toujours semblé que l’écoute d’une bonne chanson pop était d’un secours bien plus efficace que n’importe quel précepte de sagesse antique. Continuer « Le club du samedi soir # 7 : Dreams Never End »

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Johan Asherton – Passions partagées

Johan Asherton
Johan Asherton

Rendez-vous au bûcher à midi. Celui de Jeanne d’Arc, à Rouen. Pour ce qui est des vanités, elles se sont consumées depuis bien longtemps, si tant est qu’elles l’aient jamais vraiment animé. En cette première journée de liberté oisive, comme en prémisses encore incertains de l’été – météo normande oblige – il y a quelque chose de très émouvant à prendre le premier train du matin depuis bien longtemps pour rencontrer Johan Asherton sur ses terres. Avec une ponctualité à l’égale de son élégance, la silhouette s’avance, toujours aussi impressionnante, et les souvenirs affleurent en masse, surgis d’une époque d’avant l’accessibilité virtuelle instantanée, où la culture musicale s’assemblait comme un puzzle un peu secret, en collectionnant tant bien que mal des fragments confidentiels avant même de connaître le modèle à reproduire. Continuer « Johan Asherton – Passions partagées »

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Machines #9 : Roland MC-303, Jack in the Groovebox

La Roland MC-303 Groovebox

À sa sortie, en 1996, la MC-303 de Roland fut un événement. Dépassant le cadre usuel des instruments électroniques, la petite boîte argentée de Roland eût les honneurs de la télévision ou la presse généraliste. Les plus anciens d’entre nous l’auront ainsi peut être vu sur le plateau de Nulle Part Ailleurs sur Canal+, devant un Jérôme Bonaldi mi-amusé mi-circonspect. Le succès surprend aussi la marque japonaise provoquant une rupture de stock. À n’en pas douter, la Groovebox, première du nom, déclencha des vocations. Si aujourd’hui, elle semble bien dépassée, notamment par rapport aux possibilités des logiciels, elle fut un marqueur de son époque et à l’origine d’une nouvelle catégorie d’instrument, toujours très populaire en 2020.  Continuer « Machines #9 : Roland MC-303, Jack in the Groovebox »

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The Reds, Pinks & Purples (Glenn Donaldson) reprend « Me & Magdalena » des Monkees

Glenn Donaldson
Glenn Donaldson

Glenn Donaldson ne se paie pas de mots. Lorsqu’on lui propose de reprendre une chanson de son choix, la réponse arrive dans la minute et la chanson dans les deux jours accompagnée de ces quelques phrases : « J’attendais justement l’occasion de reprendre cette chanson des Monkees. Oui, cette merveille qui figure sur leur album de 2016. Quand elle est parue, elle a éclipsé tout ce que j’avais écouté depuis des années. Je l’ai très facilement adaptée à mon style. J’espère lui avoir rendu justice… » Rappelons que cette chanson a été écrite par Ben Gibbard de Death Cab For Cutie et que, comme tout ce que touche le Franciscanais, cette reprise toute en retenue est d’une élégance folle. Et bien sûr, vous êtes priés de poursuivre l’écoute par l’album de Vacant Gardens sorti en début d’année et le tout récent 45 tours de The Reds, Pinks & Purples. Par ailleurs, l’inusable Glenn Donaldson fera paraître un nouveau disque de Horrid Red cet été (à écouter derrière ce lien).

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La stagione è gia passata *

Au sujet de Rococo, de Fabio Viscogliosi (2019, Objet Disque)

C’est un disque sorti il y a longtemps déjà, au milieu de l’automne 2019. C’est une musique qui écrit l’entre-deux, l’entre-deux saisons par exemple. Une musique de fin d’été qui réactive en moi, à chaque écoute, de façon nette et immédiate, la mémoire et les images d’un lac. Continuer « La stagione è gia passata * »

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Fairuz, Maarifti Feek (WeWantSounds / Modulor)

