C’est une sensation un peu bizarre. À chaque fois que je rentre là, par la porte qui donne sur le parvis. Dix mètres dans la pénombre, et elle me saute aux yeux, cette affiche taille XL qui orne l’un des murs de la Petite Coopé, l’une des deux salles – celle-ci fait aussi office de bar – de la fameuse Coopérative de Mai, née il y a 21 ans presque jour pour jour et devenue l’un des lieux emblématiques du Clermont-Ferrand qui rocke, folke, danse, rappe et bien plus si affinités. C’est une couverture de la RPM, une couverture de l’année 2010 où à l’occasion de la sortie du premier album de Mustang, A71 – une autoroute de circonstance pour le trio clermontois alors monté à Paris –, la rédaction du magazine avait pensé à cette rencontre qui semblait tomber sous le sens entre deux amoureux de rock – dans son sens le plus large possible – et de langue française : d’un côté, le chanteur, guitariste, auteur et compositeur en chef Jean Felzine, qui affichait alors 21 printemps, et de l’autre, Daniel Darc, artiste cabossé ressuscité depuis la parution du miraculeux Crèvecœur en 2004… Continuer la lecture de « Mustang en live et en interview chez vous, maintenant. »
Catégories transmission
TRANSMISSION #54 Spéciale Krautrock
Emission du 07 mars 2021 sur Rinse France
Une émission présentée par Thomas Schwoerer, sur une playlist de Viktor Der Panini Joe, Xavier Mazure, Baptiste Fick et Thomas Schwoerer.
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Catégories sunday archive
Devoir de mémoire
Début 97, pour la sortie de leur premier album « Homework », rencontre avec les Daft Punk.

Je me souviens bien de cette une photographiée par Philippe Levy – parmi les quelque 110 que j’ai accompagnées en quinze ans. Je m’en souviens bien pour un nombre assez incalculable de raisons. L’une des principales, c’est sans doute le débat qu’avait provoqué au sein de notre comité de rédaction haïku – Serge, Philippe, Éric, sans doute Jean-Fabien et moi, donc – la récente décision de ces deux garçons à peine sortis de l’adolescence de ne pas (plus) afficher leur tête, ni sur la couverture, ni dans l’article. Je n’étais pas d’accord avec ça. Je n’étais pas d’accord parce que cette décision me paraissait absurde. D’abord, parce qu’ils avaient déjà joué à visage découvert, parce que des photos d’eux avaient déjà circulé (et à chaque fois que je pense à ça, je pense à la très belle photo prise par Éric Pérez sur la scène de l’Ubu, lors des Trans Musicales de 1995), parce qu’on les avait vus aussi à la télé – pas forcément à une heure de grande audience mais quand même, je me souviens du bus dans les rues de Glasgow ; ensuite, parce que je ne trouvais pas l’idée si originale que cela : The Residents, Kiss ou pendant un temps, Cabaret Voltaire avaient déjà joué sur l’anonymat. Continuer la lecture de « Devoir de mémoire »
Catégories playlist
Le club du samedi soir #39 : The Pyramids sound lovely tonight

Qu’Edward Saïd me pardonne ! Qu’avais-je donc en tête ce jour là pour démarrer cette quête thématique, mis à part ce songe vague que du haut de ces pyramides, non seulement quarante siècles, mais aussi quelques décades plus récentes de pop culture me contemplaient ?
Voici donc, sous forme de playlist, un choix de titres puisés dans la source féconde de l’orientalisme le plus flagrant (fatras novelty, resucées mélodiques, rites déterritorialisés et re-territorialisés), mais pas que, car ce choix est aussi guidé par les chemins empruntés sur les nombreux ponts et passerelles entre l’Égypte éternelle, et actuelle, et un ailleurs, qu’il soit géographique ou mystique (artistes de matrice double ou à la recherche de racines ancestrales). Parce que le Nil abreuve toujours notre mer, et nos rêves communs du monde entier, avec un penchant clair pour Alexandrie plus que Babel cette fois-ci. Continuer la lecture de « Le club du samedi soir #39 : The Pyramids sound lovely tonight »
Catégories interview
Jane Weaver : « J’ai rendu hommage à la pop de mon adolescence. »

