
Tous les mois, la rédaction de section26 propose une playlist constituée à 100% de nouveautés, entre trouvailles que vous n’écouterez qu’ici, sorties de groupes et d’artistes qu’on adore et retours de flamme inespérés. Les voici, une fois encore, choisis avec amour.
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1. Touch Girl Apple Blossom, I’m Lucky I Found You (K/Perennial Records)
Le vœu est dans le titre, le classicisme indie est total et mon cœur a tout fondu — envie d’être sur la route avec mes amis, rouler libre, libre, un désir qui semble impossible et fou en 2026, et pourtant, et pourtant… Perennial le baume à toutes les plaies et sa petite perle chaque mois, un miracle génial. Acolytes de tournée des Good Flying Birds évoqués ici bas par Baptiste Fick, leur album Graceful sortira le 15 mai prochain. PN
2. White Fence, That’s Where The Money Goes (Seen From The Celestial Realm) (Drag City)
On a longtemps compté Tim Presley dans le gang des ultra prolifiques psych-rockers de San Francisco aux côtés de son acolyte Ty Segall et de John Dwyer. Une productivité délirante, liée en partie à son addiction aux opioïdes. Puis il y a eu le sevrage, une perte de créativité et ce silence depuis 2019 ; cette année avant que tout ne change. Alors il est difficile d’exprimer à quel point cet album, celui de sa renaissance, celui de notre replongée dans le passé, réchauffe le cœur. Enregistré sur cassette et mixé par Ty Segall, que l’on retrouve aussi à la batterie, Orange n’est que jangle pop et influences rétro, des Byrds à Felt (Given Up My Heart, Blind Your Sun) en passant même par Jesus and Mary Chain (So Beautiful, une reprise de Simply Red). L’album de notre printemps. CG
3. The Hobknobs, Easier Listening (autoproduction)
Acrobatie géniale : The Fall en twee. Ou quelque chose comme ça. The Hobknobs c’est Arie van Vliet (oui comme le Captain) de Lewsberg et Yaël Dekker des Klittens, on les a déjà vus jouer en première partie de Cindy l’hiver dernier au Cirque Électrique, on a hâte d’en voir plus — leur premier album Helmets Off sortira le 26 juin prochain. PN
4. Graham Coxon, Billy Says (Tansgressive Records)
Alors que ses albums solo s’apprêtent à être réédités, Graham Coxon sort également Castle Park, un album de dix titres enregistré en 2011 et produit par Ben Hillier (Think Tank), mais resté inédit en raison des retrouvailles avec Blur. Billy Says, morceau à la croisée des Kinks et de Paul Weller, confirme — mais est-ce bien nécessaire ? — le génie de Coxon et l’indispensable binarité au sein des grands groupes. PR
5. Mod Lang, Cocamoda (Juste Add Water Records)
Autant j’en ai fini avec l’adolescence, autant l’adolescent que j’étais, lui, revient, souvent le temps d’une chanson, pour bouleverser mon quotidien musical et me faire revenir à l’essentiel qui est le groupe à deux guitares, des garçons-filles au chant, une fille-garçon à la basse, le mec à moustache à la batterie et des chansons avec des refrains que j’ai peut-être déjà entendu ailleurs, certes, mais il y a quelques chose de magique chez ce groupe de Detroit. Écoutez Cocamoda et vous verrez si vous aussi, vous ne ferez pas tout pour vous procurer Borrowed Time de Mod Lang. MV
6. Triptides, What She’s Done to Your Mind (Label 51)
Après un album marqué par le soft rock, le groupe californien Triptides revient à ses premiers amours : le folk rock et la jangle pop. Une douze cordes carillonnante magnifique, digne des meilleurs albums des Byrds, une composition délicate. Comment ne pas se réjouir ? Le soleil est de retour ! AGF
7. Glenn Brigman, Seasons (Skyforest Sound)
Très discrètement, le leader des solaires Californiens de Triptides a laissé s’échapper Shelter, un premier album solo acoustique. Lui, sa guitare en fingering et quelques notes de piano. « J’ai passé pas mal de temps à jouer des morceaux devant ma cheminée ces dernières années, surtout pendant les soirées enneigées d’hiver. Parfois, je les enregistrais sur un magnéto à cassette, le crépitement du feu se mêlant à la musique. D’autres fois, je me réveillais et j’allais dans mon studio pour les enregistrer sur une machine à bande 1/4 de pouce, au son plus net. » Cela donne des choses sublimes comme Be Here Tonight, Heavy Air ou Winter Night, sur lesquels on pense tout particulièrement à Nick Drake. On aimerait tellement que ce gars-là soit né 50 ans plus tôt pour obtenir la reconnaissance qu’il mérite. CG
