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I Like 2 Stay Home #11 : Dogs are everywhere

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

L’histoire de la musique ne manque pas d’anecdotes sur les chiens, meilleurs amis des amoureux de pop moderne. Si certaines sont bien connues, comme Martha, My Dear qui parle du chien de McCartney, d’autres sont plus obscures. Par exemple, le titre Nelson d’Hubert Mounier parle du chien de Vanessa Paradis… Cette sélection de 26 titres est inspirée par ma chienne, Sonia, qui malgré de longues heures de télétravail depuis le début du confinement, rythme ma vie au gré de ses envies de se promener, de jouer ou de manger. Comme disait Macca : Take a good look around you, Take a good look you’re bound to see, That you and me were meant to be, With each other, Silly girl. Continuer « I Like 2 Stay Home #11 : Dogs are everywhere »

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#10 : Missing Scientists, Big City Bright Lights (Rough Trade, 1980)

Missing Scientists en milieu (presque) stérile.

A force depuis plus de dix jours de vivre ainsi les uns sur les autres du matin au soir (mais Dieu ou Marx merci, pas du soir au matin !), il fallait bien que les questions qui fâchent ressurgissent, malgré nos perspectives d’avenir émoussées.
« Anton, tu sais ce que tu veux faire plus tard ? – Je sais pas moi, genre ornithologue. – Tu veux dire le truc avec les oiseaux ? T’es sûr ? – Ou alors océanographe. Sinon, paléontologue c’est bien aussi, l’étude des fossiles et tout. – Tu ne veux pas plutôt faire prof de lettres ? Ou bibliothécaire, comme tonton Jeanphi et la Karen des Go-Betweens ? Bibliothécaire, mon grand, peut-être le plus beau des métiers du monde. – Non, ça c’est tout cramé. Une chose qui est certaine c’est que ça sera un métier scientifique, on voit bien qu’on en manque en ce moment, avec le virus et tout ». La conversation tenta de se prolonger en claudiquant, avant de s’embourber dans un fatras inextricable convoquant chloroquine, masques FFP2, vaccins et chercheurs manquants – ou en manque, je ne sais plus. Faute de crédibilité et de bagage (quel ascendant peut-on prendre sur un enfant de 14 ans quand on se targue d’avoir obtenu un Bac littéraire et quasi rien derrière ?), je n’eus bientôt plus voix au chapitre. Avant que tout – le désir, le vin, le temps, la mauvaise foi – ne vienne à manquer, je rapatriais l’unique 45 tours des Missing Scientists, considérant qu’il pouvait faire office d’honnête appendice au post de la veille. Continuer « #10 : Missing Scientists, Big City Bright Lights (Rough Trade, 1980) »

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Papivole #11, mon histoire avec la presse musicale, 1978-2018 : le fanzine Parklife 60

Parklife 060
Parklife 060

En m’installant à Strasbourg en septembre 1989 pour y suivre des études d’Histoire, je ne me doutais pas que toute une région allait m’embrasser dans toute sa diversité et sa flamboyance rock’n’roll et dérivés. Par cercles concentriques, par ensembles proches mais disjoints, j’allais de loin en loin pouvoir me créer mes propres affinités en m’appuyant sur les épaules de mes géants à moi : les frères Danet dont le trio avec Marc Fischer, Ghetto Blaster Blues, allaient devenir Le Plus Simple Appareil et qui me traînaient aux concerts, Hervé et Elsa qui m’ouvraient les portes de leur appartement et de leur discothèque impeccable (Modern Lovers, Television Personalities pour commencer), Isabelle & Valérie avec qui on lisait le New Musical Express et les Inrockuptibles, avec qui on écoutait Bernard Lenoir, la famille Limelight (Emmanuel Abela et Bruno Chibane) qui s’occupaient du ciné club couru, pointu, populaire de l’Université, et de leur revue cinéma format italien, Karine, lumineuse, qui portait les cheveux courts et des vestes en daim d’occasion, Mathieu et Sophie dans leur Simca Aronde dans laquelle j’aimais me lover sur la banquette arrière, la nuit, la Happy Alsatian Family (les futurs Original Folks, le futur Etienne Greib), le studio Downtown de Didier, situé à Illkirch dans une ancienne usine Knorr, les magasins de disques d’occasion (la Seconde Main et sa vendeuse mystérieuse et impassible surtout), la FNAC et plus tard Babouin 1er… Et j’en oublie. Et puis il y avait cette famille régionale éloignée : d’un côté, la cité ouvrière mulhousienne pleine de morgue des Sun Plexus, et KG, réfugiés pour un temps seulement au nord, dans leur Shotgun Gallery puis à la Prison, et de l’autre, la ville plus feutrée, Colmar, tout aussi déterminée dans la pop internationale underground. C’était Hiéro, bicéphale dans la musique (Nicolas Jeanniard) et le cinéma (Jean-Damien Collin), et c’était enfin la nébuleuse Manson’s Child, derrière lequel se cachait une histoire déjà longue comme deux bras, celle de Mathieu Marmillot. Interconnectés, nous l’étions tous, sans fil, sans écran, et sans clavier, et ça prenait du temps. Il y a quelques semaines, j’ai roulé jusqu’à Mulhouse pour voir Joseph Fisher en concert, c’était organisé par Mathieu. J’y ai découvert l’existence de sa revue au numéro unique (pour le moment), Parklife 60, dont il a bien voulu me parler, en plus de tout le reste.  Continuer « Papivole #11, mon histoire avec la presse musicale, 1978-2018 : le fanzine Parklife 60 »

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I Like 2 Stay Home #10: Discovid-19

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Le 20 mars dernier nous sortions de l’hiver (équinoxe du printemps). Le temps s’améliore, à défaut de pouvoir réellement en profiter pour le moment, la lumière qui baigne nos appartements donne une pointe d’espoir… Quoi de mieux pour avoir envie de positiver qu’une sélection disco ? Musique pour s’enjailler par excellence, elle fut souvent méprisée, généralement à tord, cependant, ne nous mentons pas, le genre a généré pas mal de daubes et… de chefs d’œuvre. Le genre n’est en effet pas à un paradoxe près. Né dans l’underground gay/latino/afro-américain new yorkais sur la base des sélections éclectiques (musique latine, rock psyché, soul philly etc.) de David Mancuso, elle saisit l’Amérique blanche des classes moyennes par ses cascades de violons mélodramatiques. Rythmique binaire simple à danser, une emphase sur les mélodies, elle se transforme en un énorme succès commercial. Le raz de marée est aussi intense que court, quelques années seulement, la seconde moitié des seventies en particulier, et boum, la voilà morte et enterrée avec l’arrivée des années quatre vingt. Telle un phénix, elle trouve cependant un second souffle avec l’émergence passionnante de la post-disco, fascinant très d’union entre la disco (donc) et la House ou le R&B moderne… Mais ceci est une autre histoire ! Continuer « I Like 2 Stay Home #10: Discovid-19 »

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#9 : Teenage Filmstars, I Helped Patrick McGoohan Escape (Fab Listening, 1980)

Teenage Filmstars
Teenage Filmstars sur le toit.

Alors que je tendais mon Ausweis dûment coché à la case « courses » à Rémi, l’unique policier municipal de la commune, qui officiait à la sortie du village, je ne pus me retenir de lâcher un discret « Je ne suis pas un numéro. Je suis un homme libre ! ». Pas de réaction, pas l’esquisse d’un sourire, je crus même qu’il allait m’en coller une, de prune à 135 euros. Comme il n’y avait à la ronde pas non plus l’ombre d’un chat et encore moins celle d’un contrevenant, je tentais d’établir un semblant de dialogue, demandant à Rémi s’il voyait passer beaucoup de véhicules – Trop. -, s’il regardait Netflix – A fond ! -, s’il connaissait Le Prisonnier Non, trop pas, c’est quoi ?. La conversation en restera là, n’oublions pas que j’avais un caddie à remplir. Continuer « #9 : Teenage Filmstars, I Helped Patrick McGoohan Escape (Fab Listening, 1980) »

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Waxahatchee, Saint Cloud (Merge Records)

J’ai toujours maintenu une certaine distance entre Katie Crutchfield et moi. Une écoute tardive de sa discographie m’avait laissée sceptique, presque agacée : qui était-elle ? Depuis 2012, sa voix si singulière jaillissait d’albums aux guitares tapageuses et à l’énergie adolescente. Out in the Storm (2017), dernier de la série, constituait l’apogée de cet élan grunge. Pourtant, ça et là, quelques accalmies laissaient deviner une prédisposition pour des musiques plus traditionnelles : c’est dans la folk, la country, et plus généralement l’americana, que la figure de Philadelphie, originaire de l’Alabama, semblait se révéler. 

