Dans mon quartier, enfin là où j’habite parfois, il y a une femme qui crie souvent, presque tous les soirs entre 21 heures et 23 heures, elle fait son apparition. On ne sait jamais si elle engueule quelqu’un en particulier ou l’humanité toute entière. Personne ne s’occupe d’elle, personne ne la rassure, personne, pas même la personne à qui elle semble s’adresser, personne ne fait plus attention à elle. Elle fait désormais partie du décor. Un décor permanent d’indifférence. Les raisons existent. On n’a pas à suppléer à la psychiatrie. On ne peut plus rien faire pour elle. Pis, on en a de moins en moins l’idée, ni le désir. En plus, les deux tiers de ce qu’elle émet est un sabir inintelligible que la colère n’arrange en rien. Continuer la lecture de « Low, HEY WHAT (Sub Pop) »
Catégories borne d'écoute
Flowertown, « Time Trials » (Paisley Shirt Records)

Chez Flowertown, comme chez Cindy, les chansons tiennent d’un habile jeu d’équilibriste, à la limite entre la sensiblerie et la pure magie. Et il s’en faudrait peu que ces chansons « psychédélicates » (comme dirait Slumber Party) ne tombent du mauvais côté. Ce sont presque les mêmes qualités que l’on retrouve chez les deux formations de Karina Gill – ici pour la deuxième fois aux côtés de Mike Ramos de Tony Jay. Un filet de voix se marie idéalement à des reverb’ de guitares lo-fi et des mélodies s’insinuent dans les songes comme un souffle. Nombreux sont les groupes qui tentent cette alchimie en apparence évidente, où le peu qui est présenté se doit d’être irréprochable et où la moindre maladresse peut abattre entier le léger édifice… Pour tout dire, si peu y parviennent qu’on en oublie presque aussitôt tout ce qu’on écouté dans le genre depuis des années. Parfois, ce qui semble le plus fragile se révèle d’une solidité durable. Et surtout qu’on se méprenne pas, les dix titres de ce Time Trials paru le mois dernier chez nos amis Paisley Shirt Records sont bien plus qu’un aimable dérivatif dans l’attente du nouvel album de Cindy – dont on murmure déjà qu’il s’agit (aussi) d’un classique.
Catégories chronique réédition, mardi oldie
Aztec Camera, Backwards And Forwards – The WEA Recordings 1984-1995 (Cherry Red)
Il faut compter ici pas moins de neuf disques – tous les albums originaux avec leurs bonus respectifs, de Knife (1984) à Frestonia (1995)- accompagnés de deux volumes d’enregistrements live et une autre paire de fourre-tout, hétéroclites mais précieux, consacrés aux remixes et autres titres rares – pour parvenir à restituer l’intégralité de cette histoire passionnante. De ces histoires plutôt, tant l’épopée de Roddy Frame et d’Aztec Camera au cours des deux dernières décennies du siècle passé comporte d’éléments riches et contrastés qu’un recul apaisé tend, une fois encore, à réévaluer. Continuer la lecture de « Aztec Camera, Backwards And Forwards – The WEA Recordings 1984-1995 (Cherry Red) »
Catégories chronique nouveauté
Supermalprodelica, Tremolo / Pinku (autoproduction)

Il y aurait deux périodes à discerner dans l’œuvre de Supermalprodelica. La première remonte à l’aube des temps, entre 1997 et 2002 : le jeune Mazamétain installé à Paris met en boite un album qui porte ce nom à rallonge entre sort de Mary Poppins et jeu sur le vocable « super mal produit », si je crois me rappeler. Il paraît en vinyle sur le label d’un certain Martin Dupré, Paperplane. Cet album qui devait, en pleine folie électronique, l’amener quelque part vers un eden mérité (un contrat avec la major Sony) l’aspire finalement dans un trou noir, la maison de disque calant à résoudre le désenchevêtrement des samples employés à gogo par Michel Wisniewski (pour un histoire complète et détaillée, suivre la page de Section 26 consacrée à l’affaire et rédigée par Philippe Dumez il y a quelques temps). A la suite de cette déception, Supermalprodelica erre dans une sorte d’oubli prudent (ne plus utiliser son nom pour des raisons légales), même si de bien belles pièces continuent de sortir en catimini, notamment deux titres magnifiques pour le label Antimatière (que je connais bien, puisque je m’en occupais) en 2002. Il y aurait à écrire le roman de cette période tant ce 33t originel (et ces maxis ou remix liés) continue de briller comme un diamant noir au fond de la nuit de la techno house française, on va s’y attacher bientôt, si Michel est d’ac.
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Catégories sunday archive
Super Furry Animals – Merci d’être velus (2001)
Retour sur la création du 5e album des gallois, « Rings Around The World », aujourd’hui réédité pour ses 20 ans.

