Les Louanges, Alouette ! (Bonsound)

« Qui est-ce que je suis
si je ne suis pas mes défauts ? »

Alors que je me tenais bien à l’écart de toute la littérature autour d’Angine de Poitrine, voilà-t-il pas que je subis indirectement les retombées de la célébrité éclair du duo aux petits pois, ces princesses : je m’apprêtais tranquilou à prendre ma place pour le festival près de chez moi – on en a tous un – patatras, c’est complet. Juste le samedi où je voulais voir un jeune québécois dont les extraits (Je confirme ma présence, GODDAM !…) de l’album à venir m’avaient captivé. Bah oui, en même temps, gros débile, c’est le soir où se produit le duo microtonal, pim pam poum. Plus de places, soldaoutte, prison.

Les Louanges / Photo : DR
Les Louanges / Photo : DR

Alors heureusement, je peux étancher ma mélancolie sur l’album donc qui vient de sortir : Alouette ! paru sur la bonne maison Bonsound (Population II, Jonathan Personne…). Comment souvent avec les cousins d’outre-Atlantique, il y a cette évidence que beaucoup de questions qu’on se pose ici n’embarrassent pas les musiciens là-bas : la langue pendue sonne toujours super bien, les influences sont empaquetées, pliées, propres et mixtes, et le pop grand public court dans les veines d’une musique aux ligaments croisés fort robustes.

Si Vincent Roberge alias Les Louanges respire la spontanéité, celle-ci alimente le moteur du petit génie de la composition et de l’interprétation qu’il est. Il y a cette facilité funky qui trouble en permanence ce rock rythmé blues, conscient (pas mal de crochets politiques, le Canada vendeur d’armes, défense du migrant…), qui permet toutes les audaces : chant (mais quelle voix bizarroïde et attachante, un peu colère !), passage parlé avec la morgue rap. On se perd dans cette soul extatique qui rappelle parfois le Minneapolis Sound de son altesse en violet (à 2000 km de là, peanuts). Il y a des choses apaisées, des trucs plus terroirs, et nous on y entend (mais on est tordu, ok) en plein Lili Drop, Eicher, Zucchero, les Stones je sais pas… et en creux les échecs des funky.fr (M, tout ça) ou les approximations des vieux bluesy.fr (Deraime, Personne), c’est drôle ce que ça nous fait.

Comme tous les gens qui savent tout jouer, encore faut-il le faire bien, emballer ça dans une direction perso, c’est là que ça se joue. Les Louanges est trop fort, le disque concept s’écoute comme un long voyage intérieur (54 minutes quand même sans temps morts), dansant, ambitieux, percutant, ça respire, ça digresse, ça se permet des incongruités (le pont solo de Correct, ahaha on a failli s’étrangler), avec la guitare en bandoulière, mais ça retombe toujours sur ses pattes de chats, habiles, énergiques. Alouette !, un statut de la liberté, tout simplement.

Bon, voilà, Canada, filez-moi direct un passeport, avec un billet aller simple, une carte verte, la nationalité québécoise et sinon Pelpass, Bonsound, s’il vous plait, faites quelque chose, une invit’, une place pour samedi prochain, je la paie, et promis, je me barre après le concert du petit gars, je ferai place nette aux nouveaux convertis de Khn et Klek. Paix et amour.

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