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I Like 2 Stay Home #9 : Pop Lane

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Il est temps que cette histoire soit racontée, comme chantait l’autre. La période est propice au surgissement des souvenirs et, vingt ans plus tard, les filtres de la mémoire ont suffisamment fait leur œuvre pour ne retenir de l’aventure Pop Lane, à laquelle j’ai eu la chance de participer un peu, que les éléments les plus marquants. La passion commune de ces quelques garçons – les quatre associés fondateurs et tous les autres compagnons de route – pour une certaine idée de l’indie-pop ; leur envie communicative de rendre accessibles dans des magasins où l’on vendait encore parfois davantage de disques que de percolateurs ; ces perles rares dénichées dans les catalogues foisonnants des labels espagnols ou anglo-saxons ; l’entrepôt toujours bordélique, souvent enfumé, au sous-sol de la Cité Paradis et le baby-foot sur-utilisé ; les disques, surtout, sélectionnés sur la fois de coups de cœur collectifs et parfois balancés comme autant de bouteilles à la mer dans l’espoir pas si vain qu’ils finissent par rencontrer des oreilles attentives. Tout cela n’a duré qu’un temps – six années, de 1998 à 2004. Seules demeurent quelques solides amitiés et une poignée de chansons considérables. Comme un panorama totalement subjectif de ce que fût l’indie-pop au tournant du siècle dernier. Continuer « I Like 2 Stay Home #9 : Pop Lane »

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#8 : Monopoly Queen, Monopoly Queen / Let’s Keep It Friendly (Sub Pop, 1994)

Monopoly Queen, jour de Bonne Paye.
Monopoly Queen, jour de Bonne Paye.

J’ai toujours haï les jeux de société, qui me le rendent bien. Mais j’aurai tout donné au UNO.
Dans le ventre mou des années 90, on s’enfermait à cinq, parfois à six, chaque dimanche dans l’appartement d’Uwe, au 6ème étage d’une tour de la ZUP de Dammarie-Les-Lys (77), et on jouait, de 15 heures jusqu’à tard. Je vivais à Paris alors, mais jamais je n’ai manqué une réunion. Je faisais l’aller-retour dans la journée, au volant de la Mitsubishi prune.
Accompagnés d’une bouteille de Berger blanc ou de verres de Cointreau juste cassés d’un glaçon, on jouait, et on jouait encore, pas encore confinés mais bien calfeutrés, de notre plein gré. Les règles avaient été quelque peu malmenées, et au fil des semaines une novlangue avait vu le jour. Un sabir incompréhensible aux oreilles des non initiés qui, quoi qu’il en soit, n’étaient pas invités. Continuer « #8 : Monopoly Queen, Monopoly Queen / Let’s Keep It Friendly (Sub Pop, 1994) »

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Tryphème, Aluminia / Calum Gunn, Addenda (Central Processing Unit Records)

Fondé à Sheffield en 2012, le label Central Processing Unit Records (CPUR) s’inscrit explicitement dans le sillage d’une filiation glorieuse. Celle qui, avec Warp et ses productions bleep techno et proto-IDM du début des 90’s, a pu poser les bases d’un son typiquement britannique rejouant à sa manière ce qui a été élaboré du côté de Detroit et Chicago. Et ceci est particulièrement évident si l’on parcourt le catalogue de CPUR : de DMX Krew à Microlith ou Bochum Welt, c’est bien un parti pris esthétique cohérent qui se dessine. Comme si LFO période Frequencies (1991), B12 ou Sweet Exorcist rencontraient l’électro US canal historique (de Cybotron à Drexciya). Et leurs deux premières sorties de l’année 2020, Aluminia de Tryphème et Addenda de Calum Gunn, ne dérogent pas à cette règle, toute entière vouée au culte des séquenceurs, synthés et boîtes à rythmes Roland ou Korg. Continuer « Tryphème, Aluminia / Calum Gunn, Addenda (Central Processing Unit Records) »

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I Like 2 Stay Home #8 : Hosono Time

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Folk, easy listening, synthpop, ambient, techno kayô, city pop, loudge : des brises tropicales des années 70 aux synthétismes futuristes ahurissants des années 80 et 90, la discographie d’Haruomi Hosono s’étire en tache d’huile, d’une obsession à l’autre, laissant dans son sillage des merveilles par paquets. Bref tour d’horizon de la carrière d’un type qui semble derrière tous les meilleurs coups de la pop japonaise, aussi bien en solo, avec ses divers groupes (Happy End, Tin Pan Alley, Yellow Magic Orchestra…) ou derrière les manettes pour différents artistes, dont ceux de son label Yen Records. Continuer « I Like 2 Stay Home #8 : Hosono Time »

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#7 : Orchestre Les Kilt’s, Jerk Bastos (Bastos, date inconnue)

Bastos sous le cendrier.
Bastos sous le cendrier.

Au matin du 7ème post le confiné éprouva le besoin de faire une pause. Sur le sol de la grotte-bureau s’étalait une sélection mouvante de 45 tours devant laquelle il ne cessait de tergiverser. L’idée d’un combo Teenage Filmstars / Missing Scientists l’avait effleuré, vite rattrapée par l’envie de lever le coude avec Will Oldham, avant que s’impose le Adieu Paris des Fils de Joie, momentanément. Ou alors les Specials ? Et pourquoi pas Saint Etienne, Unrest, Kid Pharaon & The Lonely Ones, les Nails ? Sans oublier le fameux disque volé qui, pris au pied de la lettre, autorisait un post à la Poe. La plupart de ces choix flattaient sa veine potache. Il craignait que celle-ci change de braquet et lance une échappée qu’il aurait du mal à contrer dans ce tour du sillon en 45 jours qu’il s’était imposé. Le texte consacré aux Tindersticks, écrit comme dans une parenthèse enchantée, avait suscité quelques retours. Il en avait été touché mais devinait, et c’était là une sensation à la fois amère et rassurante, qu’il ne ferait pas mieux, du moins pas dans cette configuration quotidienne à flux tendu. Continuer « #7 : Orchestre Les Kilt’s, Jerk Bastos (Bastos, date inconnue) »

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Le plus simple appareil, Instant chaviré (Scum Yr Earth)

«  La présence des autres rend tout facile, nous nous sourions entre deux rires, le brouhaha berce nos rêves et nous voulons être seuls, mais l’absence des autres rend tout fragile, nous nous évitons entre deux rires, le silence disperse nos rêves et tu voudrais rester seule »

Mesurer l’importance d’un groupe est compliqué : dans le cas d’un groupe aussi furtif que Le plus simple appareil, ça devient même un véritable casse-tête. Géographiquement, le trio, récemment ramené à son noyau familial, deux frères, est isolé. Pas simplement par le fait qu’il ne développe aucun contact avec quelque scène que ce soit, au niveau national, ni dans sa ville, Strasbourg, dont il est pourtant l’un des plus constants et fervents habitants. Isolé, L+SA l’est aussi à plus grande échelle, absent des circuits souterrains, des fanzines, de la presse. Invisible. Il fut bien question dans les années 1990 d’une rumeur de rapprochement vers un label en vue, mais le temps a passé, le label a disparu et personne n’est vraiment plus là pour témoigner. Isolée, l’entité l’est aussi du public, si ce n’est une série de concerts mémorables en appartements au tournant des années 2000, dans une époque où personne n’était vraiment équipé pour immortaliser ces moments. Isolé et réticent jusqu’à l’obsession à se voir figé à jamais sur un support qui lui échapperait, le groupe, presque malheureux, doit bien se rendre à l’évidence que ses chansons lui échappent et circulent sous le manteau. Continuer « Le plus simple appareil, Instant chaviré (Scum Yr Earth) »

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I Like 2 Stay Home #7 : Gabi – Für immer

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.
Ce soir, hommage à la voix de DAF.

