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New Order (A Life), #2

Ou comment la musique de New Order infuse dans nos vies.

Sarah Jones
The Garden (Mulberry Lodge) VI (1997) par Sarah Jones / Tate Gallery

Les cerisiers sont en fleurs. Les cerisiers sont en fleurs et leurs pétales s’animent à la lumière. Le vent les pousse dans les jardins voisins, un peu plus loin parfois, sur les trottoirs déserts. Mis à part les passages irréguliers des joggers, rien ne se passe ici, comme dans un long épisode où les mouvements habituels semblent ralentis, quant ils ne sont pas simplement hors du cadre, absents. A cette heure pourtant, malgré l’hébétude, il est possible d’imaginer les jambes des enfants accrochés aux branches. Voir leurs corps chuter jusqu’au sol, pour rebondir plus loin, derrière les façades des maisons. Bientôt midi. Bizarrement, aucune note de musique n’a encore filtré depuis le salon. Une anomalie, peut-être. Une manière de prendre son temps, sûrement, pour ceux qui jusque là ont préféré glisser de rêveries en rêveries, chuchotées ou silencieuses, avant de s’offrir une récréation. Continuer la lecture de « New Order (A Life), #2 »

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Tony Wilson : “Qui dois-je imprimer alors, la vérité ou la légende?”

Anthony H. Wilson
Anthony H. Wilson

Il est une certitude. Détesté ou adulé, Anthony H. Wilson a changé le visage de la musique moderne. En créant un beau jour de 1978, avec une poignée d’autres illuminés, Factory Records. En “signant” Joy Division – devenu New Order – et Happy Mondays, mais aussi The Durutti Column et A Certain Ratio. En contribuant à la création de La Haçienda, le club par lequel la house music a débarqué sur le Vieux Continent. Journaliste, présentateur télé, manager, beau parleur et esprit frondeur, il a définitivement fait de Manchester l’un des points cardinaux de la scène internationale. De théories situationnistes en déclarations définitives, de décisions suicidaires en utopisme forcené, il a marqué toute une génération de mélomanes. Sans lui, peu de chances que Postcard, Creation ou Heavenly aient vu le jour. Sans lui, sans doute que ce magazine, et quelques autres, n’auraient jamais existé. En interview, l’homme aimait à citer un dialogue extrait du film de John Ford, L’Homme Qui Tua Liberty Valance (1962) : “Qui dois-je imprimer alors, la vérité ou la légende ? – Juste la légende, bien sûr”. Avec Anthony H. Wilson (1950-2007), les deux se confondaient plus que de raison. Continuer la lecture de « Tony Wilson : “Qui dois-je imprimer alors, la vérité ou la légende?” »

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Selectorama : Dead Famous People

 

Dons Savage
Dons Savage / Photo : Frances Carter

Les Néo-Zélandais de Dead Famous People viennent de sortir Harry, leur troisième album en plus de trente ans de carrière. Si le nom du groupe ne parlera sans doute qu’aux amoureux de pop moderne les plus pointus, le parcours de Dons Savage, unique rescapée du line-up d’origine, réveillera de vieux souvenirs. Dead Famous People figure par exemple au générique de l’m Your Fan, hommage à Leonard Cohen sorti par les Inrockuptibles en 1991. On retrouve également Dons Savage au chant sur Kiss And Make Up, reprise des Field Mice par Saint Etienne. Rien que pour ça, nous lui devons une reconnaissance éternelle. De leurs débuts chez Flying Nun Records à leur récente signature chez Fire, les perles pop “option guitare cristalline” de Dead Famous People semblent toutes avoir été composées et produites dans la deuxième moitié des années 80. Ce n’est sans doute pas pour rien que ce Selectorama regarde dans le rétroviseur. Avec dix titres entre classiques absolus (Nick Drake, Joy Division) et choix plus discutables (Gilberto Nunes Orchestra), Dons Savage affiche clairement la couleur : “Malheureusement aucun titre moderne car la majorité d’entre eux sont ignobles”.  Continuer la lecture de « Selectorama : Dead Famous People »

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The Factory All Stars

Hier, un message de Dave Haslam sur son compte Twitter rappelait que le 21 mai était le jour anniversaire de l’ouverture de La Haçienda, à quelques jours d’une autre célébration plus funeste, celle des quarante ans de la mort du chanteur de Joy Division. Au moment presque où nous tous sommes allés de notre hommage ou pensée à Ian Curtis – je me suis d’ailleurs rendu compte que le culte voué à sa seule personnalité était redevenu prégnant et donc, gênant –, je me suis replongé dans la discographie du label Factory, quinze d’existence, mais tant de vies changées. À ce moment-là, je me suis souvenu de cette publicité de 1985 où il était inscrit “It isn’t only Lowlife who record for Factory”. Triple dose d’humour pince-sans-rire très mancunien et bien sûr, génial, si tant est qu’on ait les clés, je vous l’accorde. Alors, autant dire qu’à l’époque, cette publicité n’a pas dû remplir son rôle. Continuer la lecture de « The Factory All Stars »

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Le Culte de Curtis

Master de la première cassette enregistrée en décembre 77, contenant “Ideal For Living” de Warsaw, qui deviendra Joy Division, vendu lors d’une vente aux enchères organisée par Peter Hook en mars 2019.

