Pour ce nouvel album, son vingt-et-unième depuis 2007, Steve Gunn a posé sa guitare sous le ciel de Los Angeles pour y enregistrer avec Rob Schnapf, le producteur d’Elliott Smith. Ensemble, les deux musiciens ont inventé une rêverie psychédélique soyeuse, lumineuse et foisonnante d’idées qu’ils ont intitulée Other You. Un disque somptueux et une (nouvelle) transformation.
Chez Steve Gunn, la tentation d’aller humer l’air de la Californie n’est pas exactement une nouveauté. Déjà, à l’époque de Way Out Weather (2014), le guitariste était allé chercher du côté des disques de Moby Grape ou des Beau Brummels, les sonorités chaleureuses qui devaient éveiller les sens et donner plus de corps à son folk intello. Ensuite, il y avait eu le psyché urbain de Eyes on the Lines (2016), les premières esquisses pop de The Unseen in Between (2018) et le somptueux Soundkeeper (2020), parenthèse expérimentale réalisée avec John Truscinski pour le compte du label Three Lobed. Continuer la lecture de « Steve Gunn, Other You (Matador) »
La rentrée, déjà, qui marque le moment des transitions entre deux formes contrastées de temporalité. Une fois encore, les instants dérobés à l’écoulement implacable de toutes les routines se condensent dans des souvenirs. Très partiels, mais précieux. On perd sans doute beaucoup en réduisant quelques semaines de vie étirée aux quelques fragments que la mémoire est en mesure d’en conserver. Et pourtant, ce processus inévitable de condensation apporte aussi son lot de révélations et de rapprochements inattendus. Ainsi cette collision entre deux émotions marquantes provoquées presque simultanément par la contemplation – au cours d’une séance d’astronomie amateure – d’un lever de pleine lune, aussi radieux que les plus beaux couchers de soleil, et l’écoute du nouvel album de
« Fais attention quand même,
« Je me noie de lumière et dans l’ombre, bercé, je n’ai plus en dedans de larmes à verser »
« Comme tu en pinces,
Tout pourrait commencer par un souvenir, un souvenir de vingt ans. Une péniche à Amsterdam, une trentaine de personnes et puis, nous. Et puis, eux. Eux qui sont deux. L’un plutôt calme, poli, distant – introverti pour faire (trop) vite ; l’autre plutôt facétieux, bavard, rigolard – extraverti pour faire (trop) vite. Il est un peu tard – ou pas tant que ça en fait, l’automne a pris ses quartiers et c’est déjà l’heure d’hiver. La nuit est tombée, la salle est plongée dans la pénombre et ils annoncent un dernier morceau, un rappel comme improvisé parce que c’est ce que veut ce public clairsemé. Même en version dénudée – une guitare, une voix –, la chanson résonne comme un hit. Et ça n’en sera bien sûr jamais vraiment un, mais la
L’enfance reviendra,