Gabi Delgado disparait à l’âge de 61 ans et n’arpentera plus les scènes auprès de Robert Görl, son partenaire au sein de Deutsche Amerikanische Freundschaft. Si Daniel Miller avait signé Gabi et Robert sur Mute en 1980 pour ce qui deviendra la première référence STUMM 1 de son balbutiant label, c’est la trilogie enregistrée par le génial Conny Plank entre 81 et 82 qui fera d’eux des pop stars, au grand dam de Miller, et portera les germes d’une certaine musique électronique européenne – un certain Martin Gore ne s’étant jamais vraiment remis de sa découverte des deux Allemands. Les albums successifs Alles Ist Gut, Gold Und Liebe et Für Immer répandent un parfum sulfureux sur les charts anglais ou en couverture du NME, avec les paroles ambigües de Gabi et les rythmes démoniaques de Robert, le sexe et les totalitarismes, l’hédonisme et l’urgence. Le duo iconique avait déjà tout dit et se sépare une première fois, avant un revirement disco bariolé au milieu des années 80 qui déroutera leurs fans les plus inconditionnels. Les incarnations méconnues de Gabi Delgado avec Saba Komossa sur son label Delkom accompagneront le mouvement techno au début des années 90, et les reformations successives de DAF ces vingt-cinq dernières années n’ajouteront rien à la gloire du duo, mais permettront aux plus jeunes d’assister à leurs performances physiques. La voix de DAF s’est tue, mais Section26 vous propose de découvrir une sélection des titres emblématiques de la discographie de Gabi Delgado, de DAF, bien entendu, à des projets plus confidentiels mais tout aussi précieux.

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#6 : Ladies Who Lunch, Kims We Love (Grand Royal, 1995)

Ladies Who Lunch dans la raquette.

« Je me ferais bien un petit simple dames », lança-t-elle, mutine, alors que, un verre de rhum vieux à la main, j’avais retrouvé ma position préférentielle sur le canapé du salon et visionnais Double Messieurs, de Jean-François Stévenin, starring l’immense Yves Afonso. Il va de soi que ma tournure d’esprit biscornue m’a immédiatement fait emprunter la voie du double sens à connotation sexuelle, avant de me raviser et de reconnaitre que le seul désir ici exprimé était celui d’assister à une manifestation sportive ou d’échanger quelques balles. Dans un cas comme dans l’autre, autant appeler SOS Terre battue. Il y a bien un court mal entretenu à l’autre bout du village, mais avec tout ce qu’on entend aux infos, je l’imaginais encerclé d’un régiment de militaires en armes. Continuer « #6 : Ladies Who Lunch, Kims We Love (Grand Royal, 1995) »

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Who the fuck are you Baxter ?

Baxter Dury
Baxter Dury au Silencio, ce soir-là / Photo : Hannah Molin Delafosse

La dernière fois que je t’ai vu Baxter, c’était au Silencio, tu portais un tee-shirt qui avait dû être blanc et dans lequel tu avais sué, tu buvais une bière au bar avec ton copain Jarvis et tu n’en avais rien à foutre que je me tienne debout devant toi. C’était l’année dernière, il faisait chaud sous les lumières artificielles du club lynchien et partout ailleurs, les peaux collaient, les regards brûlaient, ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça, la nuit ça te connaît. Je ne sais pas exactement quand tu es devenu celui que j’aime appeler l’homme-fantasme, Baxter, mais ça fait un petit moment que ça dure entre toi et moi. C’est que je suis fidèle et je me faisais une joie d’aller te revoir bientôt sur scène, pour la cinquième ou sixième fois, quand on aime on ne compte pas. Continuer « Who the fuck are you Baxter ? »

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I Like 2 Stay Home #6 : NZ Alert

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Balade dans une vieille Holden le long de la côte de Christchurch à Invercargill en passant par Dunedin … La Nouvelle-Zélande en 26 titres, qu’on dédie à la mémoire de Peter Stapleton (The Terminals, The Pin Group, Dadamah…) disparu il y a deux jours le 21 mars, en souvenir des années passés au lycée à écouter sa musique.

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#5 : Tindersticks, We Have All The Time in The World (Clawfist, 1993)

Tindersticks sur canapé.
Tindersticks sur canapé.

Si j’ai pris pour habitude de me lever tôt et dormir peu (et mal), j’ai toujours eu cette propension hautement revendiquée à la glande et à la procrastination. Vite lever le pied, remettre au surlendemain, rechigner devant l’effort et refuser l’obstacle sont des compétences qui n’ont plus de secret pour moi. Après avoir longtemps sinué en dilettante entre droit à la paresse (Paul Lafargue) et éloge de l’oisiveté (Bertrand Russell), j’avais à la fin du siècle dernier pensé trouver dans l’oblomovisme une voie à emprunter. A l’origine de ce néologisme, Oblomov, un roman de l’écrivain russe Ivan Gontcharov, publié en 1859, et adapté au cinéma (c’est par ce biais que j’en ai d’abord eu connaissance) par Nikita Mikhalkov en 1980, du temps où le cinéaste et son œuvre n’étaient pas encore devenus totalement infréquentables. L’oblomovisme, quand les écoles ont fermé et que le repli s’est opéré, a fait retour, grattant insidieusement à la porte du foyer. On s’imaginait aisément, débarrassé de toute obligation, de tout horaire, se lover dans la contemplation et l’abstinence de décision, avachi dans le canapé. C’était là un art de vivre des plus tentants, à cela près qu’il se pratique seul (et pas avec deux gamins dans les pattes), qu’il baigne dans une profonde mélancolie (ce n’est pas vraiment le moment opportun) et qu’il demande beaucoup, beaucoup trop d’attention pour être mené à bien. Et puis traîner toute la journée en savates et robe de chambre, très peu pour moi. Quitte à ne rien faire, autant le faire bien. Et avec un minimum d’élégance. Continuer « #5 : Tindersticks, We Have All The Time in The World (Clawfist, 1993) »

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Kevin Tihista, Home Demons Vol. 2 (Bandcamp)

Quelques jours de réclusion se sont à peine écoulés qu’il faut déjà faire face au temps qui s’effiloche. Il n’en aura pas fallu davantage pour que se dissipe cette fiction selon laquelle le temps possèderait un déroulement linéaire, autonome, et qu’il pourrait se prolonger indéfiniment dans un avenir que nous serions en mesure de plier à la seule force de notre volonté, à coup de projets. Ce devenir désormais confus où s’entremêlent les heures et les fonctions est particulièrement peu propice au surgissement de l’événement, cette rupture stimulante qui vient briser l’écoulement du devenir mollasson et impose de faire face à l’instant. De la semaine écoulée, je n’en ai retenu qu’un seul : j’ai découvert le 21 mars quatorze nouvelles chansons de Kevin Tihista. Continuer « Kevin Tihista, Home Demons Vol. 2 (Bandcamp) »

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I Like 2 Stay Home #5 : Lucio Battisti

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Je conserve soigneusement une compilation semi-licite de l’édition 1969 du Festival di Sanremo. Non pas pour France Gall qui s’y produisit — comme elle s’est produite dans tous les concours de chants de l’après-guerre –, pas non plus pour la chanson qui remportera le concours, Zingara de Bobby Solo et Iva Zanicchi. Un couple que l’on croirait sorti d’un roman populaire : lui, cheveux en arrière et visage coulant de maquillage et elle, triste et malicieuse poupée de téléviseurs.

Non, je la conserve pour ce qui, dans les sillons, manque : les manifestations nourries alors que l’Italie entre dans les années de plomb, le premier attentat des dites années, le contre-Sanremo socialiste qui se produisit en même temps, et, plus que tout encore, Lucio Battisti. Continuer « I Like 2 Stay Home #5 : Lucio Battisti »

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#4 : Gang of Four, At Home He’s a Tourist (EMI, 1979)

Gang Of Four
Gang Of Four chaleur tournante.

Cette histoire de gouttière toujours pas réparée (cf. #2) va finir par m’en coûter, je le crains. Ma femme télétravaille, les enfants ont des télécours et des télédevoirs, et moi, histoire de recoller au peloton, je clame que je suis au téléchômage. Dès lors m’incombe une large part des tâches ménagères, les courses, le bricolage, le jardinage, et que sais-je encore. Sauf qu’évidemment, fidèle à ma mauvaise réputation, j’en fiche pas une rame. Cumul des manquements plutôt que des mandats, et lourds cumulus nimbus qui s’agrègent au-dessus de ma tête. « Là, papa, ça commence à devenir tendu », ironisent les kids. Alors hier, quand ma femme m’a lancé, l’œil noir et des éclairs dans la voix, que je me comportais comme un touriste dans ma propre maison, ma réaction ne s’est pas fait attendre : je n’ai pu m’empêcher de lui sourire en retour et de la gratifier d’un tendre baiser. Pour mieux me précipiter ensuite dans ma grotte (car on est d’accord, Leroy Merlin et Bricomarché, c’est bien fermé ?), déterminé à retrouver ce single (leur deuxième, si je ne m’abuse) de Gang of Four qui se rappelait ainsi à mon bon souvenir. Continuer « #4 : Gang of Four, At Home He’s a Tourist (EMI, 1979) »

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Bande à part 3/3

Peter Milton Walsh de The Apartments raconte les Go-Betweens

The Go-Betweens
The Go-Betweens

Peter Milton Walsh, l’éminence grise de The Apartements, a accepté que l’on publie, dans une version française signée Jean-Baptiste Santoni (avec l’aide précieuse de Catherine Cernicchiaro), les notes de pochette du deuxième volume du coffret G Stand For Go-Betweens, qui couvre la période 1985-1989. Plus que des notes de pochette, c’est une histoire magnifique que l’homme nous offre ici. Le troisième et dernier chapitre évoque l’été austral du mois de décembre de l’année 1989. L’année de toutes les fins… Continuer « Bande à part 3/3 »

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I Like 2 Stay Home #4 : Girls To The Front

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

« Ok, all the girls to the front ! » s’exclama un soir de concert Kathleen Hannah de Bikini Kill en réaction aux pogos en majorité masculin reléguant son public féminin au fond de la salle.  Je me suis inspirée de ce slogan pour sélectionner des chansons écrits et/ou interprétées par des femmes. Une mixtape de titres pas forcément féministe, mais où les filles sont à l’honneur.

