Penny Arcade : « J’utilise ce que j’ai sous la main pour mes morceaux »

James Hoare (Penny Arcade) / Photo : Titouan Massé
James Hoare (Penny Arcade) / Photo : Titouan Massé

Malgré un des CV les plus impressionnants de l’indie pop de ces dernières années (The Proper Ornaments, Ultimate Painting, Veronica Falls, Your Twenties), James Hoare a pris la décision de se lancer en solo sous le nom de Penny Arcade. Il sort aujourd’hui son deuxième album Double Exposure, album à humeurs variées qui s’est construit autour de deux instruments, l’orgue et la boîte à rythmes. La magie de Hoare est de faire passer des chansons qui pourraient chez d’autres être considérées comme simplement rudimentaires pour des classiques instantanés. Tout a été enregistré dans son home studio, souvent spontanément, et c’est cette impression de proximité avec l’auditeur alliée à la chaleur du son et la mélancolie qui s’en dégage qui fait que Double Exposure se classe parmi les meilleurs enregistrements de Hoare à ce jour. Habitant depuis peu le sud de la France, Penny Arcade va beaucoup s’y produire lors d’une tournée qui commencera par une date à Paris le 4 juin prochain. C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré, au Chaton Indépendant rue Amelot à Paris, dans un des fiefs de l’indie parisienne, pour une interview basée sur ces premières années en solo, mais aussi les Beatles et le vieux Rock’n Roll.

Après avoir passé la totalité de ta carrière à jouer dans des groupes, tu as décidé de te lancer en solo afin de te sentir plus libre de faire ce que tu voulais. Trois ans plus tard, qu’as-tu retiré de cette expérience ?

James Hoare : Travailler seul offre une certaine liberté. On peut mener à bien toutes les idées qui nous viennent à l’esprit et travailler quand on le souhaite, en ce qui me concerne, souvent au milieu de la nuit, comme pour Backwater Collage. Il y a aussi une satisfaction légèrement différente que l’on retire de la réalisation d’un projet en solo. Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est que j’apprécie de travailler avec d’autres personnes, mais pour l’instant, je préfère travailler en solo sur l’écriture et la production, puis faire appel à d’autres musiciens pour qu’ils apportent une touche différente au projet. Avant de commencer le premier album, j’avais l’idée de jouer toutes les parties (même la batterie) et d’en faire un projet entièrement solo. Cette idée a rapidement été abandonnée. 

Tu sembles avoir apprécié cette liberté car, deux ans après la sortie de Backwater Collage, te revoici avec Double Exposure. Comment les chansons de ce deuxième album ont-elles vu le jour ?

James Hoare : Au départ, l’idée était d’enregistrer un album avec un batteur et de le construire comme je l’avais fait sur Backwater Collage. J’ai passé en revue plusieurs morceaux et enregistré de nombreuses idées, mais aucune ne me satisfaisait. Cela a duré un certain temps, puis j’ai décidé d’enregistrer avec une boîte à rythmes et de revenir à une méthode très rapide : dans la plupart des cas, une ou deux prises, souvent une seule. Cette méthode a bien mieux fonctionné et j’ai suivi cette formule pour tous les titres ; du coup, la majeure partie de l’album a été prête rapidement. 

On sent une évolution dans le son. En ce sens, le premier morceau de l’album,  Regrets, est trompeur, car c’est de loin la chanson la plus énergique de Double Exposure. Pourrais-tu nous en parler ?

James Hoare : Regrets a en fait été enregistrée lors d’une session antérieure, entre l’enregistrement de Backwater Collage et celui de Double Exposure. À l’origine, elle devait être un peu plus lente et plus décontractée, mais quand je l’ai enregistrée avec le batteur, j’ai senti qu’elle devait être plus entraînante. J’ai ensuite enregistré des guitares acoustiques et je les ai jouées très fort. La partie principale de tout le morceau n’est composée que de guitares acoustiques. La section finale avec la guitare électrique, c’était juste moi qui m’amusais, puis j’ai décidé de tout laisser tel quel. Au départ, je ne comptais pas inclure ce morceau sur l’album, mais je l’aimais trop pour le laisser de côté. Si cela peut paraître un peu trompeur, c’est tout à fait compréhensible. 

L’album est une fois de plus relativement varié, un peu comme le premier d’une certaine manière. Ne cherches-tu pas à éviter de t’enfermer dans une routine ?

James Hoare : Je ne fais pas d’efforts particuliers, c’est simplement comme ça que ça se passe. Les morceaux sont enregistrés au cours de sessions différentes, quand je suis dans un état d’esprit différent. Je n’ai pas de groupe traditionnel qui joue sur tous les morceaux, donc j’utilise ce que j’ai sous la main. Différentes boîtes à rythmes, différents batteurs, etc. La plupart du temps, c’est moi qui joue la majorité des instruments et j’ai tendance à m’y prendre de différentes manières. Avoir quelques instruments différents sous la main aide toujours.

