Par le plus grand des hasards, ou plus vraisemblablement comme un fait exprès, il y a sur le douzième album de Teenage Fanclub* un morceau incroyable. Un morceau incroyable de finesse car il revisite toutes nos immenses affinités, qu’elles soient avec nos Écossais favoris** depuis fort bien longtemps mais aussi sur les quelques pistes d’évolution(s) données depuis Man Made (2005) soit le début de la seconde naissance du groupe sous les bons auspices (et non hospices) de John McEntire.

Ce morceau s’intitule Over And Over et réussit en un tour de main à rendre le plus bel hommage possible à David Crosby à son plus céleste dans une plénitude vocale inquiète, totale et sublime PUIS sans rester les pieds collés dans les cendres d’une stèle californienne à repartir du bon peton sur d’autres continents. Un genre de Krautexotica déjà croisé chez Can, chez Stereolab ou plus récemment dans les disques de Memorials. Et puis ce n’est pas tout, sur la fin un son d’harmonium nous refait un tacle fatal où l’on songe (encore, toujours) à Nico en s’évanouissant de bonheur. Alors oui, ça peut faire beaucoup d’un coup mais ça suffit amplement à justifier immédiatement ce disque et son achat. Pour le reste, pas de révolution autre que feutrée et quasiment indicible, rien de notable (tu parles), quelques accentuations vocales plus franchement étudiées, une prégnance du clavier en filigrane et une impression champêtre mais hors des bois, ailleurs, dans la vigne peut-être. The Same Air avec sa petite référence au Cinnamon Girl de Neil Young infuse clairement la raisonnable idée que depuis toujours, en tant que fans et en tant qu’humains, dans ces chansons, nous respirons bien le même. Une continuation faussement pépère qui n’inclut jamais le moindre cynisme, ou alors dans son acceptation antique, avec cette générosité sans failles et désintéressée qu’ont souvent les gens d’un peu plus ou un peu moins que notre âge. Une vraie maîtrise de la durée, de ce temps (Take Time) que l’on vise sans se hâter, sans forcément regarder la tocante et où les petites douleurs et même la tristesse parfois, finissent par donner une petite joie intime et finalement bien palpable. L’exact contraire du renoncement. Alors certes un (disque) de plus, mais pas des moindres.
* Le quatorzième selon d’autre comptages incluant The King et l’album avec Jad Fair. ** Enfin, je m’entends… la liste est longue.