Catégories chronique rééditionÉtiquettes ,

Grouper – Dragging A Dead Deer Up A Hill (Kranky)

GrouperLa réédition en 2013 de Dragging A Dead Deer Up A Hill fera certainement figure, cinq ans après sa parution initiale, de non-événement. Cela conviendra à ravir à tous ceux qui veulent garder intime cette musique aussi subtile qu’essentielle. Surtout, il s’agira du plus bel hommage rendu à la musique de Liz Harris, elle-même empreinte de passivité, comme une ode au retrait, à l’inaction et aux sensations. On en voudrait presque à la chanteuse d’intenter un quelconque discours narratif, tant l’essentiel ici, relève du monde du suggéré. Bien avant qu’Animal Collective ne s’entiche de sa sensuelle évidence, la musique de Liz Harris méritait déjà l’attention. Elle s’était inventée tout un monde, une mythologie de l’étrange, où des créatures à demi-mortes se laissaient caresser par un vent métaphysique (Second Wind/Zombie Skin). Même si on l’imaginait alors comme une musicienne purement expérimentale, Liz Harris était déjà une artiste folk, en un sens bien plus proche de Vashti Bunyan que de Sunn O))).  Au milieu des années 2000, Liz Harris fait paraître un premier CD-R (Grouper) aussitôt suivi de Way Their Crept (l’autre chef-d’œuvre paru en 2005 sur Free Porcupine Society) qui reprend la plupart de ses titres. Continuer “Grouper – Dragging A Dead Deer Up A Hill (Kranky)”

Catégories fanzines

Mushroom

Fanzine Mushroom par Section26Édito

Ce fanzine est né dans l’urgence à un moment où nous, les 26 démissionnaires de la revue pop moderne, nous rendions compte que nous n’avions aucune envie de laisser les choses se terminer ainsi. Dans l’élan de notre claquage de porte (un désaccord de fond avec le repreneur de Magic), l’idée d’un one shot en forme de renaissance du format originel de notre revue – le fanzine Magic Mushroom, né en 1991, a marqué le début de l’histoire – nous semblait la meilleure idée pour boucler la boucle, et repartir sur d’autres aventures, collectivement. La suite, on l’imagine pour commencer sur la toile, puis sur papier, si les choses avancent bien. En tout cas, nous sommes Section26, et nous n’avons pas l’intention d’arrêter d’écrire sur la pop moderne.

format A4 | 64 pages | Télécharger le fichier à imprimer

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , ,

King Krule, The Ooz (True Panther Sounds/XL Recordings)

Il est tellement facile de trouver des accroches, de façonner des légendes à coup de punchlines, de monter des anecdotes en épingle pour trouver l’angle idéal et tenter de construire un mythe qui durera le temps qu’il faudra avant de passer à un autre. Archy Marshall est certainement le candidat idéal pour cet exercice, la figure du rebelle idéale telle que le rock anglais aime tant en produire. Avec autant d’anecdotes qu’il en faut sur sa jeunesse brûlée, son quartier populaire, sa poésie brute et son génie ultra précoce. Vous les lirez sans doute partout. Mais a-t-il vraiment envie de brandir l’étendard d’une génération désabusée? Continuer “King Krule, The Ooz (True Panther Sounds/XL Recordings)”

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

John Maus, Screen Memories (Ribbon Music / Domino)

John MausDès les premières notes de Screen memories, quatrième album de John Maus, le synthétiseur analogique prend une fois encore toute sa place, et ce n’est pas anodin. Crée de toutes pièces par Maus, de la gravure du circuit à l’assemblage des pièces, il définit en grande partie son esthétique. Pour l’ancien clavier d’Animal Collective ou Panda Bear, et proche d’Ariel Pink avec qui il a longtemps collaboré, les sonorités de ces instruments hâtivement estampillées eighties vont plutôt chercher les bases de leurs harmonies au milieu de la renaissance, dans certaines pièces de musique médiévale qu’il a longtemps étudiées. Continuer “John Maus, Screen Memories (Ribbon Music / Domino)”

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , ,

The Make Up, I Want Some (K)