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#3 : Robert Wyatt, At Last I Am Free (Rough Trade, 1980)

Robert Wyatt grimpe aux arbres.
Robert Wyatt grimpe aux arbres.

A l’instar d’un Syd Barrett (« I know where he lives and I visit him / In a little hut in Cambridge », chantaient en 1981 les Television Personalities), Robert Wyatt est passé maître dans l’art du confinement, à son corps défendant. Wyatt, batteur de Soft Machine, exclu par ses petits camarades après l’album Fourth (1971), puis fondateur de Matching Mole, traduction pataphysicienne du précédent. Wyatt, défenestré par l’éthylisme en juin 1973, Lazare un an plus tard par la grâce de Rock Bottom, un des plus beaux disques de non-rock au monde. Wyatt, en mobilité réduite depuis plus de 45 ans, paralysé des deux jambes.

Robert Wyatt, je sais où il vit, et je suis allé lui rentre visite. C’était il y a une douzaine d’années, un jour de novembre. J’avais entrepris, avec en tête ce raccourci sémantique qui n’était pas pour me déplaire, de dépêcher Loutte à Louth (dans le Lincolnshire) pour aller filmer cet homme absolument délicieux. C’est Alfie (Alfreda Benge, son épouse) qui, prévenue de notre arrivée (j’étais accompagné d’un caméraman que je remercie aujourd’hui d’avoir été à ce point précieux et attentif), nous a ouvert. Dans son dos se tenait Robert, avec aux lèvres ce sourire malicieux qui, souvent, masque d’insondables tréfonds. Il nous invita alors à rejoindre cette pièce, la seule avec une fenêtre donnant sur la rue, où il passe l’essentiel de son temps.

Notre homme semblait aller bien. Il était sobre depuis quelque mois, ce qui lui évitait de se « mettre dans des situations ridicules », même s’il avouait trouver la vie moins drôle une fois les bouteilles de rouge remisées. Et lui qui avait collé sur sa lampe de bureau l’avertissement qu’idéalement il voulait trouver au dos des paquets, « Life’s a drag without a fag » (sans clopes, la vie est une corvée), lui qui rêvait d’une cigarette pipe-line qu’il allumerait au réveil pour l’éteindre au coucher, avait arrêté de fumer du jour au lendemain. Simplement parce qu’Alfie devait bientôt subir une opération de la cornée et que d’ici là, le tabac lui était fortement déconseillé. Un exemple parmi d’autres de ce qui lie ces deux-là, un amour sans conditions, et qu’on devine inextinguible.

Interrogé sur son quotidien, Robert Wyatt n’esquivait guère. Il avouait passer ses journées à écouter ses vieux disques de jazz, à étreindre son cornet ou sa trompette comme si c’étaient des ours en peluche, et à balancer d’affectueuses piques (« Good try, bad luck ») au buste en plâtre de Lénine qui trônait dans l’âtre de la cheminée.

On se souvient également que cet homme qui ne daignait plus se produire sur scène avait néanmoins accepté sans rechigner de jouer devant la caméra quelques notes de piano, puis de cornet, avant d’empoigner une paire maousse de maracas qu’il avait affectueusement rebaptisé ses « couilles de Sandinistes ». Infini respect.

Mais revenons-en au titre du jour. En 1979, Robert Wyatt adhère au parti communiste britannique. Moins d’un an plus tard, il livre coup sur coup pour le label Rough Trade toute une série de reprises en forme de single-tracts (l’équivalent sonore des ciné-tracts maoïstes distribués par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin, sous appellation Groupe Dziga Vertov, dans les années 70 ?) : Stalin Wasn’t Stallin’, un titre à l’origine enregistré en 1943 par le Golden Gate Jubilee Quartet, le Strange Fruit de Billie Holiday, et le plus surprenant At Last I Am Free, la cover d’un morceau de Nile Rodgers et Bernard Edwards qu’on trouve sur le deuxième album de Chic, celui qui en 1978 abrite Le Freak. A réécouter dans la foulée les deux versions, on se rend compte à quel point Wyatt est finalement fidèle au smooth gospel original, même s’il le dépouille de pas mal de ses oripeaux. Mais surtout il y a cette voix revenue des abysses, qui sublimerait même le bottin (ou « Le Capital »). « At last I am free / I can hardly see in front of me », et ça rien ni personne ne pourra jamais le lui enlever. Au même moment ou presque, dans nos contrées, Hervé Cristiani entonne Il est libre Max. Regarde un peu la France, d’hier et d’aujourd’hui.

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Bande à part 2/3

Peter Milton Walsh de The Apartments raconte les Go-Betweens

The Go-Betweens / Photo : Paul Cox pour Beggars Banquet
The Go-Betweens / Photo : Paul Cox pour Beggars Banquet

Peter Milton Walsh, l’éminence grise de The Apartements, a accepté que l’on publie, dans une version française signée Jean-Baptiste Santoni (avec l’aide précieuse de Catherine Cernicchiaro), les notes de pochette du deuxième volume du coffret G Stand For Go-Betweens, qui couvre la période 1985-1989. Plus que des notes de pochette, c’est une histoire magnifique que l’homme nous offre ici, à découvrir en trois chapitres découpés par ses soins. Après Londres et l’année 1985, Sydney et le début d’année 1989…

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I like 2 Stay Home #3 : If you need me, call me on my shell

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Vingt-six titres avec sea, ocean ou beach dans le titre parce qu’on a bien besoin d’une grande bouffée d’air métaphoriquement iodée. Choix un peu aléatoire, ordre tout aussi aléatoire, la mer n’obéit pas aux ordres, n’est-ce pas ? Continuer « I like 2 Stay Home #3 : If you need me, call me on my shell »

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#2 : The Monochrome Set, Apocalypso (1980, Dindisc)

The Monochrome Set Apocalypso
Apocalypso sur le grill.

Rien ne presse. On ne va pas de sitôt vous inviter à danser la carmagnole sur les décombres. Ni à céder aux sirènes de la collapsologie ou prêter le flanc aux théoriciens de l’effondrement, Cassandre a la pensée moins complexe que nébuleuse. N’empêche que flotte dans l’air comme un parfum de fin, fin de règne plutôt que du monde, que, tout confiné qu’on est, on pourra au choix conjurer ou célébrer par de lascifs déhanchements sur nos dancefloors improvisés. Pour ce faire on avait d’abord extrait de la pile le Death Disco de Public Image Limited, vite remisé car décidément trop martial en cette période kaki marine (faudra quand même se faire à l’idée de naturellement dégainer un Ausweis dès qu’on sort du bois pour se réapprovisionner en spiritueux). Continuer « #2 : The Monochrome Set, Apocalypso (1980, Dindisc) »

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Bande à part 1/3

Peter Milton Walsh de The Apartments raconte les Go-Betweens

The Go-Betweens
Robert Forster et Grant McLennan, The Go-Betweens / Photo : Eric Pérez

Peter Milton Walsh, l’éminence grise de The Apartements, a accepté que l’on publie, dans une version française signée Jean-Baptiste Santoni (avec l’aide précieuse de Catherine Cernicchiaro), les notes de pochette du deuxième volume du coffret G Stand For Go-Betweens, qui couvre la période 1985-1989. Plus que des notes de pochette, c’est une histoire magnifique que l’homme nous offre ici, à découvrir en trois chapitres découpés par ses soins. Continuer « Bande à part 1/3 »

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I Like 2 Stay Home #2 : En Attendant La Reprise, Volume 1

