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Lisa Germano, Geek the Girl (1994, 4AD)

Salut ! C’est l’histoire de Geek la fille, une fille qui ne ne sait pas comment être sexuée et cool mais qui découvre qu’elle n’est pas cool et qu’elle est tout le temps exploitée sexuellement, qui en devient malade et préfère laisser tomber mais qui finalement essaie encore de croire en quelque chose de beau et rêve encore d’aimer un homme dans l’espoir qu’il pourra la sauver de sa vie merdique… Ah ah ah, quelle geek !

(in Notes de pochette de Geek the Girl.)

C’est une histoire américaine, et c’est une histoire universelle. Telle elle nous échappe, si nous décidons de nous tenir à un côté des choses, à un côté d’un océan. Mais pour pouvoir traverser un océan, encore faut-il le voir, et savoir que nous ne savons pas.

Comment peut-on savoir ce que cela veut dire de naître dans une famille de musiciens – Rocco et Betty Germano – musiciens et enseignants – lui, né en Italie, immigré économique enfantin tellement doué pour le violon qu’il finit par fréquenter des pupitres aussi prestigieux que ceux du Chicago ? Je ne le sais pas, je ne l’ai pas vécu, je l’ai lu souvent. Est-ce que ça “veut dire” quelque chose ? Est-ce que ça fait quelque chose ? C’est un événement, c’est là, et on ne sait pas – enfin – je ne sais pas. D’autres savent, ils l’ont vécu, d’autres pensent savoir, ils supposent.

Je peux envisager le non-savoir, et laisser l’insu en pause, en paix, non dit. Continuer la lecture de « Lisa Germano, Geek the Girl (1994, 4AD) »

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Stevie Wonder, Innervisions (Motown, 1973)

Au milieu des années soixante-dix, en une demi-décennie, Stevie Wonder publie cinq classiques. La série constitue l’une des plus remarquables de l’histoire de la musique populaire d’après-guerre. Elle place indéniablement Stevie Wonder parmi les génies de la pop, au coté des Beatles, Beach Boys ou de Kraftwerk. Cette affirmation n’a rien de péremptoire. Tout au long de sa carrière, le musicien afro-américain développe un style de composition unique, au point qu’une oreille (un peu) exercée peut identifier distinctement l’une de ses œuvres, y compris quand il les confie aux autres (The Spinners, Syreeta, Sergio Mendes, Minnie Riperton, Dionne Warwick…). Né prématuré (d’où sa cécité) en 1950, le jeune prodige rejoint la Motown en 1962 à l’âge de 11 ans. Il est déjà un musicien accompli sur de nombreux instruments (piano, batterie, harmonica…) Malgré le relatif échec commercial de ses premiers disques, il s’impose dans les années soixante comme une des valeurs sûres de l’écurie de Detroit. Continuer la lecture de « Stevie Wonder, Innervisions (Motown, 1973) »

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I’ll Be Your Mirror, A tribute To The Velvet Underground & Nico (Verve / Universal)

Si elle a toute sa place au rayon de soleil automnal d’un après-midi pluvieux chez Mémé, voire dans les attentats pâtissiers du regretté* Le Gloupier, la tarte à la crème connait depuis plus d’un demi-siècle un développement, ma foi, assez cuisant portant pourtant sur un sujet toujours fascinant, le Velvet Underground. Ou plus précisément l’exercice de style en forme de passage de l’écluse** que constitue la reprise du Velvet par à peu près tout le monde, voire n’importe qui.
On posera comme barrage d’entrée (et ce n’est pas mon excellent camarade François Gorin qui ira me contredira) que la reprise du Velvet a connu son apogée, déjà, en 1984 lorsque Paul Quinn (Bourgie Bourgie) et Edwyn Collins (Orange Juice) livrèrent de manière fraternelle et pour le coup, réellement concernée, les calédoniens le sont souvent à ce sujet, une version absolument intouchable de Pale Blue Eyes. Continuer la lecture de « I’ll Be Your Mirror, A tribute To The Velvet Underground & Nico (Verve / Universal) »

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Shannon Lay, Geist (Sub Pop)

J’aurais pas dû apprendre à parler
Un monde sans mots
Comme j’aurais préféré
Vivre dans un monde où le sens ne prend pas de sens

Tamura Ryûichi

Le vieux Tamura n’a pas trouvé le monde sans les mots, même s’il l’a un peu vu.

C’est une légère nuance.

