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Chiens de Faïence, Touché Coulé (Safe in the Rain/Langue Pendue)

Chiens de faïence, Touché CouléJe l’ai écouté pour la première fois un vendredi soir dans le bus 46 entre Montgallet et Voltaire, à la nuit déjà tombée. Vous voyez un peu la scène, vous connaissez le moment : la fin de semaine un peu hard, celle qui déconnecte des sentiments, qui laisse une pellicule un peu dégueu sur à peu près tout. À la première seconde d’écoute, je sais déjà que Touché Coulé va être un de mes trucs préférés. Comment se peut-il qu’on puisse encore en faire quelque chose comme ça, un truc, un disque, un EP. Que je trouve ça formidable de ne pas en revenir d’avoir un cœur, une pompe, un truc qui marche alors que tout autour est cassé. J’en reviens pas des êtres humains qui font encore des trucs d’êtres humains. 

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Pokett, Fives (autoproduit)

Pockett FivesOn ne va pas vous faire des secrets de polichinelle, on a souvent croisé la route de Stéphane Garry aka Pokett. Lors de la sortie de Crumble son premier album (2004) sur le label Intercontinental puis encore plus amicalement vôtre, lors d’une micro tournée en compagnie du géant et désormais très culte Paloma où des prises de bec exquises à propos de Dave Mustaine (Megadeth) nous ont finalement rapprochés. Et je crois bien que dans l’un des scopitones du groupe, l’on peut voir l’une de mes guitares, récupérée depuis en meilleur état qu’à l’origine, quoique. Mais il est vrai que depuis son départ pour l’Ouest, je n’avais pas franchement fait l’apéricouille avec ledit Garry. Et c’est donc d’autant plus réjouissant de se retrouver aujourd’hui par voie de presse avec Fives, le cinquième album de Pokett. Une fois de plus, après tout de même sept ans d’absence depuis le Time For A Change madré de 2019,  on a su prendre son temps et faire les choses bien, voire au mieux. Continuer la lecture de « Pokett, Fives (autoproduit) »

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Bertolf & Nomden, All Good Things (Excelsior)

N’en déplaise aux tours-opérateurs de Liverpool, le plus grand musée du monde consacré aux Beatles se visite à Alkmaar, aux Pays-Bas. Un signe parmi d’autres de l’affinité qui s’est nouée, au fil des décennies, entre la scène musicale hollandaise et le patrimoine des Fab Four. Et même si leurs œuvres peinent parfois à rayonner au-delà des frontières nationales, des groupes comme Johan, Daryll-Ann ou, plus récemment, The Maureens sont parvenus à entretenir avec ferveur et brio cet héritage revendiqué. Vétérans aguerris et rompus séparément aux prouesses du classicisme pop au sein de nombreuses formations, Bertolf Lentink et Diederik Nomden racontent qu’ils se sont rencontrés en 2003 à l’occasion d’un concert de Paul McCartney. Auraient-ils prétendu s’être croisés par hasard dans les coulisses d’un show de Metallica qu’on aurait eu davantage de peine à les croire en découvrant, vingt-trois ans plus tard, le premier produit tardif de leur collaboration amicale. Tout vient ici à point à qui sait attendre : comme son titre proverbial l’indique, All Good Things ne contient que des mélodies d’excellente facture mises en valeur par des harmonies vocales remarquablement inspirées et des arrangements haut-de-gamme. Comme si la face B d’Abbey Road (1969) ou Band On The Run (1973) avaient été réinterprétés par les Everly Brothers. Continuer la lecture de « Bertolf & Nomden, All Good Things (Excelsior) »

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Stephan Eicher, Poussière d’Or (Barclay)

Je m’en suis rendu compte il y a quelques jours : j’entretiens avec certains artistes – pour la plupart, les artistes qui ont participé activement à mon éveil musical et m’ont ouvert quelques horizons – des relations amoureuses pas si éloignées que cela de celles qui (dés)unissent Ana et Oscar dans la série Los Años Nuevos de Rodrigo Sorogoyen – et si jamais vous ne l’avez pas encore vue, faites-moi le plaisir de vous laisser tenter (ne serait que pour entendre cette chanson-là).

Mais ça consisterait en quoi, ces relations-là ?  La passion comme aveugle des premiers jours, des premiers (é)mois, les habitudes, bonnes comme mauvaises, qui s’installent sans en avoir l’air, les premiers reproches, les liens qui se défont, la séparation houleuse ou silencieuse, les claquements de porte (d’appartement, de voiture, de taxi…),  l’éloignement, le rapprochement, les doutes, les questions, les “et pourquoi en sommes-nous arrivés là ?” qui restent parfois sans réponse évidente. Continuer la lecture de « Stephan Eicher, Poussière d’Or (Barclay) »

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Brooke Combe, Dancing At The Edge Of The World (Modern Sky)