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

« Et si on publiait des compilations pour égayer les journées de nos lecteurs pendant qu’il sont confinés ? » « Ça tombe bien, j’ai une compilation de reprises que j’ai faite pour la naissance de mon fils. La reprise, c’est un joli thème pour cette période un peu angoissante. » Voici donc le premier volume d’En Attendant La Reprise, une compilation qui n’était pas du tout prévue pour ces circonstances. Cinquante-deux (soit deux fois vingt-six, vous avez bien compté) citations et réinterprétations, qui entre deux mystères, suggèrent aussi que les choses belles n’ont jamais de fin. Continuer « I Like 2 Stay Home #2 : En Attendant La Reprise, Volume 1 »

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#1 : The Sound Barrier, Excerpts fron The Suburbia Suite (1983, The Compact Organization)

The Sound Barrier sur le mur du jardin

A chacun ses gestes barrières. A défaut de pouvoir se barricader dans une suite du Normandy ou du Majestic, lieux emblématiques de l’enseigne fondée par feu Lucien B., ou de se lever et de se casser en toute impunité, on s’oblige à redorer le blason du chez soi, à polir l’harmonie du foyer, sis pour le coup aux confins de la Brie, dans cette zone floue entre banlieue et campagne – deux entités aptes à entrer en collision, au moins autant que les atomes de la famille nucléaire désormais assignée à résidence.
Parmi les gestes qui sauvent, reclus dans le bunker-bureau, celui de fouiller sans gants ni méthode dans les boîtes de 45 tours, et d’en extirper quelques vestiges oubliés. Ainsi ce (Excerpts from) The Suburbia Suite de The Sound Barrier qui tente de se rappeler à notre bon souvenir embrumé. Continuer « #1 : The Sound Barrier, Excerpts fron The Suburbia Suite (1983, The Compact Organization) »

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I like 2 Stay Home#1 : 25 ans de RPM

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

C’était il y a 25 ans presque jour pour jour. Le premier numéro de la RPM (qui en fait était le douzième – vous comprendrez pourquoi si vous suivez) atterrissait dans les kiosques à journaux et autres Maisons de la Presse avec quelques jours de retard – une tradition que le magazine a bien pris soin de respecter pendant plusieurs années. Aujourd’hui encore, je ne sais pas comment nous sommes arrivés à publier ce numéro et concrétiser ainsi un projet entériné en décembre 1994 dans un bar de la rue de Lappe, quelques heures après que Les Inrocks aient annoncé leur passage en hebdo et après avoir beaucoup bu (de margaritas, je crois).

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Fange, Pudeur (Throatruiner)

« On m’a connu raseur de murs, lécheur d’ordures, gicleur impur. Fuyant les fastes comme la peste. Traître à ma caste. Cafard céleste. »

Si les temps obscurs que nous traversons pouvaient trouver une bande-son à leur mesure, parions qu’ils se pencheraient avec mansuétude sur l’œuvre de ce groupe de Rennes, Fange. J’ai croisé leur route à Molodoi à Strasbourg, l’année dernière, alors qu’ils se lançaient, minuit passé, dans un concert impressionnant de tension et de maîtrise. J’ai pris le train en marche (et un peu dans la figure) avec leur album Punir sorti aussi en 2019. Pudeur, son successeur, sort en ce moment (en vinyle le mois prochain, si on est pas tous morts d’ici là) et possède ce même pouvoir à absorber la lumière, l’espoir et les sentiments, et à les réduire à de simples et douloureux stimuli corporels, des coups d’électricité dans la nuque, des palpitations du tympan, des vibrations dans le ventre, des remugles dans les intestins. Continuer « Fange, Pudeur (Throatruiner) »

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Kevin Krauter, Full Hand (Bayonet/Differ-Ant)

Sans que l’on parvienne réellement à en identifier les causes, Toss Up (2018), le premier album solo de Kevin Krauter, s’était insinué dans la densité du quotidien jusqu’à figurer en bonne place dans l’intimité arbitraire des palmarès de fin d’année. Deux ans plus tard, le bassiste de Hoops reprend le fil de son discours musical là où il l’avait provisoirement interrompu. «  It’s embedded in my brain/That things will never change/The way it is, is the way things are/So deal with it«  annonce-t-il d’emblée sur Patience. On se le tient donc pour dit : l’inertie est ici de mise. Pour l’affronter, les instruments ne constituent qu’un recours insuffisant : quelques pistes de guitares et autant de claviers archaïques suffisent à tracer les contours des chansons que surligne la métronomie robotique d’une boîte à rythmes. Ils suffisent pourtant à nourrir une série de méditations contemplatives, entre une introspection dépourvue de complaisance et immersion rêveuse dans les paysages entraperçus depuis le refuge autarcique du home studio. Continuer « Kevin Krauter, Full Hand (Bayonet/Differ-Ant) »

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Andrea Laszlo de Simone, Immensità (42 Records)

Échappant plutôt par le haut au narratif du renouveau de la pop italienne coincé entre San Remo et Sorrentino, Andrea Laszlo de Simone est suivi par quelques-uns de ce côté des Alpes depuis son Uomo Donna, album ample, gras et pourtant merveilleux qui s’imposait comme neuf malgré l’évidence de son ambition anachronique. Plutôt que de ciseler, potentialiser et photocopier son talent mélodique, le chanteur turinois délayait, aérait et laissait filer, entre les chansons, des longues plages de vie aux accents pastoraux. Je fus ainsi surpris un jour par le mode aléatoire qui fit se superposer Questo non è amore et Heart of the Country de Paul et Linda McCartney comme une naturelle association d’idées, un raccord cinématographique. Il y avait un romantisme archaïque dans Uoma Donna qui faisait revenir des images du Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher (2018), des prolétaires des premiers Visconti, ou encore, plus récemment, du cinéma de Pietro Marcello. Une filiation paysanne et romantique qui, par son contre-point anachronique, rend le monde plus vrai. Continuer « Andrea Laszlo de Simone, Immensità (42 Records) »

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Fin du monde : la bande originale

L’apocalypse zombie n’est pas encore là mais rien ne nous empêche d’écouter, de réécouter ou de faire découvrir Odessey And Oracle (des Zombies, justement), un disque de circonstance (une dernière merveille avant la fin) dont rigoureusement aucun extrait n’a été choisi pour cette mixtape à la fois paniquée et apaisante. Aux montagnes russes de l’incertitude, adaptons nos souvenirs, n’oublions pas de sourire, rendons hommage à Genesis P-Orridge, prophète des chaos passés et à venir qui nous a judicieusement quitté hier, et réécoutons, angoissés et amusés, tous les disques que nous aimons en prenant soin de nous. On va tous crever ? Et puis après, on verra bien.

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Maria McKee – La Chamade

Maria McKee
Maria McKee / Photo via @realmariamckee Twitter

Maria McKee n’avait plus donné de nouvelles depuis près de treize ans. Retirée de la musique pour se consacrer au cinéma et, plus précisément, aux films de son mari, Jim Akin, la chanteuse n’avait donc plus rien sorti depuis Late December en 2007, jugeant notamment que sa carrière ne lui ressemblait plus et que son heure était sans doute aussi un peu passée. Pourtant, cette pionnière de la scène néo-country, encensée depuis ses débuts au sein des éphémères Lone Justice, a toujours été une femme de tête et demeure une figure difficilement contournable du rock américain de ces quarante dernières années. Dans les années 90, elle avait ainsi réussi à s’imposer comme une véritable artiste solo, signant quelques albums de haute tenue, parmi lesquels le remarquable You Gotta Sin to Get Saved (1), un classique de l’americana produit par George Drakoulias et pour lequel elle avait embrigadé des membres des Jayhawks, des Posies et des Heartbreakers de Tom Petty. Continuer « Maria McKee – La Chamade »

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Dropkick, The Scenic Route (Sound Asleep/Bobo Integral)

C’est sans doute Nick Hornby qui l’a exprimé de la manière la plus claire et la plus pertinente en évoquant, dans les pages de 31 Songs (2003), son attachement passionnel, au-delà de toute considération esthétique, à Thunder Road de Springsteen. Il arrive parfois – rarement – que nous croisions le chemin d’un artiste ou d’une œuvre – une simple chanson peut suffire – qui exprime intégralement et parfaitement ce que nous sommes. Il ne s’agit pas d’une identification ponctuelle aux sentiments évoqués, aux situations décrites ni même aux personnages mais d’une adhésion plus complexe et plus complète aux moindres inflexions mélodiques, de cette conviction profonde, renforcée à chaque écoute, de partager avec l’auteur chacune de ses décisions artistiques et de saisir avec la puissance inégalée de l’intuition ce qu’il exprime par une voix qui semble se confondre avec la nôtre. Continuer « Dropkick, The Scenic Route (Sound Asleep/Bobo Integral) »