 En utilisant autant une boîte à rythmes et un orgue, cherchais-tu en quelque sorte à te dépasser sur le plan de la composition pour t’éloigner un peu de la guitare ?

James Hoare : J’ai vraiment apprécié composer avec un orgue. J’en avais utilisé sur quelques titres de mes groupes précédents, mais c’était la première fois que j’allais aussi loin avec cet instrument. Ça aide vraiment à sortir un peu du cadre. Je suis un grand fan des orgues combo des années 60 et des vieilles boîtes à rythmes de la fin des années 60/70. J’en ai pas mal et je les collectionne depuis des années. Les Italiens étaient très doués pour ça. On trouve différents types d’orgues et de boîtes à rythmes sur Double Exposure : Farfisa, Gem, Elka, Eko, Vox, etc.

Tu t’en tiens au format court pour tes chansons. Beaucoup durent moins de trois minutes. Est-ce que cela reflète une vision de la chanson pop parfaite — une chanson qui ne doit pas être trop verbeuse et qui va droit au but ?

James Hoare : J’ai grandi en écoutant Buddy Holly, les premiers disques des Beach Boys, les groupes de filles du début des années 60 et les productions de Phil Spector. Souvent, ces chansons durent à peine plus de 2 minutes et j’adore ça. Elles n’ont pas besoin de 4 ou 5 couplets pour raconter une histoire. Elles vont droit au but et vous laissent sur votre faim. Cela ne veut pas dire que je n’apprécie pas les chansons plus longues, mais quand il s’agit de mes propres compositions, je préfère suivre cette voie, c’est ce qui m’a été inculqué dès mon plus jeune âge. Regardez la durée des morceaux sur les premiers albums des Beach Boys,  I Get Around dure 2 minutes et 15 secondes… 

As-tu d’autres influences qui remontent aux racines du rock’n roll ?

James Hoare : Oui, les premiers disques de rock’n’roll. Quand j’étais très jeune, j’étais vraiment fan de Chuck Berry, Eddie Cochran, Elvis avant l’armée, etc. Summertime Blues d’Eddie Cochran est l’un de mes morceaux préférés de tous les temps.

James Hoare / Photo : Titouan Massé
James Hoare / Photo : Titouan Massé

Tes disques solo donnent l’impression  que tu travailles de manière spontanée. est-ce vraiment le cas ?

James Hoare : J’ai tendance à travailler de manière spontanée. Pas toujours, mais autant que possible. Certaines des chansons de Double Exposure ont été écrites/enregistrées de de la sorte. Pour Worst Trip, par exemple, c’était pendant que je m’amusais avec une boîte à rythmes et un orgue ; l’idée m’est venue d’un coup et tout a été enregistré en une heure ou deux. Mais ce n’est pas toujours le cas. Je mixe en direct sur du matériel entièrement analogique, donc une fois que tu passes à autre chose, tu ne peux plus jamais obtenir le même son. Je me suis vraiment acharné à remixer certaines chansons à plusieurs reprises, puis au final, j’ai quand même utilisé les « mixages tests » pour une grande partie de l’album. 

Je crois aussi que tu ne fais jamais vraiment de démos de tes chansons.

James Hoare : C’est vrai. J’ai arrêté de faire des démos il y a des années, car je voulais capturer l’idée quand elle était fraîche et pas trop travaillée. Les maquettes peuvent allonger le processus d’enregistrement, car je me rends souvent compte que je dois réenregistrer une chanson car il lui manque quelque chose, que le tempo ou l’ambiance ne sont  pas bons. En résumé, c’est à la fois une bénédiction et une malédiction. Aujourd’hui, je ne fais toujours pas de démos, mais je vais peut-être recommencer. J’y réfléchis.

Quels sont les artistes invités sur Double Exposure ?

James Hoare : Max et Nathalia des Proper Ornaments jouent sur quelques morceaux. Il y a une excellente violoncelliste pour qui j’enregistrais un album qui ai pu jouer sur l’une des chansons. Comme d’habitude, il y a toujours plusieurs batteurs différents. 


Quelle liberté laisses-tu à tes musiciens ?

James Hoare : Ça dépend de qui il s’agit. Si c’est un batteur, je lui donne des instructions claires, car j’aime une batterie très minimaliste avec peu de roulements, et c’est le feeling qui compte avant tout. Si c’est quelqu’un comme Max, alors il a une liberté totale ; c’est un musicien tellement doué qu’il n’a besoin des instructions de personne.

Quand on est dans un groupe, on compose souvent en pensant aux autres membres. Quand tu travailles en solo, où trouves-tu ton inspiration ?

