Gaétan Nonchalant, Changement de programme (Objet Disque)

Difficile de croire qu’il ne s’agisse que d’un premier album pour Gaétan Nonchalant tant sa voix nous semble désormais familière. Il faut dire que cela fait maintenant quelques années que le Normand nous conte sa folk faussement naïve sur scène et pas que – un EP paru en 2020 précède cette collection de chansons parue fin septembre chez Objet Disque. Des chansons déjà chargées d’un vécu puisque composées entre 2016 et 2020 puis fignolées pendant plusieurs années avant d’être enregistrées – toujours en analogique – dans différents lieux. Deux d’entre elles nous sont d’ailleurs connues de longue date : le single Les légumes mais aussi La Bérézina, extraite de l’EP, déjà devenus des hymnes en concert. C’est que la musique de Gaétan Nonchalant semble destinée à être chantée et écoutée à plusieurs. Les ballades les plus douces (L’amour est là, Si seulement) n’attendent qu’à être entonnées en cercle autour d’un feu tandis que le joyeux et très californien Plages du Nord, paru cet été, a déjà dû résonner dans les Peugeot de quelques copains « fonçant droit vers la mer ». Sur la plupart des titres de l’album, le chanteur crée des harmonies en doublant sa voix, comblant un vide qui, on le sait, sera rempli par ses amis musiciens et son public aussitôt qu’il sera monté sur scène.

Nous pouvions donc craindre que ces compositions, si vivantes en live, perdent de leur chaleur sur disque. Ces craintes s’effacent dès les premières mesures du titre d’ouverture, Les humains, reflet de la couleur de tout l’album : le piano est profond, la guitare, en picking, claire et lumineuse comme la voix, mise au premier plan. Un équilibre parfait dans la production et le mixage qui perdure tout au long de l’album mais qui se révèle particulièrement à certains moments, comme sur L’amour est là, guitare-piano-voix sublime dans sa vulnérabilité, déclaration d’amour rêvée.

Vulnérabilité dans les mots d’abord, sensibles dans Porte Ouverte : « Si ça ne m’a pas réussi par le passé, sache que je ne perdrai jamais ma volonté d’aimer », plus triviaux dans Les légumes : « Je voudrais tout l’amour (…) du succès dans ma carrière (…) que les gens se souviennent de moi », rappelant forcément les paroles du Chanteur de Balavoine. Vulnérabilité aussi dans la voix, souvent touchante lorsqu’elle monte dans les aigus ou quand elle se dénude, accompagnée d’une simple guitare, sur La Bérézina, où elle évoque particulièrement Higelin (Nini et ses autres inédits au chant très libre de 1970 notamment).

Gaétan Nonchalant reste toutefois très bien accompagné sur cet album, puisqu’il y invite tour à tour le fantasque Philippe Katerine et la dépaysante Michelle Blades, pour deux titres particulièrement riches en arrangements, où les synthétiseurs aux sonorités vintage, tantôt sautillants à la Mort Garson (Champs de blé), tantôt tenus et énigmatiques à la Jacco Gardner (Programme TV) se font plus présents.

Il y a bien toujours un peu des années soixante et soixante-dix dans ces onze chansons, un petit quelque chose de la folk française de ces années-là, parée de tant de chaleur et de convivialité dans nos imaginaires (qui n’a pas rêvé de faire partie du San Francisco de Maxime Le Forestier ?). Ce sont ces sensations et ce désir d’être ensemble que Gaétan Nonchalant réussit à transmettre au travers de son album.  Il nous épargne même la nostalgie du temps passé.


Changement de programme par Gaétan Nonchalant est sorti sur Objet Disque.

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