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John Maus, Screen Memories (Ribbon Music / Domino)

John MausDès les premières notes de Screen memories, quatrième album de John Maus, le synthétiseur analogique prend une fois encore toute sa place, et ce n’est pas anodin. Crée de toutes pièces par Maus, de la gravure du circuit à l’assemblage des pièces, il définit en grande partie son esthétique. Pour l’ancien clavier d’Animal Collective ou Panda Bear, et proche d’Ariel Pink avec qui il a longtemps collaboré, les sonorités de ces instruments hâtivement estampillées eighties vont plutôt chercher les bases de leurs harmonies au milieu de la renaissance, dans certaines pièces de musique médiévale qu’il a longtemps étudiées. Continuer la lecture de « John Maus, Screen Memories (Ribbon Music / Domino) »

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The Make Up, I Want Some (K)

The Make UpIl faut se pincer pour y croire. Très fort. Il faut se frotter les yeux pour être sûr de ne point rêver. Très longuement. Il faut être en présence d’un témoin potentiel, qui pourrait, le cas échéant, confirmer vos dires. Il faut regarder plusieurs fois le calendrier pour bien se persuader de l’année. Car, à l’heure du tout technologique, du triomphe du sampler, de la reconnaissance des remixes en tant que création artistique, découvrir un disque des Make Up peut provoquer, chez beaucoup, un choc émotionnel grave. Make Up ? Un quatuor d’allumés, emmené par un chanteur au charisme désarmant, nommé Ian Svenonius et complété par James Canty (guitare, clavier), Steve Gamboa (batterie) et Michelle Mae (basse). Un groupe pour qui le marketing n’existe pas, qui ne sait pas que Spielberg a tourné Jurassic Park, pour qui le terme house signifie, encore et toujours, « maison » et qui croit dur comme fer que l’appellation « french touch » a été inventée pour qualifier le Bande À Part de Jean-Luc Godard. Un anachronisme, un mystère, des Hibernatus de la scène musicale ? Peut-être. Sans doute… Dans l’absolu, pour cette formation pas comme les autres, le temps s’est arrêté quelque part entre 1967 et 1969. Et les nouveautés ont encore pour nom les Stooges, les Doors, Love ou le MC5. Vous aurez beau essayer de démentir ces quatre énergumènes, impossible. Au contraire… Car ces gens-là sont, à leur manière, de véritables magiciens. Sinon, comment expliquer qu’ils parviennent aujourd’hui à sonner de façon aussi pertinente, sans même avoir recours, à l’instar au hasard d’un Jon Spencer, à l’aide de producteurs en vogue. Voici un groupe capable de réaliser trois albums en une seule et même année, capable de sortir des singles à un rythme effréné quand tous ses contemporains passent deux, trois ou quatre ans à s’arracher les cheveux sur un son de caisse claire. Ici, on réhabilite, en deux temps trois mouvements, les termes soul, punk, pop. On joue sans jamais regarder dans le rétroviseur. Pourtant, I Want Some est une compilation de tous les 45 tours réalisés jusqu’à présent par le quatuor – vingt-trois morceaux –, comme de bien entendu jusqu’alors uniquement disponibles en vinyle et par la force des choses, presque tous épuisés. Une rétrospective en quelque sorte, qui se métamorphose très vite en parfait voyage initiatique. Les petits génies de la scène électronique pourront toujours s’escrimer à piller l’héritage du Philadelphia Sound, jamais ils ne parviendront à trouver une basse aussi sexy que celle de I Want Some. Sur Walking On The Dune, le groupe réunit le Joy Division de Day Of The Lords et le Neil Young de Cortez The Killer. Avec Born On The Floor, il allie la puissance des Clash à la finesse guitaristique d’Arthur Lee. Sur I Am If…, il réduit à néant tous les efforts des Charlatans. Grey Motorcycle est peut-être le morceau que Morrissey rêve encore secrètement d’écrire alors que Little Black Book est sans doute la chanson la plus mélancolique qui vous a été donnée d’écouter depuis belle lurette. Jusqu’au moment où vous entendrez les premières notes de Have U Heard The Tapes?. Les Make Up sont désespérément importants – essentiels, devrait-on dire car ils sont sans doute les derniers à ne s’embarrasser d’aucun principe, à jouer une musique sans… maquillage, sans fard, sans fioriture. Une musique qui se suffit à elle-même, toujours portée par l’incroyable chant de Svenonius – ici, guttural ; là, suraigu, toujours au bord de la rupture. Traditionalistes, ces quatre doux-dingues le sont, il serait inutile de le nier. Mais, contrairement à nombre de groupes qui vouent une adoration béate aux insouciantes 50’s et aux glorieuses 60’s, jamais ils ne tombent dans le piège de la référence dévote, de la copie carbone. Les Make Up sont – excusez le terme – le dernier groupe de rock’n’roll du monde. Les Make Up sont, en fait, le dernier groupe majeur. Après eux, le déluge. On vous aura prévenus.

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The Yetis

The Yetis

Qui ?

