La musique électronique et la pratique du live ont toujours entretenu des relations complexes. Un certain cliché irait même jusqu’à en opposer les termes : quoi de plus éloigné de la plus ou moins grande spontanéité de l’interprétation instrumentale que la soi-disant froideur des séquenceurs et autres systèmes de programmation. Évidemment, comme tout cliché, c’est sa part de fausseté qu’il convient de souligner. On pourrait même établir une histoire passionnante du live électronique et de ses singularités : du concert d’enceintes avec la musique acousmatique à l’impro live néo-psych du côté de la free party, en passant par les expérimentations de la scène indus ou de la scène laptop/Extreme Computer Music. Ou encore plus précisément, ces quinze dernières années, du côté du revival analogique. Continuer la lecture de « Blason, Blason (bruit direct disques et [tanzprocesz]) »
Catégorie : chroniques
Catégories chroniques
Langue Pendue n°12 : Super mal produit, Une histoire du disque Supermalprodelica

Il est aujourd’hui admis que l’apparition et la généralisation des samplers au tournant des années 1980-1990 ont grandement contribué au développement d’une nouvelle grammaire musicale. Plus précisément, la mise sur le marché de machines (les samplers Akai notamment) dotées de la fonction de time stretching (la possibilité, plus ou moins aisée à cette époque, d’étirer/compresser le tempo d’un sample sans faire varier sa note/hauteur) a révolutionné la manière de composer et de produire à partir de collages de sons, de boucles ou d’autres matériaux sonores. On pense aux classiques du rap They Reminisce Over You de Pete Rock & CL Smooth ou Shook Ones Pt. II de Mobb Deep, ou encore, bien évidemment, aux productions jungle et à leur usage de l’Amen break. Mais c’est peut-être dans certaines productions à la croisée de l’abstract hip-hop et d’une post- ou neo-library music que cette esthétique de la citation pop et du montage dada a pu prendre sa forme la plus accomplie – les labels Mo’ Wax et Ninja Tune, avec What’s That Noise? de Coldcut, Mark’s Keyboard Repair de Money Mark, et bien évidemment le fameux Endtroducing….. de DJ Shadow. Continuer la lecture de « Langue Pendue n°12 : Super mal produit, Une histoire du disque Supermalprodelica »
Catégories livres
Bonnes feuilles : « Latéral Gauche, figures du foot politique » par Nicolas Kssis Martov (Libertalia)

