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Selectorama : Vaisseau

Vaisseau

Depuis quelques semaines, il existe une véritable liturgie d’un culte voué à Tangerine Dream et Black Sabbath qu’on appelle le synth doom. Les uns sourient, d’ailleurs les intéressés eux-mêmes ne s’en privent pas, d’autres se vautrent des deux oreilles dans ce savoureux mélange de rock progressif, de heavy metal et de musique électronique. Horrors Waiting in Line en est pour l’instant l’unique représentant. C’est un disque de doom sans guitare, étrange, jouissif et probablement le plus audacieux du genre depuis des années. Il est l’œuvre de deux musiciens de Brest, deux metalheads passionnés et érudits. L’un d’eux (Ewenn, le batteur) n’est autre que le fondateur de l’excellent Totem Cats Records, le label de Dopethrone qui réédite Bongzilla ou le premier album de Sons of Otis, Spacejumbofudge (1996), la chapelle Sixtine du psych-doom. Du coup, et là c’est un peu de ma faute, la discussion a parfois viré à un enthousiaste name dropping de “groupes préférés”. Continuer “Selectorama : Vaisseau”

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I Like 2 Stay Home #22 : Exotic Delights

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

C’est fou ce qu’il fait beau depuis trois semaines. J’ai piqué la place du chat près de la fenêtre et je passe certains de mes longs après-midis à regarder ce qui se passe dans l’immeuble d’en face. J’ai l’impression d’être James Stewart dans Fenêtre sur cour. Sauf que Grace Kelly ne remplit pas mon frigo et que je ne passe pas mes journées en pyjama. Mes voisins, en revanche, vautrés quotidiennement à 14h devant l’interminable filmographie de Louis de Funès ne semblent pas toujours très prompts à s’habiller. Notez que je serais sûrement comme eux si je n’avais pas décidé d’une routine stricte en début de confinement. Et ma discothèque m’a grandement aidé à m’y tenir. L’exotica, par exemple, m’incite à porter une chemise et un pantalon (propres) chaque jour. Les rêveries musicales de Martin Denny, les paysages sonores d’Arthur Lyman et les voyages merveilleux de Les Baxter s’accordent mal avec la procrastination vestimentaire, vous en conviendrez. Cette mixtape a donc pour vocation de vous aider à retrouver un peu de dignité autant que vous faire rêver. 83 minutes de pop, de jazz, de chansons traditionnelles qui remueront vos souvenir de série B : le Corsaire Rouge qui descend de son mat, Debra Paget et sa danse du cobra, le Comte Zaroff et ses chasses au pangolin, Elvis et son bateau de pêche, les requins d’Australie, les côtes tahitiennes, les Andes, le Nil, la jungle. Exotisme d’opérette et dépaysement en technicolor. Et puis, avec votre aloha shirt ou votre polo Pierre Balmain en nylon marron vous aurez l’air d’un véritable esthète. Même après votre quatrième Mai Tai de l’après-midi. Ce qui paraîtra difficile en survêtement. Aloha et à la vôtre ! Continuer “I Like 2 Stay Home #22 : Exotic Delights”

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FAME 2020 : Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert


Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert

Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert

Le film commence. L’image est plate, sans contraste et bruitée ad nauseam. Je me dis alors que la vidéo sur bande est décidément ce qui est arrivé de pire à l’image animée ; c’était mieux avant la VHS, le Beta et le Hi-8 et ça sera aussi mieux après. Dès les premières secondes, je suis agacé par ce que je pense être du maniérisme de vidéaste. Les images défilent. Le désert. Des immeubles éventrés par des obus. Des rues envahies par les ordures. Des ruines modernes. Des ruines antiques. Le soleil. Et ce vent brûlant, chargé de sable qui gifle le pays et balaye au passage mes a priori esthétiques. Continuer “FAME 2020 : Khamsin de Grégoire Orio et Grégoire Couvert
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Sunn O))), Life Metal (Southern Lord)

Les intéressés vous le diront tous, un concert de Sunn O))) est une expérience vraiment unique. Le groupe joue si fort que les fréquences basses ne font pas uniquement vibrer les tympans mais les corps tout entiers. Ces performances sont aussi jubilatoires qu’éprouvantes, à en juger par les sourires extasiés des uns et les flaques de vomi laissées par les autres (il se peut que ce soit les mêmes spectateurs). Et sur disque ? Que reste-t-il de cette musique lorsqu’elle est diffusée sur nos modestes sound-systems domestiques ? Est-il possible d’écouter Sunn O))) avec ses seules oreilles ? Continuer “Sunn O))), Life Metal (Southern Lord)”

