
Ces derniers temps je me dis souvent : fini les concerts de vieux. D’ailleurs est-ce que ce sont les artistes qui sont trop vieux, ou c’est moi ? Ou les deux ? Est-ce que simplement tout ça n’est pas terminé ? Qu’est-ce qu’on est censé célébrer, sinon la disparition elle-même ? Autant aller voir quelqu’un qui n’est carrément plus là. C’est ce qu’on a fait cette semaine en se rendant au concert de Swell, privés de leur chanteur mort l’année dernière. C’est un fait : David Freel n’est plus, mais nous, nous sommes encore là pour nous souvenir, même pas de lui (c’est l’affaire de ceux qui l’ont connu), mais de nous-mêmes en train d’écouter sa voix sur les disques, déjà lointaine de son vivant, fatiguée, absente. C’est peut-être ça qui faisait de Swell l’un des groupes les plus vrais des années 90 : l’incarnation émouvante du fait de ne pas être là. Mardi soir on assistait à ce paradoxe : David Freel était parti pour de bon, mais il était présent comme jamais, moins par la photo noir et blanc symboliquement posée au bord de la scène, comme une effigie sur un cercueil, qu’à travers les chansons toujours bien vivantes. Façon de dire : si nous sommes là, c’est pour toi. Mais toi, où es-tu ? Continuer la lecture de « Swell, porté disparu »
Commencez par casser tous les miroirs de la maison, laissez pendre vos bras, regardez vaguement le mur, oubliez-vous. Chantez une seule note, écoutez à l’intérieur. Si vous entendez (mais cela ne se produira que plus tard) quelque chose comme un paysage plongé dans la peur, avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies, je crois que vous serez sur la bonne voie, de même si vous entendez un fleuve où descendent des barques peintes de jaune et de noir, si vous entendez une saveur de pain, un toucher de doigt, une ombre de cheval.
Il n’y a pas si longtemps, j’ai réalisé avec tristesse et désespoir que je ne verrai plus jamais 
Elles sont sept et viennent d’un entremonde aux nuances bleutées. Ce sont des chansons de mirage aux contours flous. Elles s’apparentent à une rêverie d’où surgiraient des notes de musique posées par petites touches et ondulant dans des nappes de brumes. À chaque écoute, elles me laissent comme figé, enveloppé d’un silence mélancolique. Elles sont empreintes d’une saudade aux nuances délicates et profondes, nuances qui leur donnent un arrière-fond énigmatique où l’on pressent que derrière ces chansons, il y a des passages secrets qui pourrait, si on le voulait, nous amener vers nos vies passées, présentes, futures. Derrière l’apparente immobilité qui se dégage de ces sept chansons, il y a comme l’amorce d’une grande respiration, d’une vie qui renaît et ne demande qu’à remplir nos âmes. Comment s’appellent-elles ? Ou plutôt, comment s’appelle ce disque ? 

