Odessey & Oracle, Technicolor (Dur & Doux)

« Nouvelle génération
Pas d’la chair à patrons
On veut plus travailler
Changer la société »

Quand on s’était repris de passion pour la chanson française dans sa grande acceptation contemporaine, on avait découvert émerveillés le disque d’Odessey & Oracle paru sur Another Record (Crocorama avec entretien dans Groupie, tout ça) puis on était remonté dans le temps pour leur premier francophone sur Bongo Joe, aussi parce qu’on avait l’intuition que leur histoire allait bien finir, genre une trilogie homogène, pochettes à l’avenant, tout ça, ligue de légende. On avait bien vu, même si le dernier chapitre à tarder à s’afficher, on ne rentrera pas dans les cuisines du groupe, mais on a là sans doute un album qui a failli rejoindre les mythes du lost album, si cher à nos cœurs crypto complo-complétistes : déjà enregistré, déjà pressé, mais empêché.

C’était bien aussi de découvrir Odessey & Oracle au milieu d’autres disques de leur maison (révisez votre histoire, Satellite Jockey, Odran Trümmel, Jokari, Selen Peacock, Boost 3000, Hémisphère Sud… n’en jetez plus), parce qu’ils partageaient tous à leur manière ce truc de nostalgie pour une époque qui n’a pas vraiment existé ici ou alors de façon marginale, à savoir ce mystérieux continent de la pop grand public, tirant la chanson vers des territoires expérimentaux, très arrangés, bâtis sur des cathédrales mélodiques et joués avec soin et virtuosité, sans perdre ni l’émotion, ni une certaine ambition de textes à plusieurs degrés, drôles, politiques. En gros le meilleur des bandes originales de films, des disques cultes jazz, rock, de variété accessibles mais bizarres, penser fin années 60, début 70 et pourquoi pas années 80 avec l’utilisation de synthés qui t’emmènent régulièrement dans les couches supérieures de l’atmosphère pour te faire planer un peu, beaucoup (Interlude, city pop qui t’emmène direct en vol de nuit dans le Cosmolem de Capitaine Flam).

Alors, comment se clôt ce chapitre, après Speculatio (2017) et donc Crocorama (2020), quasi 10 ans d’Odessey & Oracle (nom trop connoté et compliqué qu’en tant que manager imaginaire, managinaire, maginaire, un nouveau métier, je leur aurais suggéré de quitter asap) : on a eu raison d’être patient, Technicolor continue de faire passer la pilule d’une critique acerbe de notre modernité, je dirais notre contemporanéité, en l’enrobant d’une gélatine sucrée : on peut très bien si le moment le veut se concentrer sur la volubilité aérienne des mélodies, guidés que nous sommes par les charmes de flutiau de Hamelin de la voix folle de Fanny Lhéritier qui semble jouer avec les harmonies, avec élégance et énergie, dialoguant avec ses parties de claviers, celles du groupe, les guitares et la section rythmique.

On peut se faire sa parfaite comédie musicale dans sa tête, où on peut aussi chanter à tue-tête les phases explicites « Non je ne veux / Pas être Dieu / Je ne crois / En aucun prophète aucun roi », en se laissant déborder par l’émotion de belles chansons d’amour qui résonne :

« T’as pleuré toute la journée
À quoi tu penses ?
J’aimerais tant te consoler
Pas de chance
Tu te tais

Soudain tu commences à parler
Et tu m’expliques
Que c’est beaucoup trop compliqué
Sans musique
Sans danser

Alors je chante
Mais tu recommences à pleurer
Pense à nous pense aux belles choses
Pense à tout ce qui va changer »

C’est toujours sur le fil d’une pensée qui reste attachée à un truc terre à terre et qui en fait le prix. On pense à l’écriture de Laetitia Sadier pour Stereolab qui a toujours tenté cet alliage entre une pensée matérialiste et un certain romantisme des sentiments. C’est juste classe.

Allez, le service des radios publiques, passez à fond ce disque, et pas que quand y’a grève, peut-être que le groupe serait motivé pour jouer un peu les prolong, nous faire au moins le plaisir de voir vivre en concert ces 3 disques merveilleux qui feront un très beau chapitre de la future encyclopédie de la musique d’ici, la vraie et la vraie.


Technicolor par Odessey & Oracle est sorti chez Dur & Doux

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