En procrastinateur 100% perdu dans le flux costaud de sorties, il se peut que des disques m’échappent à force de repousser leur micro analyse pour l’arrière-magasin ou Section26. Comme un CD qui aurait glissé sous le siège de la voiture, sans crier gare. Même pas écouté une fois, ou d’une oreille distraite, moins hip, moins beuz, il y a plein de raisons de passer à l’as dans ce monde de la surabondance. Il faut alors compter sur une bonne âme pour vous tirer l’oreille, que ce soit l’artiste lui-même, bien obligé d’assurer le s.a.v. en ces temps de vaches maigres, ou que ce soit un copain/copine des réseaux bien intentionné qui envoie un message succint : Eh gars, t’as écouté la chanson Écorce de Charles Virot ? Merci Laurent.

D’ailleurs Laurent me met sur la voie : « Il y a un « vrai » groupe avec lui ! Son frère, Kcidy et Paul de Fontanarosa, ça joue de fou. » D’un côté les chansons fragiles de Charles, aux textes très touchants, aux mélodies approximatives portées par une voix toujours à la limite, entre hyper émotivité et justesse. De l’autre, un super groupe, François Virot dont la personnalité à la batterie n’est plus à prouvée (en plus de sa façon de jouer de la guitare de façon très percussive – on l’avait vu en concert, ça remonte mazette, il y a très longtemps, il accompagne depuis longtemps La Féline), Pauline Le Caignec aux volutes précises de synthés/orgues et Paul Verwaerde (de la mifa Howlin Banana) à la guitare, subtile et adroite. Mais attention, comme on pouvait le deviner au regard de ces bonnes gens somme toute discrets, le groupe ne fait pas étalage de sa science, sinon celle de se mettre au service du songwriter lyonnais et singulier.
Tout le monde y gagne dans cet ensemble Averse Band, c’est marqué dessus. Comme toi déroule son programme d’humanité avec ses chansons qui circulent entre difficultés à être au monde (amoureux notamment) et réassurance, petites vignettes d’ultra frontalité intime se frottant à des petits moments d’absurdie (l’errance minuscule toute en chantonnement Bras humain, parfaite). La légèreté instrumentale confère à l’album ce côté petit nuage blanc flottant jouant avec les lumières de nos instants d’abandon. Super disque à côté duquel il aurait été dommage de passer, nous qui cherchons toujours ces moments où le pop cherche à magnifier la chanson d’ici, sans qu’on sache jamais de quoi il est vraiment question, et c’est ça qui est bien, Charles Virot et son groupe nous amène sur ce territoire, tranquille, lumineux et c’est déjà pas mal pour commencer une semaine, n’est-ce pas ?
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