8. Greg Mendez, No Evil (Dead Oceans)
C’est pas rien de penser à Elliott Smith sincèrement. Ça m’a pris sans trop contrôler le truc, c’est-à-dire aux tripes et au cœur, il n’y a plus qu’à ça qu’on peut fonctionner anyway. Greg Mendez, petit ange génie de Philadelphie auquel on souhaite No Evil indeed. On verra pour la suite : son nouvel album, Beauty Land, sortira le 29 mai prochain. PN
9. Picot, Grand Bazar (Vietnam)
Nouvel extrait, très chouette, du futur album de Picot chez Vietnam. Cette pop alanguie a du charme. Elle convoque Homeshake ou Mac DeMarco mais a aussi une certaine élégance 70s. On a hâte d’entendre la suite ! AGF
10. Gaétan Nonchalant, Le Jazz (Objet Disque)
Découvert en concert, Le Jazz berçant de Gaétan Nonchalant a désormais sa version studio et sa vidéo, réalisée par Norma dans un parfait style rétro enfumé. Premier single d’un deuxième album à venir, ouverture d’une nouvelle ère… On attend la suite avec impatience. CG
11. Jonathan Personne, Rêve Américain (Bon Sound)
Jonathan Personne (de Corridor) revient avec un nouvel album qui aurait sa place dans le catalogue de Wick/Daptone. Plus groovy que ses précédentes réalisations, il est agréable d’entendre le Québécois dans un registre un peu différent qui ne lui va pas mal du tout ! AGF
12. Dorian Pimpernel, Chlorine Fumes (Born Bad Records)
Douze ans (!) après Allombon, les virtuoses de Dorian Pimpernel livrent avec Flowers Too leur nouvelle interprétation d’une sunshine pop prise à contre-jour, dont l’ésotérisme nébuleux évoque davantage The Wicker Man que Burning Man, comme sur le génial titre Circular Rites. On s’éloigne de Sagittarius pour un rétrofuturisme à la Broadcast ou Stereolab, et si le fantôme de John Barry vient hanter certains titres, c’est à travers des prismes irréguliers qui rendent l’ensemble captivant. Release party le 5 juin au Chinois à Montreuil, avec Boris Maurussane et Julien Gasc. PR
13. Autour de Lucie, Mes Raisons (Microculture)
Dix ans après son dernier album en date, Autour De Lucie signe un chouette retour : sur fond d’une pop qui célèbre le parfait mariage entre organique et électronique, Valérie Leulliot et Sébastien Lafargue “se souviennent”, ici et là, des années d’insouciance de l’adolescence et des dix-huit ans, cet âge “où il y a des choses qu’on ne saura plus jamais” comme l’écrit si bien Andrew O’Hagan dans son roman Les Éphémères. Sur Mes Raisons, le temps d’une mélodie aux jolis tons doux-amers, Valérie égrène quelques occasions ratées, sans nostalgie mais avec une mélancolie joyeuse qui souligne l’importance des souvenirs. CB
14. Maxwell Farrington & le SuperHomard, Lorène (Talitres)
Déjà le troisième album pour le duo, qui continue à nous enchanter avec une mélancolie aussi amusée que désabusée. La voix de Maxwell Farrington nous emmène en balade d’arrêts de bus au supermarché, et parvient à rendre poétique les choses les plus triviales, de la soupe de tomates en boîte au chou de Bruxelles, en grand chanteur songwriter qu’il est. Enregistré à Margate dans la caverne d’Ali Baba de Mike Lindsay, le co-fondateur de Tunng, Window Tax a bénéficié des instruments présents, du Moog Grandmother au shaker avec des haricots, qui contribuent à un son particulièrement riche et abouti. À voir sur scène le 7 octobre prochain au Grand Mix de Tourcoing, en espérant que d’autres dates viendront s’ajouter. PR
15. Blossoms, Joke About Divorce (ODDSK Recordings/Distiller Music)
Deux ans après Gary, Blossoms livrent un nouveau morceau né de ce moment gênant où l’on tente de détendre l’atmosphère avec une blague qui tombe à plat. Mais, fidèles à leurs racines du Grand Manchester, ils en font quelque chose de drôle, légèrement déconfit et dansant. Le titre évoque même, par instants, Rip It Up d’Orange Juice, dans une version édulcorée — ce qui donnerait « Orange Blossom Water » (« eau de fleur d’oranger »), si l’on tenait vraiment à pousser la mauvaise blague jusqu’au bout. PR