Christian Luengen (voix, guitare solo)
Nick Gillespie (basse, voix)
Patrick Gillespie (batterie)
Freddy Kempel (guitare rythmique, voix) Continuer la lecture de « The Yetis »

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Peaches, Rub (I U She/INgrooves/K&B)

Elle, c’est l’impératrice officieuse du beat vicieux, de la punchline chargée de sexe brut, une performeuse hors normes idéologiquement militante, allergique aux clichés et au premier degré. Mais depuis I Feel Cream en 2009, Peaches semblait avoir disparu des bacs à disques. Constat à moitié vrai puisqu’à défaut d’un véritable album, elle a expérimenté d’autres formes d’expression : l’opéra rock avec Peaches Does Herself (2012) précédé par la tentative avortée du show Peaches Christ Superstar (2010), et une pléthore de featurings aussi variés qu’hétéroclites : un single aux côtés du guitariste de Rammstein dans son groupe Emigrate l’an dernier, des collaborations électro avec les allemands de Gomma et Boyz Noize en 2012, une autre avec le rappeur queer Cazwell en 2011, sans oublier celle auprès de The Flaming Lips et Henry Rollins pour une version alternative de The Dark Side Of the Moon (2010) et un caméo au même moment chez Christina Aguilera. Cherchez-là, et elle ne réapparaîtra jamais où on l’imagine. Continuer la lecture de « Peaches, Rub (I U She/INgrooves/K&B) »

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Stereo Total, Yéyé Existentialiste (Blow Up Records)

Pour ceux qui imaginent encore que les relations entre la France et l’Allemagne se sont longtemps limitées à une bonne grosse poignée de main entre Giscard et Helmut Schmidt au sortir d’un déjeuner copieusement arrosé de Riesling au restaurant le Bœuf à Blaesheim, en Alsace (terrain neutre, LOL), ou alors à la même scène décalquée à l’infini avec tous les dirigeants qui leur ont succédé des deux côtés du Rhin jusqu’au récent gros câlin entre François et Angela, c’est faux. Il est certain que cette utopie franco-teutonne a pris un autre tournant dans une sphère plus cathodique, mais historiquement, il faut tenir compte d’un autre duo. Selon la légende, l’histoire débute à l’hiver 1992/93 dans une boulangerie de Adalbertstraße, à Berlin. La jeune française Françoise Vanhove fait alors partie du girl band garage punk Les Lolitas (dont le troisième album a été produit par un certain Alex Chilton), et le fringant allemand Friedrich Ziegler s’illustre dans une formation noisy expérimentale, Sigmund Freud Experience. Continuer la lecture de « Stereo Total, Yéyé Existentialiste (Blow Up Records) »

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Moritz Von Oswald Trio, Sounding Lines (Honest Jon’s Records/Modulor)

Il y a eu les pères fondateurs de la techno à Detroit, sans cesse célébrés par les plus jeunes générations, et il y a Moritz Von Oswald à Berlin. Une connexion logique qui se poursuit toujours sur scène, comme avec Juan Atkins sous l’identité Borderland lors de la dernière édition du Weather Festival à Paris. De son groupe Palais Schaumburg à Basic Channel (avec Mark Ernestus) et son alias Maurizio, Moritz Von Oswald a creusé en trente ans le sillon d’une épure technoïde sidérante, traversée par un travail sur les rythmiques, les textures, les échos, se frottant au minimalisme, au dub, au classique et cette fois, au jazz. Continuer la lecture de « Moritz Von Oswald Trio, Sounding Lines (Honest Jon’s Records/Modulor) »

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Jacco Gardner, Hypnophobia (Full Time Hobby)

Jacco GardnerJacco Gardner avait ouvert en grand les portes de son Cabinet Of Curiosities (2013), le public s’y pressa, émerveillé par les beautés baroques qui y étaient exposées. Succès critique autant que populaire, le juvénile batave a aujourd’hui la lourde tâche de donner une suite à cette prouesse sonore, d’une délicatesse inouïe. Hypnophobia (2015) nous entraîne ainsi dans les nuits blanches du hollandais volant de vingt sept ans. Ce périple sinueux dans les tourments angoissés d’une âme romantique et pure, moins immédiat que son prédécesseur, confirme cependant les espoirs placés dans le timide jeune homme. Les chemins de traverse instrumentaux (All Over, Grey Lanes) à la croisée d’Air, Michel Legrand et Broadcast y rencontrent le psychédélisme chamarré de Syd Barrett et The Move (Find Yourself). Il flotte un doux parfum d’encens rassurant, des volutes de fumées de narguilé emplissent la pièce vide (Outside Forever). Jacco attrape sa guitare sèche, il improvise des arpèges au grès de son inspiration, laissant ses doigts filer sur le manche (Brightly). Le troubadour épigone de Donovan et Nick Drake hante ses nuits de mélodies antiques pour surmonter son insomnie (Hypnophobia). Aux rêves éveillés, bouffées de délire (Before The Dawn) succèdent berceuses en demi-teintes (Make Me See), cependant Jacco ne trouve toujours pas le repos tant désiré. Il se plonge à corps perdu dans sa collection de romans gothiques (Face To Face, Another You) préférant le mythe de Prométhée à une réalité aussi bruyante que déconcertante.

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San Carol, Humain Trop Humain (Gonzaï Records)

San Carol, Humain trop humainDe San Carol, on n’avait pas oublié La Main Invisible (2013). Un premier effort intrigant, un disque (de) solitaire entièrement tourné vers les synthétiseurs et une certaine idée des eighties, cette décennie que Maxime Dobosz n’a pas connue. Plus ramassé et percutant, ce second essai enregistré en groupe prend le rock à bras le corps, sans évacuer l’amour des claviers analogiques ni le sens du décalage. Continuer la lecture de « San Carol, Humain Trop Humain (Gonzaï Records) »