SELECTORAMA : AUTOUR DE LUCIE

Autour de Lucie / Photo : Matthieu Dortomb
Autour de Lucie / Photo : Matthieu Dortomb

C’était dans les derniers soupirs du siècle dernier : aux côtés d’hommes en presque solitaire – Dominique A, Philippe Katerine –, Autour de Lucie incarnait ce que d’aucuns baptisèrent “la nouvelle chanson française”, bannière qui résumait finalement assez mal la chose puisque ces jeunes gens modernes deuxième génération avaient beau écrire dans la langue de Molière, leurs parrains musicaux étaient souvent anglo-saxons – The Pale Fountains (Michael Head était d’ailleurs au générique du premier album d’Autour de Lucie), The Smiths, The Sundays, pour faire bref.

Derrière un nom en guise de leurre, Valérie Leulliot et ses amis (Olivier Durand d’abord, puis Zébulon, Jean-Pierre Ensuque, Frédéric Fortuny, Sébastien Buffet et Sébastien Lafargue…) imaginaient ainsi des mélodies ligne claire, des refrains accroche-cœur et chantaient tellement bien les choses de la vie qu’ils sont même apparus dans le Glamorama de l’auteur américain Bret Easton Ellis. Discret depuis le début du XXIe siècle, le groupe est aujourd’hui tandem et Valérie et son compagnon Sébastien Lafargue viennent de publier un sixième et très bel album dont le titre annonce les douceurs, Hors Monde, qui célèbre sur fond de pop électro-organique les années d’insouciance de l’adolescence et des dix-huit ans – pêle-mêle, ça peut être un refrain de Diana Ross, un concert de Daho (sans doute) à l’Olympia, les premiers souffles au cœur et les amours d’été –, cet âge “où il y a des choses qu’on ne saura plus jamais” comme l’écrit si bien Andrew O’Hagan dans son roman Les Éphémères. Alors, on a voulu savoir ce que Valérie Leulliot et Sébastien Lafargue ont écouté au moment d’imaginer ces hymnes aux amours déchues,  à la mélancolie joyeuse et aux promesses de l’aube.

FACE VALÉRIE

 

Autour de Lucie / Photo : Matthieu Dortomb
Autour de Lucie / Photo : Matthieu Dortomb
01. Prefab Sprout, Bonny

Un de mes groupes préférés. J’y reviens toujours. J’aime tellement la voix de Paddy McAloon. La classe et le panache. Les mélodies, leur son unique. Cars and Girls et When Love Breaks Down sont dans mon Panthéon. Pendant l’album, j’écoutais Bonny, un peu moins connu, un peu moins single, mais tout autant délicieux… À écouter très fort en voiture.
02. Blonde Redhead, Snowman

Un autre groupe que j’adore. J’aime le côté foutraque, personnel, enivrant… La boucle de la batterie, bizarrement planante de Snowman, m’a tout de suite parlé. Je les suis depuis la Mia Vita Violenta. Ils ont leur son qui ne ressemble à personne.
03. The Smile, Free In The Knowledge

La première fois que j’ai entendu ce morceau, c’était un live de Thom Yorke, tout seul à la guitare… J’ai tout de suite aimé la mélodie, le texte, ensuite je l’ai écouté sur disque et je n’ai pas été déçue. Radiohead est aussi un de mes groupes favoris, j’écoute tout ce qu’ils font, et cette perle m’a bien accompagnée pendant l’écriture : revenir à l’essentiel, faire que guitare voix permette de décoller, qu’on soit pris par les accords et la mélodie…
04. Phoenix, Winter Solstice

Bon, là, pareil : un grand groupe à mes yeux. Ce titre se développe doucement, s’ouvre comme une fleur, j’aime l’ambiance à la fois sourde et explosive, j’aime l’urgence sereine qui se dégage de ce titre… J’aime beaucoup l’attitude du groupe sur scène, je les trouve smart à tous point de vue.
05. Madness, Embarrassment

Encore un des classiques pour moi. Quand j’ai besoin d’entrain, quand j’ai besoin de folie, d’Angleterre, et de renouer avec mes années Walkman… Madness était en forte rotation dans mes oreillettes orange, laissez-moi vous le dire ! Période bretelles et chapeau vers l’arrière !
06. Mac DeMarco, Chamber of Reflection

Je l’ai découvert sur scène, à Rock en Seine plus exactement. J’adore ce mec, sa nonchalance, sa provoc’… Je perçois une immense tendresse derrière sa folie et son côté destroy. Je l’ai vu aussi en acoustique : superbe voix et grand entertainer ! Le charme incarné !

FACE SÉBASTIEN

Photo : Matthieu Dortomb
07. Kruangbhin , Mariella

Ce titre agit sur moi comme le ferait une sorte de brise ultraromantique. Je reste longtemps bercé dans son sillage hypnotique, c’est ce que j’aime retrouver dans ce morceau. Quelque chose de très charnel et profond.

08. Bryan Ferry, Don’t Stop the Dance (12 inch)

Un titre à la production ample et racée qui accompagne parfaitement mes longues heures de balades urbaines. J’aime son énergie subtile mais puissante. J’aimais beaucoup écouter les versions maxi qui accompagnaient souvent la sortie d’un single dans les années 80. Cela ouvrait de nouvelles perspectives aux chansons, ça me plaisait… J’y écoutais de la liberté.

09. Depeche Mode, Stripped

Rafale synthétique, pop drone : Depeche Mode continue de hanter mes
playlists et ce titre résume bien ce que j’aime chez eux. Ils furent, sans doute, un de mes refuges privilégiés en plein cœur d’une adolescence cyclonique.

10. Talking Heads, Once in a Lifetime

J’aime la transe sèche et irrésistible, presque ethnique, que propose cette chanson… Elle s’offre instantanément, c’est libre, c’est fort, c’est bon. Talking Heads reste pour moi un prodige du métissage artistique dans la production.


Hors Monde par Autour de Lucie vient de sortir chez Microcultures.

 

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