16. Sosyete ’25, Oyun (Thru Thoughts)
La chanteuse Merve Erdem (Kit Sebastian) s’associe avec les musiciens Glenn Fallows et Paul Elliott (Project Gemini) pour une disco anatolienne à la fois moderne et intemporelle. Très réussi ! AGF
17. Tahiti 80, Too Much Too Fast Too Soon (Human Sounds)
Quel plaisir de retrouver Tahiti 80 ! Les Français impressionnent par leur longétivité et leur capacité à rester frais. Leur musique a cette grâce rare, une touche de légèreté tout en gardant un sens de l’écriture affûté. Merci à eux d’exister. AGF
18. Gabriel Afathi, Do (Brume Recs)
Un nouveau projet pour Gabriel Afathi, accompagné de Martin Lacaille, et le duo fonctionne à merveille dans ce premier EP Do, où se croisent énergie électro et mélodies envoûtantes. CM
19. Rubin Steiner, Golden Hours (Platinum Records)
Depuis 28 ans, Rubin Steiner défriche avec bonheur électro, jazz, rock, kraut et j’en passe. Il vient de sortir un quatorzième album, What Would Brian Eno Have Done?, avec cette superbe reprise de Golden Hours. Il en dirait quoi Brian ? Sans doute « bloody brilliant ». CM
20. Radio Hito, Davanti agli occhi (meakusma)
Qu’il était attendu, ce disque de Radio Hito. Le projet de l’artiste italo-vietnamienne basée à Bruxelles, Nguyễn Zen Mỹ, après des sorties cassettes très appréciées de l’indé-internet, propose aujourd’hui un album déjà joué en live durant ces trois dernières années. Et c’est fantastique. Sa déclinaison pop-ambiant-chanson neo-classique essentiellement jouée sur Casio CTK et sa voix subliment ses compositions minimales. Une belle réussite. VH
21. sindy, hunter (inadvertent.index/Many Hats Distribution)
Difficile de réunir des informations sur Sindy, le projet audiovisuel de Tom Serner, musicien et producteur basé à Stockholm, que l’on avait pourtant découvert il y a six ans déjà par un premier EP. Dans une esthétique scandinave très actuelle, mêlant sonorités organiques (avec une voix chuchotée au premier plan) et textures plus synthétiques, on se fait happer par la mélancolie douce de ces singles, hunter et diet coke tara, paru en février. CG
22. Old Sedan, All Night On My Own (Partyfine)
Old Sedan aka Bastien Francoulon sort son premier EP With Love My Dear, mixé par Yuksek – un 6-titres accrocheur où se croisent électro, house, synth-pop ; une ode aux balades urbaines et nocturnes. CM
23. Noir Boy George, Injecte-moi (Pan European)
Il est de retour. Quinze ans après son premier disque et toujours incontournable, Noir Boy George propose enfin de nouveaux morceaux studio à écouter en marchant seul dans la rue. Avec sa formule à l’ancienne (+ un sampler en bonus), viscérale et mordante, le petit prince du raï messin reste toujours aussi inimitable et touchant dans ses compositions. À voir au moins quinze fois dans sa vie. VH
24. Ambassade, We Are All Guilty (Pinkman)
Ambassade se sépare de son « De » pour leur nouveau disque chez Pinkman. Une collision des genres entre structures technos, voix éthérées, beat reggaeton ; un des plus beaux morceaux de l’année pour teaser sa sortie. VH
25. Les Mercuriales, La Face Nord (Le Pop Club)
Le gang de Jean-Pierre Montal est de retour, plus étincelant et plus nombreux que jamais. Ok, je sors l’album à venir en cassette, mais vous savez bien que c’est un geste avant tout de groupie : un groupe qui fait corps derrière son chanteur, dans la densité, le sens du jeu, la mélodie et c’est tout un univers qui s’offre, nocturne, urbain, onirique et pourtant bien ancré dans la réalité du temps. RS
26. Hiding Places, Holy Roller (Keeled Scales)
Découverte et coup de cœur du mois d’avril, ce groupe basé à New York et originaire de Caroline du Nord, comme une certaine Karly Hartzman (Wednesday), avec laquelle la similarité, dans la voix notamment, est difficile à nier. Par des guitares saturées et incendiaires à la Horse Jumper of Love, les quatre premiers titres de The Secret To Good Living donnent tout, et c’est peut-être le reproche que l’on pourrait faire à ce premier album, dont le feu faiblit à mi-parcours (on retient tout de même, dans les braises, le lent et réconfortant Pile of Thoughts). CG