On ne l’a pas tout de suite su, mais c’était là dès le début. Dès l’achat de The Gift de The Jam (au printemps 1982, après le concert à Amsterdam diffusé dans l’émission Mégahertz d’Alain Maneval) et l’une des photos de la pochette intérieure – une photo bleutée où un type réalisait une sorte de figure acrobatique ; dès le premier album de Dexys Midnight Runners aussi, les hommages à Geno et bien sûr, la reprise – dont on a mis du temps à apprendre que c’était une reprise. Et ensuite, c’est revenu comme un ressac au fil des ans, des clins d’œil, des hommages, un titre, un nom, un état d’esprit. Paul Weller – que reprend d’ailleurs Brooke Combe avec brio – comme chef de file, à la tête du Style Council puis en solo. The Verve et son deuxième album qui portait un titre sans ambiguité. Le single incroyable de Contempo, U B Naughty, les samples de Spearmint, les clins d’œil de Pulp ; Doves et le nom du label où tout  a commencé – Casino –, la réinvention de Texas – et la culture du bassiste Johnny McElhone, n’en déplaise à beaucoup –,  les plaisirs simples de Tindersticks… Mais tout le reste aussi : Tainted Love de Soft Cell, le set DJ de Bob Stanley – je crois que c’était en 2002 – au Pop In (notre Casino à nous, justement), les coups de cœur de Birdie, l’une de mes toutes premières playlists pour Les Vinzelles – intitulée Hit The North(ern soul) – que j’avais d’ailleurs imaginée pour tenter d’impressionner l’une des deux patronnes… Continuer la lecture de « Brooke Combe, Dancing At The Edge Of The World (Modern Sky) »

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Oneohtrix Point Never, Tranquilizer (Warp)

La musique électronique, dans ses formes les plus modernistes et avant-gardistes, a toujours eu une dimension conceptuelle. Que l’on évoque, au hasard, Chiastic Slide d’Autechre (1997) ou Prototypes d’Alva Noto (2000), un rigorisme formel s’impose à l’auditeur.rice. On pense à ce qu’écrivait Jonas Mekas à propos du cinéma « structurel » (Michael Snow, Ken Jacobs) : la « manipulation consciente » (1) de formes. Un art qui se définit par un haut degré de réflexivité, par la place centrale qu’il accord au matériau – ici le medium électronique. Or c’est précisément depuis ce bord le plus souvent spéculatif, mais en empruntant une voie qui lui serait légèrement oblique, que Daniel Lopatin élabore depuis une grosse vingtaine d’années l’une des œuvres les plus importantes du répertoire contemporain – sous différent allias (Chuck Person, Ford & Lopatin, etc.) mais aussi et surtout avec Oneohtrix Point Never, son projet le plus célèbre et marquant. Continuer la lecture de « Oneohtrix Point Never, Tranquilizer (Warp) »

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Vanity Mirror, Super Fluff Forever (Factor)

vanity mirror super fluff foreverBrent Randall fait partie de ces artistes pour lesquels la liberté créative semble d’autant plus précieuse qu’elle se conquiert au terme d’une lutte avec les contraintes auto-imposées. A l’instar de son précédent album – Puff (2023) – tout semble ici avoir été conçu pour tendre, autant que faire se peut, vers l’horizon de la perfection pop dans un cadre minimaliste au sein duquel les limites matérielles se métamorphosent en ressources inattendues pour déployer l’imagination. Un ordinateur portable, deux guitares et autant de micros, un piano à peine accordé récupéré sur l’équivalent local du Bon Coin : il ne lui en a pas fallu davantage pour donner vie à ces treize miniatures, enregistrées avec les moyens minuscules du tout petit bord entre Toronto – où il réside la plupart du temps avec sa compagne Madeline Doctor – et la Californie où habite le troisième membre permanent du groupe, le batteur Johnny Toomey. Dans l’OuChaPo (Ouvroir de chansons potentielles ?) de Vanity Mirror, chaque chanson semble pourtant se déployer jusqu’à déborder des frontières confinées du cadre naïf et artisanal dans lequel elles ont été initialement composées. Continuer la lecture de « Vanity Mirror, Super Fluff Forever (Factor) »

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Onyon, Pale Horses (Mangel Records / Swish Swash)

onyon pale horsesCeux qui comme moi s’étaient rendus à l’Hôtel des Vils (Clermont-Ferrand) en juin 2024 pour voir Nathan Roche en concert, avaient par la même occasion eu le bonheur de découvrir les Allemands d’Onyon sur scène. « Il faut vraiment que tu restes pour écouter mes potes de Leipzig, ce qu’ils font est super bien », m’avait averti l’Australien exilé en France. Et il avait mille fois raison ! Ce groupe mixte, mené de front par la guitariste /chanteuse Ilka Kellner et la claviériste /chanteuse Marie Untheim, accompagnées par le bassiste Florian Schmidt et le batteur Mario Pongratz, avait délivré un set intense et tendu qui avait marqué les esprits. A l’époque, le quatuor mixte venu de Saxe avait déjà publié chez Trouble In Mind deux albums plus que réjouissants – Onyon et Last Days on Earth, qui mêlaient des guitares aux effets dissonants typiquement egg punk, à des claviers minimalistes se posant impeccablement sur une basse / batterie dépouillée mais terriblement efficace. A ceci s’ajoutait un chant froid, sans chichi, mais captivant, qui donnait une grande partie de son charme à ce groupe. De ces deux premiers albums publiés en 2022 et 2024, on avait retenu les très enthousiasmants Kanal, Klick, Alien,Alien, Dogman ou encore O.U.T, avec une petite préférence pour les titres chantés en allemand. Continuer la lecture de « Onyon, Pale Horses (Mangel Records / Swish Swash) »