
C’était dans les derniers soupirs du siècle dernier : aux côtés d’hommes en presque solitaire – Dominique A, Philippe Katerine –, Autour de Lucie incarnait ce que d’aucuns baptisèrent “la nouvelle chanson française”, bannière qui résumait finalement assez mal la chose puisque ces jeunes gens modernes deuxième génération avaient beau écrire dans la langue de Molière, leurs parrains musicaux étaient souvent anglo-saxons – The Pale Fountains (Michael Head était d’ailleurs au générique du premier album d’Autour de Lucie), The Smiths, The Sundays, pour faire bref.
Derrière un nom en guise de leurre, Valérie Leulliot et ses amis (Olivier Durand d’abord, puis Zébulon, Jean-Pierre Ensuque, Frédéric Fortuny, Sébastien Buffet et Sébastien Lafargue…) imaginaient ainsi des mélodies ligne claire, des refrains accroche-cœur et chantaient tellement bien les choses de la vie qu’ils sont même apparus dans le Glamorama de l’auteur américain Bret Easton Ellis. Discret depuis le début du XXIe siècle, le groupe est aujourd’hui tandem et Valérie et son compagnon Sébastien Lafargue viennent de publier un sixième et très bel album dont le titre annonce les douceurs, Hors Monde, qui célèbre sur fond de pop électro-organique les années d’insouciance de l’adolescence et des dix-huit ans – pêle-mêle, ça peut être un refrain de Diana Ross, un concert de Daho (sans doute) à l’Olympia, les premiers souffles au cœur et les amours d’été –, cet âge “où il y a des choses qu’on ne saura plus jamais” comme l’écrit si bien Andrew O’Hagan dans son roman Les Éphémères. Alors, on a voulu savoir ce que Valérie Leulliot et Sébastien Lafargue ont écouté au moment d’imaginer ces hymnes aux amours déchues, à la mélancolie joyeuse et aux promesses de l’aube.
FACE VALÉRIE

01. Prefab Sprout, Bonny
02. Blonde Redhead, Snowman
03. The Smile, Free In The Knowledge
04. Phoenix, Winter Solstice
05. Madness, Embarrassment
06. Mac DeMarco, Chamber of Reflection
FACE SÉBASTIEN

07. Kruangbhin , Mariella
Ce titre agit sur moi comme le ferait une sorte de brise ultraromantique. Je reste longtemps bercé dans son sillage hypnotique, c’est ce que j’aime retrouver dans ce morceau. Quelque chose de très charnel et profond.
08. Bryan Ferry, Don’t Stop the Dance (12 inch)
Un titre à la production ample et racée qui accompagne parfaitement mes longues heures de balades urbaines. J’aime son énergie subtile mais puissante. J’aimais beaucoup écouter les versions maxi qui accompagnaient souvent la sortie d’un single dans les années 80. Cela ouvrait de nouvelles perspectives aux chansons, ça me plaisait… J’y écoutais de la liberté.
09. Depeche Mode, Stripped
Rafale synthétique, pop drone : Depeche Mode continue de hanter mes
playlists et ce titre résume bien ce que j’aime chez eux. Ils furent, sans doute, un de mes refuges privilégiés en plein cœur d’une adolescence cyclonique.
10. Talking Heads, Once in a Lifetime
J’aime la transe sèche et irrésistible, presque ethnique, que propose cette chanson… Elle s’offre instantanément, c’est libre, c’est fort, c’est bon. Talking Heads reste pour moi un prodige du métissage artistique dans la production.
Hors Monde par Autour de Lucie vient de sortir chez Microcultures.