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Sous Surveillance : Dragnet

Dragnet
Dragnet
Qui ?
Quatre jeunes gens issus de quatre formations différentes.
Dane Brunt : Guitare / Chant (The Floaties)
Meaghan Weiley : Basse (House Deposit)
Daniel Oke : Batterie (House Deposit, Jarrow)
Jack Cherry : Guitare (Vintage Crop)

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Selectorama : Lesneu

Lesneu
Lesneu (Victor au centre)

Lesneu, c’est :
1/ le projet de Victor Gobbé qui officie par ailleurs avec The Slow Sliders.
2/ une abréviation de Lesneven, petite ville proche de Brest.
À 4 ans, Victor veut faire de la batterie. Il devra attendre un an pour avoir l’âge requis. Et ma foi, depuis il n’a jamais lâché l’affaire. Batterie, guitare, clavier, il touche à tout avec la même évidence nonchalante. Rajoutez sa voix au timbre ample et si particulier et vous aurez un disque qui ne ressemble à aucun autre. Des chansons mélancoliques sans tomber dans le pathos, des mélodies qui collent à la peau, des chansons d’amour intemporelles. Continuer « Selectorama : Lesneu »

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V/A, Born Bad Record Shop – 20 years Anniversary (Les Disques Les Mauvais Garçons)

En 2019, le disquaire Born Bad fêtait ses vingt ans d’existence, une petite performance en soi compte tenu du contexte économique difficile de la musique sur support physique. Pour marquer le coup, le disquaire a organisé des concerts en septembre dernier et sort ces derniers jours une compilation vinyle uniquement disponible rue Saint Sabin à Paris et chez quelques collègues émérites (Total Heaven, Dangerhouse etc.). Nous avons rarement l’occasion de mettre en avant ici les disquaires, ils sont pourtant un maillon important de la musique que nous aimons. Born Bad fait partie de ces endroits de vie, point névralgique de scènes qu’il faut chérir et valoriser. Continuer « V/A, Born Bad Record Shop – 20 years Anniversary (Les Disques Les Mauvais Garçons) »

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Cornershop, England Is A Garden (Ample Play)

De leurs débuts tonitruants dans les années 90 où ils brûlaient une effigie de Morrissey devant sa maison de disques – et devant les photographes des tabloïds anglais, à leur adoubement par le roi de l’Oasis, Noël Gallagher, en passant par le coup d’accélérateur donné à leur carrière par Fatboy Slim qui signait un remix de Brimful Of Asha, on pouvait aisément ne retenir qu’un énorme nuage de fumée épaisse, de la poudre de perlimpinpin pour un gogo indie (comme moi), des cônes d’encens pour touristes musicaux (comme moi). Cornershop, c’était et c’est évidemment beaucoup d’autres choses qui valent bien mieux que ce parcours en pointillé. Continuer « Cornershop, England Is A Garden (Ample Play) »

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Doves – Vague à l’âme

Pour les 30 ans de Heavenly Recordings, retour sur les immenses Doves

Doves
Doves / Photo : Olivier de Banes

Cette histoire, elle aurait bien pu être un scénario destiné aux garants du Nouvel Hollywood. Et elle aurait sans doute donné naissance à un beau film, réalisé en noir et blanc par Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola. Imaginez un peu : il y aurait été question d’amitié et de gars comme vous et moi, d’ascension surprise, de chute vertigineuse, de scoumoune et de mauvais œil, de disparitions, de détermination et de réincarnation. De loyauté. Une belle histoire donc, à laquelle on aurait peut-être eu du mal à croire d’ailleurs. Si elle ne s’était en fait déroulée sous nos yeux…
Car tout cela, et même un peu plus, est bel bien arrivé aux Doves, formation née en 1998 en guise de coup de poker, groupe de la dernière chance pour ses membres Jimi Goodwin et les jumeaux Jez et Andy Williams, animés d’une foi intacte malgré les déboires de leur précédente aventure sous le nom de Sub Sub. Continuer « Doves – Vague à l’âme »

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C’était un 7 mars.

Jour pour jour en 1983, New Order sortait « Blue Monday ».

"Blue Monday" New Order Peter Saville, 1983.
Pochette de « Blue Monday » de New Order par Peter Saville, 1983.

C’était un 7 mars, donc. Je pourrais récrire l’histoire et dire que, si ce n’est le jour même, j’ai acheté ce disque la semaine de sa sortie – à New Rose, après avoir été poursuivi par une horde de skinheads assoiffés de sang. Mais non. Ce n’est pas si important la date exacte de l’achat d’un disque. L’important, c’est l’impact. L’impact de la chanson. L’impact des images. Parce que je me souviens avoir vu la prestation de New Order à Top Of The Pops aux Enfants du Rock, présenté par Lenoir – c’était il me semble dans la version du samedi soir (et non du jeudi soir), à une heure tardive sur la 2e chaine (quand même, quel coup de génie du directeur de la chaine : programmer une émission un jour et à une heure où la cible privilégiée est en train de, au choix, siroter des bières éventées, danser dans une boite dite new-wave ou dans une surboum, de pogoter à un concert, de draguer, de baiser). Moi, j’étais trop jeune pour participer à tout cela – le « trop jeune » avait été décrété par mes parents. Mais ils ne se doutaient pas que de me donner la permission de regarder pareille émission allait avoir des conséquences prégnantes dans les années qui allaient suivre. Continuer « C’était un 7 mars. »

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Real Estate : Par-delà l’horizon

Real Estate
Real Estate

Rendez-vous est donné au Dunkerque, le bar au store jaune jouxtant le disquaire Balades Sonores, devant lequel une file d’attente se dessine déjà. Les deux membres fondateurs de Real Estate, Martin Courtney et Alex Bleeker, y sont attendus pour un showcase. Au programme : quelques titres, en avant-première, de The Main Thing, leur cinquième album paru le 28 février chez Domino, entrecoupés de classiques – car c’est à cette catégorie qu’appartiennent désormais des albums comme Days et Atlas. C’est avec Alex Bleeker, le bassiste à l’air enjoué, que j’ai eu la chance de m’entretenir quelques minutes avant le concert. Pas avare en paroles, il a exprimé sa gratitude envers la longévité du groupe, lancé en 2008 dans la petite ville de Ridgewood, New Jersey, avec ses amis d’enfance Martin Courtney et Matt Mondanile, et confirmé ce désir, partagé par toute la bande, de continuer à explorer leur identité sonore, que ce soit en se nourrissant des différentes influences de chacun ou en collaborant avec des musiciens venus d’autres horizons. « I don’t need the horizon to tell me where the sky ends. » a chanté Courtney ce soir-là, au cours d’un set intimiste, guitare et basse pour seul accompagnement, que les chanceuses personnes présentes garderont en mémoire.

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Tame Impala, The Slow Rush (Modular / Fiction / Caroline / Interscope)

LE « CONTRE »

« I wouldn’t wear a tie-dyed t-shirt
unless it is soaked with the urine of Phil Collins
and the blood of Jerry Garcia. »

— Kurdt Kobain

Je pensais démonter le truc en deux phrases précises, sans avant-propos liminaires, surtout après-coup mais vu les circonstances… Depuis samedi soir, le monde est divisé en deux camps et l’on assiste, interdit, à un tel déballage de nazeries totales concernant la cérémonie des César (sans s) et au très bon papier concomitant de Virginie Despentes dans Libé. Effarant, que tout un chacun se doit ou se sent le droit de donner son avis sur cette saine colère. Passé la nôtre, on regarde amusé, voire goguenard, les limites de la pensée contemporaine sur les réseaux sociaux tout en prenant des notes mentales pour plus tard. Continuer « Tame Impala, The Slow Rush (Modular / Fiction / Caroline / Interscope) »

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Tame Impala, The Slow Rush (Modular / Fiction / Caroline / Interscope)

LE « POUR »

Le rock (au sens large) est un genre moribond, beaucoup d’observateurs attendent frénétiquement de pouvoir en écrire la nécrologie, accompagné d’un #RIP, histoire de faire moderne. Peut-on vraiment leur donner tort ? Certes d’un point de vue souterrain, la scène est foisonnante et offre chaque jour des propositions excitantes que nous chroniquons ici régulièrement. Cependant aucune de celles-ci n’arrivent à créer un enthousiasme au-delà du cercle des convaincus et à toucher les gens normaux ou même notre sphère unilatéralement. Quels disques récents ont provoqué autour de vous des débats animés ces derniers temps ? Continuer « Tame Impala, The Slow Rush (Modular / Fiction / Caroline / Interscope) »

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Je ne dors pas alors j’ai écouté cette chanson (et j’ai écrit dessus)

Une chanson : Cabane, « Tu ne joueras plus à l’amour »