De temps en temps, on évoque l’idée du copinage. Il faut revoir cette idée évidemment. On défend des gens qui écrivent pour nous par convergence d’idées et aussi pour leur talent. A partir de là, quelle micro économie va en tirer avantage ? Certainement pas nous qui sommes une association bénévole à but non lucratif depuis 8 ans. Alors voici le livre d’un des auteurs de ce site, Nicolas Kssis-Martov, qui est rentré dans ces pages avec une passion chevillée au corps pour le rock alternatif, la northern soul et tout ce qui touche de près ou de loin au reggae (sans oublier le sport, puisqu’il écrit régulièrement pour So Foot). Ceux qui n’ont pas trouvé le lien avec la pop moderne peuvent passer à autre chose. Son livre Latérale Gauche, figures du foot politique parle évidemment aussi de musique, les extraits qui suivent en sont la preuve. En ces temps d’excès de ballon rond pour tenter d’anesthésier ceux qui souffrent de la chaleur, voici quelques idées développées dans cet ouvrage, où foot et politique font souvent fier ménage. Continuer la lecture de « Bonnes feuilles : « Latéral Gauche, figures du foot politique » par Nicolas Kssis Martov (Libertalia) »
Catégories chronique nouveauté
Carla dal Forno, Confession (Kallista Records)
Quelque part dans le bush australien, un ancien hôpital des années 1930 — couloirs vides, lumières bourdonnantes, chambres dépouillées. C’est là que Carla dal Forno enregistre Confession, après son retrait à Castlemaine, poussant plus loin ce que son précédent album, Come Around (Kallista Records, 2022), esquissait : l’abstraction d’un lointain filtré tombe et semble caresser cette fois-ci des désirs plus pop à partir des séismes intérieurs qui suivent l’ajustement au lieu. Avec l’intransigeance d’une « vérité » émotionnelle plus nue, au seuil du dérangeant.
Continuer la lecture de « Carla dal Forno, Confession (Kallista Records) »
Catégories chronique nouveauté
Ambassade, Manrira (Pinkman Records)
Pascal Pinkert est un gros bosseur de la scène underground néerlandaise, qui veut s’amuser, qui enjambe franchement les genres. Il est, je crois, surtout connu pour des morceaux cold wave (plutôt sous l’alias De Ambassade – devenu Ambassade) et krautrock/psych (plutôt sous l’alias Dollkraut), parus il y a bientôt une dizaine d’années. Depuis, il n’a pas vraiment cherché à occuper cette niche qui lui a valu un peu d’estime et de succès. Il préfère avancer dans plein de directions, inspiré tant par les styles les plus hétérodoxes du rock, que par les grosses orchestrations à la Jean-Claude Vannier, ou la musique électronique – et cela, de même, de manière bien large. Je vous apprendrai, peut-être, que Patrick Pinkert possède aussi l’alias DJ Europarking, qui produit et mixe de la techno trancée, sans s’encombrer de considérations sur le bon ou le mauvais goût. Continuer la lecture de « Ambassade, Manrira (Pinkman Records) »
Catégories chronique nouveauté
Jean-Louis Murat, Tour de France 2022 (Scarlett, Wagram, Cinq7)
« As-tu aimé poser ton cœur à l’intérieur d’un être heureux ? »
C’est une vieille question qui revient à l’écoute de Tour de France 2022, l’ultime album – à date – de Jean-Louis Murat, et le premier posthume de ce que les fans les plus insatiables espèrent voir devenir une série – une nouvelle carrière, peut-être.
Le rêve d’un coffre aux merveilles, d’un vault comparable à celui de Prince à Paisley Park, a été entretenu par l’Auvergnat lors de ses interviews. Il aimait gloser sur la discipline de l’artisan, sur l’écriture quotidienne, et les comptes montent vite : malgré le rythme effréné de publication adopté à partir des années 2000, des montagnes de chansons inconnues dorment quelque part – peut-être. Continuer la lecture de « Jean-Louis Murat, Tour de France 2022 (Scarlett, Wagram, Cinq7) »
Catégories chronique nouveauté
Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records)
Douze ans après Allombon (2014) quelle surprise de revoir le groupe parisien Dorian Pimpernel avec Flowers Too, un nouvel album dans sa besace. Si étonnant que soit ce retour, Dorian Pimpernel a joué la carte de la continuité : même label (Born Bad), même peintre (Silvia Idili) et même contenu.
Oui, Flowers Too est la suite logique d’Allombon. La formation française y explore les contrées reculées de la moonshine pop ; ils en sont les thurifères et inventeurs. Dorian Pimpernel aime à pratiquer l’uchronie sur leur temps libre. En effet, ils imaginent une suite à la sunshine pop des années soixante, comme si la musique avait évolué dans une direction légèrement différente des voies progressives qu’elle empruntait alors. Continuer la lecture de « Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records) »
Catégories chronique nouveauté, livres
Superpoze, Blandine Rinkel et Valérie Lefèvre, Le Disque de ma Mère (Banville)

C’est un disque qui relève de la magie, je ne sais pas comment le dire autrement. Une femme écrit des textes de chansons entre 1984 et 2018. Cette femme ne les chante pas, ne les met pas en musique mais elle écrit des chansons comme on écrit sa vie, pour ressentir plus fort, pour dire plus intensément. Elle écrit des chansons comme des consolations, comme des tempêtes aussi. Elle écrit des chansons parce qu’elle ne peut pas faire autrement. C’est elle qu’elle y dépose, c’est là qu’elle se confie. Continuer la lecture de « Superpoze, Blandine Rinkel et Valérie Lefèvre, Le Disque de ma Mère (Banville) »