The Make UpIl faut se pincer pour y croire. Très fort. Il faut se frotter les yeux pour être sûr de ne point rêver. Très longuement. Il faut être en présence d’un témoin potentiel, qui pourrait, le cas échéant, confirmer vos dires. Il faut regarder plusieurs fois le calendrier pour bien se persuader de l’année. Car, à l’heure du tout technologique, du triomphe du sampler, de la reconnaissance des remixes en tant que création artistique, découvrir un disque des Make Up peut provoquer, chez beaucoup, un choc émotionnel grave. Make Up ? Un quatuor d’allumés, emmené par un chanteur au charisme désarmant, nommé Ian Svenonius et complété par James Canty (guitare, clavier), Steve Gamboa (batterie) et Michelle Mae (basse). Un groupe pour qui le marketing n’existe pas, qui ne sait pas que Spielberg a tourné Jurassic Park, pour qui le terme house signifie, encore et toujours, « maison » et qui croit dur comme fer que l’appellation « french touch » a été inventée pour qualifier le Bande À Part de Jean-Luc Godard. Un anachronisme, un mystère, des Hibernatus de la scène musicale ? Peut-être. Sans doute… Dans l’absolu, pour cette formation pas comme les autres, le temps s’est arrêté quelque part entre 1967 et 1969. Et les nouveautés ont encore pour nom les Stooges, les Doors, Love ou le MC5. Vous aurez beau essayer de démentir ces quatre énergumènes, impossible. Au contraire… Car ces gens-là sont, à leur manière, de véritables magiciens. Sinon, comment expliquer qu’ils parviennent aujourd’hui à sonner de façon aussi pertinente, sans même avoir recours, à l’instar au hasard d’un Jon Spencer, à l’aide de producteurs en vogue. Voici un groupe capable de réaliser trois albums en une seule et même année, capable de sortir des singles à un rythme effréné quand tous ses contemporains passent deux, trois ou quatre ans à s’arracher les cheveux sur un son de caisse claire. Ici, on réhabilite, en deux temps trois mouvements, les termes soul, punk, pop. On joue sans jamais regarder dans le rétroviseur. Pourtant, I Want Some est une compilation de tous les 45 tours réalisés jusqu’à présent par le quatuor – vingt-trois morceaux –, comme de bien entendu jusqu’alors uniquement disponibles en vinyle et par la force des choses, presque tous épuisés. Une rétrospective en quelque sorte, qui se métamorphose très vite en parfait voyage initiatique. Les petits génies de la scène électronique pourront toujours s’escrimer à piller l’héritage du Philadelphia Sound, jamais ils ne parviendront à trouver une basse aussi sexy que celle de I Want Some. Sur Walking On The Dune, le groupe réunit le Joy Division de Day Of The Lords et le Neil Young de Cortez The Killer. Avec Born On The Floor, il allie la puissance des Clash à la finesse guitaristique d’Arthur Lee. Sur I Am If…, il réduit à néant tous les efforts des Charlatans. Grey Motorcycle est peut-être le morceau que Morrissey rêve encore secrètement d’écrire alors que Little Black Book est sans doute la chanson la plus mélancolique qui vous a été donnée d’écouter depuis belle lurette. Jusqu’au moment où vous entendrez les premières notes de Have U Heard The Tapes?. Les Make Up sont désespérément importants – essentiels, devrait-on dire car ils sont sans doute les derniers à ne s’embarrasser d’aucun principe, à jouer une musique sans… maquillage, sans fard, sans fioriture. Une musique qui se suffit à elle-même, toujours portée par l’incroyable chant de Svenonius – ici, guttural ; là, suraigu, toujours au bord de la rupture. Traditionalistes, ces quatre doux-dingues le sont, il serait inutile de le nier. Mais, contrairement à nombre de groupes qui vouent une adoration béate aux insouciantes 50’s et aux glorieuses 60’s, jamais ils ne tombent dans le piège de la référence dévote, de la copie carbone. Les Make Up sont – excusez le terme – le dernier groupe de rock’n’roll du monde. Les Make Up sont, en fait, le dernier groupe majeur. Après eux, le déluge. On vous aura prévenus.

Catégories sous surveillanceÉtiquettes , , , , , , , ,

The Yetis

The Yetis

Qui ?

Christian Luengen (voix, guitare solo)
Nick Gillespie (basse, voix)
Patrick Gillespie (batterie)
Freddy Kempel (guitare rythmique, voix) Continuer “The Yetis”

Catégories chroniquesÉtiquettes , , ,

Peaches, Rub (I U She/INgrooves/K&B)

Elle, c’est l’impératrice officieuse du beat vicieux, de la punchline chargée de sexe brut, une performeuse hors normes idéologiquement militante, allergique aux clichés et au premier degré. Mais depuis I Feel Cream en 2009, Peaches semblait avoir disparu des bacs à disques. Constat à moitié vrai puisqu’à défaut d’un véritable album, elle a expérimenté d’autres formes d’expression : l’opéra rock avec Peaches Does Herself (2012) précédé par la tentative avortée du show Peaches Christ Superstar (2010), et une pléthore de featurings aussi variés qu’hétéroclites : un single aux côtés du guitariste de Rammstein dans son groupe Emigrate l’an dernier, des collaborations électro avec les allemands de Gomma et Boyz Noize en 2012, une autre avec le rappeur queer Cazwell en 2011, sans oublier celle auprès de The Flaming Lips et Henry Rollins pour une version alternative de The Dark Side Of the Moon (2010) et un caméo au même moment chez Christina Aguilera. Cherchez-là, et elle ne réapparaîtra jamais où on l’imagine. Continuer “Peaches, Rub (I U She/INgrooves/K&B)”

Catégories chroniquesÉtiquettes ,

Stereo Total, Yéyé Existentialiste (Blow Up Records)

Pour ceux qui imaginent encore que les relations entre la France et l’Allemagne se sont longtemps limitées à une bonne grosse poignée de main entre Giscard et Helmut Schmidt au sortir d’un déjeuner copieusement arrosé de Riesling au restaurant le Bœuf à Blaesheim, en Alsace (terrain neutre, LOL), ou alors à la même scène décalquée à l’infini avec tous les dirigeants qui leur ont succédé des deux côtés du Rhin jusqu’au récent gros câlin entre François et Angela, c’est faux. Il est certain que cette utopie franco-teutonne a pris un autre tournant dans une sphère plus cathodique, mais historiquement, il faut tenir compte d’un autre duo. Selon la légende, l’histoire débute à l’hiver 1992/93 dans une boulangerie de Adalbertstraße, à Berlin. La jeune française Françoise Vanhove fait alors partie du girl band garage punk Les Lolitas, et le fringant allemand Friedrich Ziegler s’illustre dans une formation noisy expérimentale, Sigmund Freud Experience. Continuer “Stereo Total, Yéyé Existentialiste (Blow Up Records)”