Lisa Balavoine
Photo : Lisa Balavoine

J’avais pris l’habitude d’envoyer chaque jour à quelqu’un une chanson, mais depuis quelques semaines je ne le fais plus, or ces gestes et ces pensées qui nous animent mécaniquement sont, on le sait, ceux dont il est le plus difficile de se défaire. Le hasard des douces amitiés fait que ce matin, un lundi de février qui ressemble à un dimanche de novembre, je reçois un message et dans celui-ci dix chansons. Je ne les écoute pas tout de suite, d’abord je remonte la couette sur moi, parce que je n’ai pas envie de me lever, parce que je n’ai pas réussi à dormir, parce que j’ai envie d’un café sans avoir le courage d’aller jusqu’à la cuisine, parce que ce sont encore les vacances, parce que je veux finir le roman que je suis en train de lire, parce que je remets toujours les choses à plus tard. Continuer « Je ne dors pas alors j’ai écouté cette chanson (et j’ai écrit dessus) »

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Cabane, Grande Est La Maison (Cabane Records)

Quand donc se sent-on vraiment chez soi ? Autour de cette interrogation aporétique, Thomas Jean Henri a patiemment bâti un édifice qui repose sur des fondations infiniment ramifiées et qui possèdent sans doute une importance aussi capitale que la partie émergente de sa Cabane si accueillante. Depuis 2015, l’ex-batteur de Venus s’est en effet attaché à ponctuer chacune des étapes de la construction de gestes artistiques réflexifs – articles de presse, singles avant-coureurs ainsi qu’un documentaire où les membres de l’entourage bienveillant de ses pairs s’interrogent sur la portée d’un album qu’il n’ont pas encore entendu – comme pour mieux prolonger ce sentiment au long cours, presque paradoxal, qui fait de chacun d’entre nous de petits Ulysse en quête du retour vers ces lieux pour lesquels l’attachement croît souvent à proportion de la distance qui nous en sépare. Continuer « Cabane, Grande Est La Maison (Cabane Records) »

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King Krule, Man Alive! (Matador)

Grain vibrant du film numérique venu d’un autre siècle. Un type est assis sur une chaise au milieu d’un champ où se sont éparpillées quelques touffes de neige grise. Caressant du doigt une guitare taille enfant, sa voix perce le souffle muselé de la tremblante captation. Il dit : « You’re my everything, you make me feel alright. You’re the only thing that makes me feel alright ». L’atemporalité du fragment est peut-être ce qui envoute le plus. Ce chant hors d’âge, cette supplique tranquille et immuable pour un être aimé – comme des milliers ont déjà été négligemment marmonnée par d’autres rêveuses et rêveurs. La beauté en apnée. C’est comme ça que l’on est retombé sur King Krule, en novembre dernier, deux ans après son grand The Ooz, à l’occasion d’un court-métrage en guise de retrouvailles, collection vidéo de démos acoustiques fredonnées en pleine nature face à l’objectif de la photographe Charlotte Patmore, sa compagne. Intitulé Hey World!, il enveloppait avec la chaude familiarité d’un vieil ami, égaré puis réapparu dans la brume des jours qui fuient. Un peu plus vieux, un peu plus sage, mais dont un souffle seul suffit à faire jaillir quelque chose d’intime et d’incassable. Lui, instantanément. Continuer « King Krule, Man Alive! (Matador) »

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Handle, In Threes (Upset The Rhythm)

In Threes est un de ces disques trop rares qui vous cueillent sans prévenir, au moment où l’on s’y attend le moins. Pas besoin de quelconque préambule, introduction, note d’intention, ni même d’une première écoute attentive. Ça tombe bien : on ne sait rien ou presque sur ces jeunes gens de Handle qui sortent de nulle part. On nous souffle seulement que l’un des membres a été élève dans le bahut de Martin Moscrop, ce qui n’est pas anodin mais n’explique pas entièrement l’affaire. Continuer « Handle, In Threes (Upset The Rhythm) »

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Hémisphère Sud, H.S. (Another Record)

« C’est toujours toi le meilleur, surtout quand j’suis ailleurs, t’as toujours voulu tout savoir, j’ai plus qu’à m’camer et boire »

De leur nom pourrait naître un quiproquo rigolo et handicapant. S’agit-il d’une radio libre des années 80 spécialisée dans la sono mondiale ? Ou d’un groupe culte vite oublié des profondeurs du Top 50  ? Que nenni. Hémisphère Sud est bien un groupe tourangeau actuel, bien dans son époque, de toute façon, ici, on ne se moque pas des noms, pas du physique, pas de la famille. Continuer « Hémisphère Sud, H.S. (Another Record) »

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Cindy Lee, What’s Tonight To Eternity (W.25th)

Il ne faut pas beaucoup d’écoutes de ce nouveau disque de Cindy Lee pour saisir toute l’importance, intime comme artistique, que revêt ce projet pour son créateur, le canadien Patrick Flegel, connu jusque là surtout pour son travail en tant que chanteur et guitariste du groupe Women, auteur à la fin des années 2000 de quelques albums sympathiques de rock noisy tendance shoegaze. Aujourd’hui, Flegel est devenu pour la scène Cindy Lee et règle ses comptes avec son passé et ses fantômes en chantant, de façon convaincante, comme Patsy Cline ou Karen Carpenter et faisant autant hurler ses guitares que vriller ses synthétiseurs cradingues et ses magnétophones. Jusque là le projet du canadien, c’est son cinquième album sous cette identité, tenait plus du happening arty queer que d’une réelle œuvre musicale. Continuer « Cindy Lee, What’s Tonight To Eternity (W.25th) »

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The Proper Ornaments : « Notre seule règle était que tout devait rester simple. »

Nouvel album pour les anglais, à peine quelques mois après le précédent.

The Proper Ornaments
The Proper Ornaments

Quelques mois après la parution de 6 Lenins, les Proper Ornaments sont de retour avec Missions Bells. Plus aéré et synthétique que son prédécesseur, ce cinquième album a été conçu dans la foulée de la dernière tournée du groupe. Sans jamais se répéter, James Hoare et Max Oscarnold y perpétuent la tradition d’une pop psyché mélancolique et intemporelle. Ils nous ont accordé un entretien où ils reviennent sur les dix ans du groupe, la vie dans les squats et la précarité, mais surtout leur attachement au Do It Yourself. Derrière l’apparente mélancolie et la douceur de leur musique, les Proper Ornaments ne seraient-ils pas l’ultime groupe punk ? Continuer « The Proper Ornaments : « Notre seule règle était que tout devait rester simple. » »

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Mixtape Section26 #8 : Thousand

Stéphane Milochevitch dit Thousand a surpris son monde en 2016 avec son album Le Tunnel Végétal, dans lequel beaucoup ont aimé et aiment encore se perdre. Déjà auteur de deux albums, le premier sur le label défricheur Arbouse Recordings, le second sur Talitres, sa maison de disques actuelle, il s’affranchissait de l’anglais pour offrir ses mots à tous, ici et maintenant et s’affirmait d’emblée comme un auteur ambitieux et accessible. A la fois profonde et mystérieuse, sa littérature chargée de références, religieuses et historiques, n’oublie pas le langage actuel, celui parlé dans nos rues et nos villages, jusqu’à l’écran de nos téléphones, entre classicisme et ultra modernité. Tout cela aurait pu masquer le reste de ses qualités et désamorcer la portée de son disque, si Thousand n’était avant tout un musicien instinctif et radicalement efficace : ses mots sont portés par des mélodies qu’on a envie de chanter avec lui, et pour lesquelles il se met au service avec sa garde rapprochée. Au-delà de la reconnaissance et du succès, Thousand recherche l’abandon, dans une quête évidente d’extase, faite de collisions incongrues, de collages contemplatifs, à l’image de la mixtape cabossée qu’il nous propose, si loin, si proche de sa musique.