Avec Flock, son album le plus pop à ce jour, Jane Weaver va certainement conquérir un nouveau public. On parle même d’un classement dans le top 10 en Angleterre au moment où cette interview est retranscrite. Ce qui ne signifie pas qu’elle en a fini avec les expérimentations. Comme pour beaucoup avant elle, essayer de trouver un format pop sans renier pour autant son ADN n’a pas été des plus simples à réaliser. On imagine aisément à quel point le doute et les incertitudes ont été présents pendant les trois années qu’il lui a fallu pour réaliser ce projet. On ne la remerciera jamais suffisamment d’avoir persévéré car Flock est un grand disque de pop expérimentale. Comparer Flock avec ses œuvres passées serait une erreur. Si Jane Weaver ne s’éloigne pas radicalement de sa zone de confort avec ses synthés analogues, un zeste de free jazz ou de krautrock, l’ensemble s’ouvre au glam, à la dance dans un format catchy qui peut surprendre. Pourtant nous avons l’impression de rester en territoire connu, avec des chansons intelligentes, réfléchies, mais dans un format plus court. Que les plus sceptiques se rassurent, l’indie police ne sonnera pas à votre porte si vous posez l’album sur votre platine. L’entretien que Jane Weaver a accordé à Section26 est à l’image de la diversité de Flock, elle y évoque des sujets aussi variés que son envie de s’éloigner du space rock, qu’un séjour glauque à Carnac pour écrire ses paroles ou encore son amour pour l’album Reign In Blood de Slayer. Continuer la lecture de « Jane Weaver : « J’ai rendu hommage à la pop de mon adolescence. » »
Catégories affichage libre
Orgueil et discrétion – Martin Amis, Alex Bleeker, Robert Mulligan
Collage sauvage et de mauvaise foi de l’actualité culturelle de la semaine

Il y a quelques mois, comme cadeau de départ, une jeune femme m’offrait un présent inespéré : m’enfermer dans une citation. « Je suis un poète mais je ne veux pas être un poète pour d’autres. Je dévorerai mes propres poèmes et j’en vivrai. » Orgueil et arrogance, un simple résumé. Je fus comblé, mais pas que. Continuer la lecture de « Orgueil et discrétion – Martin Amis, Alex Bleeker, Robert Mulligan »
Catégories selectorama
Selectorama : Motorama

Hey wake up, It’s Moskow up there. Depuis plus de dix ans, que l’on se situe à Paris ou à Dijon, le groupe de Rostov-sur-le-Don met tout le monde d’accord. Motorama fait donc durer le plaisir en sortant un nouvel album Before The Road, non plus chez nos amis du label bordelais Talitres mais désormais sur leur propre label I’m Home Records. En vingt-cinq minutes à peine, mélodie et mélancolie riment ensemble tandis que la voix envoûtante et hypnotique de Vlad flotte sur une section rythmique toujours impeccable et métronomique. Ledit Vladislav Parshin s’est prêté de bonne grâce au Selectorama et nous livre une parfaite et pointue sélection anglo-russe, accompagné de propos laconiques. Russe jusqu’au bout.
Par Chan Masson et Viktor der Panini Joe
Catégories billet d’humeur
Vibrations
À propos de « Lovers Rock » de Steve McQueen

Bon, je n’avais pas prévu d’écrire sur Lovers Rock, le magnifique deuxième épisode de l’anthologie de Steve McQueen, mais je viens de le revoir pour la troisième fois, et ce n’est sans doute pas la dernière. À chaque fois, c’est un ravissement, une illumination (comme si je portais cette ampoule, chaude et luminescente, à l’épaule comme le DJ du Mercury Sound System du film), une joie physique, je me tortille sur mon canapé, je me lève, les bras en l’air devant les 1h10 que dure ce téléfilm, dans la plus grande noblesse du terme – on pense aux téléfilms plus que pointus d’Alan Clarke pour la BBC par exemple : la beauté et l’expérimentation formelle au diapason d’un propos social ou politique. Continuer la lecture de « Vibrations »