Le texte lu par Laurie Anderson en ouverture du documentaire Sisters with Transistors pourrait faire figure d’énoncé programmatique conférant au film sa portée et cohérence politiques : « L’histoire des femmes est une histoire de silence, mais aussi dans le même temps celle de la manière dont on peut briser ce silence. » Un fil directeur qui ambitionne de réinterroger l’histoire des musiques électroniques du point de vue d’un questionnement sur le genre donc – et plus précisément de celui de l’invisibilisation et marginalisation des femmes au sein d’un certain récit canonisé par une histoire « officielle ». Continuer la lecture de « MUSICAL ÉCRAN 2021 : « Sisters With Transistors » de Lisa Rovner »
Avant son concert samedi au festival Idéal Trouble à Paris et une tournée française, quelques pierres blanches sur le chemin de la germano-britannique.
Anika / Photo : Sven Gutjahr / Invada Records
L’impact créatif des confinements commence à sérieusement se ressentir. Pour une majorité d’artistes, ce temps libre aura apporté une pause salvatrice permettant de recharger les batteries et de se poser pour composer. Pour d’autres, cette période a été violente et traumatique. C’est le cas d’Anika qui, onze années après son premier album solo, revient avec un disque au pessimisme contagieux. Change est pourtant loin d’être une œuvre opaque. Ses angoisses et inquiétudes ressortent sous la forme d’une musique synthétique, parfois minimaliste, intense, mais toujours mélodique et inventive. La froideur apparente contraste sur certains titres avec une basse chaleureuse sous influence dub (Finger Pies, Naysayer), à mille lieux des sons post-punks éternellement recyclés. On pense beaucoup à Nico (Anika est mi allemande, mi anglaise), principalement à cause de sa voix et de son phrasé. La présence d’un titre extrait de Desertshore dans ce Selectorama n’est sans doute pas innocente. De la même façon, les titres qu’Anika a sélectionné parlent d’eux-mêmes et résument Change à merveille. Ils créent un ensemble musical cohérent, mélange d’expérimentations, de noirceur, de douceur et d’optimisme. Un bon résumé de la vie. Continuer la lecture de « Selectorama : Anika »
Dans le cas Dinosaur Jr., il y a ce que l’on sait, ce que l’on a entendu mais qu’il ne faut pas répéter (il est des choses qu’il vaut mieux conserver dans la sphère privée et merci bien), quelques légendes urbaines* qui n’entacheront jamais, au grand jamais, notre amour absolu pour l’un des groupes américains parmi les plus importants (voire nécessaire) de ces quarante dernières années. Ce documentaire assez complet n’aborde néanmoins qu’en filigrane les sujets qui fâchent, et tant mieux. La stature des trois compères y trouve enfin sa juste mesure, celle d’un groupe à la croisée des chemins. Car tout commence par la rencontre, au début des 80s de trois très jeunes nerds au front (souvent bas) du hardcore. Continuer la lecture de « MUSICAL ÉCRAN 2021 : « Freak Scene, the story of Dinosaur Jr » de Philipp Reichenheim »
Pour ce nouvel album, son vingt-et-unième depuis 2007, Steve Gunn a posé sa guitare sous le ciel de Los Angeles pour y enregistrer avec Rob Schnapf, le producteur d’Elliott Smith. Ensemble, les deux musiciens ont inventé une rêverie psychédélique soyeuse, lumineuse et foisonnante d’idées qu’ils ont intitulée Other You. Un disque somptueux et une (nouvelle) transformation.
Chez Steve Gunn, la tentation d’aller humer l’air de la Californie n’est pas exactement une nouveauté. Déjà, à l’époque de Way Out Weather (2014), le guitariste était allé chercher du côté des disques de Moby Grape ou des Beau Brummels, les sonorités chaleureuses qui devaient éveiller les sens et donner plus de corps à son folk intello. Ensuite, il y avait eu le psyché urbain de Eyes on the Lines (2016), les premières esquisses pop de The Unseen in Between (2018) et le somptueux Soundkeeper (2020), parenthèse expérimentale réalisée avec John Truscinski pour le compte du label Three Lobed. Continuer la lecture de « Steve Gunn, Other You (Matador) »
Dans More Brilliant than the Sun (1), livre considéré comme culte et étude définitive sur l’afrofuturisme, le théoricien et critique Kodwo Eshun élabore la catégorie de « Sonic Fiction » pour rendre compte du potentiel narratif et fictionnel de tout un pan de la musique afro/anglo-saxonne. Du jazz à la Jungle, en passant par le Dub, le Hip Hop et bien évidemment la techno, autant de courants qui ont en effet pu participer à la configuration d’un continuum esthétique marqué par une grande tonalité SF et futuriste. Que l’on évoque les fantasmagories cosmiques et l’imaginaire spatial de Sun Ra, ou les assauts militaro-cyberpunks et militants du label Underground Resistance, la puissance de configuration fictionnelle portée par ces musiques apparaît comme l’une de leur caractéristiques essentielles. Continuer la lecture de « Arpanet, Wireless Internet/Inertial Frame (Record Makers/Bigwax) »
La rentrée, déjà, qui marque le moment des transitions entre deux formes contrastées de temporalité. Une fois encore, les instants dérobés à l’écoulement implacable de toutes les routines se condensent dans des souvenirs. Très partiels, mais précieux. On perd sans doute beaucoup en réduisant quelques semaines de vie étirée aux quelques fragments que la mémoire est en mesure d’en conserver. Et pourtant, ce processus inévitable de condensation apporte aussi son lot de révélations et de rapprochements inattendus. Ainsi cette collision entre deux émotions marquantes provoquées presque simultanément par la contemplation – au cours d’une séance d’astronomie amateure – d’un lever de pleine lune, aussi radieux que les plus beaux couchers de soleil, et l’écoute du nouvel album de CouteauX. Coïncidence à part, il subsiste quelque chose de cette lueur à la fois incandescente et crépusculaire dans ces douze chansons : l’impression durable que le plus beau peut advenir après-coup, alors que ce qui paraissait jusqu’alors essentiel s’est déjà achevé. Continuer la lecture de « CousteauX, Stray Gods (Silent X) »
Rollercoaster émotionnel entre les résidus de sable dans l’ourlet du jean et les premières feuilles mortes, Section26 picore dans les plus belles choses arrivées sur terre pour la rentrée. La vie ne s’arrête pas à la fin de l’été.