Catégories interviewÉtiquettes , , ,

Tricky : « Le plus grand fléau pour les musiciens, c’est de trop réfléchir »

Tricky / Photo : Steve Gullick
Tricky / Photo : Steve Gullick

Le dossier de presse du nouvel album de Tricky annonce rapidement la couleur : Different When It’s Silent est son meilleur album depuis son tout premier, Maxinquaye. Des annonces comme ça, les rédacteurs en reçoivent plusieurs par mois dans leur boîte mail. Dans le meilleur des cas, le disque s’avère plaisant. Mais pas cette fois. Sans être le meilleur depuis Maxinquaye, comment dépasser le chef-d’œuvre claustrophobique Pre-Millennium Tension, Different When It’s Silent se place d’office dans le haut du panier de sa longue et prolifique carrière. Il aura pourtant fallu l’intervention d’Alan McGee, son nouveau manager et ancien boss de Creation Records (Oasis, Teenage Fanclub, My Bloody Valentine, etc.), pour que ce projet sorte sous son nom. En deuil depuis le décès de sa fille en 2019, Tricky voulait se faire discret et travaillait pour d’autres ou sous un autre nom. Le deuil est encore présent sur ce disque ; il crée une tension inédite qui, ajoutée à un côté brut et à la voix de Mitch Sanders, donne toute sa force à Different When It’s Silent. Car, pour la première fois, Tricky sort un disque où les voix masculines dominent. C’est autour d’une table, en terrasse d’un café parisien, que nous avons rencontré un des artistes les plus en marge du business. Habité, honnête, direct, généreux et dénué d’ego, il revient à la fois sur son passé, le music business et la genèse de ce nouvel album. L’interview a été préparée avec la collaboration d’Yves-Loïc Tépho. Continuer la lecture de « Tricky : « Le plus grand fléau pour les musiciens, c’est de trop réfléchir » »

Catégories billet d’humeurÉtiquettes , , , ,

I guess you got no one

Photo : Sébastien Berlendis
Photo : Sébastien Berlendis
A propos d’Ex-Girlfriend, extrait d’Everclear, cinquième album d’American Music Club

Nicola longe les bords du Léman au ralenti, il cherche une plage pour atténuer la moiteur,
éloigner la touffeur infernale qui immobilise, depuis des jours, les rues de la grande ville. A
la sortie d’Allaman, Nicola gare la voiture sur un parking qui surplombe le lac. La descente
emprunte un sentier raide, caillouteux, poussiéreux, brûlant, avant l’ombre des grands
pins, qui le transportent, le temps d’un instant, vers ses paysages méditerranéens adorés. Continuer la lecture de « I guess you got no one »

Catégories Epic SoundtrackÉtiquettes , , ,

« Big Pink » par The Cudgels (1989)

Et si la meilleure chanson d’indie pop jamais enregistrée était l’œuvre d’un groupe dont même bien des vétérans des eighties n’ont jamais entendu parler ? Bon ok, je démarre peut-être un peu fort là, mais je n’exagère qu’à moitié, car je tiens vraiment Big Pink de The Cudgels pour une de ces merveilles cachées dont on se demande comment elle n’a pas pu devenir un classique. Continuer la lecture de « « Big Pink » par The Cudgels (1989) »

Catégories selectoramaÉtiquettes , , , , , ,

SELECTORAMA : AUTOUR DE LUCIE

Autour de Lucie / Photo : Matthieu Dortomb
Autour de Lucie / Photo : Matthieu Dortomb

C’était dans les derniers soupirs du siècle dernier : aux côtés d’hommes en presque solitaire – Dominique A, Philippe Katerine –, Autour de Lucie incarnait ce que d’aucuns baptisèrent “la nouvelle chanson française”, bannière qui résumait finalement assez mal la chose puisque ces jeunes gens modernes deuxième génération avaient beau écrire dans la langue de Molière, leurs parrains musicaux étaient souvent anglo-saxons – The Pale Fountains (Michael Head était d’ailleurs au générique du premier album d’Autour de Lucie), The Smiths, The Sundays, pour faire bref.