27. Snail Mail, Tractor Beam (Matador Records)
On a failli oublier de parler du nouvel album de Lindsey Jordan, paru le 27 mars. Plus pop rock que jamais, on y trouve même les violons à la Tonight, Tonight des Smashing Pumpkins. Si on était en 1999 à Los Angeles, on écouterait ça en buvant une canette devant l’océan dans notre décapotable ; on se contentera d’une enceinte JBL aux Buttes Chaumont. CG
28. Lambrini Girls, Cult of Celebrity (City Slang)
En à peine plus de deux minutes, les Lambrini Girls dynamitent les « un pour cent » qui vivent hors-sol, intouchables, et pointent la fascination toxique qu’ils exercent sur certaines jeunes femmes. À l’heure où la réalité semble singer — voire dépasser — le Glamorama de Bret Easton Ellis, on est à des années-lumière des paillettes de Celebrity Skin de Hole : ici, pas de vernis, mais une charge acide, griffonnée à la hâte avec une plume trempée dans un vinaigre (de malt) particulièrement corrosif. PR
29. Grandmas House, Dog (Brace Yourself Records)
Nouveau titre pour les quatre filles de Bristol, une chanson cathartique après que l’une d’entre elles soit tombée malade et ait subi une errance médicale – dark et fiévreux comme il convient. CM
30. Getdown Services, The Radiator (Breakfast Records)
On ne présente plus les deux lads de Bristol qui n’en finissent pas de manier avec brio l’absurde, le post punk et un groove bien décalé. Leur dernier titre ? « Cette chanson parle de ne choisir que les combats que l’on est sûr de gagner. Tout a commencé à cause d’un chauffage qui refusait de s’allumer ; j’ai repensé à ce réflexe qu’on a tous de taper sur les objets pour qu’ils fonctionnent. Ben m’a raconté qu’il menaçait sa PlayStation 1 quand les jeux mettaient trop de temps à charger. Ce sentiment de victoire quand on a l’impression d’avoir intimidé physiquement un objet inanimé pour qu’il nous obéisse… c’est bizarre, pathétique et terriblement drôle. » CM
31. Man/Woman/Chainsaw, Nosedive (Fiction Records)
Fraîchement signé sur Fiction Records, le sextet art-rock londonien Man/Woman/Chainsaw — qui aurait tout pour énerver sur le papier, tant les qualificatifs de « génie » pleuvent depuis la sortie d’Eazy Peazy en 2024 — prouve avec cet excellent titre qu’il ne s’agissait pas d’un simple « projet ». Le groupe sortira en août Cannonball, premier album produit par Seth Evans (également membre de Black Midi) et Margo Broom (Fat White Family, Big Joanie). Si vous avez raté leur passage en France en avril, ne les manquez pas à Rock en Seine le 29 août. PR
32. Family Stereo, Fault Lines (Bella Union)
Everything But The Girl ? Certes, mais le fils plutôt. Rejeton de parents célèbres et surtout très élégants, Blake Watt est l’un de ces exemples probants que le talent peut être héréditaire. Après une poignée de EP, le jeune homme, un quart de siècle au compteur, vient de signer sur l’excellent label Bella Union pour réaliser son premier album (The Thread) en plein cœur de l’été. Fault Lines est une chanson pop lumineuse, portée par une mélodie qui trotte dans la tête du matin au soir et des arrangements d’une justesse vertigineuse. Une affaire de famille, donc, mais une famille en or. CB
33. Teenage Bed, Le Rythme des Marées (Howlin Banana/Figures Libres/Pale Figure)
Un nouvel album de Nathan [Leproust], en français, mais toujours immergé dans la scène folk et lo-fi américaine. Une belle réussite. CM
34. Thomas Bush, Alligned (Kashual Plastik)
L’Anglais Thomas Bush a fait deux cadeaux en ce mois d’avril : un premier chez Lost Domain, avec un album électro expérimental (Guld) qui ravira les fans de Coil. Mais c’est surtout de cette cassette parue chez Kashual Plastik dont j’ai envie de faire l’éloge. Dix morceaux fabuleux, s’étirant entre folk brisé, shoegaze malicieux et leftfield pop, sa guitare pour guide pour s’y abandonner. VH
35. Habitat Ibiza, Devon Rexi meets John T. Gast (Accidental Meetings)
Collab’ entre le groupe danois Devon Rexi (avec des membres de La Rat & Nicolini) et le petit génie John T. Gast, on pouvait s’attendre à une confluence entre du non-hip-hop, du post-punk et des expérimentations dub complètement hallucinées. Mission accomplie. VH