Catherine Ringer dans « Soigne Ta Droite » de Jean-Luc Godard (1987) / Photo : DR
Il y a des artistes dont on reconnaît la voix en quelques secondes. Celle de Catherine Ringer appartenait à cette catégorie rarissime : une voix capable de tout, du cri au murmure, de la gouaille au lyrisme, de la sensualité à la douleur, avec cette façon absolument unique de faire passer une chanson entière par le corps.
La musique électronique et la pratique du live ont toujours entretenu des relations complexes. Un certain cliché irait même jusqu’à en opposer les termes : quoi de plus éloigné de la plus ou moins grande spontanéité de l’interprétation instrumentale que la soi-disant froideur des séquenceurs et autres systèmes de programmation. Évidemment, comme tout cliché, c’est sa part de fausseté qu’il convient de souligner. On pourrait même établir une histoire passionnante du live électronique et de ses singularités : du concert d’enceintes avec la musique acousmatique à l’impro live néo-psych du côté de la free party, en passant par les expérimentations de la scène indus ou de la scène laptop/Extreme Computer Music. Ou encore plus précisément, ces quinze dernières années, du côté du revival analogique. Continuer la lecture de « Blason, Blason (bruit direct disques et [tanzprocesz]) »
Tous les mois, la rédaction de section26 propose une playlist constituée à 100% de nouveautés, entre trouvailles que vous n’écouterez qu’ici, sorties de groupes et d’artistes qu’on adore et retours de flamme inespérés. Les voici, une fois encore, choisis avec amour.
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Il est aujourd’hui admis que l’apparition et la généralisation des samplers au tournant des années 1980-1990 ont grandement contribué au développement d’une nouvelle grammaire musicale. Plus précisément, la mise sur le marché de machines (les samplers Akai notamment) dotées de la fonction de time stretching (la possibilité, plus ou moins aisée à cette époque, d’étirer/compresser le tempo d’un sample sans faire varier sa note/hauteur) a révolutionné la manière de composer et de produire à partir de collages de sons, de boucles ou d’autres matériaux sonores. On pense aux classiques du rap They Reminisce Over You de Pete Rock & CL Smooth ou Shook Ones Pt. II de Mobb Deep, ou encore, bien évidemment, aux productions jungle et à leur usage de l’Amen break. Mais c’est peut-être dans certaines productions à la croisée de l’abstract hip-hop et d’une post- ou neo-library music que cette esthétique de la citation pop et du montage dada a pu prendre sa forme la plus accomplie – les labels Mo’ Wax et Ninja Tune, avec What’s That Noise? de Coldcut, Mark’s Keyboard Repairde Money Mark, et bien évidemment le fameux Endtroducing….. de DJ Shadow. Continuer la lecture de « Langue Pendue n°12 : Super mal produit, Une histoire du disque Supermalprodelica »
Le dossier de presse du nouvel album de Tricky annonce rapidement la couleur : Different When It’s Silent est son meilleur album depuis son tout premier, Maxinquaye. Des annonces comme ça, les rédacteurs en reçoivent plusieurs par mois dans leur boîte mail. Dans le meilleur des cas, le disque s’avère plaisant. Mais pas cette fois. Sans être le meilleur depuis Maxinquaye, comment dépasser le chef-d’œuvre claustrophobique Pre-Millennium Tension, Different When It’s Silent se place d’office dans le haut du panier de sa longue et prolifique carrière. Il aura pourtant fallu l’intervention d’Alan McGee, son nouveau manager et ancien boss de Creation Records (Oasis, Teenage Fanclub, My Bloody Valentine, etc.), pour que ce projet sorte sous son nom. En deuil depuis le décès de sa fille en 2019, Tricky voulait se faire discret et travaillait pour d’autres ou sous un autre nom. Le deuil est encore présent sur ce disque ; il crée une tension inédite qui, ajoutée à un côté brut et à la voix de Mitch Sanders, donne toute sa force à Different When It’s Silent. Car, pour la première fois, Tricky sort un disque où les voix masculines dominent. C’est autour d’une table, en terrasse d’un café parisien, que nous avons rencontré un des artistes les plus en marge du business. Habité, honnête, direct, généreux et dénué d’ego, il revient à la fois sur son passé, le music business et la genèse de ce nouvel album. L’interview a été préparée avec la collaboration d’Yves-Loïc Tépho. Continuer la lecture de « Tricky : « Le plus grand fléau pour les musiciens, c’est de trop réfléchir » »
A propos d’Ex-Girlfriend, extrait d’Everclear, cinquième album d’American Music Club
Nicola longe les bords du Léman au ralenti, il cherche une plage pour atténuer la moiteur, éloigner la touffeur infernale qui immobilise, depuis des jours, les rues de la grande ville. A la sortie d’Allaman, Nicola gare la voiture sur un parking qui surplombe le lac. La descente emprunte un sentier raide, caillouteux, poussiéreux, brûlant, avant l’ombre des grands pins, qui le transportent, le temps d’un instant, vers ses paysages méditerranéens adorés. Continuer la lecture de « I guess you got no one »
Et si la meilleure chanson d’indie pop jamais enregistrée était l’œuvre d’un groupe dont même bien des vétérans des eighties n’ont jamais entendu parler ? Bon ok, je démarre peut-être un peu fort là, mais je n’exagère qu’à moitié, car je tiens vraiment Big Pink de The Cudgels pour une de ces merveilles cachées dont on se demande comment elle n’a pas pu devenir un classique. Continuer la lecture de « « Big Pink » par The Cudgels (1989) »
C’était dans les derniers soupirs du siècle dernier : aux côtés d’hommes en presque solitaire – Dominique A, Philippe Katerine –, Autour de Lucie incarnait ce que d’aucuns baptisèrent “la nouvelle chanson française”, bannière qui résumait finalement assez mal la chose puisque ces jeunes gens modernes deuxième génération avaient beau écrire dans la langue de Molière, leurs parrains musicaux étaient souvent anglo-saxons – The Pale Fountains (Michael Head était d’ailleurs au générique du premier album d’Autour de Lucie), The Smiths, The Sundays, pour faire bref.