
Ils ne sont pas là pour les funérailles du poète parce qu’ils sont célèbres, mais « parce qu’ils sont mes amis » dit Cocteau au générique de son Testament d’Orphée (1959). Disons-le ici : Jeanette, Karina, les Gibb, Hepburn, Jobim… ils sont mes amis. Alors certes, ils sont célèbres mais qu’importe ?
Cocteau toujours : pour ses vraies-fausses funérailles, autour de lui, personne d’autres que les tziganes pour pleurer le poète. Ceux-là même qui plus tôt l’accueillaient dans le monde des nôtres : homme-cheval et feu follet de la photo de Cégeste, imprécations et flamenco nuptiale ou funéraire, célébrant une vérité ancienne que les nomades conservent sur la terre. Le vieux cinéaste, qui en est à sa dernière excentricité, sait la chose très bien : cinéma donc feu donc épreuve de la joie fugace et crépitante — enregistrement = mort.
Le poète n’a qu’une famille : les nomades. Il n’a qu’une amitié : les sons les plus anciens, les plus triviaux, les plus impurs, la musique populaire. On dit ici populaire en son sens vrai : pas le genre Spotify, mais bien le plus vieux creuset de l’humanité, le son de la voix. Celle-ci qui fut enregistrée et dont vint la déraison, la passion, l’excitation, la mort. Enfance de l’art dit Godard du cinéma. Enfance de l’art dirons-nous pour la pop. Continuer la lecture de « I Like 2 Stay Home #45 : Moderato silencio »


Coincées entre l’avènement du CD et l’émergence d’internet, les années 90 en France voient la naissance de mille groupes d’une scène liée par sa façon de communiquer (les cassettes, les vinyles, les fanzines et quelques labels) et par un esprit indépendant, traduction approximative et romantique du concept anglo-saxon. Le point commun de ces jeunes groupes est aussi un usage – parfois approximatif – de la langue anglaise, comme symbole de liberté et d’alternative à la Chanson Française, canonisée et protégée par le Ministère de la Culture. Avant de devenir définitivement la langue globale avec internet, l’anglais permet alors aux adolescents et jeunes adultes anglophiles (ou américanophiles) de s’évader, et, moins que de rêver d’une carrière internationale, de s’identifier (im)parfaitement à ses idoles si proches et si lointaines à la fois en ajoutant les paroles à la musique. Le titre It’s Up To You fait référence à une méthode d’anglais que nombre de collégiens et lycéens ont éprouvée dans les années 1970 et 80. Voici les enfants inventifs, maladroits, touchants, parfois géniaux, de cette méthode, réunis dans ce second mix. Cette touche française nécessite (et mérite) dès maintenant d’autres nombreuses compilations de ces fabuleuses pépites (nuggets), incongrus cailloux (pebbles), ou inconnues décombres (rubbles). PS : Petit clin d’œil avec