La voix de Fairuz coule dans les veines, dans les sillons des vallées, dans les ondines du désert, dans les exils et les bagages. Dans l’idée même d’être une famille, d’être loin, d’être là parmi les siens, d’être revenu, d’être reparti, de survivre à toutes les générations, de se tenir droit dans la répétition du fratricide toujours recommencé. Inutile exégèse d’une voix qui tient le monde arabisant du Qurnat as Sawda à l’Atlas, comme un seul bloc aux paysages et aux vies incomparables mais qui, hormis quelques rares exceptions, s’est uniformément choisi comme idole, sur le trône érigé par Oum Kalthoum, la libanaise de Zqaq El Blat. De cet état de règne, une nécessité nait : s’en tenir à une stricte dévotion et creuser la vérité de cette musique. Processus quasi théologique qui part d’une inaliénable évidence : la voix soutient le monde. Continuer « Fairuz, Maarifti Feek (WeWantSounds / Modulor) »

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Joe Pernice, Richard (Ashmont Records)

Il y a quelques mois à peine, Spread The Feeling (2019) mettait un terme bienvenu à une décennie de disette. Avec cette classe si particulière qui n’appartient qu’aux Immenses, Joe Pernice y renouait les fils de cette écriture aigre-douce – les textes pleins de mordant habilement dissimulés derrière un voile mélodique délicieusement molletonné – qui, à l’exception d’une brève collaboration avec son voisin Norman Blake au sein de The New Mendicants en 2015, n’avait plus brillé que par son absence depuis trop longtemps. Quiconque serait passé à côté de cet album scandaleusement mal distribué en dehors du continent nord-américain pourra s’y reporter d’urgence pour s’émerveiller rétrospectivement en contemplant le versant le plus solaire et le plus pop du génie de Pernice. Et découvrir, au passage, le meilleur titre de New Order depuis des lustres, Throw Me To The Lions. Continuer « Joe Pernice, Richard (Ashmont Records) »

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La mort, difficile.

Trey Gruber
Trey Gruber

En écoutant Jess de Trey Gruber, je me suis dit – voilà une chanson pour baignoires tristes. Ce type de baignoire définitivement délaissée du corps aimé, un corps qui résonne encore contre l’émail et en parfume, par instant, les contours blanc cassé. Peau regrettée, peau du souvenir qui s’éteint lentement, trop lentement. En écoutant Jess de Trey Gruber, je me suis dit – le tonnerre, à présent, tonnera toujours avec les battements du coeur. Voilà ce que je me suis dit, en imaginant la vie Benjamin Trey Gruber ; ce jeune homme qui, avec son groupe Parent, hantait bien des soirs le Thalia Hall à Chicago. Continuer « La mort, difficile. »

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Saint Etienne, Words And Music By Saint Etienne (Universal)

It’s been too long… chante la voix lumineuse et immuable de Sarah Cracknell sur Tonight, le nouveau single de Saint Etienne. L’attente a été un peu longue, en effet, depuis leur précédent album, le sublime Tales From A Turnpike House (2006). Si l’on considère qu’il n’a pas eu une décennie sans qu’on ait été charmés par la pop idéale du trio, leur nouvel album était forcément attendu avec la plus grande impatience. Depuis 1991, date de sortie de Foxbase Alpha, leur premier album, les amis d’enfance Bob Stanley et Pete Wiggs n’ont cessé de définir une musique solaire, parfois mélancolique, toujours irrésistible. Finalement, ils ont remis le couvert, et de toute façon, on n’envisageait tout simplement pas les choses autrement, comme dirait l’ami Christophe Basterra, fan éternel du groupe, pour ne pas le citer. Continuer « Saint Etienne, Words And Music By Saint Etienne (Universal) »

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Saint Etienne – London Conversations

Saint Etienne, Londres (2012) / Photo : TS

Comment la pop a-t-elle changé nos existences ? Une question au centre de nos vies que le trio londonien a choisi comme thème principal de son huitième album, sobrement intitulé Words And Music By Saint Etienne. Un disque que l’on n’attendait plus, sept ans après son prédécesseur. Un retour de flamme étincelant, où le groupe fait le point sur son héritage, sa passion toujours aussi vibrante pour la musique, et son avenir.