James Hoare : Dans différentes sources, je suppose. Ca peut arriver lorsque j’écoute des disques que j’aime vraiment, mais il faut que je sois dans le bon état d’esprit. J’enregistre de petites idées sur mon iPhone, puis je les réécoute plus tard pour voir ce qui vaut la peine d’être développé. Je trouve surtout  l’inspiration en jouant de la guitare acoustique tard le soir, dans la façon dont certaines progressions d’accords sonnent. Je suis très sensible à l’atmosphère qui se dégage d’une chose. 

Tu écris souvent sur ta propre vie — est-ce toujours le cas ? Serais-tu tenté de sortir des chansons, voire un livre, basés sur des histoires fictives ?

James Hoare : Je trouve que c’est plus facile pour moi de faire ça. Certaines personnes, comme Paul McCartney, peuvent écrire sur des personnages et inventer tous ces personnages fictifs qui peuplent ses chansons. Pour moi, ça doit généralement parler de moi. Ou au moins de quelqu’un que je connais. Je ne suis donc pas sûr de pouvoir m’engager dans la voie des histoires fictives.

Tu produis tes propres albums, mais rarement ceux des autres. Pourquoi ?

James Hoare : Il m’arrive parfois de produire un album pour quelqu’un, mais en général, je préfère passer mon temps en studio à travailler sur mes propres morceaux. J’ai vu ça arriver à des gens que je connais, des musiciens qui sont devenus producteurs ou propriétaires de studio et qui ont arrêté de faire leur propre musique parce qu’ils ne voulaient pas s’y consacrer pendant leurs jours de congé. Je ne voudrais pas que ça m’arrive.

Comme sur le premier album, il y a des interludes. Pourquoi cela ?

James Hoare : J’ai toujours aimé les albums avec des mini-chansons, des morceaux instrumentaux, des esquisses, etc. Yo la Tengo le fait parfois et j’ai toujours adoré ça. Ce n’est pas parce que tu fais un album de guitare que tu ne peux pas y inclure de petits morceaux instrumentaux.

Le son de l’album est chaleureux. Est-ce important pour toi ?

James Hoare : Le son et l’ambiance sont primordiaux pour moi. C’est ce qui m’attire dans un disque. Avant même de savoir ce qu’était la production, je savais que j’adorais le son de Sergent Pepper et que je n’aimais pas celui des grands groupes de guitare des années 80. Je collectionne du matériel d’enregistrement vintage depuis longtemps et j’ai monté un studio avec des magnétophones à bandes, de vieilles consoles de mixage, etc. 
J’ai choisi cette voie car je n’arrivais jamais à obtenir un bon son avec l’enregistrement numérique. Je ne suis pas revenu à l’analogique, je n’ai jamais adopté le numérique. J’avais un magnétophone à cassettes 4 pistes, puis un 8 pistes, etc. Certaines personnes parviennent à faire sonner superbement les enregistrements numériques, mais je n’y suis jamais arrivé.

Tu as toujours aimé travailler dans un home studio. Qu’est-ce qui te déplaît dans les studios traditionnels ?

James Hoare : Je préfère travailler chez moi, dans mon propre environnement, à l’heure que je veux et sans être soumis à un horaire. Les studios traditionnels peuvent aussi coûter très cher. J’ai compris il y a des années que je devais monter mon propre équipement et laisser les studios traditionnels aux autres.

Pourrais-tu nous parler de ton amour pour la musique qui diffère de ce que l’on a l’habitude d’entendre de ta part et nous dire si tu envisages un jour d’enregistrer un album auquel personne ne s’attendrait ?

James Hoare : Les vieux disques de rock ’n’ roll, sans aucun doute, ceux que j’ai mentionnés précédemment. Mais aussi les musiciens de blues, comme Son House et Howlin’ Wolf. J’adore les premiers enregistrements réalisés par Alan Lomax. Les enregistrements sur le terrain de musiciens folk. Les groupes de krautrock comme Can, Harmonia, Faust. On peut parfois en entendre des traces dans ma musique. Je pense un jour tenter de composer un disque expérimental.

En tant que grand fan des Beatles, qu’as-tu pensé des séries documentaires qui sont sorties ou ont été rééditées ces dernières années ?

James Hoare : Je suis toujours ravi de voir de nouveaux films sortir ou être réédités. Je n’étais pas très fan du dernier single des Beatles, Now and Then, mais ce n’était qu’une démo que Lennon n’a jamais terminée. L’album blanc et Revolver sont mes deux disques préférés, et Lennon est mon héros, donc à mes yeux, ils ne peuvent rien faire de mauvais. J’étais content de voir la relation entre Lennon et McCartney présentée sous un jour positif dans le documentaire Get Back.

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Penny Arcade sera en concert avec Eggs le 4 juin au Chinois à Montreuil. Ce concert sera suivi d’une tournée.
Double Exposure de Penny Arcade est disponible chez Tapete

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