C’est une joie d’apprendre à fermer son claque-merde. C’est une joie de dire, de s’exprimer, de créer, en fermant son claque-merde. Ou en le laissant s’ouvrir, en le laissant se refermer, en se laissant être inaudible, sans situation, sans direction. Invisible, ou visible dans l’invisible. De l’eau dans de l’eau.

Ploc.

Et parfois un courant, une fluctuation. Plus forte que les autres. Mais comme on est bien peu de choses, comme on n’est pas grand-chose de plus que de la flotte dans des milliards d’hectolitres de flotte, on peut couler tranquillement, épouser le courant, voir du pays avec lui.

Puis constater qu’on s’est laissé attraper par un autre, et un autre, et un autre, et ainsi de suite.

Et donc se laisser attraper d’abord par la voix de Shannon Lay. Continuer la lecture de « Shannon Lay, Geist (Sub Pop) »

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Jellyfish, Bellybutton & Spilt Milk, (1990 & 1993, Charisma)

C’est la question que l’on redoute par-dessus tout et qui finit tôt ou tard par resurgir. Souvent en plein dîner de famille, parfois dès les premières minutes d’une nouvelle rencontre. Qu’il s’agisse de justifier l’irrationalité inflationniste d’une collection envahissante de quelques milliers de disques ou d’expliquer au profane le contenu exact de ce mystérieux webzine auquel on consacre du temps depuis un bon moment. Immanquablement, elle sera posée avec la naïveté déroutante et involontairement cruelle du Petit Prince face à l’aviateur : “Mais enfin, c’est quoi le genre de musique que tu écoutes ? ” Depuis quelques années, plutôt que de creuser davantage le fossé qui nous sépare de l’interlocuteur curieux en tentant d’échafauder une définition complexe ou en exhibant une liste de noms et de références trop rarement partagées, et qui finissent par éteindre les dernières lueurs de compréhension dans son regard, on préfère opter pour une pédagogie par l’exemple. Et ce sont presque toujours ces deux albums que l’on commence par ressortir. Continuer la lecture de « Jellyfish, Bellybutton & Spilt Milk, (1990 & 1993, Charisma) »

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Sous Surveillance : Snooper

Spooner
Spooner, dont les photos non pixellisées sont introuvables.

Qui ?

Blair Trammel : chant
Connor Cummins : guitare, basse, batterie, boîte à rythmes

Où ?

Nashville, Tennessee, USA. Continuer la lecture de « Sous Surveillance : Snooper »

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Leon Ware, Rockin’ You Eternally (Elektra, 1981), Marcos Valle, Vontade de Rever Você (Som Livre, 1981)

Leon WareLe coup de foudre artistique entre Leon Ware et Marcos Valle est peut-être une des rencontres musicales les plus méconnues de la musique populaire moderne. À la toute fin des seventies, le duo écrit ensemble une quinzaine de chansons. Celles-ci sont enregistrées (pour certaines) sur les albums respectifs des deux musiciens de l’époque, plus particulièrement sur Rockin’ You Eternally et Vontade de Rever Vocêtous les deux publiés en 1981. Les deux disques suivants, Leon Ware (1982) et Marcos Valle (1983), accueillent également plusieurs compositions réalisées à quatre mains. Rien ne prédestinait ces deux là à collaborer. Leon Ware, afro-américain, né à Détroit en 1940, démarre sa carrière de compositeur à la Motown en 1967 écrivant pour les Isley Brothers, Jackson Five ou Martha and the Vandellas. Dans les années soixante-dix, il devient un producteur et arrangeur demandé. Continuer la lecture de « Leon Ware, Rockin’ You Eternally (Elektra, 1981), Marcos Valle, Vontade de Rever Você (Som Livre, 1981) »

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Sufjan Stevens & Angelo de Augustine, A Beginner’s Mind (Asthmatic Kitty)

« I have a memory of a time and place where history resigned »

Débutant par une plage d’ouverture ample, nette et instantanément chaleureuse, A Beginner’s Mind, disque de retour au folk de Sufjan Stevens et Angelo de Augustine, annonce son programme sans détours. D’une part, la voix agile et souple d’Angelo de Augustine et d’autre part, le timbre fragile de Sufjan Stevens, enfin à nu après tant de dissimulations, réunis là pour conduire à deux des mélodies charpentées, immédiates, et aussi familières à l’oreille que du bois craquant dans la cheminée. Continuer la lecture de « Sufjan Stevens & Angelo de Augustine, A Beginner’s Mind (Asthmatic Kitty) »