
« Dormir dans les champs, entendre le vent effacer ton souvenir »
C’est en 2022 que Musique Journal, par la plume d’Etienne Menu, avait attiré mon attention sur ce super groupe lyonnais (encore un). Super au sens où il réunissait un aréopage de personnalités s’épanouissant chacun.es de leur côté dans la musique ou les arts. On rigole un peu avec cette notion de super groupe, parce que l’époque n’est plus à la bagarre d’ego, mais plutôt à la complémentarité, la transversalité, et tout cela fonctionne heureusement très bien à l’échelle du territoire et de ses souterrains. Avec, donc, pour ceux que je connais et ça suffirait déjà : Romain de Ferron, de Balladur, un des meilleurs trucs à voir en concert de ses dernières années, ou autre un autre Romain, Hervault qu’on a croisé dans Société Etrange. No offense, les autres, hein, comme on dit, de toute façon, « le tout est plus grand que la somme de ses parties ».

Après Collection Particulière (2022), donc, et un premier disque éponyme en 2017, le collectif, appelons ça comme ça, revient aux affaires avec Âmes Bleues qui s’inscrit dans la droite ligne du précédent : atmosphères planantes, aux rythmiques hypnotiques, qu’on situerait dans une sorte de new wave contemplative (flanger au diapason) derrière laquelle Maurice Deebank pourrait se tenir en embuscade (mais il n’est pas là), coiffées par la voix obsédante de Florence Giroud. L’artiste se livre à travers des mots portés par les émotions de sa voix, sans que sa litanie ne livre clé en mains de sens trop précis. On ressent surtout des choses, mais sans que tout soit fléché, au contraire, plus on avance, plus on se perd (surtout quand le langage devient autre, italien je pense, mais j’ai des doutes), mais c’est ça qui est bien, sauf peut-être dans le désarmant et frontal Paranéa (sommet, clair). Même quand elle chante, même quand elle s’énerve, ou qu’on la surprend en plein petit hommage (face A, plage 3, parfait), son timbre continue de rassurer, malgré la gravité de ce qu’on croit comprendre (« le sacrifice et l’isolement », pas mal le résumé en deux mots de cette littérature).
Comme on est un peu retord et obsessionnel, on se dit que c’est un disque post Lithium dans sa façon d’imposer majoritairement ce parlé-chanté tant apprécié des pensionnaires de la maison de disques des années 1990. Les chansons non formatées imposent leur notion du temps (en moyenne plus de 5 minutes), toujours en douceur, un morceau instrumental pour s’installer, un autre pour se quitter, Omertà fait ça dans le respect, sans brusquerie instrumentale aucune. Tranquille intranquillité, le meilleur état possible.
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