The High, Somewhere Soon (London Records, 1990)

the high somewhere soonEn Angleterre, le début des années 90 est marqué par le shoegaze et Madchester. La C86 est déjà loin derrière, l’Angleterre a trouvé ses nouveaux hérauts à travers les Stone Roses ou les Happy Mondays. Ces groupes créent une véritable émulation. Des hordes de groupes baggy débarquent au tournant des années 80/90. Ils s’appellent les Charlatans, Mock Turtles, Soup Dragons, Inspiral Carpets ou The High. Ces derniers sortent Somewhere Soon, leur premier album en 1990. Malgré une production signée Martin Hannett sur un morceau, The High ne s’envoleront pas jusqu’aux cimes des charts britanniques. Depuis, le groupe de Manchester est condamné à un certain anonymat, celui que l’on réserve aux seconds couteaux, au mieux un guilty pleasure, au pire une erreur de jeunesse.
Si ceux qui étaient là s’en souviennent un peu, les autres ne connaissent même pas leur existence. L’histoire a cela d’injuste qu’elle est écrite par les vainqueurs. Parfois ce narratif mérite d’être un peu questionné. Somewhere Soon n’est certainement pas un disque majeur de l’époque mais c’est un album de pop très qualitatif qui vieillit franchement bien. Somewhere Soon démarre en fanfare sur la chanson la plus connue du groupe: Box Set Go, une merveille jangle-pop, à quelques encablures de There she Goes des La’s. C’est aussi la dernière production notable de Martin Hannett. Le talentueux producteur (Joy Division, Happy Mondays, Magazine, Buzzcocks, OMD etc.) décède prématurément d’un accident cardiaque en 1991, la quarantaine à peine entamée. Les High n’ont pas la renommée des autres clients du savant fou des consoles mais le groupe ne démérite pas pour autant. Ils sont eux-mêmes tous issus de ce terreau local mancunien.

En effet, avant The High, Andy Couzens (le guitariste) fonda les Stone Roses et participa même au premier single, il fut aussi des Buzzcocks F.O.C. avec Simon Davies (le bassiste) et Chris Goodwin (batterie). Ce dernier fut aussi, un temps, membre des Inspiral Carpets. À ces trois lascars bien impliqués dans la scène s’ajoute alors John Matthews, au chant, passé par Turning Blue. On comprend alors aisément que des labels en quête de leur groupe baggy aient jeté leur dévolu sur The High. Pour autant, le groupe n’a certainement pas répondu aux attentes des pontes de London. Ce n’est pas faute d’avoir bien fait les choses. S’ils sont un soupçon plus classiques que leurs collègues des Stone Roses, The High écrivent de jolies chansons, très bien mises en valeur par la production et le superbe jeu de guitare de Couzens. C’est une des révélations de Somewhere Soon, tout ici est délicat et bien dosé. Un léger parfum sixties psychédélique émane de ces dix chansons. Guitares jangly byrdsiennes, production cristalline et limpide, Somewhere Soon est un syncrétisme réussi et attachant des années 60 et 90. Si parfois, il y a une pointe de monotonie, notamment dans le manque de variations de la voix de Matthews (qui ne démérite pas), l’ensemble a belle allure. L’entame de Somewhere Soon est assez poppy mais sait aussi se faire plus feutrée, comme sur la très jolie Rather Be Marsanne. So I Can See imagine une rencontre entre les scènes Paisley Underground et Madchester. Dans sa seconde moitié, The High lâche un peu les chevaux et devient plus ouvertement psychédélique. Les durées s’allongent, laissant place à davantage de liberté et d’improvisation. Cela réussit au groupe ! Il suffit d’écouter Dreams of Dinesh, ses tablas et son rave-up que ne renieraient pas les Yardbirds ! Après la superbe Up and Down, l’un des singles, l’affaire se conclut sur Somewhere Soon. Le morceau-titre livre un véritable manifeste des intentions de The High. La chanson prend son temps, monte progressivement la tension avant de dévoiler un très beau final. Il n’a pas manqué grand chose à cet album. La concurrence était rude, les High n’ont pas su dépasser le bruit ambiant. Peut-être qu’un tube plus dansant aurait aidé à emballer l’affaire, qui sait ? Reste que Somewhere Soon est un album fort cohérent, avec du chien. Que l’on soit sensible au revivalisme sixties, à la scène baggy ou britpop, il y a fort à parier qu’il y a ici quelque chose pour vous.


Somewhere Soon par The High est sorti en 1990 sur London Records

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