En file indienne et parfaitement à l’heure, Sarah Cracknell, Bob Stanley et Pete Wiggs entrent dans ce petit salon cossu et désert, situé au premier étage d’un restaurant de Dean Street, à Londres. Instantanément, une complicité faite de traits d’humour subtil s’installe, chacun prend de ses nouvelles, sans qu’on ait l’impression qu’il se soit écoulé beaucoup de temps depuis la dernière fois qu’il se sont parlés. Les trois inséparables se font rares, mais ils prennent le temps de soigner leur œuvre collective. Pendant ce septennat d’absence entre deux albums, le groupe a patiemment et méticuleusement egrené les rééditions de sa discographie, qui dessine une palette musicale en forme de chaînon manquant entre northern soul, pop moderne et musique électronique. “I used Top Of The Pops as my world atlas”, chante Sarah dans Over The Border, la splendide et touchante ouverture de Words And Music By Saint Etienne. Il n’y a sans doute pas de meilleure citation pour les définir. À l’instar de la pochette, cette cartographie imaginaire d’une ville forcément anglaise où les noms de rue sont des titres de chansons, Saint Etienne nous promène au fil de nos souvenirs sur un disque aussi attachant que dansant. Un voyage bientôt poursuivi à travers un livre à venir – celui de Bob Stanley, Do You Believe in Magic? –, et un film en préparation. Pas de temps mort lorsqu’on est passionné à ce point. Continuer « Saint Etienne – London Conversations »

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Le club du samedi soir # 6 : les joies de l’entre-soi

Inscrit au fronton de cette ouverte maison, probablement parce que régulièrement vilipendé et ne cessant de grimper au hit-parade des maux du siècle, l’entre-soi a tôt fait d’irriguer les champs du rock et de la pop, principalement pour s’avérer le ferment d’honorables chansons plutôt que céder à la tentation du repli communautariste. Exercice d’admiration, tribut payé aux aînés, influence revendiquée ou béquille bien pratique, ces name-dropping songs ont ratissé large, au point que sous la plume de Nick Toshes le contingent des laissés pour compte ou des oubliés a eu droit au titre de Unsung Heroes of Rock’n’Roll. Dylan a pratiqué l’hommage plus souvent qu’à son tour (Song To Woody, Blind Willie McTell) avant d’être honoré par Bowie (Song for Bob Dylan), lequel à dû se contenter d’Isabelle Adjani. Sans balayer ces deux icônes, ni faire l’impasse sur d’autres (Syd Barrett, Brian Wilson, les Ramones, ou bien sûr les Beatles sont parmi les champions les plus souvent cités), on s’autorisera à arpenter nos territoires de prédilection, à organiser des numéros de duettistes ou à tirer sur la ficelle du marabout, quitte à évincer à regret d’obscurs ferrailleurs ou des comètes négligées. Ainsi Glenn Tipton, guitariste de Judas Priest, ou Bobby Jameson, respectivement chantés par Mark Kozelek et Ariel Pink, n’ont, vous m’en voyez marri, pas passé le cut. Il y en a d’autres, à foison, et on ne parle ici que de chansons où le nom de l’artiste ou du groupe apparait dans le titre. Sans compter mes oublis fortuits, que vous vous ferez fort de réparer.

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Diabologum, La Jeunesse est un Art (Ici D’ailleurs / L’autre Distribution)

Le grunge en France, rétrospectivement ? Il y a quelqu’un ? oh ? hého ? Il y a quelqu’un ?

Non, je ne crois pas, on est directement passé à autre chose parce qu’on est trop des petits malins. En France dans les années 90, le rock c’est devenu la fusion, un truc grotesque avec des types en short qui hurlaient en suant. Ah si, je me souviens un peu de groupes qui avait du matos mais pas trop de chansons, leurs noms commençaient aussi en D mais je ne les citerai pas. Il y en a même eu un qui avait un nom de la première brebis clonée, et encore eux, ils auront presque une décennie de retard, c’est vous dire l’affligeant niveau. Il y a bien Noir Désir, qui viennent de découvrir Fugazi et en renverseront un peu partout à la truelle sur leur célébre album Tostaky mais bon, on est plus au lycée, on est plus ou moins à la fac ou dans des écoles pour petits bourges, bref on tente plus ou moins et comme qui dirait de faire des études alors le toast, on le décline plus ou moins poliment. On est quand même en France, un pays dans lequel Nevermind de Nirvana a été distribué et plutôt bien vendu. Je vais les voir au Zenith d’ailleurs au printemps, en revenant d’un enterrement (ça ne s’invente pas…) et c’est proprement époustouflant, il y a même Teenage Fanclub en première partie, le seul concert pas top d’eux que j’ai vu mais bon, passons. Continuer « Diabologum, La Jeunesse est un Art (Ici D’ailleurs / L’autre Distribution) »