Renaud Sachet

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La Fresto, 22 222 (autoproduction) / Superbravo, Sentinelle (Fraca)

« On efface les chroniques et le passé est vierge, de ces coups de sangs critiques, des erreurs chronologiques, des labyrinthes tectoniques, des coups de balai sur les fondations, c’est une nécessité »

« Vois, tes mots me rendent meilleure »

S’il y a des artistes qui ne se posent pas de questions quant à la nature profonde de leur métier, voire de leur être, ce sont bien les ex-pensionnaires du label Lithium. Et si l’entreprise de Vincent Chauvier a fermé ses portes il y a un peu moins de vingt ans maintenant, les jeunes pousses grandies sous son aile ont depuis embrassé des carrières dont le moindre des soucis est justement leurs débuts tonitruants. Il y avait une vie après le label à l’empreinte historique, et Superbravo et La Fresto en sont la preuve. Et peu importe le degré de reconnaissance que chacun a rencontré, la musique était un choix non négociable, qu’elles qu’en soient les conséquences. S’il était dans les compétences d’un directeur artistique de ressentir ça chez une personne en devenir, l’urgence de la passion, ce dévouement à la vie à la mort, on peut dire que Vincent Chauvier s’est peu trompé. Voire jamais. Continuer « La Fresto, 22 222 (autoproduction) / Superbravo, Sentinelle (Fraca) »

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Mark Hollis, une interview oubliée – Janvier 1998

Mark Hollis
Mark Hollis

Le 25 février 2019 a été une journée noire pour tout admirateur de la pop anglaise dans ce qu’elle a de plus ambitieux, avant-gardiste et intemporel, un peu plus de trois ans après le chant du cygne de Bowie. La disparition de Mark Hollis, dont nous n’avions presque plus aucune nouvelle depuis 1998, sonnait le glas de nos espoirs d’entendre à nouveau sa voix si particulière, lui qui osa l’utiliser comme un instrument (oui, c’est un cliché !), mais un de ceux dont personne n’avait joué avant. Je me consolais en me disant que j’avais eu la chance de le rencontrer il y a plus de vingt ans, quelques semaines après Christophe Basterra dont l’article figure ici-même. Je ne vais donc pas ajouter grand-chose de plus, il l’a si bien écrit.
Mais… Continuer « Mark Hollis, une interview oubliée – Janvier 1998 »

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Deca Joins, Go Slow (Streetvoice)

Enserrée par les mers de Chine, des Philippines et soufflée par les brises du Pacifique, l’île de Taïwan semble se nourrir d’une circulation ancienne et constante de courants marins et culturels. Pour peu que l’on s’intéresse même sporadiquement, ainsi que je le fais, à la production musicale locale, on ne s’étonnera pas d’y trouver les mêmes enjeux et manières qui forment de l’archipel nippon à la péninsule coréenne les grandes tendances des pop extrêmes orientales : industrialisation, fabrique d’images et stéréotypes musicaux forcés. On ne s’étonnera pas non plus d’y trouver, lubie ancienne de toutes les pop en milieu démocratique, une scène d’indépendance qui plus ou moins frontalement défie la domination des images et des rythmes. Continuer « Deca Joins, Go Slow (Streetvoice) »

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SECTION26 NEWS#2 : 02.2020

Second brassage de nouveautés au programme de cette récolte collective et mensuelle menée par la rédaction de section26. De quelques confirmés aux nouveaux venus, faites vos choix, les jeux sont faits. Notez une fois encore que nous vous proposons deux modes d’écoute : la playlist en continu où vous pouvez sélectionner votre plateforme d’écoute (Spotify, Deezer ou YouTube, pour les non abonnés) et la sélection commentée par nos plumes ci-dessous. Il ne vous reste qu’à appuyer sur la touche play. Continuer « SECTION26 NEWS#2 : 02.2020 »

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Sale temps pour la musique

Interview inédite d’Andy Weatherall en 2011, pour la réédition de « Screamadelica »

Andy Weatherall
Andy Weatherall

La musique compte chaque jour ses morts. Mais celle d’Andy Weatherall, si elle peut laisser indifférent le grand public (“Qui ça ?”) a été saluée avec la plus grande émotion par ses pairs. Tous, y compris ses admirateurs anonymes au moins aussi reconnaissants, ont insisté sur le sens de l’humour, la gentillesse, le savoir vivre et la culture extra-musicale du monsieur. Il serait trop fastidieux de rappeler que Weatherall a changé la musique pop dès sa deuxième production en 1989 avec Loaded de Primal Scream. Mais celui qui était toujours capable d’initier Convenanza en 2013, un nouveau festival défricheur et intimiste à Carcassonne, a surtout refusé de capitaliser sur sa réputation et de devenir sans trop se fatiguer un “gros” DJ et producteur discographique de stars. Il a préféré explorer les marges sans relâche, quitte à nous perdre parfois en route bien au-delà de Sabres Of Paradise, Two Lone Swordsmen et tout ce qui est sorti sous son nom. Il faudra encore du temps pour bien écouter, essayer de comprendre et peut-être réaliser à qui nous avions affaire derrière ses différentes identités sonores. Pour donner un exemple évident, la liste désormais détaillée des samples de Loaded ne saurait à elle seule expliquer le résultat final. Weatherall reste aujourd’hui encore un pionnier musical tous azimuts, toutes directions. Continuer « Sale temps pour la musique »

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Transversales / Jonathan Fitoussi et Sébastien Rosat

Jonathan Fitoussi, Transversales
Jonathan Fitoussi, Transversales

Fondé en 2017 par Jonathan Fitoussi et Sébastien Rosat, Transversales Disques s’est très rapidement imposé comme l’un des labels les plus passionnants de ces dernières années. Porté par une haute exigence esthétique et un parti-pris à l’érudition impeccable, c’est autour de deux axes principaux qu’il développe une ligne impressionnante par son refus de certaines facilités qui peuvent caractériser un secteur aujourd’hui saturé : que ce soit par la redécouverte de travaux de certains représentants de la musique électro-acoustique, liés au GRM, comme Bernard Parmegiani, Luc Ferrari ou François Bayle, ou encore par une attention toute particulière portée à la bande originale de film et à son âge d’or (les années 60-70-80) avec François de Roubaix, Philippe Sarde, Ennio Morricone, l’acte de redécouverte de l’inédit ou de réédition n’est jamais gratuit, évitant soigneusement l’archive dispensable ne valant que par sa pseudo-rareté. Continuer « Transversales / Jonathan Fitoussi et Sébastien Rosat »

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Tôle Froide, La Redoute (Le Turc Mécanique, AB, Et Mon Cul C’est du Tofu, Kakakids)

En 2017, la cassette de Tôle Froide publié par le label rhodanien AB Records avait surpris pas mal de monde, y compris nous. Le mini album fut même réédité en vinyle par un ensemble de labels, très rapidement sold-out. Dans la foulée, le groupe a un petit peu tourné, mais reste assez rare sur notre chère capitale. La Redoute, annoncé ces derniers jours chez Le Turc Mécanique (Balladur, Bracco, Jardin), Kakakids, Et Mon Cul C’est du Tofu et AB Records sort dans la foulée, l’occasion de reparler d’un des groupes francophones les plus enthousiasmants de ces dernières années. Continuer « Tôle Froide, La Redoute (Le Turc Mécanique, AB, Et Mon Cul C’est du Tofu, Kakakids) »

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Dead Ghosts, Automatic Changer (Burger Records)

Après cinq années de silence radio, on aurait pu croire les Dead Ghosts disparus pour de bon. Mais avec leur excellent nouveau LP Automatic Changer – qui sortira le 24 avril prochain chez Burger Records-, la bande de Bryan Nicol (chant/guitare), Andrew Wilkinson (guitare) et Michael Wilkinson (batterie), renforcée par Moe Chiumento (basse) et Craig Pettman (claviers), revient avec une inspiration et une énergie aussi intactes qu’à leurs débuts. Continuer « Dead Ghosts, Automatic Changer (Burger Records) »

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Ben Watt, Storm Damage (Unmade Road/Caroline)

Sa discographie, souvent brillante, et qui s’étend désormais sur plus de quatre décennies en atteste : Ben Watt n’a jamais été l’homme du statu quo musical. Et même si Storm Damage semble s’inscrire dans la continuité chronologique de ses deux précédents albums solo, publiés depuis son retour aux affaires extra-conjugales en 2014, les inflexions instrumentales construisent ici une toile de fond toute différente où se projettent des états d’âme toujours plus personnels, où semble dominer la triste sérénité issue de la résignation au deuil. Continuer « Ben Watt, Storm Damage (Unmade Road/Caroline) »

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Aoife Nessa Frances, Land Of No Junction (Ba Da Bing Records)

Land of No Junction est le premier album de la nord-irlandaise Aoife Nessa Frances qui n’est pas une complète inconnue puisqu’elle a fait ses armes dans le courant des années 2010 en tant que moitié du duo confidentiel shoegaze Princess qu’elle formait alors avec son frère. Du shoegaze des débuts, la chanteuse a conservé ce phrasé aérien mais a troqué les atmosphères vaporeuses pour un retour appuyé à ses racines folk. Pour cela, elle s’est entourée du talentueux guitariste Cian Nugent, à la production et cosignataire d’une bonne part des compositions, dont on comprend à l’écoute du disque que l’apport a été significatif. Continuer « Aoife Nessa Frances, Land Of No Junction (Ba Da Bing Records) »