Continuer la lecture de « SELECTORAMA : AUTOUR DE LUCIE »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Carla dal Forno, Confession (Kallista Records)

Carla Dal Forno, Confession (Kallista Records)Quelque part dans le bush australien, un ancien hôpital des années 1930 — couloirs vides, lumières bourdonnantes, chambres dépouillées. C’est là que Carla dal Forno enregistre Confession, après son retrait à Castlemaine, poussant plus loin ce que son précédent album, Come Around (Kallista Records, 2022), esquissait : l’abstraction d’un lointain filtré tombe et semble caresser cette fois-ci des désirs plus pop à partir des séismes intérieurs qui suivent l’ajustement au lieu. Avec l’intransigeance d’une « vérité » émotionnelle plus nue, au seuil du dérangeant.

Continuer la lecture de « Carla dal Forno, Confession (Kallista Records) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Ambassade, Manrira (Pinkman Records)

Pascal Pinkert est un gros bosseur de la scène underground néerlandaise, qui veut s’amuser, qui enjambe franchement les genres. Il est, je crois, surtout connu pour des morceaux cold wave (plutôt sous l’alias De Ambassade – devenu Ambassade) et krautrock/psych (plutôt sous l’alias Dollkraut), parus il y a bientôt une dizaine d’années. Depuis, il n’a pas vraiment cherché à occuper cette niche qui lui a valu un peu d’estime et de succès. Il préfère avancer dans plein de directions, inspiré tant par les styles les plus hétérodoxes du rock, que par les grosses orchestrations à la Jean-Claude Vannier, ou la musique électronique – et cela, de même, de manière bien large. Je vous apprendrai, peut-être, que Patrick Pinkert possède aussi l’alias DJ Europarking, qui produit et mixe de la techno trancée, sans s’encombrer de considérations sur le bon ou le mauvais goût. Continuer la lecture de « Ambassade, Manrira (Pinkman Records) »

Catégories mardi oldieÉtiquettes , , ,

Guilty Razors, Complete Recordings – 1978 (Born Bad Records)

Parfois l’histoire est plus belle que le dénouement. C’est un peu la sensation que certains d’entre nous éprouveront en écoutant Complete Recordings 1978 de Guilty Razors. Il fallait être là en 1978, dans cette France giscardienne, tournée vers le futur, mais rattrapée par la crise pétrolière. Etre punk à la fin des années 70 dans l’Hexagone était une expérience singulière. Honni par la France profonde comme les gauchistes de la révolution culturelle, le punk était une affaire d’inadaptés. À Rouen (Les Olivensteins) comme dans le XVIe arrondissement, des jeunes cherchaient à tromper l’ennui. Ils se plongèrent dans le meilleur des sixties (Nuggets etc.) et cherchèrent cette précieuse vitalité dans les premiers disques punk britanniques ou étatsuniens. Guilty Razors étaient de ceux-là, des vrais de vrais, des purs et souvent durs. Continuer la lecture de « Guilty Razors, Complete Recordings – 1978 (Born Bad Records) »

Catégories sunday archiveÉtiquettes , , , , , , ,

Richard Hawley, au nom du père

Richard Hawley / Photo : Steve Gullick
Richard Hawley / Photo : Steve Gullick

La première fois, c’était au printemps 2001, au téléphone, dans les bureaux de la RPM : nous avions reçu le mini-album de ce gars dont le nom nous disait bien quelque chose sans savoir où nous l’avions croisé – le principal intéressé nous a rafraichi la mémoire en racontant ses excès avec Longpigs : les sept chansons avaient un gout d’avant, à l’instar d’une pochette au charme suranné et de cette voix à la gravité rassurante. L’homme n’allait pas chômer, en réalisant quelques mois plus tard un premier album aussi magnifique que son titre pouvait le laisser présager, Late Night Final. Nous nous sommes dits alors qu’avec Richard Hawley, ce serait pour la vie – et entre nous, nous n’avions pas vraiment tort. Nous avons alors souvent croisé sa route, comme pour cette interview croisée avec son ami Jarvis Cocker, attablés dans un PMU de la rue Amelot, quelques heures avant que les deux acolytes ne passent des disques dans la cave du légendaire Espace Couleur… Continuer la lecture de « Richard Hawley, au nom du père »