Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records)

Douze ans après Allombon (2014) quelle surprise de revoir le groupe parisien Dorian Pimpernel avec Flowers Too, un nouvel album dans sa besace. Si étonnant que soit ce retour, Dorian Pimpernel a joué la carte de la continuité : même label (Born Bad), même peintre (Silvia Idili) et même contenu.

Oui, Flowers Too est la suite logique d’Allombon. La formation française y explore les contrées reculées de la moonshine pop ; ils en sont les thurifères et inventeurs. Dorian Pimpernel aime à pratiquer l’uchronie sur leur temps libre. En effet, ils imaginent une suite à la sunshine pop des années soixante, comme si la musique avait évolué dans une direction légèrement différente des voies progressives qu’elle empruntait alors.

Flowers Too est un disque lettré, de profs de faculté, avec les qualités et les défauts de la démarche. Il y a quelque chose de très agréable dans l’évidente maîtrise du propos. Les membres du groupe recherchent, avec ardeur, les détails les plus raffinés. Les structures d’accords sont au bord du précipice, les textures de synthétiseurs souvent inédites. L’ensemble est un régal pour les oreilles averties, habituées aux mets les plus complexes.

S’il y a de la matière grise derrière Flowers Too mais peut-on en dire autant du corps, des tripes ? C’est là que le bât blesse, un peu. Le groupe semble parfois harassé lui même par la tâche qui lui incombe. Dorian Pimpernel manque d’un peu d’audace et de courage pour faire le tri dans les idées. Le mixage aurait vraiment gagné à être plus clivant et véhément. Il est là pour ça (écrémer, distinguer etc.) d’ailleurs ! Une batterie qui tape bien dans le bide, des textures qui viennent vous vriller le cerveau : on aurait aimé que le groupe choisissent davantage une direction assumée. Tout cela aurait ramené un soupçon supplémentaire d’intensité et d’excentricité. On veut être emporté et submergé par la musique!

Dorian Pimpernel est néanmoins un groupe précieux, dans la lignée des érudits de la pop que sont Stereolab ou Biche, le groupe parisien offre une musique à rebours de l’époque. Le temps n’a d’ailleurs pas ou peu de prises sur eux tant Flowers Too forme un dyptique avec son prédécesseur. C’est d’ailleurs aussi l’un des principaux reproches à leur adresser : pourquoi avoir attendu autant de temps ? En douze ans, le monde (et nous avec) a changé. Il est réconfortant de retrouver des vieux amis mais est-ce suffisant ? À chacun de se faire sa propre idée, en fonction de ses propres obsessions.


Flowers Too par Dorian Pimpernel est sorti chez Born Bad Records

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