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Stranger Teens #28 / Guest : Chevalrex

Tout l’été, les morceaux qui ont sauvé notre adolescence.

"Eureka" de Jim O'Rourke sur le clavier de Chevalrex.
« Eureka » de Jim O’Rourke sur le clavier de Chevalrex.


Valence. Hiver 1999. Je suis en 1ère littéraire dans un lycée en périphérie de la ville, une classe de vingt-cinq filles et trois garçons. J’habite à dix minutes en voiture. Tous les matins, mon père m’y conduit. En vrac, les yeux encore collés, les cheveux en épis, j’interromps la matinale de RTL en glissant mes cassettes dans l’autoradio. Nous écoutons les groupes que j’écoute déjà en boucle à la maison et dont les images tapissent les murs de ma chambre, Pavement, Smog, Little Rabbits, Cat Power ou Dominique A. Avec leurs chansons, leurs voix singulières, ces musiciens laissent entrevoir à l’adolescent solitaire que je suis une possibilité : trouver sa voie, sa musique, sa langue. Continuer la lecture de « Stranger Teens #28 / Guest : Chevalrex »

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Sous la table d’Arlt

Arlt
Arlt / Photo : Marie Losier

On n’avait pas envie de faire une interview promo sur Turnetable. Pas envie de recueillir le lexique de Sing Sing tels des ethnologues consciencieux (lisez ce qu’il écrit, partout, tout le temps, c’est mieux). Pas envie de laisser Eloïse Decazes rester au chaud chez elle ou glisser dans le silence. Non : on les voulait ensemble, sans contrainte ni confort, pour voir comment ces deux êtres humains, branchés l’un à l’autre depuis quinze ans, finissent encore et toujours par se changer en cette entité qu’on appelle Arlt – pour peu qu’on arrive à le prononcer.

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Arlt, Turnetable (Objet Disque)

Qui écoute Arlt ?
Qui écoute Arlt, ici, aujourd’hui, en l’occurrence, pour de vrai ?
C’est une histoire ici, en l’occurrence, donc, de fous.
De maîtres fous, que l’on rencontre.
J’ai rencontré la musique de ce duo par le travail, et ça fait sens, et par un livre, une fois est coutume parfois, il y a longtemps, un certain temps avant que la prose lumineuse de Sing Sing, auteur-compositeur-co-interprète de la géométrie variable à noyau dur appelée Arlt, l’autre moitié de l’atome étant Éloïse Decazes, n’imprègne sensiblement qui s’aventure à écrire sur et autour de Arlt, de foules de métaphores burlesques. Continuer la lecture de « Arlt, Turnetable (Objet Disque) »

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« Le Village », extrait du nouvel album de Arlt

Ça ne se décide pas, ces choses-là. Quand on n’entend plus la manière et qu’on entend la chanson. Peut-être que la basse aide, ou la pente, même si la pente fait un peu des histoires dont on se moque quand on écoute une chanson, mais bon, cette pente, ce n’est pas n’importe quelle pente, c’est la pente d’en face, Thiers, on y vit ou on n’y va pas, à moins de connaître quelqu’un qui connaîtrait quelqu’un qui.

Dans les montagnes thiernoises.

Gamin je faisais du vélo sur les pentes d’en face, celles qui descendent de la plaine de Laschamps. En voilà une belle jambe, toujours moins belle que l’invraisemblable chanson Le Village par Arlt, que voici clippée en avant-première “par un ami” (NDLR:  Bertrand Belin, pour le citer). Les deux n’ont jamais si bien chanté, joie des voix qui vieillissent et se posent dans les dix directions.

Un album est à venir, s’il est aussi beau que cet extrait, il sera le meilleur, comme chacun des autres. Ce n’est pas une mince affaire de s’employer autant à la beauté.


Arlt Turnetable ObjetDisqueTurnetable, le nouvel album de Arlt paraîtra le 20 mai prochain chez Objet Disque.

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Selectorama : Mocke

Mocke
Mocke

Parlons prescription, puisque c’est l’objet de cette rubrique.

Les meilleurs prescripteurs échappent aux attentes comme aux vues – de l’esprit. Une collègue de bureau, il y a bientôt dix ans, quand je me laissai aller à un bavardage futile et convenu sur Liszt « le virtuose » – il s’agissait évidemment de clouer au pilori la virtuosité sans trop savoir ce que c’était –, sortit exceptionnellement de ses gonds pour me mettre face à la réalité : je critiquais, commentais, jugeais, manifestement sans connaître. Puis elle m’invita à suspendre mon jugement, à le remplacer par la fréquentation et la connaissance de Liszt avant, peut-être, de parler de nouveau, mais en connaissance de cause. Et m’envoya un lien vers quatre minutes de musique qui changèrent la vie, quatre minutes qui m’offrirent Liszt, qui l’ouvrirent enfin. Il suffisait d’écouter, c’était là. Continuer la lecture de « Selectorama : Mocke »

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Rendez-vous manqués – Lea Massari, Fabio Viscogliosi, Michel Leiris

Collage sauvage et de mauvaise foi de l’actualité culturelle de la semaine

Léa Massari
Léa Massari

Elle a ce teint fauve des blés poussant à l’abri de la lumière. Cette peau brune comme empêchée de soleil. Elle est radieuse mais porte un mascara lourd de désillusion. Elle joue la joie comme la tristesse. Sa voix enroule des lettres merveilleuses. On ne l’écoute pas – on brûle de l’entendre. J’ai voulu tout revoir, dernièrement, de Lea Massari. Cette splendeur, cette fleur poudrée de sel nocturne, cette actrice incroyable. Je citerai donc, à la va vite, quelques films…L’Avventura, Les Choses de la Vie, Les Rendez-vous d’Anna. Continuer la lecture de « Rendez-vous manqués – Lea Massari, Fabio Viscogliosi, Michel Leiris »

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La stagione è gia passata *

Au sujet de Rococo, de Fabio Viscogliosi (2019, Objet Disque)

C’est un disque sorti il y a longtemps déjà, au milieu de l’automne 2019. C’est une musique qui écrit l’entre-deux, l’entre-deux saisons par exemple. Une musique de fin d’été qui réactive en moi, à chaque écoute, de façon nette et immédiate, la mémoire et les images d’un lac. Continuer la lecture de « La stagione è gia passata * »

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Grand Veymont, Persistance et changement (Objet Disque)

grand veymontGrand Veymont, aussi mirifique que son nom, nous tenait la main depuis deux ans et deux très beaux disques aux plages faites des plus sûrs matériaux, Terry Riley et Stereolab — et tout ce que ça implique — en grossier résumé. Des matériaux qui avaient pour unique défaut de dicter parfois trop visiblement la structure du bâtiment et l’écoute de l’auditeur, sans que ce dernier puisse toujours les oublier au profit de l’écriture du duo. Il fallait prendre le temps, s’immerger, laisser résonner les échos inconnus, et rencontrer alors des hymnes de poche planqués sous le décor, des chants plutôt que des chansons, qui donnaient invariablement envie d’enchaîner avec Albert Ayler dans le casque ou les enceintes. Continuer la lecture de « Grand Veymont, Persistance et changement (Objet Disque) »