Le suicide de Ian Curtis le 18 mai 1980 ressemble à un jeu de miroirs. Le culte morbide autour du chanteur de Joy Division, au-delà de l’évolution musicale de New Order, est longtemps resté sinon minoritaire, tout au moins sous-jacent. En 1985, le journaliste Michka Assayas assiste à Manchester au tournage du vidéoclip de The Perfect Kiss par le réalisateur américain Jonathan Demme avec à ses côtés, le grand Henri Alekan en tant que chef opérateur. The Perfect Kiss (“My friend, he took his final breath/Now I know the perfect kiss is the kiss of death”) sort le même jour, le 13 mai 1985, que la centième référence du label Factory, Low Life, troisième album de New Order, qu’il contient : une première pour le quatuor. Continuer la lecture de « Le Culte de Curtis »

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#45+3 : Joy Division, Love Will Tear Us Apart vs. Girlschool, Nothing To Lose (Factory vs. Bronze, 1980)

Girlschool / Joy Division, Nothing To Tear Us Apart.

« Le hard rock, c’est comme la Ligue Communiste Révolutionnaire. Ce qui est grave, ce n’est pas d’y passer, mais d’y rester. »

(Anonyme, Congrès de l’Hay-les-Roses, novembre 1979)

« She wears denim wherever she goes /
Says she’s gonna get some records by the Status Quo /
Oh yeah oh yeah »

(Teenage Fanclub, The Concept, novembre 1991)

Qui prétend qu’en mai 1980 je portais une veste à patchs ? Une Rica Lewis sans manches, délavée comme il faut, et constellée d’« écussons » – c’est ma mère qui coud, c’est ma mère qui cause. AC/DC, Judas Priest, Thin Lizzy, Rainbow et Trust« L’élite est entrée sans préveniiiir !!», faudra ensuite s’échiner à la faire sortir fissa.
Eric frime, il est le seul à arborer un Motörhead grand format au dos de la sienne, ce qui lui permet à coups d’Umlaut de faire le malin en cours d’allemand. Parfois la Singer peine et cale. Faut finir le boulot à la main, on saisit l’intérêt du dé à coudre. Continuer la lecture de « #45+3 : Joy Division, Love Will Tear Us Apart vs. Girlschool, Nothing To Lose (Factory vs. Bronze, 1980) »

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Deuxième Division

Ian Curtis est mort il y a 40 ans jour pour jour. Et si ce n’était jamais arrivé?

Joy Division et Kurtis

Ils ne s’étaient jamais reformés et s’il a accepté, c’est uniquement pour permettre aux autres de mettre un peu de beurre dans leurs épinards : le groupe qu’ils ont formé après son départ n’a jamais connu de succès et a fini par se séparer, faute de combattants. Un parcours totalement inverse au sien, puisqu’il bénéficie aujourd’hui aussi bien d’une immense crédibilité que d’un compte en banque enviable. Pourtant, qui aurait misé, à l’aube des années 80, sur ce chanteur épileptique qui semblait porter sur ses frêles épaules toute la misère du monde ? Ian Curtis envisage aujourd’hui la chose avec philosophie. Dit qu’il a eu la chance, après des débuts laborieux, « d’être au bon endroit au bon moment », et qu’il ne regrette aucun choix qu’il a pu faire. Y compris celui de reformer Joy Division quarante ans après avoir quitté le navire.

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Rebecca Boulton : “Rob Gretton avait raison sur toute la ligne”

La femme dans l’ombre de New Order revient sur son parcours.

Rebecca Boulton, Paris, octobre 2019 / Photo : Alain Bibal

Rebecca Boulton est aux côtés d’Andy Robinson la manageuse de New Order et Joy Division depuis 1999. Celle qui a commencé en tant qu’assistante de Rob Gretton a accompli un travail monumental pour que les deux groupes figurent aujourd’hui au sommet de leur popularité. La tâche n’a pas été facile : rongé par des querelles internes, New Order est resté inactif pendant une décennie. Rebecca a malgré tout réussi à maintenir la popularité du groupe et à relancer leur carrière en 2011 avec le succès que l’on connaît. La qualité de son travail lui a valu d’être récompensée ce 14 novembre du saint graal convoité par toute équipe de management, le Manager’s Manager Award. Dans un rare entretien, elle nous parle de sa carrière qui a commencé derrière le bar de l’Hacienda, de sa relation avec New Order et de l’envers du décors d’une des réussite artistique et commerciale les plus fabuleuses de l’histoire de la musique. Continuer la lecture de « Rebecca Boulton : “Rob Gretton avait raison sur toute la ligne” »