C’est une boîte à musique. Une musique de fantômes.
Quelque chose apparaît — un « petit pan », pas tout à fait une voix, pas tout à fait une présence — plutôt une image trouble à travers les murs d’un palais de cristal. Dagmar Zuniga (nicaraguayenne-américaine, élevée à Miami, installée à Brooklyn) compose comme on laisse venir des revenants, une sorte de petite musique de nuit, de jour, qui insiste. Un bourdonnement. Une musique de membre fantôme — on croit la reconnaître, a-t-elle déjà eu lieu ? Enregistré entre 2019 et 2024 sur un Tascam 424 (magnétophone quatre pistes), l’album est apparu en janvier 2025 sur Bandcamp via le collectif People’s Coalition of Tandy. Attraction virale. Phil Elverum de Mount Eerie est coi, l’invite à jouer sur les routes, Internet en émoi. Quelque chose circule, mais ce n’est pas ce qu’on croit. Reprenons le fil — ou plutôt : cherchons-le.
Je l’ai écouté pour la première fois un vendredi soir dans le bus 46 entre Montgallet et Voltaire, à la nuit déjà tombée. Vous voyez un peu la scène, vous connaissez le moment : la fin de semaine un peu hard, celle qui déconnecte des sentiments, qui laisse une pellicule un peu dégueu sur à peu près tout. À la première seconde d’écoute, je sais déjà que Touché Coulé va être un de mes trucs préférés. Comment se peut-il qu’on puisse encore en faire quelque chose comme ça, un truc, un disque, un EP. Que je trouve ça formidable de ne pas en revenir d’avoir un cœur, une pompe, un truc qui marche alors que tout autour est cassé. J’en reviens pas des êtres humains qui font encore des trucs d’êtres humains.

On imagine que
Lumière de fin d’après-midi. Cassettes criblées. Films en 8 mm. Bordées sans fin de ces trottoirs américains qui sont à peine des surfaces sur lesquels marcher, des portes de garage ouvertes ou fermées. Ça, c’est pour le décor.
Un ciel bas, des vitres embuées. Le shoegaze c’est avoir la tête penchée. 
Le téléphone retentit, une femme réagit incrédule : « …but who is