The Great Escape Festival à Brighton : compte-rendu et coups de cœur

Du 12 au 14 mai dernier se tenait à Brighton The Great Escape, the festival for new music qui réunit chaque année près de 500 groupes et musiciens émergents, mais aussi tout un réseau de professionnels venus dénicher leurs prochains protégés. Comment aligner tant de concerts en trois jours ? En mobilisant la trentaine de salles et pubs de la ville, une partie des galets de la plage, et en limitant les sets à une demi-heure. Illusoire en revanche d’imaginer en voir ne serait-ce qu’un dixième : plusieurs performances se produisent en même temps, et les trajets à pied d’une venue à l’autre, souvent assortis de files d’attente plus ou moins prévisibles obligent à faire des choix. 

C’était une première pour moi et avec une organisation plutôt sérieuse, j’ai réussi à voir une vingtaine de projets, dont une majorité de découvertes. Bien sûr, j’ai manqué quelques noms haut-placés sur ma liste : Christian Lee Hutson, sa douceur et sa finesse mélodique à la Sufjan Stevens, mais aussi Katy J. Pierson, écoutée de loin, des centaines d’autres amateurs s’étant davantage pressés que moi pour écouter sa country folk ensorcelante au bout de la Brighton Pier. 

Malheureusement, et cela est sans doute inhérent au concept-même de ce festival, la majorité de projets découverts sur place m’ont paru assez génériques, voire caricaturaux dans leur genre. D’autres m’ont touchée, mais manquaient encore à mes yeux d’un peu de maturité (les londoniens de ME REX, très Pixies, ou la touchante Bonnie Kemplay âgée seulement de 19 ans). Quelques punks, sans s’inscrire dans mes goûts, m’ont aussi impressionnée sur scène (le duo post-punk MEMES, les New-Yorkaises déjantées de Gustaf ou les enragés de Sprints). Au final, cinq noms sont pour moi sortis du lot…

Momma

Momma est le groupe qui m’importait le plus des 500 présents ce week-end là. La musique d’Etta Friedman et Allegra Weingarten, c’est tout ce que je préfère dans le rock : des déflagrations d’accords mineurs, des moments très heavy suivis d’accalmies mais de la mélodie dans les voix ; en bref, le plus sombre de Nirvana mêlé au plus pop de Hole. Cette fois, j’avais pris toutes les précautions possibles pour m’assurer une place au premier rang. Les deux californiennes ont débarqué sur scène telles que je les imaginais : habillées de manière quelconque, dénuées de toute attitude. Avec elles, leur bassiste habituel et un batteur, différent de celui aperçu dans leurs vidéos. Still need a drummer / The last one quit the band / His favorite song was Hummer / Soundtrack in the minivan ; le premier couplet de Rockstar, l’un des tubes de leur troisième album à paraître en juillet, cachait peut-être un indice. La référence aux Smashing Pumpkins n’était par contre pas nécessaire tant la période 1989-1994 des pontes de Chicago infuse dans leurs guitares. Dans ce bar branché de la Brighton Pier, le son est mal réglé, les voix peu audibles et je m’estime heureuse de de connaître les airs que je ne distinguerais pas sinon mais peu importe, les gens hochent fort la tête, s’étonnent de la poigne de ces filles à peine sorties de l’adolescence. J’espère que bientôt, elles deviendront ces rockstars qu’elles rêvent de devenir.

Lunar Vacation

Parmi les groupes que je connaissais et qu’il me tardait de voir sur scène, il y avait aussi Lunar Vacation. Une toute autre ambiance dans ce pub : les jeunes d’Atlanta ont proposé une indie pop modérée, dans la mélancolie. Sur le bras de la chanteuse Grace Repasky, un tatouage  Today is a good day, comme pour s’en auto-convaincre. Un set très délicat, en contraste avec le dynamisme de leur album paru l’an dernier, Inside Every Fig is a Dead Wasp, proche de l’indémodable et estival Crazy for You de Best Coast.  

Stella Donnelly

Il y a aussi eu la pétillante Australienne Stella Donnelly, dont la présence à ce festival m’a surprise tant elle me semble désormais avoir sa place dans le paysage indie. Je l’avais d’ailleurs déjà vue à Paris et j’ai eu l’impression, dès son arrivée sur scène, de retrouver une amie dont la pandémie m’avait éloignée. Elle a chanté quelques hits de son album Beware of the Dogs – le très jovial et pourtant revendicatif Old Man, écrit au moment du mouvement #metoo – mais aussi quelques nouveaux titres, comme Lungs. Des poumons, elle en a de bien accrochés, comme en ont témoigné les chorégraphies et roulades dont elles nous a gratifiés. Une joie de vivre fascinante.

Mattiel

J’ai aussi eu le bonheur de découvrir le duo Mattiel, venus également d’Atlanta, dont la chanteuse Mattiel Brown m’a fait sourire en disant les mêmes mots que son homologue de Lunar Vacation à son entrée sur scène : We’re a long way from home. Une remarque sans doute révélatrice de la jeune expérience de ces artistes encore peu habitués à traverser l’Atlantique. Jusqu’au dernier moment, j’ai pourtant cru à des français : la sonorité de ce prénom peut-être, ou les mots qu’il m’avait semblé entendre dans leur album paru en mars, Georgia Gothic – au titre pourtant explicite. Leur show m’a éblouie de professionnalisme : avec seulement une guitare pour véritable instrument, la boîte à rythmes et les samples faisant le reste, le duo a prouvé que nous avions là bien affaire à du rock. 

DEADLETTER

Enfin, c’est le célèbre animateur de la BBC Steve Lamacq, vissé sur ses Dr. Martens, qui a introduit la dernière révélation du week-end : DEADLETTER. Ce qu’il y a de mieux à l’heure actuelle, a-t-il clamé avant de laisser place à cette bande d’éphèbes, accompagnés pour l’occasion d’une saxophoniste. Après quelques décharges de guitares post punk, un jeune Mick Jagger a fait irruption sur scène, et il n’en n’a pas fallu plus au public pour mesurer le potentiel de ces londoniens encore vierges de tout album. Je leur donne très peu de temps avant de s’inscrire dans la lignée de Shame et Fontaines D.C..


Photos  : Coralie Gardet, sauf la photo de couverture. Plus d’infos sur la programmation de The Great Escape sur leur site.

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