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V/A Technicolor Paradise, Rhum Rhapsodies & Other Exotic Delights (Numero Group)

Technicolor ParadiseL’exotica est pour les nostalgiques d’un monde qui n’a jamais existé. La bande sonore pour rêver de contrées sauvages et mystérieuses en restant bien au frais dans un salon climatisé, un martini à la main et un peignoir sur le dos. Les musiciens américains qui jouent cette musique ne savent eux-mêmes pas grand-chose des terres australes qu’ils évoquent. Quelques-uns ont bien servi dans la guerre du Pacifique ou en Corée, mais la plupart n’ont jamais franchi aucune frontière. Ils tirent leur inspiration d’illustrations de pulps, de photos du National Geographic (dans le meilleur des cas) ou de films d’aventures de série B. Continuer “V/A Technicolor Paradise, Rhum Rhapsodies & Other Exotic Delights (Numero Group)”

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Sleep, The Sciences (Third Man Records)

SleepLa trajectoire de Dopesmoker (2003), le précédent album de Sleep, est édifiante. C’est à elle seule un chapitre entier de l’histoire du metal. Après leur deuxième LP, le remarquable Holy Mountain (1992), le trio signe chez London Records. On leur promet une liberté artistique totale. Ça tombe bien, Chris Hakius, Al Cisneros et Matt Pike sont alors en train de composer un morceau d’une heure. Continuer “Sleep, The Sciences (Third Man Records)”

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Jonathan Wilson, Rare Birds (Bella Union/Pias)

Jonathan WilsonAvant de poser Rare Birds sur la platine, je me méfiais beaucoup de ce que j’allais entendre. Tout d’abord parce qu’après deux albums splendides, Jonathan Wilson nous avait livré Slide By, un EP poussif (hormis Angel, une impeccable reprise de Fleetwood Mac). Ensuite le teasing de l’album s’est effectué avec des clips très vilains, aux images numériques périmées et d’un psychédélisme écœurant. On nous parla alors de synthés, d’électronique, de changements radicaux dans la production. Pendant des semaines alors, je n’arrive plus à écouter aucun disque folk de Laurel Canyon. Je dors mal. Je ressasse d’improbables rêves où David Crosby chante avec Devo. Parfois dans un cauchemar effroyable, Skrillex remixe Joni Mitchell. Je tente de calmer ces terreurs nocturnes en écoutant Trans de Neil Young. Mais en vain. Poussé par un relent d’audace, bravant les derniers avertissements lancés par cette infâme pochette, je me décide enfin à ouvrir ce Necronomicon bleu électrique.

Non seulement les premiers titres rassurent, mais ils subjuguent. Immédiatement. Avec Trafalgar Square, Over The Midnight et There’s a Light, Wilson érige une cathédrale de guitares folk, rock ou soul mâtinée de country. Une fois le décor planté, la pop retro délicieuse de Rare Birds va basculer imperceptiblement dans une autre dimension. Sur Sunset Blvd, il ralentit le rythme et déploie cordes et vocoder dans un ambiance onirique, voire cinématographique. Les claviers prennent une place centrale sur ce disque, mais pour autant, le musicien n’a pas radicalement modifié son écriture, ni sa production, comme on a pu l’entendre dire. En revanche, il a étendu sa palette, ouvert ses compositions à de nouvelles sonorités : il a mis du Air dans son CSN&Y, du Talk Talk dans son Jack Nitzsche et même du Dire Straits dans son Tom Petty. (Et au passage, il fait ça mieux que The War On Drugs.) A côté de ça, il récite aussi son Sgt Pepper comme personne (Miriam Montague). Continuer “Jonathan Wilson, Rare Birds (Bella Union/Pias)”

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Elodie, Vieux Silence (Ideologic Organ)

ElodieAndrew Chalk et Timo van Luijk ont tous deux enregistré de très beaux disques d’une ambient contemplative et hypnotique, notamment en collaborant avec Christoph Heemann.
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