Depuis quelques années, tout se passe comme si le centre de gravité de la pop indé s’était déplacé vers l’Australie et en particulier vers la ville hyper-créative de Melbourne, où crèchent les Stroppies. Pour mémoire, l’émission Transmission #32 de Section 26 avait donné un bel aperçu de cette nouvelle scène pop australienne en pleine effervescence.
Une idée persistante voudrait que la batterie soit un instrument de mec. Il faut dire que pendant longtemps, les nanas jouant de la batterie se sont faites aussi rares que l’eau dans le désert. Si dans l’histoire des musiques populaires les chanteuses n’ont jamais manqué, les filles ont en revanche mis du temps à se faire une place comme musiciennes professionnelles, quel que soit l’instrument pratiqué. Quant à elles, les batteuses ont longtemps été totalement sous-représentées. La pionnière d’entre elles, Viola Smith, aujourd’hui âgée de 108 ans (!), a dû se sentir bien seule lorsqu’elle se produisait dans les années 1930-1940 dans un milieu de musiciens de jazz archi-macho, trusté par les mâles.
Alors que nous n’étions qu’au tout début de l’étrange épisode du confinement, un philosophe avait prescrit la lecture du stoïcien Marc Aurèle comme remède à nos inquiétudes. Selon lui, la raison et la lucidité seraient nos meilleures alliées pour exorciser nos angoisses et neutraliser nos inévitables coups de déprime. On peinerait à le contredire complètement. Pourtant, on aurait pu lui faire remarquer que l’imaginaire et l’illusion sont peut-être plus vitaux encore pour traverser les péripéties de l’existence. Comment aurions-nous pu supporter notre pesante oisiveté forcée sans le recours à la fiction, aux rêves éveillés que nous procurent les romans, les films et bien sûr la musique, sans laquelle la vie ne serait qu’une erreur et un exil, selon la célèbre formule de Nietzsche ? Dans les moments difficiles, il m’a toujours semblé que l’écoute d’une bonne chanson pop était d’un secours bien plus efficace que n’importe quel précepte de sagesse antique. Continuer la lecture de « Le club du samedi soir # 7 : Dreams Never End »
Du côté de Falmouth, petite ville des Cornouailles située en bord de mer au sud-ouest de l’Angleterre, Katja Rackin (chant et batterie) et Samuel Stacpoole (chant et guitare) ont su apporter un joli bol d’air frais dans le monde de la pop à guitares avec leur formation Holiday Ghosts. In my Head, premier single en 2017, très inspiré par The Clean, a instantanément figuré dans ma playlist du moment. Continuer la lecture de « Holiday Ghosts »
En 1992, feu Nick Toshes – qui nous a quittés il y a deux mois – publiait Dino, biographie délectable de l’indispensable Dean Martin, Saint-Empereur des cabotins, roi des crooners et véritable « consul du cool », pour reprendre l’expression parfaite de Tosches. Pourquoi faut-il lire ce bouquin ? Tout d’abord parce que Nick Tosches a proposé ici bien plus qu’une simple narration objective et factuelle de la vie d’un homme au destin hors norme. La grande qualité de son livre, c’est qu’il emprunte autant au journalisme d’investigation qu’à l’essai et qu’il n’hésite pas à mêler parfois le réel à l’imaginaire, rejoignant le domaine de l’authentique littérature. Par son talent de storyteller, Tosches nous embarque dès les premières pages dans un récit haletant dont l’atmosphère, les protagonistes et les anecdotes en rafales plongent le lecteur dans une ambiance digne d’un excellent film de Scorsese. Du début à la fin, on se régale à suivre l’ascension de Dino, depuis les tripots mal famés de Steubenville – sa ville natale au airs d’un Chicago miniature où, encore adolescent, il officiait comme croupier –, jusqu’aux casinos de Las Vegas et aux plateaux de cinéma hollywoodiens. On jubile à remonter aux sources du destin exceptionnel de ce fils de coiffeur italien qui, en quelques années et sans effort, deviendra une icône vivante de la culture américaine. Continuer la lecture de « Dino par Nick Tosches »
Le monde de l’art est injuste. Quand tant de musiciens besogneux peinent à accoucher d’une seule chanson valable dans toute leur carrière, d’autres, insolemment doués, publient régulièrement des disques entiers de classiques instantanés, sans même avoir l’air de se forcer. C’est le cas d’Adam Green. Avec Engine of Paradise, son dernier album tout de grâce et de légèreté, le New-Yorkais confirme une fois de plus son appartenance au club très fermé des authentiques songwriters.
Si les cultissimes Moldy Peaches, son premier groupe, ont été les porte-étendards de l’antifolk, genre emblématique d’une certaine époque, Adam Green est plus difficilement classable dans une catégorie définie. Il suit sa propre voie, en dehors des modes et des tendances. Il fait partie de ces artistes « inactuels » dont la personnalité et l’univers s’avèrent assez singuliers pour ne pas avoir besoin de se fondre dans un moule préexistant. Continuer la lecture de « Adam Green, Engine of Paradise (30th Century Records) »