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Metronomy Forever

Metronomy Joseph Mount
Metronomy (avec Joseph Mount en rose au milieu)

Metronomy, c’est un groupe mais en vrai, c’est surtout un mec, et ce mec, pour les filles, c’est un gars plutôt rassurant. Pas très beau, limite rondouillard, qui porte des K-way et des sneakers multicolores, le gars se la raconte pas, il fait son truc et il le fait plutôt bien. Joseph Mount, c’est un peu une barre Ovomaltine l’air de rien. On dira que le bassiste et la batteuse sont beaucoup plus attirants que lui, mais c’est cool aussi quand le leader n’est pas trop sexy. Bref, j’ai écouté leur nouvel album hier soir et ce matin, et comme à chaque fois, j’ai pensé : « hey bien joué gars, t’es vraiment malin ». Continuer « Metronomy Forever »

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Sorry entertainer

Daniel Johnston (1961 – 2019)

Daniel Johnston
Daniel Johnston

Avant de rouvrir ce coffre à merveilles, dont on connaît certains recoins par cœur, penchons-nous sur la tradition orale, ou comment les chansons de Daniel Johnston nous ont été transmises. Quand elles nous furent présentées pour la première fois au début des années 90, on n’aurait pu écouter, ni même entendre, ces diamants bruts sous cette forme-là. Continuer « Sorry entertainer »

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Sr. Chinarro, concert Life Is A Minestrone à Charenton, dimanche 8 septembre 2019

Sr. Chinarro
Sr. Chinarro / Photo : Stéphanie Boillon et Juanlu Fajardo

– Elle était très belle, la version de la première chanson du rappel, celle qui est sur le disque gris.
– Ah oui ? Merci. Mais c’est bizarre pour moi de jouer des morceaux aussi vieux : j’ai comme l’impression de jouer des reprises d’un autre groupe…

C’est une fin d’après-midi, un dimanche, juste à côté de Paris. Une maison, avec un salon aux murs blancs et un patio avec des azulejos – et je me suis dit que ce ne pouvait pas être autrement. C’est une fin d’après-midi très douce, qui vient ponctuer le premier weekend de la rentrée – un weekend un peu échevelé. C’est une fin d’après-midi, et Life Is A Minestrone a invité Antonio Luque, alias Sr. Chinarro, pour l’un de ses concerts de poche dont cette association de mélomanes amateurs a le secret. Continuer « Sr. Chinarro, concert Life Is A Minestrone à Charenton, dimanche 8 septembre 2019 »

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Italian Night Fever

L’été italo

La Dolce vita - Italie, 2019 / Photo : David Rimokh
La Dolce vita – Italie, 2019 / Photo : David Rimokh

Je n’ai pas attrapé la fièvre du disco italien  : c’est lui qui est venu à moi, m’a pris dans ses grands bras poilus et roulé un palot qui me fait encore saliver. Puis il m’a fait asseoir sur le siège arrière de sa vespa pour m’emmener le long des calanques regarder les sardines qui scintillent au clair de lune. J’étais un adolescent aux cheveux gras et boutonneux, et j’allais trouver dans les rangs du Top 50 la bande-son idéale de mes rêveries en solitaire. Continuer « Italian Night Fever »

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Crépuscule californien

Retour sur la disparition de Neil Casal, un des grands de l’Americana.

Neal Casal
Neal Casal

Disparu brusquement, et plutôt tragiquement, dans la dernière ligne droite d’un mois d’août 2019 qui se sera avéré particulièrement cruel, Neal Casal méritait un hommage, ne serait-ce que pour la poignée de disques précieux qu’il aura sortis, il y a plus de vingt ans, entre Fade Away Diamond Time (Zoo Entertainment, 1995) et Anytime Tomorrow (Glitterhouse, 2000). Continuer « Crépuscule californien »

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David Berman – Bonjour tristesse

David Berman
David Berman

Quel drôle de retour. Je n’y croyais pas. Je scrutais ce visage blême, ce regard rendu microscopique par des verres de correction staliniens. Un regard perdu, totalement. Il ressemblait parfois à un enfant. Pourtant, la réalité revenait vite me serrer la gorge – les cheveux gras et filasses, la silhouette bouffie, moche et terriblement émouvante, David Berman revenait ainsi. Fragile et peu apprêté. J’ai eu une sorte d’appréhension à l’écoute de l’album de Purple Mountains comme lorsque l’on serre contre soi un ami que l’on a plus vu durant dix ans et avec qui on s’était fâché. Pudeur, gêne et admiration. Et ce foutu temps qui passe. All my happiness is gone. C’était pas pour la pause ce titre, c’était du sérieux. Continuer « David Berman – Bonjour tristesse »

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Sweet Jayne

Coup de cœur : Studio Electrophonique (Violette Records)

Studio Electrophonique
Studio Electrophonique / Photo : Ryan Lee Turton

C’est amusant de constater à quel point des gens qui ne vous connaissent pas « vraiment » vous connaissent pourtant si bien. Mais je vous l’accorde, depuis qu’on se fréquente sur les réseaux avec Pascal Blua, on a largement eu le temps de se rendre compte qu’on partageait pas mal de groupes, de chansons, de coups de cœur – et d’autres centres d’intérêt aussi. Et puis, pour tout vous dire, on s’est même croisé une fois dans la vraie vie, le temps d’un dîner clermontois – et avec deux autres amis, nous avions partagé du vin, mais surtout des groupes, des chansons, des coups de cœur. Continuer « Sweet Jayne »

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Retour en disgrâce

John William Waterhouse – The Remorse of Nero After the Murder of His Mother (1878)

Dans une lointaine Europe, la damnatio memorae votée par le sénat romain sous l’effet des époques et des rancœurs, déclenchait l’effacement d’une personnalité publique via démolition de son patrimoine culturel. La plus spectaculaire, et éloquente sanction de la damnatio est incontestablement le renversement des statues qui leur furent dédiées.

En terre contemporaine, un certain nouveau monde du Juste s’élève loin de Rome : nos zélés cousins américains l’appellent cancel-culture. Cette culture a désormais son rite de l’annulation : annuler une carrière, une existence (numérique de préférence), une voix, renverser une statue. En français l’annulation, c’est l’effet qui n’opère plus, c’est la force contraire qui rend inopérante la force première, c’est la chanson qui ne couvre plus le bruit ambiant. Continuer « Retour en disgrâce »