Vingt ans se sont déjà écoulés et je n’ai pas oublié. Il suffit d’ailleurs de se pencher quelques minutes sur cette copieuse réédition commémorative publiée début septembre – alors qu’un second volet est déjà annoncé, la première profusion d’inédits suffit déjà à restituer la créativité foisonnante des Gallois à leur apogée – pour que les souvenirs affleurent et que l’enthousiasme ressuscite, presque intact. Oui, Super Furry Animals a bien été au tournant des deux siècles l’un des groupes les plus attachants et les plus emballants de l’époque. Et leur cinquième album, Rings Around The World – le premier publié en partenariat assumé avec une major et à leur ouvrir les sommets des charts britanniques- reste un très grand album psyché-pop, tout entier imprégné de la générosité, de l’humour et de l’inventivité de Gruff Rhys et de ses camarades de jeu. Plutôt bonifié par les décennies, il aurait bien pu gagner quelques places dans mon palmarès intime de l’année 2001. Manque de bol, je crois bien que je l’avais déjà placé, sur le champ, en première position.
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Catégories portrait
New York, début septembre.
La valse des commémorations, de la tragédie du 11-septembre 2001 à la renaissance du 19 septembre 1981, lors du concert de Simon & Garfunkel à Central Park.

Cette semaine, inévitablement, commémore l’anniversaire des vingt ans des attentats du 11 septembre, et l’entrée dans un XXIè siècle qui, à bien des égards, ne tient que bien peu de promesses. Mais comme à New York, rien n’est jamais complètement gris, la ville célèbre également les quarante ans d’une forme de renaissance, personnifiée par un duo folk local reformé pour l’occasion, lors du concert de Paul Simon et Art Garfunkel à Central Park, le samedi 19 septembre 1981. Continuer la lecture de « New York, début septembre. »
Catégories documentaire, festivals
MUSICAL ÉCRAN 2021 : « Talking like her » de Natacha Giler & Adam Briscoe
Le destin de la poétesse folk américaine méconnue Connie Converse mis à jour dans un documentaire.

Pour les amateurs acharnés de folk lumineux et d’histoires de l’obscur, l’enquête est plutôt connue. Il y a plus de dix maintenant sortait d’un placard oublié How Sad, How Lovely de Connie Converse, une compilation de démos savoureuses et étranges enregistrées au mitan des années 1950 par l’illustrateur américain et collectionneur invétéré de disques de jazz Gene Deitch, qui, avant d’entamer une longue carrière dans les studios d’animation, s’était épris du talent singulier de Converse, rencontrée, presque par accident, par l’entremise d’un ami tête chercheuse de nouveaux talents. La sortie du disque près de 40 années plus tard eut un retentissement certain dû à la fois au charme incontestable des compositions de Converse, mais également à la découverte de son destin tragique. Déçue par son chemin de vie et par l’impossibilité de poursuivre ses passions, elle décida un beau jour de 1974 de disparaître complètement de la société des hommes. Continuer la lecture de « MUSICAL ÉCRAN 2021 : « Talking like her » de Natacha Giler & Adam Briscoe »
Catégories documentaire, festivals
MUSICAL ÉCRAN 2021 : « Sisters With Transistors » de Lisa Rovner

Le texte lu par Laurie Anderson en ouverture du documentaire Sisters with Transistors pourrait faire figure d’énoncé programmatique conférant au film sa portée et cohérence politiques : « L’histoire des femmes est une histoire de silence, mais aussi dans le même temps celle de la manière dont on peut briser ce silence. » Un fil directeur qui ambitionne de réinterroger l’histoire des musiques électroniques du point de vue d’un questionnement sur le genre donc – et plus précisément de celui de l’invisibilisation et marginalisation des femmes au sein d’un certain récit canonisé par une histoire « officielle ». Continuer la lecture de « MUSICAL ÉCRAN 2021 : « Sisters With Transistors » de Lisa Rovner »